Un silence bref s'installa sur le terrain d'entraînement. Les soldats commencèrent à murmurer. « A-t-il jeté du sable dans ses yeux ? », « N'est-ce pas de la triche ? », « Indigne d'un chevalier. »
Le marquis Aldren toussa, tentant de dissimuler son étonnement. « Vainqueur... Monsieur Cassian. »
Cassian ne tendit même pas la main pour aider le soldat à se relever. Il lui tourna le dos et attendit son prochain adversaire.
Le second opposant était l'homme massif aux gantelets blindés. Il était au niveau de la Quatrième Étoile et s'était mis en rage en observant le combat précédent. Il voulait punir ce « manque de respect » témoigné à son ami.
« Je m'appelle Garret ! » rugit l'homme en entrechoquant ses poings. « Et je ne suis pas une cible facile comme ce gamin. Tes tours de passe-passe ne fonctionneront pas sur moi ! »
« Des tours ? » ricana Cassian. « J'appelle cela de la "stratégie". »
Garret chargea comme un taureau. Ses poings fendaient l'air. Chacun de ses coups avait la puissance nécessaire pour briser un rocher. Cassian n'utilisait pas son épée cette fois ; il se contentait d'esquiver, bloquant les lourds coups de poing de l'homme avec ses bras, le poussant ainsi à gaspiller son énergie.
Garret devint encore plus agressif, frustré de manquer sa cible. « Arrête de courir et bats-toi ! » cria-t-il. Rassemblant toute sa force dans son poing droit, faisant briller son gantelet de son mana, il asséna un coup final visant la tête de Cassian. Si ce coup portait, le cou de Cassian pourrait se briser.
Cassian se baissa sous le coup. Son timing était impeccable. Le corps entier de Garret était devenu une cible ouverte sous l'élan du coup qu'il avait porté. Ses jambes étaient écartées, son torse sans défense.
Cassian n'utilisa ni magie ni épée. Il contracta simplement sa jambe droite et donna un coup de pied à l'homme entre les jambes, dans son point le plus sensible, avec toute sa force et une précision brutale.
PAN !
Ce son... Ce bruit sourd et nauséabond résonna dans tout le terrain d'entraînement.
Le temps s'arrêta.
Le visage de Garret vira instantanément du cramoisi au violet, puis au blanc crayeux. Ses yeux s'écarquillèrent comme s'ils allaient sortir de leurs orbites.
Sa bouche s'ouvrit comme pour hurler en silence, mais aucun son n'en sortit. Cet immense guerrier de la Quatrième Étoile se raidit sur place.
Une seconde plus tard...
« Mes couilles... ! »
Garret s'effondra sur ses genoux dans un dernier murmure, se recroquevillant au sol en se tenant l'entrejambe. Il pleurait de douleur.
Tous ceux présents sur le terrain d'entraînement ; soldats, serviteurs, et même le marquis Aldren et Eric se figèrent, une expression mêlant choc, honte et colère sur le visage. Cordelia, en revanche, gloussait.
Pour un chevalier, ou même pour le commun des mortels, donner un coup de pied dans l'aine d'un adversaire lors d'un duel... C'était le comble du déshonneur. Un geste ignoble et inacceptable.
Des grognements et des huées commencèrent à monter des rangs des soldats. Le visage du marquis s'était assombri.
Cependant, Cassian ne se souciait pas le moins du monde de ces regards emplis de haine braqués sur lui. Il se tint au-dessus de l'homme qui se tordait de douleur, écarta largement les mains et parla d'une voix forte.
« Quoi ? » dit-il, sa voix défiante. « Essayez-vous de dire que ce que j'ai fait était mal, déshonorant ou autre ? »
Aucun son ne vint de quiconque, il n'y avait que des regards furieux.
« Si vous le pensez, » poursuivit Cassian, sa voix se durcissant, « vous êtes des imbéciles. »
Il balaya les soldats du regard.
« Dans une vraie guerre, l'honneur ne vous sauvera pas la vie. Votre ennemi ne s'inclinera pas devant vous. Il vous poignardera dans le dos, jettera du poison dans vos yeux, utilisera toutes les ruses sales possibles. Si vous préférez mourir "honorablement" plutôt que de survivre et de gagner... faites comme bon vous semble. Mais il sera trop tard pour regretter une fois que vous serez morts. »
Bien que ses mots n'aient pas dissipé le nuage de colère au-dessus des soldats, ils les avaient réduits au silence. C'était une amère vérité.
Alors que Cassian s'apprêtait à faire demi-tour pour partir, une silhouette se détacha de la foule et lui barra la route.
C'était une femme d'une vingtaine d'années, aux cheveux noir de jais tombant en cascade sur ses épaules et aux yeux rouge sang brillant de colère.
Elle portait une armure légère mais de haute qualité qui épousait parfaitement son corps et ne restreignait pas ses mouvements. Dans sa main, elle tenait une épée magistralement forgée, ornée d'un motif d'oiseau de tempête sur sa garde.
L'aura qu'elle dégageait était très différente de celle des soldats précédents. Elle possédait une aura puissante, au début du niveau de la Sixième Étoile.
Cassian ne put reconnaître la femme au premier abord, mais lorsqu'elle parla, les pièces du puzzle s'assemblèrent.
« Je suis Liora Stormvale, » déclara la femme, sa voix glaciale. Elle pointa son épée vers Cassian. « Fille d'Evershade. Et en tant qu'instructrice, je ne peux laisser ces attitudes de voyou impunies. Monsieur Cassian... Je vous défie en duel. »
Les yeux de Cassian s'écarquillèrent légèrement. Il reconnut cette femme à cet instant.
Liora Stormvale. La talentueuse et disciplinée maître d'armes travaillant comme instructrice à l'Académie Impériale dans le jeu.
Et surtout... Le personnage féminin surnommé la « Reine des Glaces » qui rejoindrait le harem du protagoniste à l'avenir.
Il ne s'attendait pas à la rencontrer ici, dans cette chronologie. Normalement, elle devrait se trouver à l'académie dans la capitale en ce moment. Les fils du destin s'étaient à nouveau emmêlés.
Cassian saisit légèrement la poignée de son katana sans pour autant le dégainer. Il jeta un regard froid et indifférent à la femme. Puis, il leva lentement la main, fit un pouce levé, et le tourna lentement vers le bas.
« Je refuse, » dit-il, tentant de passer à côté d'elle.
Liora fut surprise mais se plaça immédiatement devant lui, lui coupant le passage.
Elle n'avait aucune intention d'abandonner. « Vous fuyez ? Si vous hésitez à cause de la différence de puissance entre nous, je peux me brider. Ou nous pouvons nous battre sans utiliser de mana, uniquement à l'escrime. »
Cassian s'arrêta et prit une profonde inspiration. « Je ne veux pas me battre contre toi, Liora. »
Le coin de la lèvre de Liora se retroussa en un sourire moqueur. Ses yeux se portèrent sur le soldat que Cassian venait de frapper, puis revinrent vers Cassian.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle, sa voix assez forte pour résonner dans tout le terrain d'entraînement. « Pensez-vous ne pas pouvoir me battre parce que je n'ai pas de testicules à frapper ? »
Des ricanements étouffés s'élevèrent du terrain. Même Cordelia éclata de rire. Cassian, quant à lui, haussa simplement les sourcils face à cette provocation inattendue et audacieuse. Cette femme... allait être plus coriace qu'il ne l'avait imaginé.
Le marquis Aldren intervint, la voix tendue. « Liora ! Cesse d'être impolie envers nos invités ! »
Liora ne tourna même pas le regard vers son père. Conservant son attitude rebelle, elle demanda à nouveau sans quitter Cassian des yeux : « Avez-vous peur ? »
Cassian ne se laisserait normalement pas avoir par une simple provocation. Mais il éprouvait inévitablement une aversion pour cette femme. Il ne la haïssait pas, mais il ressentait une intolérance à son égard.
Après tout, elle aussi, comme les autres héroïnes stupides, tomberait amoureuse du protagoniste et ferait partie de son harem, ne devenant rien de plus qu'un obstacle, une distraction sur le chemin du protagoniste vers le pouvoir.
Ce destin inévitable, tapi sous son attitude de « Reine des Glaces », irritait Cassian.
La véritable colère de Cassian était dirigée vers le protagoniste du jeu, mais il ne pouvait l'atteindre d'aucune manière pour le moment. Pourtant, une telle opportunité se présentait à lui.
Bien qu'il ait tenté de se retenir, en fin de compte, c'était cette femme qui l'avait cherché.
Briser son ego arrogant, lui montrer la cruauté du monde réel... ce serait une leçon très satisfaisante.
Pourtant, Cassian n'était pas certain de cette idée. Il fit une pause et scruta Liora de la tête aux pieds. Elle restait une « Héroïne ».
Contrairement aux gens ordinaires, elle était l'une de celles choisies par le Monde, protégée par le destin. Liora était une guerrière capable de vaincre des individus de haut niveau, bien au-dessus de son propre rang.
De plus, elle avait quatre rangs d'avance sur Cassian. En termes de maniement de l'épée, elle lui était largement supérieure. Si Cassian acceptait le combat, ce ne serait pas facile du tout. En fait, cela se solderait probablement par une défaite.
En outre, Cassian ne pouvait pas encore révéler toutes ses ruses, sa véritable puissance. Il devait garder ses atouts cachés jusqu'à ce que la guerre dans le Nord commence.
Cassian soupira.
« Je suppose que je n'ai pas d'autre choix, hein... » murmura-t-il. « Très bien. Je vais me battre contre toi... Reine des Glaces. »
Lorsque Cassian prononça ce nom, Liora fut surprise un instant. Ses yeux se plissèrent légèrement. Car ce nom était un surnom qui lui avait été donné à l'Académie, et personne ne devrait connaître ce surnom ici, sur cette frontière nord reculée.
Voyant que les choses devenaient sérieuses, le marquis Aldren prit la parole pour dissuader Cassian. « Monsieur Cassian... Je vous en prie, il n'est pas nécessaire de faire ce duel. Ne faites pas attention à ma fille, elle est un peu ambitieuse. »
Cassian ne regarda pas non plus le visage du marquis. Il dégaina complètement son katana de son fourreau. Son acier noir ne brillait pas sous le soleil ; il absorbait la lumière. Il prit sa position de combat.
Le marquis les regarda tous les deux. Il était trop tard pour les dissuader. Tous deux étaient déjà survoltés.
Et lorsqu'il regarda autour de lui, les instructeurs, les soldats, tout le monde acclamait Liora.
« Attrape-le, Commandante Liora ! » « Donne-lui une bonne leçon ! » « Montre-lui la puissance d'Evershade ! » « Punis-le et arrache-lui les couilles ! »
Le marquis secoua la tête, impuissant, et s'écarta du champ de bataille.
« Les règles restent les mêmes, » annonça le marquis, sa voix tonnant. « Quiconque se rend ou devient incapable de combattre perd. Tuer... est interdit. »
Le marquis leva la main en l'air. Liora leva son épée, les yeux concentrés. Cassian, quant à lui, tenait son katana avec souplesse, jaugeant son adversaire.
Le marquis abaissa la main.
« COMMENCEZ ! »