Chapitre 296
Livre 3 : Chapitre 116 — L’impuissance du fantôme démoniaque
« Maudit Gu Hai ! Méchant Gu Hai ! Super méchant ! » Après avoir quitté la Salle de la Répression du Sud en trombe, Long Wanyu gagna une petite colline et se mit à donner des coups de pied dans des cailloux. La colère et la haine se lisaient sur son visage.
Les personnes qui la suivaient s’arrêtèrent non loin. Elles savaient que, tant que Long Wanyu était en colère, quiconque s’approcherait en ferait les frais. Du moment qu’elle n’était pas en danger, tout allait bien.
Tout en envoyant valser les cailloux, Long Wanyu ne cessait de maudire Gu Hai.
*Deux fois. La première, je me suis fait avoir. Et voilà que ça recommence. Comment peut-on appeler ça une chanson qu’on écoute ? Il voulait vraiment que j’aille jusqu’au bout ? Gu Hai est un grand méchant !*
Les yeux toujours injectés de sang, Long Wanyu continuait de maudire Gu Hai.
« Hahaha ! Jeune fille, ce n’était qu’une chanson, et tu n’as pas tenu le coup ? » Une voix retentit soudain en elle. Elle seule pouvait l’entendre.
« Personne ne t’a demandé de t’en mêler, espèce de fantôme démoniaque maudit ! » aboya Long Wanyu.
« Tu ne veux pas te venger ? Il te suffit de fusionner avec moi. » La voix du fantôme démoniaque résonna de nouveau dans le corps de Long Wanyu.
« Tu n’es pas mieux que lui. Pourquoi tu ne m’as pas prévenue plus tôt ? Hein ? Tu m’as laissée écouter cette horrible chanson. Tu n’as pas honte de me sortir ça ? » se plaignit Long Wanyu.
Le fantôme démoniaque : « … »
« Ah ! Je comprends, maintenant. Tu as coupé ta conscience tout à l’heure et tu n’as rien entendu ? » Long Wanyu lui lança un regard noir.
« Euh… C’était tellement horrible à écouter que… » répondit le fantôme démoniaque, gêné.
« On avait promis de tout affronter ensemble, et toi, tu t’es caché ? Tu ne m’as même pas prévenue et tu m’as laissée écouter ça toute seule ? Tu n’es pas mieux que lui ! » gronda Long Wanyu.
« Tu ne veux pas te venger ? Pour l’instant, tu n’en as pas les moyens. Regarde, tu ne peux même pas t’occuper de Gu Hai. Comment comptes-tu te venger ? Fusionne avec moi, et tu gagneras aussitôt en puissance — une puissance considérable. Tu recevras aussi mes souvenirs. Alors, on fusionne ? » insista le
fantôme démoniaque.
« Tss ! Tu n’es pas mieux que lui. Tu peux toujours rêver ! » répliqua Long Wanyu avec haine.
« Mais nous avons déjà fusionné à moitié, la dernière fois. Réfléchis : qui t’a cajolée depuis ton enfance ? N’était-ce pas moi ? Je t’ai tenue compagnie, j’ai bavardé avec toi et chassé ton ennui. En quoi fusionner avec moi serait-il mauvais ? C’est moi qui t’aide à voir l’avenir une fois par mois. Notre fusion t’apporterait bien des avantages. Tu pourrais te venger, flanquer une raclée à Gu Hai, faire tout ce que tu veux. Il te suffit de fusionner avec moi ! » la persuada doucement le fantôme démoniaque.
« N’y pense même pas ! » déclara Long Wanyu avec haine.
« Pourquoi ? Tu n’étais pas aussi catégorique, avant. »
« J’ai fait une promesse à ma grande sœur. Je la tiendrai, quoi qu’il arrive ! » Les yeux de Long Wanyu s’emplirent de nouveau de larmes.
« Long Wanqing ? Elle est déjà morte », répondit gravement le fantôme démoniaque.
« Ça ne te regarde pas ! Pas du tout ! Je suivrai les conseils de ma grande sœur. Tu veux que je fusionne avec toi ? Tu peux toujours rêver ! Pas tant que ma grande sœur ne sera pas revenue à la vie ! Pas tant qu’elle ne sera pas revenue à la vie ! » affirma Long Wanyu, les yeux rougis par la détermination.
Le fantôme démoniaque s’inquiéta et ne put que tenter de la raisonner : « Jeune fille, Long Wanqing n’avait pas toujours raison. Sinon, elle ne serait pas morte. Sa mort prouve qu’elle n’avait pas toujours raison. Et puis, elle est déjà morte. Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? »
« Ne dis pas de mal de ma grande sœur. Elle a toujours raison. Depuis notre enfance, elle ne m’a demandé qu’une seule chose : ne pas fusionner avec toi. Oublie ça. C’est sa seule demande, et je la respecterai ! » s’obstina Long Wanyu.
Déchiré, le fantôme démoniaque répondit amèrement : « Mais… »
« Ne reparle plus de ma grande sœur. Sinon, je ne t’adresserai plus jamais la parole ! » Long Wanyu lui lança un regard noir.
« D’accord. Fais comme si je n’avais rien dit. Comme si je n’avais rien dit. Ah ! Pourquoi faut-il que je sois aussi malchanceux ? » soupira amèrement le fantôme démoniaque.
——
Après le scandale provoqué par Long Wanyu, le banquet ne pouvait plus se poursuivre. Tout ce qui devait être dit l’avait été. Pour le Prince Shenwu, cette rencontre avec Gu Hai suffisait amplement. Désormais, ce serait Sima Changkong et les autres qui traiteraient avec Gu Hai.
Gao Xianzhi fut donc officiellement nommé commandant du sixième bataillon de l’Armée de la Répression du Sud.
Dans les quartiers de Gu Hai :
Gu Hai parcourait la grande quantité de renseignements que Sima Changkong lui avait fait parvenir. Gao Xianzhi se tenait à ses côtés.
Ce ne fut qu’un bon moment plus tard que Gu Hai posa lentement les documents et leva les yeux vers Gao Xianzhi.
« Gao Xianzhi, prends le commandement du sixième bataillon dès demain ! » dit gravement Gu Hai.
« Oui ! » répondit Gao Xianzhi.
Gu Hai le regarda et sourit. « Tout à l’heure, le Prince Shenwu t’a généreusement récompensé. Je suppose qu’il cherche à te rallier à lui ? »
« Ce fonctionnaire restera à jamais le commandant du Premier Corps de la dynastie céleste Han ! » déclara solennellement Gao Xianzhi.
« Ce n’est pas grave. Nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que d’autres tentent de te débaucher. Tu es un homme intelligent. Si la dynastie Han ne parvient vraiment pas à t’offrir assez et que quelqu’un réussit à te rallier, ce sera notre incapacité qui sera en cause. Nous ne t’en tiendrons pas rigueur. » Gu Hai sourit.
Gao Xianzhi changea d’expression. « Votre Majesté, soyez sans inquiétude. Pour l’heure, Gao Xianzhi n’a foi qu’en Votre Majesté et ne reconnaît que la dynastie Han ! »
« Ce n’est pas grave. Si nous t’avons recommandé au poste de commandant du sixième bataillon de l’Armée de la Répression du Sud, c’est parce que nous sommes certains que personne ne te débauchera. C’est une excellente occasion de faire tes preuves. Saisis-la. À l’avenir, la dynastie céleste Han aura besoin de ton Premier Corps pour étendre son territoire. Considère ce sixième bataillon comme un entraînement », dit Gu Hai avec indifférence.
« Oui ! Je ne décevrai pas Votre Majesté ! » Gao Xianzhi sourit.
Se servir de l’armée d’un autre pour former ses propres commandants… Seul Gu Hai pouvait avoir assez confiance pour croire que Gao Xianzhi ne trahirait pas la dynastie Han.
« Souviens-toi : quand tu commanderas ce bataillon, attache-toi à gagner le cœur des soldats. Nous sommes convaincus que ton sixième bataillon remportera victoire sur victoire et gardera un moral élevé. Cependant, quand tu quitteras ton poste de commandant, j’espère que tu ne reviendras pas seul, mais que tu ramèneras avec toi un groupe d’experts », dit Gu Hai.
« Oui ! Gao Xianzhi s’en souviendra ! » répondit-il.
« Très bien. Va te préparer ! » ordonna Gu Hai.
« Oui ! » Gao Xianzhi quitta le bureau de Gu Hai.
Après son départ, Gu Hai reprit l’examen des documents qu’il avait sous la main.
À la tombée du soir, Sima Changkong revint avec quelques personnes et une nouvelle pile de rapports.
« Monsieur Gu, vous lisez très vite. Vous avez déjà parcouru tous ces renseignements ? » s’exclama Sima Changkong.
Gu Hai sourit légèrement. « Je n’ai fait que m’appliquer. Cela dit, j’aurais besoin de l’aide de Monsieur Sima pour une affaire. »
« Oh ? » répondit Sima Changkong, avec une pointe d’appréhension.
« Je veux voir Mo Yike », déclara gravement Gu Hai.
« Mo Yike ? » Sima Changkong parut surpris.
« C’est exact. D’après vos renseignements, Lu Yang se méfie de Mo Yike et le fait surveiller. Mo Yike passe ses journées à pêcher dans sa résidence et à recevoir des invités lors de banquets. Hahaha ! Je veux le rencontrer. Avez-vous un espion sur place qui pourrait m’obtenir un entretien avec lui ? » Gu Hai sourit.
« Pourquoi voulez-vous voir Mo Yike ? » Cette demande prit quelque peu Sima Changkong au dépourvu.
« Ce serait une bonne chose si nous parvenions à convaincre Mo Yike de se rendre, non ? » sourit Gu Hai.
« C’est impossible. Mo Yike est certes soupçonné, mais il est trop ambitieux. Nous y avons déjà pensé. Mieux encore, nous avons envoyé des gens pour le convaincre de se rendre. Malheureusement… » Sima Changkong secoua la tête.
« Même si nous ne parvenons pas à le rallier, je voudrais le rencontrer. Il fut autrefois l’homme en qui Lu Yang avait le plus confiance. Il connaît nombre de ses secrets. J’aimerais lui poser quelques questions », dit gravement Gu Hai.
« Oh ? » Sima Changkong garda le silence un moment, légèrement surpris.
Sima Changkong ne conseilla pas à Gu Hai de ne pas prendre de risques. Il savait que celui-ci avait déjà pesé le pour et le contre et qu’il n’avait pas besoin qu’on le lui rappelle.
« Alors, est-ce possible ? Votre espion peut-il s’en charger ? » demanda Gu Hai.
« C’est peut-être faisable. Mais nous devrons rester prudents. » Sima Changkong hocha la tête.
——
Quelques jours plus tard, à la Ville du Guet du Nord, où se trouvait Lu Yang :
L’armée de Lu Yang avait établi son camp ici.
Déguisés, Gu Hai et Sima Changkong entrèrent dans la Ville du Guet du Nord.
L’espion du royaume de Qian n’occupait peut-être pas un rang élevé au sein de la dynastie royale Ying, mais faire entrer deux personnes dans une ville peuplée de centaines de millions d’habitants ne lui posait aucun problème.
À la tombée du soir, Gu Hai et Sima Changkong se maquillèrent et suivirent un fonctionnaire jusqu’au banquet organisé dans la résidence de Mo Yike.
Quelques coups de pinceau suffirent pour que Gu Hai et Sima Changkong aient complètement changé d’apparence.
En soirée, les invités affluèrent à la résidence de Mo Yike.
Même si Mo Yike avait perdu les faveurs impériales, personne n’osait le sous-estimer. Qui pouvait garantir qu’il ne les retrouverait pas soudainement ? L’empereur ne s’était pas encore prononcé. Il n’y avait donc pas lieu de s’inquiéter.
Se lier d’amitié avec Mo Yike pouvait leur être utile à l’avenir.
De nombreux fonctionnaires se rendaient poliment aux banquets de Mo Yike. Gu Hai et Sima Changkong suivaient l’un d’eux, à la recherche de leur hôte.
« Par ici, je vous prie. Soyez les bienvenus dans mon humble demeure ! » Mo Yike se tenait à l’entrée d’une salle et accueillait ses invités.
« Monsieur Mo, merci beaucoup pour votre invitation. Veuillez excuser mon retard. J’ai amené deux serviteurs aujourd’hui ; j’espère que cela ne dérangera pas votre demeure », dit respectueusement le fonctionnaire.
Mo Yike fut surpris.
Deux serviteurs ? Les autres aussi avaient amené des serviteurs et des gardes du corps, sans en faire mention. Pourquoi celui-ci le précisait-il ?
Mo Yike observa les deux serviteurs avec curiosité.
L’un d’eux était Gu Hai. Il s’était dessiné des sourcils et avait laissé pousser ses favoris. Son apparence n’avait plus grand-chose à voir avec celle qu’il avait auparavant.
« Monsieur Mo, cela faisait longtemps ! » lança Gu Hai avec un léger sourire.
Les pupilles de Mo Yike se contractèrent. Il faillit s’exclamer en reconnaissant Gu Hai. Ces yeux-là, il ne pouvait pas les confondre.
Gu Hai s’était introduit ici en douce ?
Mo Yike ne se mit pas en colère. Au contraire, il parut plutôt heureux.
Puis il regarda l’autre serviteur et aspira brusquement une bouffée d’air.
*C’est Sima Changkong ? Lui aussi est là ?*
« Seigneur Chen, vos vêtements sont tachés ? Serviteurs, conduisez le seigneur Chen à l’intérieur pour qu’il se change ! » ordonna Mo Yike.
Les vêtements du seigneur Chen, qui avait amené Gu Hai et Sima Changkong, étaient effectivement mouillés par endroits. Gu Hai l’avait fait exprès, afin de donner à Mo Yike un prétexte pour les faire entrer.
« Merci beaucoup, Monsieur Mo ! » répondit le seigneur Chen.
Deux serviteurs vinrent conduire le seigneur Chen, Gu Hai et Sima Changkong à l’intérieur pour qu’ils se changent.
Mo Yike continua d’accueillir les invités comme si de rien n’était.
Environ deux heures plus tard, presque tous ceux qui étaient attendus étaient arrivés.
« Tous les invités sont là. Fermez les portes et n’en laissez plus entrer », ordonna Mo Yike.
« Oui ! »
Les portes de la Résidence Mo se refermèrent.
« Je vais me changer. Occupez-vous bien des invités », ordonna Mo Yike.
« Oui ! » répondirent les serviteurs.
Mo Yike se hâta alors de gagner une autre salle, au fond de la résidence.
Gu Hai, Sima Changkong et le seigneur Chen s’y trouvaient, en train d’observer le mobilier et les décorations.
« Hahaha ! Monsieur Gu, Monsieur Sima, vous ne manquez pas d’audace ! Qui aurait cru que vous oseriez vous introduire dans ma résidence ? » s’esclaffa Monsieur Mo en entrant dans la salle.