Chapitre 414
Livre 4 : Chapitre 90 — Jouer sur les deux tableaux
Xi Yong avait l’air abattu.
*Je n’ai encore rien fait. Pourquoi est-ce que vous criez ?*
Lorsque Gu Hai poussa soudain un cri, les nombreux habitants du royaume de Yuan l’entendirent. Plusieurs ouvriers qui réparaient les bâtiments froncèrent aussitôt les sourcils.
« La voix de Monsieur Gu ?
— Ils cherchent encore des ennuis à Monsieur Gu ?
— À l’Académie des Cinq Montagnes sacrées, ils avaient voulu humilier Monsieur Gu. Mais il avait retourné la situation grâce à son talent exceptionnel. J’ai entendu dire qu’ils l’avaient même forcé à quitter la Résidence Mo, il n’y a pas si longtemps. Et maintenant, ils cherchent encore des ennuis à Monsieur Gu ?
— Sans Monsieur Gu, qui a empêché l’Armée du Sang divin d’entrer dans la ville, nous serions déjà morts.
— Qui ose chercher des ennuis à Monsieur Gu ?
De nombreux habitants se précipitèrent vers la demeure de Gu Hai.
L’expression de Mo Yike changea brusquement. Le cri de Gu Hai ne fit que renforcer ses soupçons : Long Wanyu avait bel et bien quitté la Grande Cité métropolitaine.
De plus en plus inquiet, Mo Yike regarda le réseau rituel derrière Gu Hai et songea :
*Je dois entrer et vérifier, même s’il faut employer la force.*
Qin Zibai fronça légèrement les sourcils. Il n’était pas aussi perspicace que Mo Yike, mais il sentait que quelque chose clochait.
Xi Yong, lui, fusillait Gu Hai du regard.
*Pourquoi est-ce que tu cries si fort ? Regarde, les habitants viennent voir ce qui se passe.*
« Gu Hai, inutile de crier. Tu essaies de me piéger ? Tu crois qu’il suffit de crier pour y arriver ? » aboya Xi Yong en le dévisageant.
Beurk !
Soudain, Gu Hai porta une main à sa poitrine et cracha une gorgée de sang. Son visage vira aussitôt au rouge.
Xi Yong : « … »
Xi Yong en fut complètement décontenancé.
*Gu Hai, tu n’y vas pas un peu fort ?*
À l’instant, une fissure était apparue dans la barrière qui scellait la gourde de feu, dans le palais divin du feu de Gu Hai. Une détonation avait retenti, libérant un déferlement de flammes.
Bien qu’il ne s’agît que d’une fissure, le palais divin du feu de Gu Hai ne pouvait le supporter. Des flammes ardentes parcouraient tout son corps.
Ses différents palais divins déployaient sans cesse leur énergie pour réprimer le feu. Mais celui-ci était trop puissant et mettait son endurance à rude épreuve. Il vomit aussitôt une gorgée de sang, le visage écarlate et l’expression grave.
Gu Hai était réellement blessé ; il ne faisait pas semblant.
Pourtant, Mo Yike, Qin Zibai et Xi Yong crurent qu’il simulait.
Mo Yike écarquilla les yeux. Quand Gu Hai avait crié, il avait compris qu’il allait calomnier Xi Yong. Il avait compté sur l’imprudence de ce dernier pour le pousser à entrer de force, mais Gu Hai avait fait échouer son plan. Et il n’avait pas imaginé que Gu Hai irait aussi loin, allant jusqu’à cracher du sang pour faire passer Xi Yong pour un coupable.
Il faisait vraiment tout son possible pour piéger Xi Yong.
Inconsciemment, Mo Yike recula d’un pas.
Qin Zibai ne comprenait pas ce qui se passait. Mais il voyait bien que Gu Hai calomniait Xi Yong. Il fronça légèrement les sourcils et jeta un regard à Mo Yike, comprenant aussitôt qu’il assistait à un affrontement entre Gu Hai et Mo Yike.
La victime, Xi Yong, fixait le sang de Gu Hai.
*Il va me faire chanter ?*
« Je n’ai absolument rien fait. Qu’est-ce que vous me voulez ? » gronda Xi Yong en regardant Gu Hai.
Les habitants alentour remarquèrent aussitôt son air furieux.
« Monsieur Gu est blessé !
— Xi Yong a blessé Monsieur Gu !
— C’est Xi Yong, ce fauteur de troubles ! Il a fait vomir du sang à Monsieur Gu !
Les habitants tirèrent immédiatement leurs propres conclusions.
« Bande de salauds ! Qui m’accuse ?! » cria Xi Yong en fusillant les habitants du regard.
« Xi Yong va nous faire taire ?
— Monsieur Gu, n’ayez pas peur. Vous m’avez sauvé la vie, à moi, un vieil homme. Nous ne laisserons pas Xi Yong vous faire du mal !
— Nous allons supplier Sa Révérence et lui remettre une pétition signée par les habitants. Xi Yong est un fléau pour la société ; il s’en prend au bienfaiteur du royaume de Yuan et sème le trouble dans le pays !
— Votre Révérence, le fonctionnaire corrompu Xi Yong nuit au royaume et fait souffrir le peuple. Nous vous implorons de rendre justice !
— Votre Révérence, quand un royaume est au bord du chaos, les démons maléfiques apparaissent. Xi Yong est le démon qui plonge le royaume dans le malheur et fait souffrir le peuple !
Les habitants se mirent à crier tous ensemble, et la rage se peignit sur le visage de Xi Yong.
*Mais je n’ai rien fait !*
*Je n’ai pas fait de mal à Gu Hai !*
Voyant que les habitants prenaient le parti de Gu Hai, le regard de Mo Yike se fit plus froid et plus perçant.
Au vu du comportement de Gu Hai, il était encore plus probable que Long Wanyu ait quitté la Grande Cité métropolitaine.
« Gu Hai, tu fais semblant ! Tout ça n’est qu’une comédie ! » hurla Xi Yong, furieux.
Gu Hai ne faisait vraiment pas semblant. À cet instant, il se tenait la poitrine, et même parler lui était difficile.
Beurk ! Beurk !
Gu Hai vomit deux nouvelles gorgées de sang.
« Monsieur Gu, ça va ? » s’inquiétèrent les habitants qui l’entouraient.
« Xi Yong, quelle attaque perfide avez-vous utilisée contre Monsieur Gu ?
— Xi Yong, quelle cruauté ! Fonctionnaire corrompu, fléau du royaume !
Les habitants voyaient bien que Gu Hai était réellement gravement blessé. Ils se mirent aussitôt à accabler Xi Yong.
Xi Yong : « … »
Xi Yong regarda Gu Hai, incapable de croire qu’on puisse être aussi effronté.
Tous montraient Xi Yong du doigt et le couvraient d’injures. Il ne pouvait pas s’en tirer avec des paroles.
Jusqu’ici, c’était toujours lui qui accusait les autres ; personne ne l’avait jamais accusé. Il ne put s’empêcher de s’alarmer.
À côté de lui, Mo Yike murmura à Xi Yong : « Gu Hai fait exprès pour nous empêcher d’entrer dans sa demeure. Il a peut-être déjà envoyé Long Wanyu ailleurs en secret.
L’expression de Xi Yong changea brusquement.
Xi Yong n’était pas aussi intelligent que Mo Yike, mais ce raisonnement évident était à sa portée. Plus tôt, le duc Xi Kang lui avait dit qu’il avait ordonné aux soldats de boucler la Grande Cité métropolitaine. Xi Yong comprenait donc à quel point Long Wanyu était importante pour le royaume de Yuan.
Après le rappel de Mo Yike, Xi Yong comprit aussitôt pourquoi Gu Hai cherchait à le calomnier.
« Gardes ! Gardes ! Pourquoi ceux qui sont dans les environs ne viennent-ils toujours pas ?! » cria soudain Xi Yong.
Mo Yike et Qin Zibai reculèrent.
*Xi Yong va passer à l’action ?*
Grondement…
Un grand nombre de soldats arrivèrent aussitôt.
Les lieux étaient déjà bruyants et agités, si bien que certains soldats s’étaient mis en route. Quand Xi Yong les appela, ils accoururent rapidement.
*L’armée vient réprimer l’émeute ?*
Les habitants alentour changèrent d’expression.
« Écartez ces fauteurs de troubles et ouvrez-moi le passage. Je veux entrer dans la demeure ! Dépêchez-vous ! » ordonna Xi Yong.
Il voulait entrer pour vérifier si Long Wanyu s’y trouvait encore.
Les trois mille soldats qui venaient d’arriver restèrent bouche bée.
« Jeune duc, mais… c’est la demeure de Monsieur Gu », dit d’un air contrarié le chef des soldats.
Peu de temps auparavant, Gu Hai avait risqué sa vie pour sauver les habitants de la ville, ces soldats compris. Et voilà que Xi Yong voulait s’en prendre à lui ?
Les trois mille soldats y étaient naturellement réticents.
« Qu’est-ce que vous regardez ? Pourquoi n’avez-vous pas encore chassé ces fauteurs de troubles ? » cria Xi Yong.
Les trois mille soldats étaient embarrassés.
*Nous ne pouvons pas rendre le mal pour le bien. Mais nous servons le duc Xi Kang ; nous devons donc obéir aux ordres du jeune duc.*
Désemparés, les soldats regardèrent Mo Yike et Qin Zibai.
Naturellement, Mo Yike et Qin Zibai ne dirent rien. Eux aussi voulaient entrer dans la demeure pour voir ce qui s’y passait.
Les trois mille soldats étaient dans l’embarras. Ils pesèrent le pour et le contre, mais durent prendre leur décision eux-mêmes.
Soudain, une vieille femme sortit de la foule, se dirigea vers l’un des soldats et lui tira l’oreille.
« Mère ! Mère ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Tout le monde nous regarde ! » supplia le soldat.
« Petit ingrat ! Sans Monsieur Gu, ta mère serait morte depuis longtemps. Monsieur Gu est le bienfaiteur de notre famille, et toi, tu aides ces fonctionnaires corrompus à s’en prendre à lui ? Tu crois être quelqu’un parce que tu portes cet uniforme ? Depuis quand notre famille a-t-elle un fils aussi indigne ? »
« Mère ! Mère, j’ai eu tort ! J’ai eu tort ! Arrêtez de me tirer l’oreille ! » gémit le soldat.
Ce ne fut pas un cas isolé. Plusieurs autres habitants s’avancèrent à leur tour.
« Espèce d’ingrat ! Tu allais t’en prendre à Monsieur Gu ? Eh bien, il faudra d’abord me passer sur le corps ! Vas-y ! Piétine ton père et aide le fléau du royaume à s’en prendre au bienfaiteur de notre famille ! J’aurais mieux fait de ne pas t’engendrer ; au moins, tu n’aurais pas couvert nos ancêtres de honte !
— Mon neveu ? Comment as-tu pu faire une chose aussi inhumaine ? Comment regarderas-tu tes parents et ta femme en face demain ?
Les reproches des habitants étaient terribles, surtout ceux des familles des soldats. Le désordre éclata aussitôt dans leurs rangs.
*Fouiller la demeure de Gu Hai ? Quelle blague ! Si j’y mets un pied, demain ma famille me couvrira de crachats.*
À l’écart, Mo Yike eut un sourire amer. Heureusement qu’il avait pris l’initiative d’aller trouver Xi Yong. Sans quoi, sa réputation dans le royaume de Yuan aurait été ruinée.
Gu Hai se tenait la poitrine, le visage rouge, et faisait de son mieux pour réprimer le feu qui brûlait en lui. Les habitants et les soldats causaient un tel tumulte que Xi Yong ne pouvait pas entrer.
Voyant que les soldats ne lui étaient d’aucune utilité, Xi Yong se mit aussitôt en colère. « Bande de salauds ! Ce n’est pas Gu Hai qui vous a sauvés, c’est Sa Révérence !
Les habitants cessèrent aussitôt de crier et se tournèrent vers Xi Yong.
« Fonctionnaire corrompu !
— Fléau du royaume !
— Espèce d’ingrat !
Les réprobations fusèrent. D’autres soldats arrivèrent, et de nouveaux habitants accoururent également. Ces derniers retenaient les soldats, qui n’osaient pas lever leurs armes contre les habitants du royaume de Yuan. Ils n’avaient pas envie non plus de forcer le passage. Le tumulte ne fit donc que s’amplifier.
« Jeune duc ! » Soudain, deux gardes vêtus de noir apparurent devant Xi Yong.
Ils dégageaient tous deux une puissante aura ; c’étaient manifestement des experts.
« Vous arrivez à point nommé. Inutile de me protéger. Entrez de force. Gu Hai ne peut pas vous arrêter, et ces fauteurs de troubles non plus. Ouvrez-moi le passage ; je veux entrer ! » ordonna Xi Yong.
« Oui ! » répondirent les deux gardes d’une seule voix.
Boum !
Une puissante aura jaillit d’eux.
« Des cultivateurs du Royaume du Palais céleste ? » L’expression de Gu Hai s’assombrit.
Les auras libérées par les deux gardes repoussèrent les habitants et les soldats qui les entouraient.
Boum !
Une fois repoussés, les habitants se mirent aussitôt à injurier les deux gardes. Mais cela ne les arrêta pas.
Fwouit !
Alors que Xi Yong, le visage mauvais, s’apprêtait à entrer, un rayon doré jaillit soudain de loin.
Boum !
En un clin d’œil, le rayon doré arriva devant les deux gardes.
« Oh non ! » s’écrièrent-ils, le visage bouleversé, en brandissant leurs armes de concert.
Boum !
Une flèche dorée les repoussa violemment, puis continua sa course vers Xi Yong.
« Allez ! » cria Qin Zibai en abattant son épée.
Boum !
Son coup dévia la flèche, qui s’envola vers le ciel.
Le danger s’était enchaîné au danger. Xi Yong avait failli être tué par une flèche. Épouvanté, il était couvert de sueur froide.
Qin Zibai s’assombrit et tourna le regard vers une silhouette qui approchait au loin.
Bang !
Li Shenji atterrit soudain près de Gu Hai, son arc à la main.
« Li Shenji ? » Xi Yong entra brusquement en fureur.
La flèche avait failli le tuer.
À côté, Mo Yike sentit son cœur sombrer au plus bas.
Gu Hai avait mis à profit son intelligence, le raisonnement et les règles de bienséance pour empêcher la perquisition. Li Shenji, lui, avait fait appel à la force pour y mettre fin. Dans ces conditions, non seulement ils ne pouvaient pas employer la force, mais ils n’avaient même plus d’excuse pour le faire.