À la périphérie de la Cité de la Douleur, une scène étrange se déroulait discrètement, à l'insu de tous les autres habitants du Creuset.
Plusieurs Diables classés, qui auraient dû être cruels et inflexibles, s'étaient rassemblés, se saluant comme de vieux amis ne s'étant pas vus depuis longtemps.
Au centre du rassemblement se tenait une belle dame, qui prenait personnellement soin d'accueillir les invités.
« Dame Torture, vous êtes toujours aussi belle », complimenta un Diable à l'allure d'ours, tout en restant à quelques pas de distance.
Torture était habituée à ce genre de situation et ne prêta guère attention à son attitude.
Esquissant ce qui pouvait à peine être décrit comme un sourire, elle effleura légèrement son épaule du bout des doigts et lui fit signe d'entrer.
Le temps passa et de plus en plus de Diables se rassemblèrent, jusqu'à ce que leur nombre dépasse la douzaine.
« Maintenant que tout le monde est là, pourquoi ne pas commencer la réunion ? », lança l'un des Diables, obtenant l'approbation de la plupart des personnes présentes.
Cependant, contre toute attente, Torture ne fut pas d'accord. Avec un sourire aux lèvres, elle secoua légèrement la tête.
« Ce n'est pas un endroit approprié. Pourquoi ne me suivriez-vous pas jusqu'à mon château ? », proposa-t-elle. Bien que les Diables aient été quelque peu pris au dépourvu, aucun ne refusa.
Pour eux, peu importait le lieu de la réunion, tant qu'ils pouvaient en tirer profit.
Voyant qu'ils acceptaient, Torture fit volte-face et les guida vers le centre de la cité.
Lorsqu'elle arriva devant le château gothique, les nombreux gardes en patrouille s'agenouillèrent immédiatement et saluèrent avec respect, comme s'ils craignaient de lever la tête.
« Héhéhé... Torture, pourquoi ne me donnes-tu pas quelques-uns de tes jouets ? »
Derrière elle, l'un des Diables, doté d'une tête répugnante semblable à celle d'une fourmi, fit cette suggestion, de la salive verdâtre s'écoulant de sa bouche alors qu'il fixait les nombreux gardes.
Torture ne se précipita pas pour refuser son offre, choisissant plutôt de garder le silence.
« Héhé... Ne t'inquiète pas. N'es-tu pas à la recherche de nouveaux "prisonniers" avec qui t'amuser ? J'en ai apporté quelques-uns avec moi », rit le Diable-Fourmi d'une voix rauque, teintée de tentation.
En tout autre temps, Torture aurait été excitée par cette offre, mais dans sa situation actuelle, elle parvint à rester composée.
Tandis que le Diable-Fourmi et Torture négociaient l'échange de « prisonniers », le groupe ne ralentit pas le pas.
Après avoir navigué dans les couloirs sombres du château, ils atteignirent bientôt son extrémité la plus profonde, devant une porte en pierre massive.
Faisant signe aux Diables de s'arrêter, Torture s'avança, posa ses mains sur les énormes poignées circulaires et tira de toutes ses forces.
Dans un grincement strident, la porte de pierre trembla violemment avant de s'ouvrir lentement, révélant la salle obscure dissimulée derrière.
« Suivez-moi », dit Torture en pénétrant dans la pièce.
Derrière elle, les Diables échangèrent un bref regard et, d'un commun accord tacite, entrèrent ensemble.
Un par un, ils pénétrèrent dans la salle.
Voyant que rien ne changeait, les plus faibles et les plus prudents parmi eux poussèrent un soupir de soulagement, estimant que leurs inquiétudes précédentes étaient inutiles.
Pourtant, au moment où la dernière personne franchit le seuil, une lumière noire éblouissante brilla des deux côtés de la lourde porte de pierre.
Avant qu'aucun des Diables ne puisse réagir, un rugissement tonitruant retentit alors qu'elle se refermait d'elle-même.
Au même instant, l'ombre du seul objet présent dans la pièce — un grand trône — ondula comme de l'encre noire, et une silhouette inconnue en jaillit.
La femme, aux longs cheveux écarlates et aux yeux cramoisis, observa les Diables pendant une courte seconde avant de s'asseoir sur le trône.
Du moment où les Diables étaient entrés dans la pièce jusqu'à l'apparition de l'inconnue, moins d'une seconde s'était écoulée.
Ce n'est que lorsque Liora se renversa sur le trône que plusieurs Diables réagirent enfin.
« Torture, que signifie le fait d'amener cette personne à notre réunion ? »
« C'est vrai ! Comment as-tu pu ne pas nous informer d'un tel changement ? »
Plusieurs Diables fixèrent Torture avec des regards de reproche, tandis que la plupart choisissaient de rester silencieux.
Seules deux personnes — dont le Diable-Fourmi — se concentrèrent sur Liora et semblèrent avoir compris quelque chose. Les yeux blancs du Diable-Fourmi brillèrent de peur alors qu'il regardait autour de lui en panique.
D'un autre côté, face aux malédictions des Diables, Torture resta impassible. D'un pas assuré, elle s'approcha de Liora et inclina légèrement la tête.
« Madame, j'ai amené tout le monde comme vous l'avez ordonné. Nous pouvons maintenant conclure notre plan et les massacrer tous », annonça-t-elle, sa voix froide et emplie d'intentions meurtrières.
Sa voix n'était pas basse, atteignant non seulement Liora, mais aussi tous les occupants de la salle.
Dès qu'ils entendirent ces mots, l'expression des Diables changea.
Certains montrèrent de la colère, d'autres de la prudence, tandis que quelques-uns affichaient de la peur.
Mais évidemment, malgré leur grande force, ces individus n'avaient pas encore réussi à se défaire de la nature chaotique gravée dans leur lignée.
Ainsi, les Diables en colère n'étaient pas seulement les plus nombreux, mais aussi les plus bruyants.
« Torture, es-tu devenue folle ? Et toi... », le Diable-Ours s'interrompit un instant et se tourna vers Liora avant de poursuivre :
« Qui es-tu ? Es-tu responsable du comportement inexplicable de Torture ? », rugit-il, une énergie démoniaque déferlant en lui et teintant sa fourrure de pourpre.
Le Diable-Ours avait des raisons d'être confiant.
Parmi les nombreux Diables présents, il était le deuxième plus fort, classé quarante-et-unième, seulement six places derrière le Diable-Fourmi.
À ce titre, il ne prenait personne d'autre dans la pièce au sérieux.
La seule raison pour laquelle il se retenait et n'attaquait pas Liora était la peur de conséquences imprévues, comme le fait que les autres Diables classés profitent de l'occasion pour l'assiéger.
Cependant, le Diable-Ours fut surpris de constater que l'inconnue n'était nullement intimidée par ses paroles. Elle restait assise en silence sur le trône, la tête appuyée contre sa main, à le fixer.
Le Diable-Ours ne savait pas pourquoi, mais bien que ses yeux soient dépourvus d'émotion, il avait l'impression d'y voir de la moquerie, du dédain et du mépris.
Il avait déjà vu de tels yeux auparavant — lorsqu'il était encore un nouveau-né et qu'il venait d'entrer dans le Creuset.
À l'époque, c'était la propriétaire d'une telle paire d'yeux qui l'avait sévèrement humilié, lui faisant souhaiter la mort chaque jour que Dieu faisait.
En se remémorant ces souvenirs douloureux, la fureur s'embrasa en lui et, ouvrant la gueule, il poussa un rugissement assourdissant et frénétique.
Son corps grandit, se transformant en un monstre ursidé de plus de dix mètres de haut à la fourrure rouge, et il se jeta sur Liora.
Derrière lui, les autres Diables classés étaient sous le choc.
Ils ne comprenaient pas ce qui arrivait au Diable-Ours ni pourquoi il réagissait avec une telle intensité.
Pourtant, ils ouvrirent grand les yeux, impatients de voir si l'inconnue serait capable de parer ses attaques.
Face à la charge du Diable-Ours, Liora ne se leva même pas de son trône.
Une hache massive se forma dans sa main libre par la seule force de sa pensée, et après l'avoir brièvement soupesée, elle l'abattit de toutes ses forces.
L'air alentour trembla, un sentiment d'oppression se répandit dans la pièce, tandis que sa silhouette semblait grandir, emplissant toute la salle.
Mais le Diable-Ours semblait avoir perdu la raison.
Malgré le danger évident, il n'essaya ni d'esquiver ni de se défendre, mais fonça en ligne droite, tel une bête sans cervelle.
Le sang lui monta à la tête, teintant ses yeux troubles de rouge, alors qu'il levait ses pattes pour contrer la hache en plein vol.
Pendant un instant, le temps sembla s'être arrêté dans la salle. Les Diables retinrent leur souffle et fixèrent leur confrontation, attendant impatiemment le résultat.
Cependant, contrairement à leurs attentes, la bataille entre les deux ne dura pas longtemps.
Au moment où la hache s'abattit sur le Diable-Ours, elle pénétra instantanément à travers sa fourrure et sa chair, tranchant ses deux pattes avant de s'enfoncer dans son torse.
Le sang gicla alors que la douleur assaillait l'esprit du Diable-Ours, dissipant le trouble dans ses yeux. Sous le choc, il ouvrit la gueule pour tenter de demander grâce, mais il était déjà trop tard.
Dans un grand fracas, son corps sans vie s'effondra au sol.
Juste au moment où le silence envahissait la pièce et que les Diables tentaient de comprendre ce tournant choquant, Torture bougea soudainement.
Deux épaisses chaînes de métal noir apparurent dans chacune de ses mains — l'une de leurs extrémités étroitement enroulée autour de ses poignets — et elle les projeta en avant.
Sa cible n'était aucun des Diables classés, mais Liora.