Chapitre 39
Livre 1, chapitre 37 : Souverain divin de la Grande Lumière
Vallée de la Quiétude :
Les cultivateurs éprouvaient une immense gratitude envers le Bodhisattva Lian Sheng, qui les avait aidés à survivre. Celui-ci se montrait également très affable. Après avoir répondu à leurs remerciements, il n’ajouta rien.
« Merci beaucoup, Maître de division Gu ! » Même s’ils remerciaient le Bodhisattva Lian Sheng, les cultivateurs qui les entouraient n’oubliaient pas Gu Hai.
Gu Hai se contenta de sourire légèrement. « Nous étions dans le même bateau. Vous êtes trop aimables. Cela dit, j’aurais une faveur à vous demander, si vous le pouvez. »
« Maître de division Gu, dites-nous ce que vous souhaitez. Si je peux vous aider, je le ferai sans faute ! »
« Sans le Maître de division Gu et le Bodhisattva Lian Sheng, nous serions morts ici ! »
« Maître de division Gu, inutile d’être si poli. Dites ce que vous avez sur le cœur. Quoi que ce soit, je le ferai ! »
Les cultivateurs se frappèrent aussitôt la poitrine pour le lui garantir.
« Je l’ai déjà dit tout à l’heure : si je suis entré dans le Monde-puzzle inné, c’est pour retrouver quelqu’un qui s’appelle l’Homme sans naissance. Si vous le croisez dans ce monde, dites-lui que je l’attendrai à la sortie pendant le dernier mois. Et s’il ne veut pas venir, vous pourrez aussi me le faire savoir à ce moment-là », déclara Gu Hai avec le plus grand sérieux.
Tous furent stupéfaits. Ils ne s’attendaient pas à ce que la demande de Gu Hai soit si simple.
« Maître de division Gu, ne vous inquiétez pas. À mon retour, j’en informerai ma secte et demanderai à tous mes frères aînés et cadets de vous aider à le chercher ! »
« Maître de division Gu, soyez tranquille. Je vais retrouver mon maître sans tarder, et nous vous aiderons à le chercher ! »
Les différents cultivateurs le lui promirent.
« Merci à tous ! » Gu Hai sourit.
Désormais, davantage de gens étaient donc à la recherche de l’Homme sans naissance.
Après quelques politesses, tous partirent les uns après les autres. Même si la situation était réglée, ils restaient méfiants et craignaient que le Neuvième Jeune Maître ne revienne.
Tous prirent congé de Gu Hai et du Bodhisattva Lian Sheng avant de s’en aller.
« Mes salutations, Maître de division Meng ! » Gu Hai sourit en regardant Meng Tai.
Meng Tai fixa Gu Hai d’un air indéchiffrable.
« Maître de division Gu, quel talent au jeu de go ! » Le Maître de division Meng fronça les sourcils.
« Ce n’était que de la chance. Maître de division Meng, vous êtes grièvement blessé. Souhaitez-vous voyager avec nous ? » lui proposa Gu Hai en souriant.
« Inutile. Nous cherchons tous les deux l’Homme sans naissance. Nous avons plus de chances de le trouver en nous séparant. Maître de division Gu, adieu ! » Meng Tai refusa en secouant la tête.
« Très bien. » Gu Hai hocha la tête.
Les yeux légèrement plissés, Gu Hai regarda les membres de la Salle d’élite s’éloigner.
« Maître de division, Song Qingshu et les autres pourraient… » suggéra Gao Xianzhi en fronçant les sourcils.
« Je sais », répondit Gu Hai avec gravité en secouant la tête.
« Oui ! » Gao Xianzhi acquiesça.
À côté d’eux, Chen Tianshan semblait perplexe. Que voulait dire Gao Xianzhi en parlant de Song Qingshu et des autres ?
Il ne resta bientôt plus que le groupe de Gu Hai et le Bodhisattva Lian Sheng.
« Bodhisattva Lian Sheng, merci d’être intervenu tout à l’heure », dit Gu Hai avec gratitude.
Le Bodhisattva Lian Sheng le regarda en souriant. « Maître de division Gu, avant que j’intervienne, il m’a semblé vous voir sortir quelque chose de l’espace comprimé d’un petit médaillon. Aviez-vous peut-être déjà un moyen de parer l’attaque de cette bête nuageuse, sans que j’aie à intervenir ? »
Gu Hai sourit avec amertume. « Je me suis ridiculisé devant vous, Bodhisattva Lian Sheng. Comment aurais-je pu avoir un moyen de m’en sortir ? C’était simplement un objet capable de provoquer une petite explosion. Je m’apprêtais à le lancer sur le Neuvième Jeune Maître, mais j’ignore si cela aurait été efficace. Je l’ai déjà utilisé contre Song Qingshu, le traître de ma Salle d’élite, mais il n’a rien eu. Ce Neuvième Jeune Maître aurait sans doute pu l’éviter grâce à sa bête nuageuse. »
Le Bodhisattva Lian Sheng n’insista pas. Il prit plutôt une profonde inspiration et demanda : « Êtes-vous resté ici parce que cette source spirituelle vous intrigue ? »
« Bodhisattva Lian Sheng, pardonnez-moi. J’étais simplement curieux ! » Gu Hai sourit sans nier.
« Je peux vous le dire sans problème. J’ai enquêté tout à l’heure. Le Vieux Monsieur Guan Qi a laissé un trésor sous terre. Si cela vous intéresse, vous pouvez tenter votre chance. Avec votre talent au jeu de go, vous devriez en tirer quelque chose », expliqua le Bodhisattva Lian Sheng en souriant.
« Oh ? Mon talent au jeu de go ? » Gu Hai parut intrigué.
« Vous souvenez-vous de la pierre de go dorée que tenait le Neuvième Jeune Maître ? » demanda le Bodhisattva Lian Sheng avec sérieux.
« Oh ? » Les yeux de Gu Hai s’illuminèrent.
Après tout, le Neuvième Jeune Maître s’était servi de cette pierre de go pour canaliser la puissance de ce monde et former la bête nuageuse à neuf têtes.
« En temps normal, les pierres de go dorées apparaissent un peu partout trois mois après l’ouverture de ce monde, dans l’attente d’une personne élue qui les recueillera. Sous la source spirituelle se trouve un réseau rituel. Trois mois plus tard, des pierres de go dorées en surgiront. On ne peut s’en servir que dans ce monde. À sa fermeture, elles perdront leur pouvoir », expliqua le Bodhisattva Lian Sheng.
« La pierre de go dorée dont le Neuvième Jeune Maître s’est servi pour invoquer le serpent à neuf têtes ? » Les yeux de Chen Tianshan s’illuminèrent soudain.
Xiaorou aussi parut surprise.
Gu Hai, lui, semblait perplexe. « Bodhisattva Lian Sheng, pardonnez mon ignorance. Si les pierres de go dorées apparaissent trois mois après l’ouverture du monde, dans l’attente d’une personne élue qui les trouvera, cela ne revient-il pas à donner davantage de pouvoir aux étrangers ? De plus, d’après ce que disait Meng Tai tout à l’heure, le Vieux Monsieur Guan Qi aurait ordonné aux disciples du Pavillon du Jeu céleste de ne pas s’en prendre aux étrangers et de nous laisser agir à notre guise dans ce monde. Pourquoi a-t-il fait cela ? »
« Vous avez l’esprit vif. C’est bien l’intention du Vieux Monsieur Guan Qi. Il a placé dans ce monde les innombrables trésors du Pavillon du Jeu céleste afin que les étrangers puissent les emporter », expliqua le Bodhisattva Lian Sheng.
« Oh ? Je ne comprends pas », dit Gu Hai, perplexe.
« À l’époque, le Vieux Monsieur Guan Qi a perdu et trouvé la mort. Pourtant, il avait ourdi un vaste plan. Personne ne sait comment les choses ont tourné. Cela fait peut-être partie de son plan. Vous n’avez pas besoin de savoir pourquoi. La réponse vous sera révélée un jour », dit le Bodhisattva Lian Sheng en secouant la tête.
Gu Hai fronça légèrement les sourcils, puis finit par acquiescer.
« Allons-y. Je vais vous faire entrer pour voir », dit le Bodhisattva Lian Sheng en souriant.
——
À la sortie du Monde-puzzle inné, trois hommes vêtus de blanc accoururent en toute hâte.
« Gu Hai, ce vieux démon a tué notre Oncle martial Song Qingshu. S’il apprend que nous sommes des disciples de la Secte Song, il nous tuera à coup sûr ! »
« Vite ! Retournons prévenir le Maître de secte. Le vieux démon Gu a fait exploser quarante disciples de notre Secte Song ! C’est un démon ! »
« Nos frères aînés et cadets sont tous morts de la main du vieux démon Gu. Il faut rentrer prévenir le Maître de secte, puis exterminer toute sa famille ! »
Les trois disciples de la Secte Song s’enfuirent vers la sortie, emplis de haine. Quand ils avaient aperçu Song Qingshu dans la Vallée de la Quiétude, ils avaient appris ce qui s’était passé. Même si Gu Hai les avait sauvés un peu plus tôt, ils le haïssaient profondément ; ils partirent donc en catimini.
Alors que les trois se précipitaient vers la sortie, un cri glacial les arrêta net. « Halte ! »
Un homme en robe noire leur barra la route. Celle-ci lui couvrait tout le corps, et un soleil doré était brodé sur sa poitrine. Enveloppé dans sa robe noire au soleil doré, il avait une allure extrêmement mystérieuse.
« Qui êtes-vous ? Pourquoi nous barrer la route ? » lança froidement l’un des disciples de la Secte Song.
« Nous avons pris le contrôle de la sortie. À partir de maintenant et jusqu’à la fermeture du monde, on peut entrer, mais personne ne peut sortir ! » répondit froidement l’homme en robe noire.
« Nous ? » répéta le disciple de la Secte Song, déconcerté.
Les disciples de la Secte Song se retournèrent et aperçurent au loin quelques autres hommes en robe noire. Ils semblaient bloquer à distance la sortie noyée dans le brouillard.
« Frère aîné, ne l’écoutez pas. Les autres sont encore loin. Forçons le passage ! » dit froidement l’un des disciples de la Secte Song.
« D’accord ! »
Les autres lui répondirent et foncèrent vers la sortie brumeuse, sans prêter attention à l’homme en robe noire.
« Hum ! » L’homme en robe noire renifla froidement.
Boum !
La tête du disciple de la Secte Song qui se trouvait en tête explosa soudain.
« Ah ! » Les deux autres poussèrent des cris de stupeur.
Ils n’avaient pas vu l’homme en robe noire bouger. Il ne semblait même pas avoir fait un geste. Il avait fait exploser la tête de leur frère cadet d’un simple reniflement ?
« Reculez ! » ordonna froidement l’homme en robe noire.
« Vous… vous… vous ! Nous sommes des disciples de la Secte Song. Notre Maître de secte ne vous le pardonnera pas ! » s’écria l’autre disciple de la Secte de Song, terrorisé.
« Hum ! »
Boum !
La tête de ce disciple de la Secte Song explosa sans le moindre avertissement. Le dernier s’effondra aussitôt au sol, épouvanté, et ne cessa de reculer.
« Démon ! Démon ! » Il reculait, horrifié, les cheveux dressés sur la tête.
Pourtant, l’homme en robe noire ne le poursuivit pas. On aurait dit qu’il ne se souciait de lui que tant qu’il ne tentait pas de sortir.
Alors qu’il reculait, horrifié, le disciple de la Secte Song regarda au loin. Une vingtaine d’hommes en robe noire gardaient les abords de la sortie brumeuse. Ils laissaient entrer les gens, mais ne les laissaient pas ressortir.
Terrifiant ! Quelle puissance ! Il suffisait d’un reniflement pour faire exploser la tête de quelqu’un ?
N’était-ce pas le Monde-puzzle inné ? La cultivation de tout le monde n’y était-elle pas ramenée au Royaume inné ? Comment avait-il fait ?
Le disciple de la Secte Song continua de fuir, terrorisé. Mais lorsqu’il se retourna, il vit l’homme en robe noire de tout à l’heure mettre un genou à terre.
Les vingt hommes en robe noire s’agenouillèrent tous sur un genou.
« Qui peut bien être cette personne pour que cette bande de démons s’agenouille devant elle ? » s’écria-t-il, horrifié, les yeux écarquillés.
Fff !
Une troupe de silhouettes apparut lentement dans le brouillard.
Plus d’un millier de personnes portaient des robes noires ornées d’un soleil doré. À l’arrière, trente hommes transportaient un cercueil de trente mètres de long et avançaient lentement.
Plus d’un millier ? Ils étaient plus d’un millier, ces démons ?
Plus d’un millier d’hommes en robe noire entrèrent. À leur tête, celui qui tenait un sceptre à cinq couleurs leva les yeux vers le ciel.
Plus d’un millier d’hommes en robe noire s’agenouillèrent sur un genou derrière celui qui tenait le sceptre. Seuls les porteurs du cercueil restèrent debout.
« Le maître va bientôt sortir de sa retraite. Vous savez pourquoi nous sommes ici, n’est-ce pas ? » demanda avec indifférence l’homme en robe noire qui tenait le sceptre.
« Souverain divin de la Grande Lumière, donnez-nous vos ordres ! » répondirent respectueusement les quelque mille hommes en robe noire.
« Faites tout votre possible pour trouver où se trouve la Reine Wa. Même s’il faut mettre le Pavillon du Jeu céleste sens dessus dessous, vous devez la retrouver. Sinon, vous mourrez tous ! » lança froidement le Souverain divin de la Grande Lumière.
« Oui. Nous ferons tout notre possible ! » répondirent respectueusement les hommes en robe noire.
« Tout votre possible ? Ha ! Vous ne comprenez toujours pas. Si le maître sort et ne trouve pas la Reine Wa, je ne pourrai pas vous protéger. Personne ne pourra vous sauver : seule la Reine Wa le pourra ! » dit froidement le Souverain divin de la Grande Lumière.
« Oui ! » répondirent gravement les hommes en robe noire.
Le Souverain divin de la Grande Lumière hocha la tête, puis tourna le regard vers le disciple de la Secte Song au loin.
Bien que sa capuche dissimulât son visage, le disciple de la Secte Song sentait tout de même une paire d’yeux fixés sur lui. Ces yeux semblaient être ceux du Ciel contemplant une fourmi. Le disciple se figea sur place, sans oser bouger. Une sueur froide lui couvrit tout le corps ; il était saisi d’une terreur inexplicable.