Chapitre 772
Cette pensée ne dura toutefois pas longtemps.
Une autre chose l’occupait.
Comme les Diables « inexpérimentés » autour d’elle, Liora avait elle aussi tenté d’entrevoir la véritable nature de la créature.
Seulement, contrairement à eux, qui avaient manifestement échoué et subi un contrecoup, Liora avait réussi à apercevoir brièvement sa forme.
D’après ce qu’elle avait vu, la créature dissimulée était faite de bois.
À ses yeux, elle dégageait une immense aura, débordante de vie et de création, comme si toutes les autres créatures n’étaient que ses créations.
À partir de ces indices, Liora se forgea une hypothèse sur son identité.
La créature gigantesque était très probablement un arbre !
Mais quelle puissance un tel arbre pouvait-il bien avoir ?
Tandis que Liora réfléchissait, repassant encore et encore dans son esprit les informations qu’elle avait aperçues, le temps ne s’arrêta pas pour elle.
Les changements sur le portail blanc se poursuivirent.
Des images continuaient d’apparaître.
Jusqu’à ce que, finalement, le portail cesse de trembler.
Tous les phénomènes extraordinaires prirent fin.
Sous les regards attentifs de la foule rassemblée, le portail blanc commença à s’ouvrir, ses deux moitiés s’écartant lentement.
Une vaste étendue blanche apparut à l’intérieur.
À l’instant où elle se dévoila, tous les Diables Anciens sentirent le Fleuve du Temps trembler, comme s’il avait été frappé par quelque chose.
« Avec un phénomène pareil, il s’agit bien de la Terre d’origine… », entendit Liora murmurer un Diable primordial.
Pourtant, personne ne se précipita à l’intérieur.
Au contraire, les Diables Anciens se tournèrent vers l’arrière, où se trouvaient la plupart des Archidiables blessés.
Puis, sans hésiter, ils passèrent à l’action.
Plusieurs mains gigantesques faites d’énergie démoniaque apparurent et s’abattirent sur les Archidiables qui ne se doutaient de rien.
Ceux-ci furent stupéfaits. La peur et la terreur se lurent dans leurs yeux tandis qu’ils tentaient d’implorer leur clémence.
Malheureusement, les propriétaires des mains ne leur laissèrent aucune chance.
Chaque main géante saisit des dizaines d’Archidiables et les jeta dans le portail blanc.
Tous les Archidiables venus ici avaient espéré pénétrer dans le royaume secret.
Pendant un instant, leur souhait sembla sur le point de se réaliser.
Malheureusement, ils furent loin de s’en réjouir.
À l’instant où leurs corps pénétrèrent dans l’étendue blanche, ils se figèrent tous sur place, tels des insectes prisonniers de l’ambre.
Puis leurs corps explosèrent.
Leur sang et leur chair furent projetés partout avant de disparaître.
Liora savait que leurs traces n’avaient pas été véritablement effacées.
Grâce au lien qui l’unissait à son Trône, elle remarqua plusieurs fragments de corps à la surface du Fleuve du Temps, où ses eaux illusoires les corrodèrent.
Tout le monde comprit ce que cela signifiait.
« C’est bien la Terre d’origine ! Seule la Terre d’origine peut avoir un tel pouvoir ! » murmura d’une voix fébrile un Diable Ancien dissimulé, son aura fluctuant violemment au gré de ses émotions.
Il ne perdit pas une seconde.
Sans ajouter un mot ni se retourner, il se jeta dans la Terre d’origine.
Personne n’osa l’arrêter. Cet être avait déjà atteint le stade primordial et comptait parmi les plus puissants de ses pairs.
Le premier venait à peine d’entrer qu’un deuxième le suivit.
Puis un troisième et un quatrième.
En peu de temps, les Diables dissimulés ne furent plus les seuls à pénétrer dans la Terre d’origine.
Les Diables Anciens de l’époque actuelle les suivirent à leur tour.
D’abord vinrent les trois puissants êtres soupçonnés d’être des Diables du Commencement absolu, accompagnés de leurs nombreux subordonnés.
Ensuite arriva le deuxième groupe le plus puissant : les Diables primordiaux.
Liora en faisait partie.
Comme les autres, elle plongea sans grande hésitation dans la Terre d’origine.
Après elle et les Diables primordiaux vinrent ceux du stade des Diables de l’Antiquité et de l’Autre Rive.
En peu de temps, la foule avait disparu, engloutie par le portail blanc.
Pourtant, les arrivées ne cessèrent pas.
Chaque minute, un nouveau Diable apparaissait devant l’entrée du royaume secret et s’y engouffrait.
Certains de ces êtres étaient des Souverains de l’époque actuelle, simplement arrivés en retard.
La plupart, cependant, étaient des Diables dissimulés. Tous pénétraient dans la Terre d’origine avec des yeux emplis de folie, tels des voyageurs assoiffés qui venaient enfin de trouver une source d’eau pure.
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Le Seigneur démon de la Montagne avait appris à Liora que tous ceux qui pénétraient dans la Terre d’origine étaient transportés vers des endroits différents.
En l’apprenant, elle avait d’abord pensé que le royaume secret les séparait au moyen de l’espace.
Mais, en entrant dans la Terre d’origine, Liora comprit qu’elle s’était trompée.
Le pouvoir de l’espace n’était pas du tout employé. À la place, c’était le pouvoir du temps qui enveloppait leurs corps et les séparait.
Comme si les Diables avaient été transportés à différentes époques, Liora vit ses « compagnons » disparaître.
Une lueur blanche engloutit son champ de vision.
Lorsqu’elle s’évanouit, une fraction de seconde plus tard, Liora se retrouva dans un endroit complètement différent.
Elle se tenait sur un continent désolé.
On n’y voyait aucune trace de végétation : ni arbres, ni buissons, ni même un brin d’herbe.
Pourtant, le continent n’était pas véritablement dépourvu de vie.
En levant la tête, Liora remarqua des oiseaux colorés qui volaient au-dessus d’elle.
Une pointe de surprise passa dans ses yeux. Elle remarqua aussitôt quelque chose d’étrange.
À ses yeux, ces oiseaux n’avaient ni âme ni émotions. Tels des marionnettes dirigées par des fils invisibles, ils ne faisaient qu’imiter des êtres vivants.
« D’après le Seigneur démon de la Montagne, toutes les créatures de la Terre d’origine ne sont que des projections, nées de la fusion de fragments temporels créés lors de cette ancienne bataille. »
« Certains Diables soupçonnent qu’il s’agit d’êtres projetés depuis le passé. D’autres pensent que ce sont des créatures entièrement nouvelles. »
Pendant un instant, la curiosité de Liora fut éveillée.
Elle voulut attraper l’un des oiseaux et étudier sa structure pour découvrir la vérité.
Mais elle se retint rapidement.
Elle savait qu’agir à la légère dans un endroit nouveau, régi par des règles apparemment tout autres, revenait à courir à sa perte.
Avant de faire quoi que ce soit, elle devait d’abord étudier les environs.
Plus important encore, elle devait s’occuper de sa propre situation.
À cette pensée, Liora baissa la tête et observa son corps.
Elle découvrit aussitôt qu’elle était devenue transparente à son insu, sa silhouette vacillant comme si elle était sur le point de disparaître.
Chaque fois qu’un fragment temporel invisible la frappait, ce vacillement s’accentuait.