Chapitre 997
Gestion financière de la Forêt orientale, Ville de la Montagne spirituelle :
Le gérant de la Gestion financière de la Forêt orientale était le frère cadet de l’abbé du Temple de la Forêt orientale. Quelqu’un avait acheté une mine abandonnée au Temple de la Forêt orientale et ouvert une boutique de gestion financière. En apprenant que les affaires marchaient bien et que les taux d’intérêt étaient élevés, l’abbé avait envoyé son frère cadet, en qui il avait confiance, y travailler pour prendre la mesure de la situation.
Après avoir appris que Richesse infinie disposait d’un flux de liquidités considérable, l’abbé du Temple de la Forêt orientale y investit sans hésiter toutes les économies du temple.
Grâce aux liens de son frère cadet avec l’abbé, celui-ci gravit rapidement les échelons chez Richesse infinie et ne tarda pas à devenir gérant.
Une fois gérant, le frère cadet vit chaque jour les pierres spirituelles affluer comme une crue. Il finit par céder à la cupidité et voulut s’emparer de Richesse infinie. Malheureusement, beaucoup de gens y avaient investi, et l’entreprise s’était aussi associée à diverses personnalités influentes, notamment au Temple de la Forêt orientale. Celui-ci y avait placé toutes ses économies, et l’abbé ne le laisserait pas faire n’importe quoi.
Après avoir compris le fonctionnement du système, le frère cadet de l’abbé démissionna et lança la Gestion financière de la Forêt orientale. Fort du soutien du Temple de la Forêt orientale, il se mit lui aussi à vendre des produits financiers.
La boutique n’était pas célèbre, aussi peu de gens y investirent. Mais avec le Temple de la Forêt orientale derrière lui, il parvint tout de même à faire une belle récolte au bout d’un mois.
Ce jour-là, on allait célébrer l’anniversaire du Bouddha du Présent.
Le frère cadet de l’abbé du Temple de la Forêt orientale s’amusait avec ses concubines et passait du bon temps.
« Hahaha ! De l’argent ! De l’argent ! De l’argent ! L’argent, c’est le pire des vauriens ! Dire que c’est si facile d’en gagner. Et dire que j’ai trimé si longtemps autrefois ! Je gardais la mine de pierres spirituelles pour mon frère aîné, et il ne me donnait qu’une misère. Regardez-moi, maintenant ! Hahaha ! Bientôt, je pourrai me faire construire une résidence sculptée dans des pierres spirituelles ! Ces moines du Temple de la Forêt orientale sont vraiment stupides. Je leur ai proposé de s’associer à moi, mais ils n’ont pas osé. Hahaha ! Ce n’est que le premier mois. L’argent va continuer à rentrer ! » s’exclama joyeusement le frère cadet de l’abbé.
« Monseigneur, je n’ai plus d’argent pour mes cosmétiques. Un lot de poudre de perles de la mer de l’Est est arrivé récemment », minauda l’une des concubines.
« Achètes-en davantage ! »
« Monseigneur, mon bracelet n’est plus à la mode. Il paraît qu’un nouveau modèle vient d’arriver chez le bijoutier d’en face », dit une autre concubine d’un ton enjôleur.
« Achète-le ! »
« Monseigneur, votre vieille ex-femme laide est encore venue vous chercher hier. J’ai envoyé des hommes la mettre dehors », dit une autre concubine.
« Cette garce ne m’a apporté que des malheurs. Quand je n’avais pas d’argent, je devais lui obéir au doigt et à l’œil. Maintenant que j’en ai, elle peut bien crever, ça m’est égal. Tu l’as fait mettre dehors ? Parfait ! Humph ! Tant que j’ai de l’argent, qu’est-ce qui pourrait me manquer ? » répondit sans se soucier de rien le frère cadet du Temple de la Forêt orientale.
« Monseigneur est d’une grande sagesse ! »
« Hahahahaha ! Maintenant, j’ai de l’argent. Je veux profiter de tout ce que le monde a de meilleur. Quelle beauté ne pourrais-je pas obtenir ? Servez-moi bien et je vous donnerai tout ce que vous voudrez. Hahahaha ! » ricana avec arrogance le frère cadet de l’abbé du Temple de la Forêt orientale.
« Oui, monseigneur ! » Les concubines se mirent aussitôt à le servir de leur mieux.
Boum !
Soudain, quelqu’un poussa la porte à la volée, faisant sursauter le frère cadet de l’abbé du Temple de la Forêt orientale, qui était nu. Il fronça les sourcils avec férocité. « Qui est là ?! Qui ose interrompre mon plaisir ? Tu cherches la mort ! »
« G-gérant ! C’est terrible ! Quelqu’un veut saccager notre boutique ! » s’écria un intendant, anxieux, en s’agenouillant.
« Quoi ? Qui ose ? » demanda le frère cadet, agité.
« C’est vrai ! Il y a beaucoup de gens qui pillent notre boutique et exigent que le maître les rembourse », répondit l’intendant avec inquiétude.
« Quoi ? » Le frère cadet se leva aussitôt. Sans se soucier de rien d’autre, il s’habilla et se précipita vers la boutique de la Gestion financière de la Forêt orientale.
À son arrivée, une foule compacte s’était massée devant la boutique, empêchant quiconque de passer.
« Rendez-nous notre argent ! Rendez-nous notre argent ! » criaient d’innombrables citoyens en brandissant leurs contrats. Les marchandises de la boutique avaient été saccagées.
« Qu’est-ce que vous faites ? Qu’est-ce que vous faites ? Vous êtes tous devenus fous ? » hurla le frère cadet en les fusillant du regard.
« Gérant, vous voilà enfin ! » s’exclamèrent les employés avec soulagement.
« Le gérant de la Forêt orientale est là ! Réclamez-lui votre argent ! » cria quelqu’un.
Tous se ruèrent aussitôt sur lui.
Le frère cadet changea d’expression. Après s’être frayé un chemin à grand-peine dans la foule, il parvint jusqu’à l’entrée de la boutique.
« Qu’est-ce que vous faites tous ? Vos investissements ne se portent-ils pas bien ? Pourquoi voulez-vous retirer votre argent ? » demanda-t-il avec anxiété.
Un ou deux clients qui réclamaient leur argent, ce n’était pas grave. Mais ils étaient là en groupe. Où trouverait-il de quoi les rembourser ? Il avait déjà dépensé leur argent.
« Le contrat stipule clairement que nous pouvons retirer notre argent à tout moment. Gérant, nous respectons le contrat ! » cria quelqu’un.
« Exactement ! Exactement ! »
« Quelqu’un vous a menti ? La Gestion financière de la Forêt orientale convoiterait-elle votre misérable argent ? » lança le frère cadet.
« Peu importe. Gérant, nous vous avons confié notre argent pour que vous l’investissiez à la demande de l’abbé du Temple de la Forêt orientale. Rendez-moi mon argent, je n’ai pas besoin des intérêts. Après ça, nous serons quittes, d’accord ? Rendez-moi mon argent tout de suite ! » cria quelqu’un en retour.
« Exactement, exactement. Pas besoin des intérêts. Rendez-nous vite notre argent ! » clamait la foule.
Tous étaient résolus à récupérer leur argent. Mais où le frère cadet pourrait-il trouver de quoi les rembourser ? Il n’était pas comme Richesse infinie, qui avait amassé des richesses pendant plusieurs mois ; son affaire n’avait qu’un mois. En plus, il avait dépensé des sommes folles pour ses concubines et ses caprices, et l’argent avait disparu depuis longtemps.
« Vous ne me faites donc pas confiance ? La Gestion financière de la Forêt orientale vous volerait-elle votre argent ? Le Temple de la Forêt orientale me soutient. Croyez-vous que nous nous soucions de cette somme dérisoire ? » dit le frère cadet avec anxiété.
« Gérant, ne me dites pas que vous n’avez pas d’argent, vous non plus ?! » s’exclama quelqu’un dans la foule, dont l’expression changea.
Le frère cadet ne remarqua pas le « vous non plus ». Il eut seulement l’impression qu’on l’avait démasqué.
« Ce n’est qu’une petite somme. Pourquoi vous affoler ? Mon frère aîné, au Temple de la Forêt orientale, en a ! » dit le frère cadet, non sans inquiétude.
« Alors, allons chercher l’argent ! Rendez-nous notre argent ! » cria la foule, prête à passer à l’action.
Le frère cadet trembla. Il comprit soudain que, même si sa boutique de gestion financière rapportait vite, il devait tout de même rendre l’argent. Si un ou deux clients venaient le réclamer, ce ne serait pas un problème. Mais si tout le monde débarquait en même temps, ce serait fatal. Cet argent était bien trop dangereux.
La boutique de gestion financière fonctionnait comme un prêteur sur gages à l’envers : tout le monde était son créancier. Et maintenant, il était temps de payer. Pourquoi n’ai-je pas pris la fuite ?
« Attrapez-le ! Nous irons au Temple de la Forêt orientale réclamer le remboursement à l’abbé. S’il ne paie pas, nous irons au Grand Temple Leiyin demander au Bouddha de nous rendre justice ! » cria quelqu’un.
« Attrapez-le ! » La foule se transforma en meute.
Les employés tentèrent de résister, mais comment auraient-ils pu arrêter ces créanciers enragés ?
« Gardes de la ville ! Gardes ! À l’aide ! » cria le frère cadet, affolé.
Mais toute la ville était alors plongée dans le chaos. Des émeutes avaient éclaté dans toutes les boutiques de gestion financière. Aucun garde n’avait le temps d’intervenir.
Les créanciers s’emparèrent du frère cadet et l’escortèrent jusqu’au plus grand temple de la ville, le Temple de la Forêt orientale.
Au début, le frère cadet était terrifié. Puis la colère le gagna. Attendez un peu. Une fois au Temple de la Forêt orientale, je demanderai aux moines guerriers de vous donner une bonne leçon. Vous ne pourrez pas vous enfuir.
Chacun avait ses propres projets en tête durant le trajet. Ils ne tardèrent pas à arriver devant le Temple de la Forêt orientale.
À ce moment-là, des dizaines de milliers de personnes encerclaient le Temple de la Forêt orientale, toutes en colère, et d’autres arrivaient encore.
« Rendez-moi l’argent que j’ai gagné à la sueur de mon front ! »
« Temple de la Forêt orientale, payez vos dettes ! C’est la moindre des choses ! »
« Temple de la Forêt orientale, rendez-nous notre argent. Je n’ai acheté ces produits financiers que parce que je faisais confiance au temple ! »
« Ils frappent les gens ! Les moines du Temple de la Forêt orientale frappent les gens ! »
« Rendez-nous notre argent ! Enfonçons-nous dans le temple ! C’est l’argent que nous avons gagné à la sueur de notre front ! Il nous appartient ! »
L’abbé du Temple de la Forêt orientale était parti à la Salle de la Grande Force ; personne n’était donc aux commandes. Quelques anciens voulurent arrêter la foule, mais n’y parvinrent pas. La marée humaine fit irruption dans le temple.
Le frère cadet contempla la scène, abasourdi. « Citoyens scélérats ! Citoyens scélérats ! Vous allez le payer ! »
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Dans un restaurant isolé, à l’extérieur de la Ville de la Montagne spirituelle :
Gu Qin et Long Shenying observaient en silence le chaos qui régnait devant le Temple de la Forêt orientale.
« Celui qui a déclenché tout ça est un Garde à l’uniforme brodé ? Je crois l’avoir déjà vu », dit Long Shenying en fronçant les sourcils.
« Seigneur Long, votre mémoire est excellente. En effet. Pour semer le chaos dans les villes, il ne suffit pas d’accumuler le ressentiment des citoyens ; il faut aussi un déclencheur pour attiser leur colère. Alors seulement, les émeutes éclatent. Je ne suis pas encore assez discret. Si seulement mon père était là… Il ne laisserait aucune trace. Même Seigneur Long ne pourrait pas deviner que le Garde à l’uniforme brodé est derrière tout ça », répondit Gu Qin en sirotant son thé.
« Oh ? »
« Lorsque nous avons vendu les produits financiers, nous avions déjà laissé entendre quelque chose aux clients au sujet de chacun d’eux. D’où venaient ces produits financiers ? Tout le monde sait qu’ils servent à financer l’exploitation des mines de pierres spirituelles du Temple de la Forêt orientale. Puisqu’ils ne peuvent pas nous trouver, ils iront aux mines de pierres spirituelles pour récupérer leurs pertes. Les autres produits financiers correspondaient à d’autres lieux. En ce moment, les citoyens doivent encercler tous les temples de la ville, et même la résidence officielle du seigneur de la ville. Dès que l’étincelle jaillira, leur colère ne retombera pas », expliqua gravement Gu Qin.
« Un excellent déclencheur. Mais la colère a-t-elle submergé l’esprit des citoyens ? Qui aurait cru qu’ils seraient si violents ? » demanda Long Shenying en fronçant les sourcils.
« Mon père m’a un jour expliqué la nature humaine. Seul, on peut être raffiné, cultivé, courtois et humble. Mais dès qu’on fait partie d’un groupe, ce vernis s’écaille : il ne reste que la violence, la cruauté et la barbarie, qui se révèlent au grand jour. Et cela ne connaît aucune limite. L’histoire en témoigne. Quand une émeute a-t-elle jamais été calme ? C’est impossible. On n’a plus affaire à une personne, mais à un groupe. Quand tant de gens ont la tête échauffée par la colère, impossible de les calmer, même si une ou deux personnes le souhaitent. Il suffit d’un déclencheur pour que le chaos éclate aussitôt à grande échelle. » Une lueur froide passa dans les yeux de Gu Qin.
En effet, les combats et les pillages commencèrent dans une cour latérale du Temple de la Forêt orientale.
Le Temple de la Forêt orientale ne fut pas le seul touché. Des temples de toutes tailles sombrèrent dans le chaos ; plusieurs prirent même feu.
Et les gardes de la ville ? Eux aussi avaient acheté des produits financiers et étaient donc terriblement inquiets. D’ordinaire, ils auraient dû garder la ville et divers endroits. Mais voilà qu’ils pillèrent les lieux mêmes qu’ils étaient chargés de protéger, aggravant le chaos.
Citoyens, soldats et gardes de la ville ne valaient pas mieux les uns que les autres. Tous pillaient et dévalisaient. Avec le déclencheur de Gu Qin, impossible de ramener le calme.
Émeutes ! Violence ! Combats !
Toute la Ville de la Montagne spirituelle sombra dans l’anarchie. Des colonnes de fumée s’élevaient de tous les quartiers.
La Ville de la Montagne spirituelle n’était qu’une ville parmi deux mille. La même scène se répétait dans les autres. Ravages ! Tumulte ! Émeutes ! Chaos absolu ! Les boutiques de gestion financière de Gu Qin comme celles que d’autres gens « avisés » avaient ouvertes sombrèrent toutes dans le désordre. Chacun abandonna son travail ; les commerces baissèrent le rideau. Tous voulaient récupérer leur argent.
S’ils ne pouvaient pas récupérer leur argent, leur colère ne retomberait pas.