Chapitre 368
Livre 4, chapitre 44 : Rendre le bien pour le mal
Le roi Bi-An ignorait que le moment le plus douloureux de la vie n’était pas celui où tous ses os étaient brisés ou celui où il se retrouvait complètement estropié. Non, c’était quand on était sur le point d’accoucher sans y parvenir.
Ça faisait mal ! Si mal que le roi Bi-An se sentait complètement vidé de ses forces. De plus, cet embryon était relié à ses âmes naissantes. Le détruire de force le blesserait grièvement, lui aussi. Il ne pouvait que le mettre au monde, mais le problème, c’était qu’il n’y arrivait pas.
La douleur était si atroce qu’il était couvert de sueur. Son corps entier était devenu flasque.
Et c’est alors que Gu Hai, terrifiant, apparut.
Le roi Bi-An avait maintes fois mis Gu Hai sous pression et l’avait contraint à agir. Il avait même déclaré qu’il lui prendrait la tête. Gu Hai était-il venu se venger ?
*Est-ce que je peux encore lui tenir tête ?*
*Le Royaume de l’Âme naissante ? Quand je me suis rendu dans cette vallée, la technique du sabre de Gu Hai avait sans aucun doute atteint la puissance d’un cultivateur du Royaume inférieur du Palais céleste. Maintenant, je suis vidé de mes forces. Je ne peux que rester là, à sa merci.*
« Ha ! Hahaha ! Dire que moi, le roi Bi-An, je vais mourir ici ! Hahaha ! » lança-t-il avec amertume et tristesse.
Gu Hai s’arrêta à proximité, puis sortit un petit couteau.
« Roi Bi-An, c’est pour vous. » Gu Hai lui tendit le couteau.
« Qu’est-ce que tu fais ? » Le roi Bi-An le foudroya du regard.
*Je suis sur le point de mourir, et tu veux m’humilier en me donnant un couteau pour que je me suicide ?*
« Dans la vallée, le roi Bi-An est intervenu pour me tirer d’affaire. Moi, Gu Hai, je sais distinguer la gratitude de la rancune. Considérez aujourd’hui que je vous ai rendu cette faveur », déclara Gu Hai avec sérieux.
« Ren… rendu ? Ce n’est pas pour te venger ? » Le roi Bi-An le regarda, stupéfait.
« Non, ce n’est pas une vengeance », répondit Gu Hai avec un léger sourire.
« Hein ? » Les nombreux cultivateurs au ventre rebondi qui se tenaient autour d’eux regardèrent Gu Hai, perplexes.
« Pourquoi me donner un couteau ? » demanda le roi Bi-An, surpris.
« Il y a un bébé dans votre ventre. Je suppose que vous ne pouvez pas le mettre au monde. J’ai une solution qui, je l’espère, pourra aider tout le monde », répondit Gu Hai avec sérieux.
« Quelle solution ? » Les yeux du roi Bi-An s’illuminèrent.
« Une césarienne ! » déclara Gu Hai d’un ton grave.
« Hein ? »
« Il s’agit de vous ouvrir le ventre pour faire sortir le bébé », expliqua Gu Hai.
L’expression du roi Bi-An changea. Il comprit aussitôt ce que Gu Hai voulait dire.
*M’ouvrir le ventre ? Lors de mes combats, j’ai déjà été si grièvement blessé que mes entrailles en sont sorties. Ce n’est pas inhabituel. Une incision au ventre ne me tuera pas.*
*Si l’embryon ne peut pas sortir, je n’ai qu’à m’ouvrir le ventre pour le retirer.*
Jusqu’alors, personne n’y avait pensé, prisonnier des habitudes des cultivateurs. Tous cherchaient comment faire sortir l’embryon sans se blesser et n’avaient jamais envisagé de s’infliger une autre blessure pour régler le problème.
Le roi Bi-An regarda Gu Hai, stupéfait. Une expression complexe passa dans ses yeux.
Puis, d’un signe de tête, il accepta le couteau et le posa contre son ventre.
« Détendez tout votre corps. Si possible, bloquez toutes les terminaisons nerveuses de votre abdomen pour éviter la douleur », lui conseilla Gu Hai.
Le roi Bi-An acquiesça. Puis il suivit les instructions de Gu Hai et pratiqua la césarienne.
Il lui était difficile de faire cela lui-même, mais il ne pouvait pas confier cette tâche à quelqu’un d’autre.
Des perles de sueur froide lui couvrirent le front tandis qu’il s’incisait lentement le ventre. Le sang coula aussitôt.
Le roi Bi-An ferma les yeux et plongea la main dans son ventre ensanglanté.
Autour de lui, les cultivateurs enceints le regardaient, les yeux écarquillés.
Floc ! Floc !
Après avoir tâtonné, le roi Bi-An tira de toutes ses forces.
Il retira aussitôt un bébé couvert de sang.
« Il est sorti ! Il est sorti ! » s’écrièrent les cultivateurs autour de lui.
« Vous avez tous pris soin de moi ces derniers jours. J’espère que cette césarienne pourra vous aider ! » lança Gu Hai.
Tous le dévisagèrent un instant.
« Merci beaucoup, Monsieur Gu ! »
« Monsieur Gu, je n’oublierai jamais cette faveur ! »
« Monsieur Gu, pardonnez-moi de vous avoir offensé tout à l’heure ! »
Gu Hai ne profita pas de leur faiblesse pour les attaquer. Au contraire, il leur donna des instructions afin de les aider à sortir de cette situation. Leur opinion de lui changea complètement. À présent, ils lui étaient profondément reconnaissants.
Le roi Bi-An en était le meilleur exemple. Une fois l’embryon retiré, celui-ci cessa de lui voler son énergie.
Le roi Bi-An avala quantité de pilules médicinales, puis posa la main sur son ventre pour refermer délicatement la plaie. Le front couvert de sueur, il contempla l’embryon dans sa paume.
*C’est mon bébé ?*
« Il n’a ni âme spirituelle ni âme physique. Il est mort-né ? » demanda le roi Bi-An en fronçant les sourcils.
« Puisque tout est réglé, je vais prendre congé », dit Gu Hai en regardant vers l’ouest.
*Qin Zibai est retardé pour une raison ou une autre. Dire qu’il n’est toujours pas arrivé… Je dois partir immédiatement.*
Après avoir pris congé, Gu Hai s’éloigna à toute vitesse.
Le roi Bi-An le regarda partir, le visage traversé par une expression extrêmement complexe. Un instant plus tôt, il avait cru que Gu Hai allait le tuer. Et voilà qu’il lui rendait le bien pour le mal.
Tandis qu’il le regardait s’éloigner, un éclair de culpabilité passa dans ses yeux.
« Vite ! Faites-moi une césarienne ! »
« Moi aussi ! Dépêchez-vous ! Vous êtes sage-femme, non ? Faites sortir mon bébé ! »
« Ah ! Il sort ! Il sort ! Il est mort-né. Enfin, tout va bien ! »
Cent mille cultivateurs s’ouvrirent le ventre, offrant un spectacle stupéfiant.
Dès que le bébé fut sorti, la douleur s’arrêta. C’était comme passer de l’enfer au paradis.
Les cultivateurs qui avaient mis Gu Hai sous pression plus tôt se sentirent aussitôt coupables. Ils voulurent le remercier, mais il était déjà parti.
Le roi Bi-An tendit la main et brûla le mort-né. Puis il se remit péniblement debout et tourna les yeux vers le palais souterrain voisin.
Ensuite, il agita la main.
Boum !
Une immense quantité de terre s’envola, dévoilant le palais souterrain dans son intégralité.
Ce qu’ils avaient déterré plus tôt n’en était qu’une petite partie. Le palais souterrain était plus de dix fois plus vaste que ce qu’ils avaient découvert.
Une lueur rouge apparut au palais souterrain, comme une puissance maléfique cherchant à s’en échapper. Cependant, de nombreux talismans noirs, disposés tout autour, la réprimaient.
Bzzz ! Bzzz ! Bzzz !
Le palais souterrain semblait se dégrader tandis que les talismans noirs fondaient rapidement. La lueur rouge qui l’entourait gagnait en intensité.
« Il y a quelque chose sous le palais souterrain. Cette lueur rouge, c’est le feu de Hanba ? » Le roi Bi-An haussa les sourcils.
——
Qin Zibai n’était pas encore apparu, car il étudiait la situation de Xi Yan avec Monsieur Dongfang.
Depuis que Monsieur Dongfang avait annoncé que Xi Yan portait des quadruplés, tous trois étaient restés abasourdis.
« Monsieur Dongfang, sauvez-moi ! Sauvez-moi ! » cria Xi Yan, terrifié.
Monsieur Dongfang plissa légèrement les yeux. « Quatre forces vitales drainent votre énergie de force. Il y a deux façons de régler le problème. »
« Ah ? »
« La première consiste à vous ouvrir le ventre et à en extraire les quatre embryons. Cette méthode vous blessera gravement », dit Monsieur Dongfang.
« Quelle est la deuxième ? »
« La deuxième consiste à utiliser l’énergie de mort pour réprimer leur force vitale et contraindre les quatre embryons à restituer l’énergie à son emplacement d’origine », expliqua Monsieur Dongfang.
« Naturellement, je préfère la deuxième méthode. Comment utiliser l’énergie de mort pour réprimer leur force vitale ? » Le visage de Xi Yan s’éclaira soudain de joie.
« J’ai une matrice rituelle de longévité qui peut vous aider à absorber l’énergie de mort. Mais il nous faut des morts. »
« Quel genre de morts ? »
« L’énergie de mort se forme quand on tue quelqu’un. Nous allons la recueillir. En outre, ceux qui meurent injustement, saisis d’une terreur extrême, produisent l’énergie de mort la plus dense », expliqua Monsieur Dongfang.
« Alors, tuez-les. Du moment que je guéris », s’écria aussitôt Xi Yan.
« Il n’y a qu’un moyen de produire des morts injustes, à présent : vos subordonnés. Allez-vous les tuer ? » demanda Monsieur Dongfang.
Cette question déconcerta quelque peu Xi Yan.
Peu de temps auparavant, Gu Hai avait tué plus de deux mille vampires. Pourtant, Xi Yan avait encore des subordonnés dans la Ville de la Veine du dragon. Devait-il les tuer ?
Si ces subordonnés mouraient de la main de Xi Yan, leur mort serait effectivement des plus injustes. Qui aurait pu imaginer que le maître qu’ils suivaient les trahirait ?
« Faites votre choix », dit Monsieur Dongfang.
« Qu’ils meurent ! » répondit Xi Yan entre ses dents serrées.
*Tant que je m’en sors, je pourrai toujours recruter d’autres subordonnés.*
« Très bien. Vous avez fait votre choix. Héhéhéhéhé ! » ricana froidement Monsieur Dongfang.
« Au fait, qu’en est-il des autres ? » demanda Qin Zibai en haussant soudain les sourcils, surpris.
« Ils ont tous été touchés, eux aussi. Tous », répondit Xi Yan avec amertume.
« Ils ont tous été touchés ? Ce n’est pas bon ! » L’expression de Monsieur Dongfang changea brusquement.
« Qu’y a-t-il ? »
« Ils vont s’enfuir ! Ils voudront partir. Après avoir subi une telle humiliation, croyez-vous qu’ils resteront en ville ? » dit Monsieur Dongfang, le visage assombri.
« Monsieur Dongfang, que devons-nous faire ? » Le visage de Qin Zibai s’assombrit à son tour.
« Vite ! Fermez les portes de la ville et activez la matrice rituelle à pleine puissance. Ne laissez personne sortir ! » ordonna sèchement Monsieur Dongfang.
« Mais n’avez-vous pas dit que nous manquions de monde ? » demanda Qin Zibai en fronçant les sourcils.
« Nous manquons de monde ? Non ! Nous en avons assez ! » répondit Monsieur Dongfang d’un ton glacial.
« Quoi ? »
« Vous avez cent mille soldats stationnés dans la Ville de la Veine du dragon, non ? Même si ce n’est pas suffisant, nous pouvons toujours essayer », répondit Monsieur Dongfang avec sérieux.
« Quoi ? Les hommes que j’ai amenés sont tous mes subordonnés, l’élite de mon armée. Vous comptez aussi les sacrifier ?! » s’emporta Qin Zibai.
« Fermez d’abord les portes de la ville et activez la matrice rituelle à pleine puissance. Considérez cela comme un ordre de l’Empereur impérial Xi Yu ! » déclara Monsieur Dongfang.
Qin Zibai fixa Monsieur Dongfang, farouchement opposé à cette idée.
« Qin Zibai, je vous ai demandé de m’aider avec la Matrice rituelle de longévité du Dragon de sang et vous ai chargé d’activer la matrice rituelle de la ville. Mais cela ne veut pas dire que j’en suis incapable. Humph ! » lâcha froidement Monsieur Dongfang.
Monsieur Dongfang tendit la main et l’agita.
——
Boum !
Les portes de la ville, aux quatre points cardinaux, se refermèrent brusquement. Puis une énergie rouge sombre enveloppa aussitôt la ville. La Matrice rituelle de longévité du Dragon de sang s’activa à pleine puissance et une brume cramoisie se répandit lentement.
« Quoi ? Que se passe-t-il ? »
« Une matrice rituelle ? De quelle matrice s’agit-il ? »
« Les portes sont fermées dans les quatre directions. Qui a fait ça ? »
Les cultivateurs qui venaient de s’ouvrir le ventre changèrent d’expression.
Même le roi Bi-An, qui observait les talismans dans le palais souterrain, haussa les sourcils et regarda vers l’ouest.
——
Gu Hai voulait naturellement quitter la Ville de la Veine du dragon au plus vite. Il fonçait donc vers l’une des portes de la ville et semblait sur le point de sortir.
Grincement !
Les portes de la ville se refermèrent soudain.
« Quoi ? » L’expression de Gu Hai changea tandis qu’il s’avançait.
Il abattit son sabre sur les portes.
« Deuxième cycle ! »
Boum !
Lorsque le sabre de Gu Hai frappa, un puissant contrecoup le projeta aussitôt en arrière.
Bam !
Gu Hai retomba et contempla avec effroi la porte au loin. Elle n’avait pas bougé d’un pouce.
*Je ne peux pas m’échapper ?*
Le visage de Gu Hai s’assombrit.
Frouf !
Soudain, un homme en robe noire apparut derrière Gu Hai.
« Votre Majesté ! » salua l’homme en robe noire.
« Ju Lu ? Tu n’es pas sorti tout à l’heure ? » demanda Gu Hai.
« Je… Je… Ce subordonné est parti à la poursuite de Xi Yan. Malheureusement, il était entouré de nombreux experts. Je n’ai pas pu l’approcher », répondit Ju Lu, gêné.
« Ah ? »
« Votre Majesté, les portes de la ville sont fermées. On dirait qu’une matrice rituelle est active. Laissez-moi essayer ! » Ju Lu se transforma soudain en un immense golem de pierre, semblable à une pierre de fondation, et chargea la porte.
Boum !
L’impact retentit dans un fracas assourdissant, mais la porte ne bougea pas.
« Quoi ? C’est impossible ! Pourquoi ça ne fait aucun effet ? » s’exclama Ju Lu.
« Peu importe. Pour l’instant, nous ne pouvons pas sortir. Xi Yan ? Allons-y, alors. Conduis-moi à Xi Yan », dit Gu Hai.