Chapitre 502
Livre 4 : Chapitre 179 : Réduire Mo Yike à l’impuissance
« Une attaque psychologique ? Une attaque psychologique contre Sa Révérence ? Comment est-ce possible ? » demanda Qin Zibai en fronçant les sourcils.
« Pour l’instant, la plus grande faiblesse de Sa Révérence, c’est son impulsivité. Mais même s’il est impulsif, et alors ? Au fond, ce n’est pas un imbécile. Sinon, il n’attendrait pas l’arrivée de l’armée du royaume de Qian à la grande métropole. Il est impulsif, mais il ne l’est pas sans raison. » Mo Yike fronça les sourcils.
Qin Zibai se tint à l’écart, dans l’attente.
Au bout d’un moment, Mo Yike soupira. « Monsieur Gu agit de façon très inventive, sans jamais se laisser enfermer dans un style. Nous ne pouvons que nous adapter à la situation. Il m’est impossible de deviner ses intentions. »
« Alors, nous ne pouvons qu’attendre ? » demanda Qin Zibai avec inquiétude.
« Il ne nous reste qu’à attendre. Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose. Seigneur Qin, même si je suis emprisonné, personne n’ose me créer des ennuis. Sa Révérence m’autorise même à écrire des lettres et à en recevoir afin de me tenir au courant de la situation extérieure. Cela reste toutefois très contraignant. Pour tout ce qui se passe dehors, je ne peux compter que sur vous. Apportez-moi toutes les informations et je les analyserai. Quels que soient leurs mouvements, je ferai de mon mieux pour les comprendre et, en m’en tenant à une ligne constante, contrer leurs innombrables variantes », dit Mo Yike.
« Monsieur Mo, soyez tranquille. Je ferai de mon mieux pour vous aider », répondit Qin Zibai avec sérieux.
« Le royaume de Yuan traverse son heure la plus périlleuse. Vous avez beaucoup à endurer, Seigneur Qin », dit Mo Yike avec gravité.
« C’est vous qui avez traversé les pires épreuves, Monsieur Mo. » Qin Zibai secoua la tête.
Qin Zibai avait confiance dans les capacités de Mo Yike. Il croyait que tant que celui-ci serait là, il saurait déjouer toutes les manœuvres de Gu Hai.
——
Les soldats du royaume de Qian et ceux de Han quittèrent la ville de la Métropole précédente et prirent lentement la direction de la grande métropole.
À bord d’un des vaisseaux volants, Gu Hai, Long Shenwu et Sima Changkong parcouraient les renseignements sur les régions alentour.
« Monsieur Gu, j’ai fait ce que vous m’avez demandé. Cela suffira-t-il vraiment à nous débarrasser de l’Empereur impérial Xi Yu ? Si nous échouons, l’armée de mon royaume de Qian échouera au dernier moment », dit Long Shenwu en fronçant les sourcils.
« Prince, ne vous inquiétez pas », répondit Gu Hai avec un léger sourire.
« Même si Mo Yike est enfermé dans la prison impériale, Monsieur Gu, vous ne devriez pas baisser la garde », avertit Sima Changkong.
« Je connais très bien les capacités de Mo Yike. C’est pourquoi notre première tâche consiste à le réduire à l’impuissance », dit Gu Hai.
« Comment allons-nous nous y prendre ? » demanda Long Shenwu.
« C’est déjà fait. » Gu Hai sourit.
« Qu’est-ce qui est fait ? Il a suffi de lui envoyer une lettre ? C’est tout ? » Long Shenwu avait l’air sceptique.
Sima Changkong demanda, perplexe : « Nous vous avons vu écrire cette lettre. Vous vous êtes contenté d’échanger quelques banalités avec Mo Yike. En plus, vous avez fait quelques erreurs que vous avez ensuite biffées. Vous pensez vraiment que l’envoyer à Mo Yike suffira à le rendre impuissant ? »
« C’est amplement suffisant. » Une lueur d’assurance passa dans les yeux de Gu Hai.
Long Shenwu continua de le regarder avec scepticisme.
Sima Changkong, en revanche, semblait plongé dans ses réflexions.
« La lettre doit être arrivée à la Résidence Mo, maintenant. » Gu Hai sourit faiblement.
——
Résidence Mo :
L’intendant de la Résidence Mo reçut un visiteur inattendu : un émissaire de Gu Hai.
Si cela avait été quelqu’un d’autre, l’intendant l’aurait envoyé aux autorités. Mais il connaissait l’amitié qui liait son maître à Gu Hai et ne lui créa donc pas d’ennuis.
« Vous êtes venu remettre une lettre de la part de Gu Hai ? » demanda l’intendant de la Résidence Mo.
« Oui. Sa Majesté m’a chargé de remettre cette lettre à Monsieur Mo. Pourriez-vous la lui transmettre ? Je vais prendre congé. » L’homme s’inclina poliment.
L’intendant de la Résidence Mo raccompagna l’émissaire de Gu Hai, quelque peu perplexe.
Il est venu uniquement pour remettre une lettre ? En plein milieu d’une période aussi délicate ? Qu’est-ce que je vais en faire ?
La remettre aux autorités ? L’intendant de la Résidence Mo était loyal envers Mo Yike. Cette idée ne lui traversa donc même pas l’esprit.
« Je vais la remettre au maître, alors », soupira l’intendant en rangeant la lettre.
Peu après, il alla rendre visite à Mo Yike.
Les gardes de la prison impériale le laissèrent entrer sans lui barrer la route.
Mo Yike le regarda, perplexe. « Vous êtes sûr de ne pas vous tromper ? Gu Hai a envoyé quelqu’un pour me remettre cette lettre ? »
« Maître, j’ai déjà vérifié. C’est bien Gu Hai qui l’a envoyée », répondit respectueusement l’intendant de la Résidence Mo.
Mo Yike prit la lettre et hocha la tête, toujours perplexe. « Très bien. Vous êtes venu me voir sans passer par les voies officielles. Vous feriez mieux de rentrer. »
« Bien ! »
L’intendant s’en alla.
Mo Yike s’assit à son bureau et ouvrit la lettre.
« Gu Hai avait déjà essayé de me rallier à sa dynastie céleste Han. Maintenant que nous sommes en guerre, tenterait-il encore de me recruter ? » Mo Yike fronça les sourcils en lisant.
« Cher Monsieur Mo,
« Cela fera bientôt un an que nous nous sommes séparés. Avez-vous entièrement percé le Puzzle de go du Monde des trente paires de lignes ? À l’époque, dans la Ville de la Lune d’argent… »
Mo Yike parcourut la lettre, perplexe. Elle ne contenait aucune invitation à rejoindre la dynastie céleste Han. Rien de tel. Seulement des banalités et des souvenirs. Certains passages étaient mal écrits et biffés à l’encre.
« Ces passages biffés… Gu Hai s’est-il trompé en écrivant ? Non, c’est impossible. Pourquoi m’aurait-il envoyé un brouillon ? A-t-il confondu les lettres ? C’est impossible aussi. L’intendant aurait-il biffé une partie du contenu ? Jamais de la vie. Le vieil intendant n’oserait pas. » Mo Yike fronça légèrement les sourcils.
La lettre ne mentionnait pas du tout la guerre, ce qui laissait Mo Yike perplexe.
Tandis que Mo Yike étudiait la lettre, Qin Zibai fit soudain irruption dans la prison impériale.
« Seigneur Qin, pourquoi vous précipiter ainsi ? » demanda Mo Yike.
« Gu Hai vous a-t-il envoyé une lettre ? » lança aussitôt Qin Zibai.
« Hein ? Comment l’avez-vous appris ? » demanda Mo Yike.
« Comment je l’ai appris ? Depuis votre emprisonnement, la Résidence Mo est devenue un lieu sensible. Je viens de recevoir l’information. Pourquoi Gu Hai vous écrit-il à présent ? Est-ce au sujet de la guerre ? » rétorqua Qin Zibai.
« Non. » Mo Yike secoua la tête.
« Alors, pourquoi vous a-t-il écrit ? Qu’a-t-il dit ? » demanda Qin Zibai.
« Quelques banalités. Il veut sans doute garder le contact », dit Mo Yike avec un sourire amer.
La lettre de Gu Hai arrivait à un moment étrange.
« Très bien. Espérons qu’elle ne contienne rien de délicat. Après tout, si j’ai appris que Gu Hai vous avait écrit, Sa Révérence le saura aussi », soupira Qin Zibai.
« Sa Révérence est au courant ? » Le visage de Mo Yike changea brusquement.
« En effet. On m’a transmis la nouvelle tout à l’heure. Elle a dû parvenir aux oreilles de Sa Révérence, maintenant. Il est forcément au courant. » Qin Zibai hocha la tête.
Mo Yike en fut légèrement ébranlé. Puis ses paupières se mirent à tressaillir tandis qu’il fixait la lettre de Gu Hai.
Jusque-là, elle lui avait paru banale, sans la moindre importance. À présent, elle ressemblait à un serpent venimeux et un frisson lui glaça le cœur.
« Excellent ! Quel Gu Hai sournois ! » Le visage de Mo Yike changea.
Il comprenait enfin pourquoi la lettre de Gu Hai comportait tant de passages biffés, pourquoi celui-ci lui avait envoyé une lettre où les corrections sautaient aux yeux.
Gu Hai cherchait à le saboter.
« C’est cette lettre ? C’est bien Gu Hai qui vous l’a envoyée ? Je peux la voir ? » demanda Qin Zibai, curieux.
Il y avait une guerre en cours. Et pourtant, Gu Hai avait trouvé le temps d’écrire à Mo Yike, à Mo Yike entre tous. Pourquoi ?
« Inutile de la regarder. Je dois la détruire immédiatement », dit Mo Yike avec anxiété.
Comme sa cultivation était scellée, Mo Yike ne pouvait que déchirer la lettre.
« Ne la déchirez pas. Laissez-moi la voir ! » dit Qin Zibai, inquiet.
Mais Mo Yike ne tint pas compte de lui et entreprit de déchirer la lettre.
Au moment où il fit une petite déchirure, la lettre émit une lueur blanche qui sembla l’empêcher de se déchirer davantage.
« Mo Yike, puisque Gu Hai vous a écrit, pourquoi êtes-vous si pressé de déchirer sa lettre ? Y a-t-il quelque chose que les autres ne devraient pas voir ? » Une voix résonna soudain dans toute la prison impériale.
« Sa Révérence ? » Qin Zibai fut légèrement surpris.
Mo Yike sourit avec amertume, tout en maudissant Gu Hai intérieurement. Celui-ci l’avait mis dans une situation impossible.
L’énergie qui m’empêche de déchirer la lettre vient de Sa Révérence ?
Je ne peux plus la déchirer.
Bzz !
Soudain, l’Empereur impérial Xi Yu apparut dans la prison impériale.
En le voyant, les gardes de la prison s’inclinèrent aussitôt.
« Salutations, Votre Révérence. Vive Votre Révérence ! Que Votre Révérence vive dix mille ans ! »
Qin Zibai et Mo Yike s’inclinèrent eux aussi avec respect. « Salutations, Votre Révérence. »
L’Empereur impérial Xi Yu ignora tous les gardes et fixa Mo Yike — plus précisément, la lettre qu’il tenait.
Mo Yike avait déjà légèrement déchiré la lettre. L’Empereur impérial Xi Yu s’avança.
« C’est la lettre que Gu Hai vous a envoyée ? » demanda l’Empereur impérial Xi Yu d’une voix grave.
« Oui », répondit Mo Yike avec amertume.
À présent, il avait l’impression de ne plus pouvoir se justifier.
« En cette période, Gu Hai vous écrit, à vous entre tous ? Ha ! Voyons donc ce que Gu Hai a à vous dire sur la guerre. » L’Empereur impérial Xi Yu lui arracha la lettre, méfiant.
Il ne se souciait pas de savoir si Mo Yike allait la lui remettre de son plein gré.
Mo Yike ne pouvait pas résister. De plus, tenter de détruire la lettre de force ne ferait qu’aggraver la situation.
« Ce ne sont que des banalités », dit Mo Yike avec amertume.
L’Empereur impérial Xi Yu se mit aussitôt à lire la lettre. Elle ne contenait effectivement que des banalités. Cependant, certains passages avaient été biffés, les rendant illisibles.
L’Empereur impérial Xi Yu plissa les yeux en regardant Mo Yike.
Il y a de l’encre et un pinceau sur la table, à côté de Mo Yike. Est-ce lui qui a biffé ces passages ?
Pourquoi les a-t-il biffés ? Voulait-il empêcher les autres de les lire ?
« Qu’est-ce que Gu Hai vous a dit dans ces passages ? » demanda l’Empereur impérial Xi Yu en lançant à Mo Yike un regard glacial.
À côté de lui, Qin Zibai se pencha pour voir. Ce qu’il découvrit le laissa bouche bée.
Qu’est-ce que Monsieur Mo cherche à cacher ?
« La lettre est arrivée comme ça », dit Mo Yike avec amertume.
Il disait la vérité, mais qui le croirait ?
Il n’avait plus aucun moyen de se justifier. Il savait qu’à partir du moment où l’Empereur impérial Xi Yu avait vu cette lettre, il ne lui ferait plus confiance. Aucune explication n’y changerait rien.
« Ha ! Hahahaha ! La lettre est arrivée comme ça ? » L’Empereur impérial Xi Yu éclata d’un rire glacial.
Qin Zibai regarda lui aussi Mo Yike d’un air étrange.
« Oui ! » Mo Yike hocha la tête en se forçant à sourire.
« Hum ! Très bien. À l’avenir, personne ne sera autorisé à rendre visite aux prisonniers. Qin Zibai, ne revenez plus », dit froidement l’Empereur impérial Xi Yu.
« Oui ! » Qin Zibai afficha une expression légèrement amère.
« Hum ! »
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L’Empereur impérial Xi Yu s’en alla en faisant voltiger sa manche.
Qin Zibai et les autres n’eurent d’autre choix que de partir eux aussi.
Mo Yike s’assit dans sa cellule et regarda la lettre que l’Empereur impérial Xi Yu avait jetée au sol, un faible sourire amer aux lèvres.
« Me voilà donc à devoir “m’adapter à la situation”. Analyser les manœuvres de Gu Hai pour Sa Révérence ? Hahahaha ! Gu Hai est impitoyable. Avec une simple feuille de papier, il a complètement coupé Sa Révérence de moi et réduit à néant tous mes plans et préparatifs ? » Mo Yike ramassa la lettre en riant amèrement.