Chapitre 322
Livre 4 : Chapitre 2 : Chang Ming
D’innombrables chauves-souris tournaient dans le ciel au-dessus de l’ancien emplacement de la Secte Heptagold. En contrebas, l’armée du royaume de Yuan avait établi son camp et faisait temporairement de la Ville de l’Expédition du Nord sa base pour le Commandant suprême de l’Expédition du Nord.
À cet instant, une grande carte en relief occupait le palais principal de la Ville de l’Expédition du Nord. Un général vêtu de rouge se tenait droit, les mains croisées derrière le dos, et observait la carte.
Un groupe de subordonnés lui expliquait soigneusement la situation représentée et détaillait le déploiement des troupes.
« Commandant suprême, voici les villes que nous contrôlons actuellement, et voici les directions dans lesquelles se dirigent les différents bataillons », expliquèrent respectueusement les subordonnés en désignant la carte.
Le général en rouge plissa légèrement les yeux et esquissa un sourire. « L’armée de la dynastie royale Ying ne vaut vraiment pas le moindre effort ? »
« En effet. Nous venons de recevoir des nouvelles de la Capitale de Ying. Les bénédictions de la dynastie royale Ying se sont effondrées. Lu Yang a dû périr. D’après les rapports, on l’a vu pour la dernière fois déclarer à grands cris qu’il se rendrait à la Ville de la Fondation divine pour tuer Gu Hai. »
« Oh ? Lu Yang est mort à la Ville de la Fondation divine ? » Le Commandant suprême en rouge fronça légèrement les sourcils.
Soudain, une chauve-souris entra dans le palais et se transforma en garde à forme humaine.
« J’ai un rapport à faire ! »
Le Commandant suprême en rouge resta tourné vers la carte, sans se retourner vers le garde.
« Je rapporte au Commandant suprême que ce subordonné a recueilli des informations à la frontière de la dynastie royale de la Fondation divine. Huangfu Chaoge est tombé et la dynastie royale de la Fondation divine n’existe plus. Huangfu Chaoge a légué son royaume à Gu Hai. Puis Gu Hai s’est servi de la puissance du royaume pour tuer Lu Yang », rapporta respectueusement le garde.
« Oh ? » Le Commandant suprême en rouge tourna la tête vers le garde.
Celui-ci lui relata en détail tout ce qu’il avait vu et entendu.
Puis le Commandant suprême en rouge se tourna vers la Ville de la Fondation divine, représentée sur la carte.
« La Ville de Chaoge ? Ha ! Gu Hai sait gagner le soutien du peuple », dit froidement le Commandant suprême en rouge.
« En effet. Commandant suprême, Monsieur Mo vous avait averti de vous méfier de Gu Hai et de ne pas vous en faire un ennemi sans y réfléchir sérieusement », rappela l’un de ses subordonnés.
« Ha ! Me méfier ? Gu Hai n’a pu tuer Lu Yang qu’en recourant à la puissance du royaume. Et encore, Huangfu Chaoge s’était sacrifié et avait grièvement blessé Lu Yang. Il n’a fait que profiter de la situation. En si peu de temps, il ne peut pas rallier à lui les habitants des douze villes à l’unanimité. »
« Oui ! »
« Toutefois, puisque Monsieur Mo l’a dit, nous devons naturellement rester prudents. Ma dynastie impériale Yuan encercle déjà ces douze villes. On peut les considérer comme un royaume enclavé dans ses frontières. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous nous en emparions. Mais Gu Hai ne semble pas être du genre à se contenter de son sort. Dans ce cas, mieux vaut prendre les devants et conquérir ces douze villes les premiers », déclara gravement le Commandant suprême en rouge.
« Je me porte volontaire pour conquérir les douze villes ! » Un général au teint pâle s’avança.
« Chang Ming ? » Le Commandant suprême en rouge observa le général pâle.
Celui-ci esquissa un léger sourire. « Commandant suprême, mon huitième bataillon n’a pas encore été déployé. Laissez-moi les conquérir. Soyez tranquille, je ne vous décevrai pas. De plus, ce humble officier a atteint le Royaume du Palais céleste. »
Le Commandant suprême en rouge observa Chang Ming un moment, puis répondit : « Chang Ming, cela ne fait que six mois que tu as atteint le Royaume du Palais céleste, et tu n’as établi que le Palais céleste inférieur. Ne vise pas trop haut. »
« Je ne vise pas trop haut. Commandant suprême, je sais que Gu Hai a tué Lu Yang. Mais dans quel état Lu Yang se trouvait-il alors ? Il était déjà à l’agonie. Gu Hai n’a fait que lui porter le coup de grâce. C’est la première fois que je commande des troupes, certes, mais je n’aurai aucun mal à m’occuper d’un seul Gu Hai. Pour capturer tous les autres, il suffit de prendre leur chef. Une fois Gu Hai vaincu, les douze villes seront faciles à conquérir », affirma Chang Ming avec assurance.
Le Commandant suprême en rouge sembla méditer ses paroles. Après un bref silence, il hocha finalement la tête. « Très bien. »
« Merci beaucoup, Commandant suprême ! » dit Chang Ming avec un sourire.
——
Dans le bureau de Gu Hai, à la Ville de Chaoge :
Assis derrière son bureau, Gu Hai sirotait son thé et observait les fonctionnaires qui se tenaient devant lui. À la tête du groupe se trouvait Tang Chu, l’un de ses anciens intendants.
« Avez-vous fini d’étudier les informations ? » demanda Gu Hai aux soixante fonctionnaires.
« Oui. Nous avons tous mémorisé les trois cents pages d’informations que Votre Majesté nous a fournies », répondirent-ils respectueusement.
« Qu’en pensez-vous ? » demanda Gu Hai après avoir repris une gorgée de thé.
Tang Chu prit une profonde inspiration. « Votre Majesté, les informations que vous nous avez fournies ne concernent pas les douze villes que vous contrôlez déjà, mais douze autres villes. »
« Oui. Continuez », dit Gu Hai en sirotant encore un peu de thé.
« Ces douze villes ont toutes un point commun : elles appartenaient autrefois à la dynastie royale de la Fondation divine. Mais la dynastie royale Ying, la Secte Heptagold, la Secte du Loup vorace et la dynastie royale Huang s’en sont emparées. Récemment, elles sont passées sous la coupe de la dynastie impériale Yuan », expliqua gravement Tang Chu.
Gu Hai hocha la tête.
« Votre Majesté envoie vos sujets dans ces douze villes pour y ouvrir des succursales du Pavillon de la Cithare numéro un de la rue parce que vous les avez prises pour cible ? » demanda hardiment Tang Chu.
Gu Hai hocha la tête. Après une profonde inspiration, il déclara : « La dynastie royale de la Fondation divine comptait autrefois vingt-cinq villes. Après que la Secte Heptagold eut détruit la Ville de la Paix céleste, il en resta vingt-quatre. J’en ai pris la moitié, et l’autre moitié est aux mains de la dynastie impériale Yuan. Nous pensons que les habitants de ces villes gardent encore un attachement à Huangfu Chaoge. Nous espérons donc reprendre ces douze villes d’un seul coup. »
« Vraiment ? » Les fonctionnaires furent d’abord ravis, mais l’inquiétude ne tarda pas à se lire sur leurs visages.
« Votre Majesté, c’est comme arracher une dent à un tigre. Est-ce que nous pourrions… » dit Tang Chu, inquiet.
« C’est précisément ce que nous allons faire. Il est normal que vous redoutiez les représailles de la dynastie impériale Yuan. Ha ! Même si nous ne bougeons pas, pensez-vous qu’elle laissera échapper les douze villes que nous contrôlons ? » demanda Gu Hai avec un sourire froid.
« Non ! »
« Puisqu’elle ne les laissera pas partir, pourquoi ne pas tenter notre chance ? » dit Gu Hai.
« Mais… »
« Ne vous inquiétez pas. La dynastie impériale Yuan n’est pas invincible. Cette guerre ne durera pas éternellement. Nous voulons prendre autant de villes que possible avant qu’elle ne s’achève », déclara gravement Gu Hai.
« Oui ! » répondirent les fonctionnaires.
Ces fonctionnaires étaient des vétérans qui suivaient Gu Hai depuis longtemps. À son seul regard, ils comprirent que sa résolution était inébranlable.
*Puisque Sa Majesté en a donné l’ordre, il ne nous reste qu’à obéir.*
« Votre Majesté, que devons-nous faire ? » demanda gravement Tang Chu.
« Cette fois, vous serez responsable de l’ensemble de l’opération. Vous ouvrirez des succursales du Pavillon de la Cithare numéro un de la rue dans les douze villes et assurerez leur coordination. Outre les cithares, qui resteront vos principaux articles, vous pourrez aussi vendre d’autres produits : pilules médicinales, trésors enchantés, armes et plateaux de go. Tant que vous ne changez pas de modèle commercial. Ouvrez rapidement toutes les succursales », ordonna Gu Hai.
« Oui ! »
« Nous mettrons à votre disposition les experts de l’ancienne dynastie royale de la Fondation divine. Ils exécuteront toutes les tâches que vous leur confierez. Quant à la façon de conquérir une ville en vous servant d’une boutique, nous vous l’enseignerons le moment venu », ajouta Gu Hai.
« Oui ! » répondirent tous les fonctionnaires.
« Votre Majesté, à notre retour de la Ville de la Lune d’argent, nous avons aussi rapporté les bénéfices du Pavillon de la Cithare numéro un de la rue ! » Tang Chu lui tendit respectueusement les livres de comptes.
« Oh ? » Gu Hai ne leur accorda même pas un regard et fixa directement Tang Chu.
« Sur la majeure partie de l’année écoulée, nous avons gagné quarante millions de pierres spirituelles de qualité supérieure », rapporta respectueusement Tang Chu.
Gu Hai hocha la tête. « C’est tout à fait convenable. »
« Merci beaucoup, Votre Majesté ! » Les fonctionnaires sourirent.
——
Sur le territoire de la dynastie céleste Han, dans le Continent divin, cinquante vaisseaux volants filaient vers la Ville de Chaoge.
La dynastie céleste Han venait tout juste d’entrer dans le Continent divin et n’y avait pas encore solidement établi ses positions. Sans cela, ces cinquante vaisseaux volants n’auraient pas pu pénétrer aussi facilement sur le territoire du royaume Han sans que personne ne les arrête.
Le navire amiral arborait deux grandes bannières : l’une portait le caractère « Yuan », l’autre le caractère « Chang ».
Vêtu d’une longue robe noire, Chang Ming était assis avec élégance sur une chaise, sur le pont du vaisseau volant. Il tenait un verre de cristal à moitié rempli d’un liquide cramoisi. À y regarder de près, on aurait aperçu une couche de plasma sanguin à la surface. Ce verre contenait du sang, pas du vin.
Chang Ming en but une gorgée avec élégance, les yeux plissés tandis qu’il regardait au loin.
« Général, nous arriverons bientôt à la Ville de Chaoge ! » annonça respectueusement un subordonné.
Les yeux toujours plissés, Chang Ming répondit : « Je la vois déjà. La Ville de Chaoge ? Ha ! Crois-tu que Gu Hai se rendra sur-le-champ de peur dès qu’il apprendra que je suis un cultivateur du Royaume du Palais céleste ? »
« Euh… » Le subordonné garda le silence un moment, ne sachant que répondre.
« Monsieur Mo et le Commandant suprême m’ont dit de me méfier de Gu Hai. Mais aussi exceptionnel soit-il, il n’est pas omnipotent. D’après les informations de l’Île des Neuf-Cinq, cet Ao Shun était stupide ; c’est pour cela qu’il s’est fait berner. Seul un imbécile comme Ao Shun pouvait croire des mensonges aussi grossiers. Me méfier de Gu Hai ? De quoi devrais-je me méfier ? Face à une puissance absolue, toutes les manigances sont ridicules », lança Chang Ming avec arrogance.
« Oui ! »
« Lu Yang a perdu contre Gu Hai parce qu’il était déjà à l’agonie. Voyons comment il s’en sortira contre moi. Ha ! » dit Chang Ming avec un sourire froid.
« Général, c’est la première fois que vous commandez une armée. Peut-être que… »
« Tu crois que je fanfaronne ? » Chang Ming lança un regard glacial à son subordonné.
« Ce subordonné ne se le permettrait pas. C’est simplement que, dans l’armée, aucune affaire n’est insignifiante. Nous ne pouvons pas nous permettre la moindre imprudence », répondit le subordonné en baissant la tête.
« Humph ! Qu’est-ce que tu en sais ? Ces douze villes sont de toute façon encerclées par la dynastie impériale Yuan. Et alors si c’est la première fois que je commande une armée ? Le Commandant suprême m’a quand même envoyé. C’est bien parce que cette bataille sera facile. Je n’ai plus qu’à venir récolter les mérites. Qu’est-ce que tu en sais ? » ricana Chang Ming.
« Oui ! »
« Regardez-moi prendre la ville sans perdre un seul soldat ! Hahahahaha ! » Chang Ming éclata d’un rire assuré.
Ses subordonnés ne savaient trop quoi penser, mais n’osaient rien dire.
——
Palais Huangfu, Ville de Chaoge :
Vêtu de robes impériales et coiffé d’une couronne, Gu Hai siégeait sur son trône et donnait ses ordres aux deux rangées de fonctionnaires qui se tenaient devant lui.
Lors de l’assemblée royale, tous écoutaient patiemment.
Soudain, un garde se précipita dans le palais.
« J’ai un rapport à faire ! »
Les rapports militaires urgents pouvaient franchir tous les obstacles et être présentés directement à l’empereur.
« Je rapporte à Votre Majesté que cinquante vaisseaux volants de l’armée de la dynastie impériale Yuan, transportant environ cinq cent cinquante mille soldats, sont apparus à dix kilomètres au sud de la ville ! » annonça anxieusement le garde.
« Quoi ? L’armée du royaume de Yuan ? » Les fonctionnaires affichèrent des mines horrifiées.
Gu Hai, cependant, plissa légèrement les yeux et se leva de son trône.
D’un geste de ses manches, Gu Hai s’éloigna nonchalamment du trône, les mains derrière le dos. Il sortit du Palais Huangfu et regarda vers le sud. Les fonctionnaires le suivirent.
Le Palais Huangfu se dressait en hauteur. De là, on pouvait voir à dix kilomètres au sud de la ville. Gu Hai aperçut cinquante vaisseaux volants alignés dans le ciel. Sur chacun flottait au vent une bannière ornée du grand caractère « Yuan ».
« La dynastie impériale Yuan ? Ils sont venus si vite ? » Le visage de Gu Hai s’assombrit.