Chapitre 666
Livre 5 : Chapitre 153 : Le Classique de Lianshan
Gu Hai arriva dans la dynastie céleste Yan. Dès qu’il eut traversé une de ses villes, la nouvelle se répandit jusqu’à la Ville du Divin Agriculteur. De nombreux fonctionnaires vinrent alors l’accueillir. Après tout, Gu Hai représentait la dynastie céleste Qian : il était l’envoyé d’une dynastie céleste.
« Envoyés du royaume de Qian, vous avez fait un long voyage. Reposez-vous d’abord dans le district Qian. Votre résidence s’y trouve, ainsi qu’un groupe de fonctionnaires du royaume de Qian. Ils sont arrivés il y a trois ans. Vous pourrez d’abord les rencontrer », déclara poliment un fonctionnaire du ministère des Rites.
« Merci de vous donner cette peine. » Gu Hai hocha la tête.
Le navire volant prit lentement la direction de la Ville du Divin Agriculteur.
De loin, Gu Hai distinguait déjà la ville, baignée par le soleil ardent.
C’était une mégapole qui s’étendait à perte de vue, mais semblait divisée en régions où les nuages et la brume se répandaient à l’infini.
« Cette Ville du Divin Agriculteur semble aussi vaste que les trente-trois niveaux des cieux. » Gu Hai parut quelque peu surpris.
Bien qu’il ne s’agît que d’une seule ville, elle semblait encore plus grande que les trente-trois villes de la cour céleste réunies.
« À vrai dire, la Ville du Divin Agriculteur est la fusion de soixante-quatre villes », expliqua Sima Changkong.
« Oh ? Soixante-quatre villes ? » s’étonna Gu Hai.
« Oui. Toutefois, ici, on les appelle des districts. Chacun est aussi vaste qu’une ville. Maître de salle, le voyez-vous ? » demanda Sima Changkong.
Gu Hai plissa légèrement les yeux et scruta le lointain.
En effet, chacun des soixante-quatre districts possédait ses propres remparts, qui le séparaient des autres. La division était nette.
« Chaque district correspond à un hexagramme, parmi les soixante-quatre. L’Empereur céleste de Yan a fondé la voie du Classique de Lianshan. Ces soixante-quatre districts sont agencés selon ce classique. Cela n’a rien à envier aux trente-trois villes de la cour céleste. Les soixante-quatre hexagrammes forment une vaste matrice rituelle. Nul ne sait à quel point elle est puissante, mais tous s’accordent à la compter parmi les trois plus puissantes du monde », expliqua Sima Changkong.
« Oh ? Tous s’accordent à la compter parmi les trois plus puissantes ? »
« Oui. Même en tenant compte des matrices rituelles des différentes voies, elle reste dans le trio de tête. À l’époque, le Vieux Monsieur Guan Qi avait affronté cette Matrice rituelle de Lianshan avec sa propre matrice rituelle de la Voie du go. Il n’avait toutefois pas remporté la victoire. »
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« Il n’avait pas remporté la victoire ? »
« Oui. Mais l’issue n’avait été ni une victoire ni une défaite. » Sima Changkong hocha la tête.
Les bénédictions affluaient dans le ciel au-dessus de la Ville du Divin Agriculteur. L’image de l’Empereur céleste de Yan et de tous les fonctionnaires civils et militaires de la cour céleste se dressait au milieu d’une mer de nuages bénis.
Tout autour apparaissaient aussi divers diagrammes d’hexagrammes : l’Hexagramme Qian, l’Hexagramme Kun, l’Hexagramme Gen, l’Hexagramme Zhen et bien d’autres, au total soixante-quatre. Chacun correspondait à un district en contrebas.
Le navire volant de Gu Hai se dirigea vers la zone située sous l’Hexagramme Qian.
« Le Classique de Lianshan ? Comme cela m’est familier ! » dit Gu Hai en fronçant les sourcils.
« Familier ? Maître de salle, vous connaissez le Classique de Lianshan ? » demanda Sima Changkong, perplexe.
« J’en connais un peu, mais pas grand-chose. » Gu Hai secoua la tête et se plongea dans ses pensées.
Sima Changkong et Long Sanqian échangèrent un regard, perplexes.
« Jiang Lianshan a créé seul le Classique de Lianshan. Il n’en a parlé à personne, et personne n’en a reçu l’héritage. Comment pourriez-vous le connaître ? » demanda Long Aotian avec scepticisme, persuadé de pouvoir ainsi rabattre le caquet de Gu Hai.
Pourtant, Gu Hai connaissait bel et bien un peu les soixante-quatre hexagrammes.
Gu Hai avait lu le Classique des changements. À l’époque, il n’en avait toutefois pas compris grand-chose et ne l’avait pas pris au sérieux. Après être arrivé dans ce monde et avoir cultivé, sa mémoire s’était considérablement améliorée, au point qu’il pouvait se rappeler parfaitement le Classique des changements qu’il avait lu sur Terre. Il l’avait étudié lorsqu’il était encore un homme ordinaire. Dire qu’il en connaissait un peu n’avait rien d’exagéré.
Le Classique des changements et le Classique de Lianshan présentaient cependant des différences.
Gu Hai plissa les yeux en contemplant l’immense Ville du Divin Agriculteur.
On dirait bien que cela se ressemble beaucoup. La Singularité suprême, le Taoïste Moustique, Kong Xuan, le Maître de secte Heavenly Access… Se pourrait-il que les firmaments immortels suivent tous un scénario semblable, au point de créer des personnages similaires ? Si les gens sont les mêmes, peut-être les lois du monde le sont-elles aussi. C’est pour cela que ce monde possède également le Classique de Lianshan, comme la Terre ? Gu Hai plissa légèrement les yeux.
Gu Hai fixa les soixante-quatre hexagrammes dans le ciel, perdu dans ses pensées.
Sur Terre, les soixante-quatre hexagrammes avaient été transmis par Fuxi. Ils avaient ensuite évolué, donnant naissance au Classique de Lianshan, au Classique de Guicang et au Classique des changements.
[Note du traducteur : Fuxi est une figure de la mythologie chinoise, le créateur légendaire de la pêche, du piégeage et de l’écriture. Voici l’article Wikipédia à son sujet : https://en.wikipedia.org/wiki/Fuxi.]
[Note du traducteur : Voici l’article Wikipédia consacré au Classique de Guicang : https://en.wikipedia.org/wiki/Guicang. Voici celui sur le Classique des changements : https://en.wikipedia.org/wiki/I_Ching. Il n’existe malheureusement pas d’article en anglais sur le Classique de Lianshan. Voici toutefois la version chinoise : https://zh.wikipedia.org/wiki/%80%A3%E5%B1%B1%E6%98%93. Vous pouvez utiliser Google Traduction pour tenter de le comprendre. En gros, ces classiques proposent différentes interprétations des soixante-quatre hexagrammes.]
C’était le résultat d’une évolution au fil du temps. Le Classique de Lianshan était apparu en premier. Puis, le Classique de Guicang l’avait peu à peu supplanté. Enfin, sous la dynastie Zhou, le Classique des changements l’avait remplacé à son tour. Les générations suivantes, sur Terre, n’avaient donc plus reçu l’héritage du Classique de Lianshan ni de celui de Guicang et n’en connaissaient que les noms.
À présent, Gu Hai avait enfin l’occasion de voir le Classique de Lianshan de ses propres yeux.
Les soixante-quatre hexagrammes étaient les mêmes. Leur ordre différait toutefois de celui du Classique des changements.
Dans le Classique de Lianshan, l’Hexagramme Gen était l’hexagramme principal.
Dans le Classique des changements, en revanche, c’était l’Hexagramme Qian qui occupait la première place.
« L’Hexagramme Gen ? Le palais de la dynastie céleste Yan se trouve dans le district Gen ? » Gu Hai se tourna, perplexe, vers le fonctionnaire du ministère des Rites qui se tenait à côté de lui.
« C’est exact. » Le fonctionnaire hocha la tête.
« Alors, cela doit être juste. C’est bien ce que je pensais : il s’agit effectivement de l’Hexagramme Gen. » Gu Hai plissa légèrement les yeux.
Long Aotian leva les yeux au ciel. « Faut-il vraiment deviner que le palais du royaume de Yan se trouve dans le district Gen ? Tout le monde le sait. Maître de salle, inutile de faire semblant de vous y connaître. Regardez comme les fonctionnaires du ministère des Rites se moquent de vous. »
Les fonctionnaires du ministère des Rites du royaume de Yan étaient bel et bien sceptiques et lançaient à Gu Hai des regards étranges.
« Tss ! Ce n’est pas parce que tu n’y connais rien que mon maître n’y connaît rien. Ce n’est que le Classique de Lianshan. Y a-t-il quelque chose au monde que mon maître ignore ? Si tu es si doué, écris donc toi-même un Classique de la Voie et de la Vertu. Si tu n’y comprends rien, évite de parler à tort et à travers, espèce d’analphabète ! » lança l’Interprétation captivante avec mépris en fixant froidement Long Aotian.
« Moi, analphabète ? Qu’est-ce que tu peux bien savoir, cithare cassée ? » répliqua Long Aotian en lui lançant un regard noir.
« Et si tu écrivais quelque chose de plus extraordinaire que le Classique de la Voie et de la Vertu ? » rétorqua l’Interprétation captivante avec dédain.
« Humph ! » Long Aotian renifla froidement, contrarié.
« Ça suffit. Arrêtez de vous disputer », trancha Gu Hai d’un ton indifférent.
Le navire volant se dirigea lentement vers le district Qian et arriva devant un ensemble de salles et de pavillons.
Un grand nombre de fonctionnaires du royaume de Qian se tenaient déjà près des bâtiments. À leur tête se trouvait un visage familier à Gu Hai : Gongyang Sheng, le chancelier de l’Académie impériale.
Gongyang Sheng avait conduit ce groupe dans la dynastie céleste Yan depuis longtemps. Lorsqu’il apprit l’arrivée d’un autre groupe d’envoyés du royaume de Qian, il sortit aussitôt pour les accueillir.
En apercevant Gu Hai à bord du navire volant, Gongyang Sheng haussa les sourcils. « Monsieur Gu ? C’est vous ? »
« Monsieur Gongyang, cela fait longtemps ! » répondit Gu Hai avec un sourire.
Le fonctionnaire du ministère des Rites qui se tenait à côté déclara : « Seigneur Gongyang, voici les envoyés du royaume de Qian. Je vous les confie pour que vous preniez les dispositions nécessaires. Vous connaissez déjà toutes les règles. »
« Merci de vous donner cette peine ! » répondit Gongyang Sheng en hochant la tête.
Les fonctionnaires du ministère des Rites du royaume de Yan s’en allèrent.
Gongyang Sheng se tourna de nouveau vers Gu Hai, ébahi, puis regarda les autres passagers du navire volant.
« Oh ? Marquis Aotian, Marquis Sanqian, Sima Changkong et Ao Shun ? Pourquoi accompagnez-vous Monsieur Gu ? » demanda Gongyang Sheng, stupéfait.
« Sa Sainte Éminence a décrété que nous rejoignions temporairement la Salle d’élite et que nous obéissions aux ordres du maître de salle », expliqua Sima Changkong.
« Seigneur Gongyang ! » Long Sanqian lui adressa un léger sourire.
Long Aotian, en revanche, grimaça et fit comme s’il ne le voyait pas. Ao Shun ne dit rien non plus.
« Oh ? Vous avez rejoint la Salle d’élite ? Monsieur Gu, Sa Sainte Éminence vous aurait-il envoyé pour superviser ce vieux fonctionnaire, parce qu’il le juge incompétent ? » demanda Gongyang Sheng, le visage sombre.
Gu Hai secoua la tête. « Monsieur Gongyang, vous vous inquiétez pour rien. L’Empereur céleste de Qian m’a nommé envoyé auprès de la dynastie céleste Yan pendant la Convention des dix mille sages. J’ai simplement été retardé trois ans par certaines affaires. »
Gongyang Sheng, Long Aotian, Long Sanqian et Ao Shun se tournèrent vers Gu Hai, bouche bée.
« Vous… vous dites que Sa Sainte Éminence vous a nommé pendant la Convention des dix mille sages ? Vous avez vraiment osé désobéir à son décret ? » s’étonna Long Aotian, les yeux écarquillés.
« Des affaires importantes m’ont empêché de partir. » Gu Hai secoua la tête.
Gongyang Sheng resta sans voix.
Vous ne pouviez pas partir ? Vous avez vraiment osé mettre de côté les ordres de Sa Sainte Éminence pour régler vos propres affaires ? Personne, dans le royaume de Qian, n’avait jamais fait cela.
Cela prouve toutefois que Sa Sainte Éminence ne m’a pas envoyé ici parce qu’il était déçu de moi. Il m’a plutôt envoyé parce qu’il était déçu de Gu Hai.
« Monsieur Gu, vous avez mis tout ce temps à arriver. Vous ne vous êtes vraiment pas pressé ! » lança froidement Gongyang Sheng.
« Ça allait. Nous avons été un peu retardés en chemin, puis nous nous sommes dépêchés », répondit Gu Hai en secouant la tête avec un sourire.
« Retardés ? Y avait-il quelque chose de plus important que de venir à la Ville du Divin Agriculteur ? » demanda Gongyang Sheng, l’air maussade, visiblement mécontent.
« Les anges nous ont barré la route. Nous sommes donc allés à la Ville céleste, avons tué quelques anges et nous sommes disputés avec le Suprême Genèse. » Gu Hai hocha la tête.
Cette révélation laissa Gongyang Sheng interdit. Il lui fallut un moment pour assimiler les informations.
« Vous vous êtes disputé avec le Suprême Genèse, et il vous a laissé repartir ? Monsieur Gu, je vous suis reconnaissant de m’avoir sauvé autrefois. Mais je ne suis pas idiot. Vous feriez mieux de ne pas essayer de me berner avec des mensonges aussi grossiers », dit Gongyang Sheng en le fusillant du regard.
« Vous berner ? » Gu Hai parut quelque peu perplexe.
« Humph ! Vous avez osé vous rendre à la Ville céleste ? Les anges veulent tous vous capturer et se venger. Le Suprême Genèse vous hait jusqu’à la moelle. Si vous allez à la Ville céleste, pensez-vous pouvoir en ressortir vivant ? C’est la plus grande résidence du Suprême Genèse, et de nombreux anges y sont stationnés. Vous auriez pu en ressortir, et en plus sain et sauf ? Vous me prenez pour un imbécile ? » s’emporta Gongyang Sheng en le fusillant du regard.
À peine Gongyang Sheng eut-il fini de parler que le cri de Mu Chenfeng retentit depuis une salle du navire volant : « Nous sommes arrivés. Sortez ! Dépêchez-vous ! »
Cric !
Les portes de la salle s’ouvrirent.
Deux hommes enchaînés sortirent en tête.
« C’est… le Premier jeune maître Yanxuan ? Pourquoi sont-ils enchaînés ? Et Yehua ? Pourquoi est-il encore en vie ? Lui aussi est enchaîné ? » s’exclama Gongyang Sheng, stupéfait.
« Comme on vous l’a déjà dit, nous sommes allés à la Ville céleste. Gongyang Sheng, pourquoi êtes-vous aussi borné ? » lança Long Aotian avec impatience.
Gongyang Sheng se frotta les yeux. Ses subordonnés, derrière lui, firent de même, incapables d’accepter ce qu’ils voyaient.
Gu Hai avait semé le trouble dans la Ville céleste et enlevé les deux fils du Suprême Genèse sous ses yeux. Et, au bout du compte, il s’en était sorti indemne ? Avais-je mal compris ? Depuis quand le Palais divin du Soleil se montrait-il aussi conciliant ?
« Gu Hai, tu as déjà scellé nos cultures, et tu nous as quand même mis des chaînes. Tu cherches à nous humilier ? » lança Yanxuan, furieux.
« Je me suis souvenu que tu avais dit avoir enchaîné Bing Ji à son retour », répondit Gu Hai avec indifférence.
« Toi ! » Yanxuan le foudroya du regard, outré.
Gu Hai se tourna vers Gongyang Sheng. « Seigneur Gongyang, pourriez-vous nous trouver une résidence ? Et aussi un endroit où enfermer Yanxuan et Yehua. »
Gongyang Sheng resta sans voix.
Chapitres de juillet : 18 / 30