Chapitre 280
Livre 3 : Chapitre 100 : Où est Ao Shun ?
Trahison ! Trahison ! Trahison !
Ao Shun posa trois fois la question, et la plupart des subordonnés qu’il avait amenés le trahirent trois fois. Seuls trois cents dragons et trois cents dragons secondaires lui restèrent fidèles.
Le désespoir se peignit sur le visage d’Ao Shun.
*Suis-je vraiment incapable d’être prince héritier ? En si peu de temps, presque tout le monde m’a trahi ?*
*J’ai appelé, mais pas un seul des quelque dix mille dragons de la région maritime n’est venu. Pas un seul n’a accouru pour me soutenir ?*
Ao Shun eut l’impression que le monde autour de lui s’assombrissait brusquement.
« Ha ! Haha ! Hahahahaha ! Ils ont tous été éliminés ? Parfaitement éliminés ! » Ao Shun laissa échapper un rire amer et désolé.
Lorsqu’on l’avait chassé de son poste de prince héritier, Ao Shun n’avait ressenti que de la colère, pas de déception. Il avait fermement cru qu’il finirait par revenir.
Beaucoup de dragons l’affectionnaient. Ils ne voulaient simplement pas prendre part aux luttes intestines de leur race. Il croyait qu’au moins dix mille dragons répondraient à son appel.
Pourtant, Ao Shun découvrit qu’il s’était fait des illusions.
Personne, à part les trois cents dragons et les trois cents dragons secondaires derrière lui, ne le soutenait.
*Suis-je vraiment incapable d’être prince héritier ?*
Ao Shun semblait accablé. Soudain, son expression changea.
« Ce n’est pas possible. Où sont Oncle Lin et Oncle Gen ? Ils ne sont pas venus ? Pourquoi ne sont-ils pas venus ? » Ao Shun fixa le Palais céleste.
« Eux ? Ha ! Frère impérial, à ma place, qu’aurais-tu fait ? » La voix d’Ao Shun retentit de nouveau.
Comme auparavant, la voix d’Ao Shun ne répondit pas directement. Pourtant, en l’entendant, Ao Shun changea radicalement d’expression.
« Tu les as tués ? Tu as tué Oncle Lin ? Tu as tué Oncle Gen ? Ao Shun, ils t’ont vu grandir. Comment as-tu pu les tuer ? » Ao Shun semblait prêt à exploser.
« Ils ne sont pas morts ! » La voix d’Ao Shun retentit au bon moment, étouffant aussitôt la rage d’Ao Shun.
« Pas morts ? Pas morts ? » Ao Shun s’élança vers le Palais céleste.
« Mais ils ne sont pas loin de l’être. Ils ont encouragé les luttes intestines au sein de la race des dragons, ce qui équivaut à la trahir. C’est passible de mort ! » déclara froidement la voix d’Ao Shun.
« La peine capitale ? Non ! Non ! Oncle Lin et Oncle Gen ne peuvent pas mourir ! Ao Shun, ne les tue pas ! Ce sont les personnes qui me sont les plus proches ! Ne les tue pas ! » dit Ao Shun, accablé de désespoir.
« Frère impérial, je te l’ai déjà dit : nous avons grandi, et pas seulement physiquement. Nous avons aussi mûri. Quand on commet une faute, il faut en assumer les conséquences. Peu importe à quel point nous sommes proches. Frère impérial, j’espère que tu sauras regarder la situation en face », répliqua aussitôt la voix d’Ao Shun.
« Prince héritier, combattez jusqu’au bout ! » cria désespérément un dragon derrière Ao Shun.
« Rugissement ! »
Les dragons d’en face rugirent. Ao Shun ne pouvait manifestement pas se battre, même s’il le voulait. Il était à bout de forces et acculé. Les luttes pour la succession avaient toujours été cruelles, quelle que soit la race.
*Combattre et mourir ensemble ?*
*Non. Cela ne ferait que conduire au massacre de tous les dragons qui me soutiennent. Ao Shun n’y perdrait rien.*
« Prince héritier, comment avons-nous pu perdre ? Comment ? »
« Prince héritier, nous vous soutiendrons toujours. Vous seul êtes notre prince héritier. Nous ne reconnaissons que vous ! »
« Prince héritier, laissez-moi mourir. Je n’hésiterai jamais, car je ne reconnais que vous ! »
Les trois cents dragons et les trois cents dragons secondaires exprimèrent à Ao Shun leur loyauté désespérée. Ils semblaient sur le point d’être exécutés ; ils lui témoignèrent donc toute la fidélité qu’ils avaient au fond du cœur.
Ao Shun contempla les regards loyaux de ses subordonnés, et ses yeux s’humidifièrent aussitôt.
C’étaient les dragons qui lui étaient le plus fidèles. Pourtant, par le passé, il ne les avait pas bien traités. Il les avait même entraînés dans une impasse, les plongeant dans le désespoir.
« Vous ne mourrez pas. Tant que je serai là, vous ne mourrez pas. Oncle Gen et Oncle Lin ne peuvent pas mourir non plus ! » dit Ao Shun d’une voix tremblante, les dents serrées.
Soudain, Ao Shun tourna la tête et fixa le Palais céleste, le visage empreint de douleur et de rage.
« Ao Shun, tu as gagné ! Hahahahaha ! Mon cher petit frère, tu as gagné. Je le reconnais, tu es le prince héritier des dragons. Cela te suffit-il ? J’admets ma défaite. Mais tu ne peux pas les tuer. Tu ne peux tuer ni Oncle Gen, ni Oncle Lin, ni les autres du palais des dragons. Fais-le pour ton frère… pour ton frère… » Ao Shun ferma les yeux, incapable de se résigner à cette situation.
« Je t’en supplie, au nom de notre fraternité ! » lança Ao Shun avec douleur, humilié.
« Prince héritier, non ! Nous combattrons Ao Shun jusqu’au bout ! »
« Prince héritier, ne vous inclinez pas devant lui ! Ma vie ne vaut rien ! »
Les dragons s’élancèrent dans les airs, comme s’ils ne se souciaient plus de rien, et foncèrent vers le Palais céleste, résolus à sauver ce qui restait de l’orgueil et de la dignité d’Ao Shun.
« Arrêtez ! » rugit Ao Shun.
Les dragons s’immobilisèrent aussitôt et s’écrièrent avec douleur : « Prince héritier ! »
Ao Shun fixa le Palais céleste. « Ao Shun, tu m’as entendu ? Tu as entendu ce que j’ai dit ? »
Le Palais céleste demeura silencieux. Les dragons se turent également.
Au bout d’un moment, un soupir s’éleva du Palais céleste. « Frère impérial, nous sommes frères après tout ; nous ne devrions pas en venir à nous forcer mutuellement la main. Mais cette affaire concerne la prospérité de la race des dragons. Parfois, je dois endurcir mon cœur. Veux-tu que je relâche tous les dragons qui ont participé à la rébellion ? Tous, sans exception ? »
« C’est exact. Tu peux me faire tout ce que tu veux, pourvu que tu les épargnes. Tout ce que tu voudras ! » répondit Ao Shun avec désespoir.
« Ha ! Puisque tu le demandes, frère impérial, je vais leur accorder une chance. Ils porteront tous la marque des dragons pécheurs. Mais je crains qu’ils ne se rebellent encore un jour avec toi. Alors, tous mes efforts n’auront-ils pas été vains ? Frère impérial, j’ai un domaine insulaire dans la mer du Nord. Pourquoi n’irais-tu pas y vivre désormais ? Je t’enverrai des dragons pour te servir. À part l’interdiction de quitter l’île, tu pourras y faire ce que tu veux. Qu’en dis-tu ? » répondit avec indifférence la voix d’Ao Shun.
« Tu veux me mettre en résidence surveillée ? » demanda Ao Shun à contrecœur.
« Frère impérial, c’est tout ce que je peux faire », soupira la voix d’Ao Shun depuis le Palais céleste.
Ao Shun eut l’air sombre, leva la tête vers le ciel et sourit amèrement. « Ao Shun, mon cher petit frère ! Hahahaha ! Mon cher petit frère ! Hahahahahahahaha ! »
« Prince héritier, ne l’écoutez pas. Il vous veut du mal ! Nous combattrons jusqu’au bout ! » s’emportèrent les dragons loyaux.
Ao Shun secoua la tête. « Il n’osera pas. Père impérial est toujours en pleine forme. Mais je vous ai entraînés là-dedans. Pour l’instant, on ne peut pas vous ôter votre statut de dragons pécheurs. »
« Snif ! Snif ! Nos vies ne valent pas grand-chose, mais vous êtes de noble naissance, prince héritier. Pourtant… » Les dragons loyaux s’exprimèrent en sanglotant.
« Le vainqueur est roi, le vaincu est un criminel. Ha ha ! Je comprends enfin ce que signifie cette expression. Le vainqueur est roi, le vaincu est un criminel : c’est bien la vérité. Ao Shun, j’accepte tes conditions. Tu ne t’en prendras pas à Oncle Gen, Oncle Lin ni à aucun de ceux qui me soutiennent dans la race des dragons. Pas le moins du monde ! » rugit Ao Shun, comme pour sauver ce qui lui restait d’orgueil et de prestige.
« Frère impérial, ne t’inquiète pas. Même si j’ai été contraint d’en arriver là, je ne souhaite pas leur mort. Tant que tu me rassureras, ils resteront en vie, c’est certain. Nous sommes frères, après tout. Je ne veux pas agir moi-même. Tu as été prince héritier ; aucun des autres dragons n’est en droit de te faire quoi que ce soit. Fais-le toi-même. Scelle ta cultivation, et cette affaire prendra fin aujourd’hui ! » La voix d’Ao Shun retentit à nouveau.
Les environs se firent silencieux. Les innombrables spectateurs en restèrent bouche bée.
——
Du côté de Sima Changkong :
« Monseigneur, Ao Shun ne se montre-t-il pas plutôt magnanime ? Il se contente de placer Ao Shun en résidence surveillée. »
« En effet. À la place d’Ao Shun, je pourrais l’accepter. Ce n’est qu’une résidence surveillée. Humph ! Quand le roi des dragons sortira de sa retraite, Ao Shun pourra revenir. »
« En effet. Tant que le roi des dragons ne dit rien, Ao Shun a encore toutes ses chances. Tant que ses partisans sont en vie, qu’est-ce qui pourrait être plus important ? »
Les subordonnés de Sima Changkong louèrent la magnanimité d’Ao Shun et la souplesse d’Ao Shun.
Seul Sima Changkong restait bouche bée.
« C’est impossible… Il a réglé le cas d’un cultivateur du Royaume du Palais céleste comme ça ? » Sima Changkong semblait stupéfait.
——
Boum !
Ao Shun s’abattit la paume sur la tête. Une lumière multicolore jaillit autour de son corps et remonta vers son crâne. Elle sembla former un sceau gravé sur sa tête.
Bzzz !
Le corps d’Ao Shun trembla et il parut soudain beaucoup plus faible.
« Il scelle ses Palais célestes ? Ao Shun a scellé ses Palais célestes et ne peut plus utiliser la puissance de ses trois âmes spirituelles ? » s’exclama quelqu’un.
« Prince héritier ! » crièrent avec douleur les subordonnés loyaux d’Ao Shun.
« J’ai scellé mes Palais célestes. À présent, je vais sceller mon dantian. Ao Shun, regarde bien », dit froidement Ao Shun.
Boum !
Soudain, des rayons violets jaillirent de ses paumes et se dirigèrent vers ses organes internes.
Boum !
« Je scelle l’orifice du cœur !
« Je scelle l’orifice du foie !
« Je scelle l’orifice des poumons !
« Je scelle l’orifice de la rate !
« Je scelle l’orifice des reins ! »
Boum !
« Je scelle le dantian ! »
Bang !
Ao Shun scella toute sa cultivation. Dès qu’il en fut privé, il atterrit sur la place du Palais céleste.
Les dragons loyaux affichèrent aussitôt leur chagrin. Leur prince héritier avait accepté une telle humiliation pour les sauver. À présent, ces dragons étaient encore plus loyaux envers Ao Shun. Tous avaient la haine sur le visage.
Ils attendraient le jour où le roi des dragons sortirait de sa retraite. Quand Ao Shun lancerait son appel, ils combattraient pour lui sans se soucier de leur vie.
« Ao Shun, cela te suffit-il ? » Ao Shun avait scellé sa cultivation. Il parvenait désormais à sourire calmement. Il se sentait entièrement soulagé.
« Ha ! Frère impérial, entre. Ne t’inquiète pas, je tiendrai parole ! » La voix d’Ao Shun retentit de nouveau.
Ao Shun prit une profonde inspiration et s’avança lentement vers le Palais céleste.
À ce moment-là, Gu Qin et les fonctionnaires civils et militaires s’écartèrent sur la place du Palais céleste pour lui ouvrir le passage. La scène d’Ao Shun scellant sa cultivation avait choqué bien du monde. Gu Qin eut envie de lui lever le pouce.
*Un vrai homme. Impitoyable envers ses ennemis, et encore plus envers lui-même.*
Ao Shun avança à pas lourds vers le Palais céleste.
Après y être entré et avoir fait quelques pas, il découvrit aussitôt ce qui se trouvait à l’intérieur.
Il n’y vit que trois personnes : Gu Hai, Miao Chen et Interprétation captivante.
À part Gu Hai, Miao Chen et Interprétation captivante restèrent bouche bée devant Ao Shun.
« Mais… il s’est laissé attirer à l’intérieur ? » Miao Chen se frotta les yeux, encore incrédule.
« Gu Hai ? Tu es déjà revenu ? Où est Ao Shun ? Où est Ao Shun ? » demanda Ao Shun, perplexe.
« Frère impérial, tu ne me reconnais pas ? » Gu Hai esquissa un léger sourire.
Interprétation captivante fit vibrer les cordes de sa cithare dans les airs et transforma la voix de Gu Hai en celle d’Ao Shun.
Ao Shun ne parvint pas tout de suite à comprendre. Il fut d’abord stupéfait. Puis son visage passa du blanc au rouge, et sa mine devint tout à fait singulière. Enfin, il resta bouche bée, incrédule, et balbutia : « Toi ! Toi ! Toi ! »
Grincement !
Soudain, les portes du Palais céleste se refermèrent.
——
Dès qu’Ao Shun fut entré dans le Palais céleste et que les portes se furent refermées, les dragons loyaux envers lui changèrent d’expression.
« Qu’est-ce que vous faites ? » crièrent aussitôt les dragons.
À cet instant, la voix d’Ao Shun s’éleva du Palais céleste. « Je vais devoir revenir sur ma parole aujourd’hui. Pour que la race des dragons connaisse une paix durable, nous ne pouvons tolérer la présence de traîtres. Tous les traîtres doivent être exécutés ! »
« Quoi ? » Les trois cents dragons et les trois cents dragons secondaires le dévisagèrent.
« Ao Shun, sale ordure ! » rugirent aussitôt les dragons.
La voix d’Ao Shun retentit de nouveau. « Vous qui avez abandonné la mauvaise voie pour en suivre une meilleure, puisque vous le prétendez, prouvez-le. Montrez que vous êtes dans le camp opposé à celui des traîtres. C’est le moment de faire vos preuves. Tuez-les tous, n’en laissez pas un seul en vie. Lavez vos péchés dans leur sang. Tuez-les ! Et que les autres dragons ne s’en mêlent pas ! »
« Rugissement ! »
Les dragons qui avaient rejoint le camp d’Ao Shun rugirent aussitôt, le visage féroce. Certains semblaient réticents, bien sûr. Mais la question n’était plus de savoir s’ils le voulaient ou non : c’était un enjeu politique capital. Comment pourraient-ils être tranquilles s’ils ne tuaient pas les autres dragons ?
« Pardonnez-nous ! »
« Pardonnez-nous ! »
« Le vainqueur est roi, le vaincu est un criminel. Vous avez fait ce choix vous-mêmes, ne nous le reprochez pas ! »
« Désolés ! »
« Rugissement ! »
Boum !
Les dragons se livrèrent à un massacre furieux au-dessus du Palais céleste.
Dans le chaos de la bataille, des nuages sombres envahirent soudain les lieux et une pluie torrentielle s’abattit.
Gu Qin activa les matrices rituelles au bon moment, protégeant le palais des dégâts.
« Rugissement ! »
« Meurs ! »
« Tuez ! »
La voix d’Ao Shun ordonna aux dragons de la région maritime de ne pas intervenir. Le ciel sembla aussitôt sur le point de s’effondrer.
Les innombrables spectateurs s’enfuirent dans toutes les directions. Les ondes de choc étaient bien trop puissantes et féroces.
——
Du côté de Sima Changkong :
« Le prince héritier Ao Shun est revenu sur sa parole ? »
« C’est tout à fait normal. Une lutte pour la succession est toujours extrêmement cruelle. Il n’y a pas de place pour la bonté ni pour la morale. »
« Du moment qu’on consolide sa position, on peut abandonner toute morale ! »
Les subordonnés de Sima Changkong commentèrent les ordres donnés par la voix d’Ao Shun. Seul Sima Changkong comprenait ce qui se passait. Le visage amer, il ne savait que dire.
*Le danger que représentait Ao Shun a déjà été écarté ?*
*Ao Shun a été poussé au désespoir, pas à pas, jusqu’à la mort ? Du début à la fin, il n’a eu affaire qu’à un ennemi imaginaire ?*
*En effet, un ennemi imaginaire, créé par Gu Hai, qui n’existe pas.*
*Et cet ennemi imaginaire a réussi à pousser les dragons dans une impasse et Ao Shun au bord de la mort ?*
*Gu Hai n’a pas eu besoin d’envoyer un seul soldat pour détruire cette immense armée de dragons ?*
À son arrivée, Sima Changkong avait envisagé bien des possibilités. Il ne s’était toutefois jamais attendu à une telle issue.
Gu Hai avait réussi à détruire l’armée des dragons par la seule force de ses paroles ? Sa langue valait-elle une immense armée ?