Chapitre 354
Livre 4 : Chapitre 31 : Subtilité pourpre et Longévité
Quelques jours plus tard :
Un vaisseau volant emporta Gu Hai et Long Wanyu hors de la Ville de Chaoge.
Gu Hai avait tout organisé au cours des derniers jours. Il avait laissé Gao Xianzhi, Shangguan Hen, Bing Ji et Meng Tai responsables de la Ville de Chaoge. Puis, après avoir approuvé plusieurs propositions de politique, il avait emmené Ju Lu — un golem de pierre fondateur capable de prendre forme humaine — ainsi qu’un groupe de soldats dans la Vallée des tombes de la Mort.
Naturellement, une escorte menée par Sima Feng accompagnait Long Wanyu.
Sima Feng était le calligraphe du clan Sima qui avait aidé à attaquer Gu Hai avec sa matrice rituelle de la Voie de la calligraphie, lors de sa première rencontre avec Long Wanyu.
Il obéissait désormais aux ordres de l’Empereur céleste Qian et veillait à la sécurité de Long Wanyu.
Gu Hai se tenait à la proue du vaisseau volant et regardait au loin.
« La Vallée des tombes de la Mort ? La Ville de la Veine du dragon ? » demanda Gu Hai.
Ju Lu, le nouveau golem de pierre fondateur nommé par Gu Hai, répondit avec respect : « Oui, Votre Majesté. Il y a actuellement une dizaine de golems de pierre fondateurs là-bas. Nous allons d’abord les rejoindre. »
Gu Hai hocha la tête. « Très bien. »
« Merci beaucoup, Votre Majesté ! » dit Ju Lu avec reconnaissance.
« Inutile de me remercier. J’ai reçu votre dieu de la terre et donné ma parole à Huangfu Chaoge. Naturellement, je vengerai la Divinité du Rocher fondateur. Xi Yan ? Un cultivateur qui vient d’atteindre le Royaume inférieur du Palais céleste ? Je ferai de mon mieux », déclara gravement Gu Hai.
« Oui ! » répondit Ju Lu avec gratitude.
« Bon, ne perdons pas de temps. Gros Caillou, va attendre là-bas. Je veux parler à mon beau-frère », lança aussitôt Long Wanyu.
« Oui ! » Ju Lu se retira respectueusement sur le côté.
« Beau-frère, nous sommes enfin sortis ! Enfin ! Tu es le meilleur. Chaque fois que je dis au vieux schnock que je veux sortir, il refuse. Et si je pars avec le vieux moine Liu Nian, il va me faire tout un tas de reproches. Toi, tu es bien plus conciliant : tu as accepté dès que je te l’ai demandé », dit joyeusement Long Wanyu.
« J’ai promis de t’emmener avec moi. Mais n’oublie pas que tu m’as promis quelque chose, toi aussi », dit gravement Gu Hai.
« Il suffit que je t’écoute, non ? Ne t’inquiète pas, je ne ferai pas de bêtises. Je t’écouterai. » Long Wanyu lui adressa un sourire si large que ses yeux se plissèrent.
« Ce n’est pas ça. Tu ne te souviens pas de ce que j’ai dit à la fin ? » Gu Hai fronça les sourcils.
« Bien sûr que si. On a convenu d’un mot secret. Si tu le prononces, je dois t’obéir, quoi qu’il arrive. » Long Wanyu hocha aussitôt la tête.
« Quel est ce mot secret ? » insista Gu Hai.
« “Heureuse”. Hé hé ! J’ai bon, hein ? Beau-frère, pourquoi as-tu choisi un mot pareil ? C’est trop drôle ! » rit Long Wanyu.
« C’est “heureuse”. J’espère que tu le seras toujours à l’avenir. Mais souviens-toi : si je prononce ce mot, tu devras faire tout ce que je te dirai.
Tu le devras.
! » insista Gu Hai avec sérieux.
« D’accord, j’ai compris ! » acquiesça Long Wanyu.
Puisqu’elle s’en souvenait, Gu Hai sourit. « Très bien. L’essentiel, c’est que tu t’en souviennes. Au fait, le Vénérable Liu Nian a dit qu’il allait établir son palais céleste et s’est retiré en cultivation. Tu es voyante, n’est-ce pas ? Va-t-il réussir cette fois ? »
« Je ne sais pas. Je n’ai pas prédit aussi loin. Je crois que le vieux moine devrait réussir à percer ? » répondit Long Wanyu en fronçant les sourcils.
« D’accord… » Gu Hai eut un sourire amer.
« Le capitaine de ton escorte, c’est bien Sima Feng ? J’avais remarqué que sa matrice rituelle de la Voie de la calligraphie était plutôt bonne », dit Gu Hai, intrigué.
« Petit Feng, viens ici ! » appela Long Wanyu, comme si elle avait beaucoup plus d’ancienneté que lui.
Un homme accourut. Il regarda Long Wanyu et esquissa un sourire amer. « Princesse, vous m’avez appelé ? »
« Oui. Mon beau-frère a des questions à te poser. Réponds-lui », dit Long Wanyu, toujours sur le ton d’une aînée.
Sima Feng acquiesça avec un sourire amer.
« Monsieur Sima, pardonnez-moi de vous déranger », dit Gu Hai, affichant lui aussi un sourire gêné.
« Je vous en prie, ne m’appelez pas ainsi, Monsieur Gu. Appelez-moi simplement Petit Feng, comme la princesse », répondit aussitôt Sima Feng en secouant la tête.
Si Gu Hai se montrait trop respectueux envers lui et que la princesse n’appréciait pas, elle lui chercherait des ennuis plus tard.
« Très bien, mais je préfère m’en tenir à Sima Feng. Je vous ai vu utiliser une matrice rituelle de la Voie de la calligraphie. Pourriez-vous m’en dire davantage sur cette voie ? » demanda Gu Hai, intrigué.
« La Voie de la calligraphie ? À vrai dire, je n’en ai fait qu’effleurer la surface. Je vais vous dire ce que j’en sais. Pardonnez-moi si je me trompe. »
« Vous êtes trop modeste », sourit Gu Hai.
« Voici ce que l’on dit : la Voie du go crée des mondes, la Voie de la musique crée des âmes et la Voie de la calligraphie crée l’ordre », répondit sérieusement Sima Feng.
« Elle crée l’ordre ? » répéta Gu Hai, pensif.
« Oui, l’ordre. Ou plutôt, des règles, des vérités suprêmes. Une phrase peut devenir une vérité suprême valable dans le monde entier. La plupart des calligraphes cherchent à découvrir les vérités suprêmes du monde et à comprendre l’ordre qui le régit. Puis ils s’appuient sur cette compréhension pour transformer ces vérités en armes. Rares sont ceux qui peuvent créer l’ordre. On raconte qu’autrefois, des experts de la Voie de la calligraphie ont créé un nouvel ordre et défié le Ciel. Au bout du compte, le Ciel les a détruits, comme il l’a fait au Vieux Monsieur Guan Qi », expliqua Sima Feng.
« Vraiment ? La Voie de la calligraphie permet donc de défier le Ciel et de créer l’ordre ? » Gu Hai fronça légèrement les sourcils.
« Oui. La plupart cherchent à découvrir l’ordre déjà présent dans le monde. Celui qui le découvre en premier devient le plus accompli dans ce domaine. C’est semblable à la Voie de la musique. C’est comme lorsque vous composez des morceaux, Monsieur Gu : les autres auront beau les jouer, ils ne feront pas mieux que vous. C’est parce que vous êtes le premier à avoir découvert cet arrangement particulier de notes », expliqua Sima Feng.
« La Voie de la calligraphie fonctionne de la même manière ? »
« Oui. La Voie de la musique exige une conception artistique propre à la musique. Celle de la calligraphie exige aussi sa propre conception artistique, qui permet de maîtriser le savoir. Quand on transcrit l’ordre du monde, on peut s’en servir. C’est le cas de l’Écriture du Repos absolu des Sources Jaunes que j’ai écrite autrefois. C’est l’ordre du monde que mon clan a découvert et formulé. Le chef de clan est donc celui qui en tire le plus de puissance. Pour nous, ses descendants, elle est moins efficace. Bien sûr, si des étrangers en connaissent le texte intégral, ils peuvent aussi l’utiliser, mais le résultat ne sera pas aussi bon que pour nous », expliqua Sima Feng.
« Découvrir l’ordre du monde et le coucher par écrit ? Il faut donc posséder la conception artistique de la Voie de la calligraphie ? » Gu Hai fronça les sourcils.
« Bien sûr. C’est comme pour la Voie de la musique. Comment faire apparaître des fées sans sa conception artistique ? C’est pareil pour la calligraphie. Sans la conception artistique de la Voie de la calligraphie, comment écrire une vérité suprême du monde assez saisissante ? Cette conception artistique est liée au monde », expliqua Sima Feng.
« Il est donc impossible de s’en passer ? » demanda Gu Hai en fronçant les sourcils.
« Euh… en règle générale, oui. Cependant… »
« Ah ! Cependant, quoi ? »
« Monsieur Gu, vous souvenez-vous de la cithare de rang céleste ? » demanda sérieusement Sima Feng.
« Vous parlez de l’Interprétation captivante ? » demanda Gu Hai.
« En effet. Parmi les cithares, la meilleure est celle de rang céleste. Pour la Voie de la calligraphie et celle de la peinture, il faut un pinceau. Les pinceaux aussi sont classés, et le rang céleste est le plus élevé. C’est comme une cithare de rang céleste. Je n’en ai jamais vu, mais le chef de clan disait parfois qu’elle ressemblait à une personne ordinaire — tout comme la cithare de rang céleste. Une fois le pinceau de rang céleste raffiné, on peut s’en servir pour transcrire les vérités suprêmes et les écritures de l’ordre du monde. On n’a pas besoin de sa propre conception artistique. Mais comment trouver un pinceau de rang céleste ? Ce n’est peut-être qu’une légende », dit Sima Feng en secouant la tête.
Gu Hai hocha la tête.
——
En peu de temps, une immense ville avait été bâtie dans la Vallée des tombes de la Mort. C’était la Ville de la Veine du dragon.
Elle avait été construite parce que des rugissements de dragon retentissaient parfois dans la région. Il arrivait que des dragons de feu surgissent du sol, terrifiants, leurs flammes embrasant le ciel.
Dès que la rumeur d’une veine draconique se répandit, d’innombrables cultivateurs accoururent.
Il fallait nourrir une veine draconique pour fonder une dynastie. Mais où en trouver une ? Chaque dynastie en possédait une. Seulement, qui pouvait en arracher une à son maître ? Il ne restait donc qu’à attendre qu’une nouvelle apparaisse.
Dans une contrée aussi démunie que la Mer des Mille Îles, la naissance d’une veine draconique était extrêmement rare. Mais il en allait autrement sur le Continent divin : une nouvelle veine y apparaissait environ tous les dix ans.
L’apparition d’une nouvelle veine draconique déclenchait toujours un bain de sang. Tous s’entretuaient pour s’en emparer.
La Ville de la Veine du dragon avait vu le jour à cause de cette veine draconique.
Personne ne l’avait encore trouvée ; de plus en plus de gens se rassemblaient donc sur place.
——
Dans ce qui ressemblait à un palais souterrain, au cœur d’un endroit singulier de la Vallée des tombes de la Mort :
Deux hommes à l’apparence étrange étaient assis dans ce palais souterrain. L’un était si gros qu’il semblait devoir être essoufflé après seulement deux pas. L’autre était si maigre qu’il n’avait presque que la peau sur les os.
Tous deux étaient assis, hébétés, à une table de pierre, les yeux grands ouverts.
« Subtilité pourpre, il me semble qu’il y a davantage de monde au-dessus de nous, maintenant », dit le maigre en écarquillant les yeux.
« Longévité, tu penses encore à eux ? » demanda le gros d’un air absent.
Le palais souterrain retomba dans le silence.
« Bon sang, pourquoi avons-nous tant de malchance ? On nous a envoyés ici et voilà trois mille ans qu’on y croupit. Ça fait si longtemps que je suis assis que je vais finir par avoir des hémorroïdes », grommela Subtilité pourpre, dépité.
Longévité, le maigre, eut une expression étrange. « C’est parce que tu ne fais que manger sans jamais te soulager, espèce de constipé. Réfléchis un peu. À l’époque, tu étais plus maigre que moi. Combien de livres y avait-il ici ? Tu les as tous dévorés ! »
« Tout ça, c’est ma faute ? C’est toi qui m’as fait grossir ! Si tu ne m’avais pas montré ta peinture, est-ce que j’aurais pris autant de ventre ? » protesta Subtilité pourpre.
« Tu me reproches ça ? J’étais bien en chair, moi aussi, à l’époque. Sans toi, est-ce que je serais devenu aussi maigre ? » répliqua Longévité, dépité.
Ils gardèrent le silence un moment, échangeant des regards hostiles.
Peut-être le silence s’éternisa-t-il, car Subtilité pourpre reprit la parole.
« Et si je te récitais un poème que je viens de composer ? Je te garantis qu’il te plaira ! » Subtilité pourpre regarda Longévité avec espoir.
Longévité leva les yeux au ciel. « Tu crois que se faire du mal l’un à l’autre, c’est une bonne idée ? Et si tu admirais plutôt l’un de mes tableaux ? »
Subtilité pourpre se figea.
« Mes poèmes sont très recherchés. Tant de gens attendent que je leur en compose ! » protesta Subtilité pourpre.
« Alors pourquoi le vieux Wu, de la secte voisine, a-t-il perdu le contrôle de sa vessie et de ses intestins en t’entendant réciter un poème ? » demanda Longévité.
« C’était la première fois qu’il entendait un de mes poèmes. Il était tellement bouleversé qu’il s’est laissé aller ! » cria Subtilité pourpre.
« Dans ta famille, vous exprimez votre enthousiasme en vous faisant dessus ? » ricana Longévité.
Subtilité pourpre : « … »
Après un moment de silence, Subtilité pourpre finit par gronder : « Ce vieux Wu ne sait pas apprécier la poésie ! »
« Frérot, ce n’est pas arrivé qu’une ou deux fois. Même ce vieux bonhomme n’a pas résisté au pouvoir dévastateur de tes poèmes ! » se moqua Longévité.
« Et toi, alors ? Si ce n’était pas pareil, pourquoi ce vieux bonhomme t’aurait-il enfermé ici, comme s’il voulait éviter la peste ? » rétorqua aussitôt Subtilité pourpre.
« Moi ? Tout ça, c’est ta faute ! Qui t’a demandé de rester si près de moi ? Quand le vieux bonhomme s’est fâché contre toi, j’ai eu le malheur d’être entraîné dans ta chute ! »
« Tss ! C’est toi qui m’as entraîné dans ta chute ! » répliqua Subtilité pourpre, sans se laisser convaincre.
Ils échangèrent des piques sans fin. Finalement, ils retroussèrent leurs manches et se mirent à s’étrangler mutuellement.