Chapitre 259
Livre 3 : Chapitre 81 : Qian est mort, Ying règne désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde !
Ville de la Lune d’argent :
Deux jours passèrent en un clin d’œil.
Les premiers rayons du soleil se répandirent au matin. Au sud de la ville, un groupe de gardes prit la relève. Les sentinelles de nuit s’étirèrent après avoir travaillé dur toute la nuit. Elles s’apprêtaient à transmettre leur garde et à partir quand elles se frottèrent soudain les yeux. Puis elles recommencèrent, comme si une seule fois n’avait pas suffi.
Les gardes de la ville se mirent aussitôt en alerte et se mirent à trembler.
« Soldats ! D’où viennent ces mots ? » cria le capitaine des gardes en les foudroyant du regard.
« Monseigneur, que se passe-t-il ? » demandèrent quelques gardes des alentours en regardant dans la direction qu’il indiquait.
Tous virent, au loin, des mots gigantesques gravés sur la falaise, dont l’allure rappelait une calligraphie raffinée.
« Ying a beau être affaibli, Ying détruira Qian ! » lut à voix haute un cultivateur de passage.
[Note du traducteur : La phrase originale, tirée de l’histoire chinoise, est : « Chu a beau être affaibli (et réduit à trois clans), Chu détruira Qin. » Cette célèbre formule date de l’époque où le royaume de Chu, dirigé par Xiang Yu, était si affaibli qu’il ne lui restait que trois clans majeurs. Malgré cela, ses habitants parvinrent à s’unir pour vaincre le royaume de Qin.]
Un murmure stupéfait s’éleva !
Les gens près de la porte de la ville aspirèrent bruyamment.
« Que se passe-t-il ? Qui a écrit ça ? Quelle audace ! » s’exclamèrent les gardes.
« Ying ? Cela pourrait-il faire référence à l’ancienne dynastie impériale Ying ? Ying détruira Qian ? Ce sont des propos hautement séditieux ! » Les badauds se mirent aussitôt à en discuter.
« Vite, que quelqu’un efface ces mots ! Non, il ne faut pas les effacer. Vite ! Faites votre rapport ! Dépêchez-vous ! » cria le capitaine des gardes.
« Oui ! » répondirent les gardes, affolés.
Une scène semblable se déroula à l’est de la Ville de la Lune d’argent, mais les mots étaient différents.
Les gardes de la ville et les passants ouvrirent de grands yeux.
« Qian est mort, Ying règne désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ! » lurent à voix haute quelques citoyens stupéfaits.
[Note du traducteur : Il s’agit d’une autre formule historique adaptée au roman, ou que Gu Hai aurait reprise de la Terre. À l’origine, elle disait : « Le Ciel est mort, les Turbans jaunes règnent désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ! » C’était le slogan de ralliement des rebelles aux Turbans jaunes sous la dynastie Han. Le Ciel désignait le souverain, car on disait que les empereurs tenaient leur mandat du Ciel. Voici une page Wikipédia consacrée à ces rebelles : https://en.wikipedia.org/wiki/Yellow_Turban_Rebellion.]
« Qian est mort, Ying règne désormais ? L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ? C’est une rébellion. Non, c’est… » s’exclamèrent les citoyens.
Les gardes de la ville se couvrirent de sueur froide.
« Vite ! Faites votre rapport ! Faites votre rapport ! Vous autres, venez avec moi. Enquêtez pour découvrir qui a écrit ces mots ! » cria le capitaine des gardes, furieux.
La nouvelle parvint bientôt à la résidence officielle du seigneur de la ville.
Sima Changkong discutait avec le Prince Shenwu lorsque leurs subordonnés vinrent soudain leur faire rapport ; leurs visages changèrent aussitôt.
« Allons voir », dit le Prince Shenwu.
Whoosh !
Le Prince Shenwu, Sima Changkong, plusieurs fonctionnaires et des soldats embarquèrent sur un grand vaisseau volant, qui s’envola aussitôt hors de la ville.
Personne n’osa arrêter le vaisseau volant du Prince Shenwu, qui quitta la ville sans encombre.
Le vaisseau arriva bientôt près de la falaise, à l’est de la ville.
« Qian est mort, Ying règne désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ! » lut le Prince Shenwu, le visage assombri.
Le vaisseau volant fila ensuite vers le sud.
« Ying a beau être affaibli, Ying détruira Qian ! » Le visage de Sima Changkong s’assombrit lui aussi.
Un fonctionnaire accourut, affolé. « Votre Altesse, Monseigneur, des inscriptions ont également été découvertes à l’ouest ! »
« Allons voir ! » ordonna le Prince Shenwu.
Whoosh !
Le vaisseau volant atteignit rapidement l’ouest de la ville. Tous virent des mots gravés sur la falaise, au loin.
« Le Grand Ying s’élève, l’empereur Lu Yang ! »
« Le Grand Ying s’élève, l’empereur Lu Yang ? Le duc Lu Yang veut-il se proclamer empereur ? Rétablir la dynastie impériale Ying ? » Le Prince Shenwu haussa les sourcils.
Un autre fonctionnaire accourut. « Votre Altesse, Monseigneur, des mots similaires, disant : “Renverser Qian et rétablir Ying”, sont apparus au nord. Beaucoup de gens sont allés les voir ; ils se rassemblent là-bas et en discutent ! »
[Note du traducteur : Comme précédemment, il s’agit d’une autre formule tirée de l’histoire chinoise. À l’origine, elle disait : « Renverser les Qing et rétablir les Ming. » C’était le slogan des opposants à la dynastie Qing. Voici une page Wikipédia à ce sujet : https://en.wikipedia.org/wiki/Anti-Qing_sentiment.]
Le Prince Shenwu, Sima Changkong et les autres affichèrent tous un air sombre.
« Le duc Lu Yang ne peut donc plus attendre ? » dit le Prince Shenwu après avoir pris une profonde inspiration.
Sima Changkong secoua la tête. « Cela m’étonnerait. Le duc Lu Yang ne peut pas se rebeller en ce moment. Mais comment ces paroles séditieuses ont-elles pu être affichées aussi ouvertement ? »
« C’est vrai. Ce serait imprudent de la part du duc Lu Yang de se rebeller maintenant. Et ce Mo Yike ne le laisserait pas faire, n’est-ce pas ? Mais si ce n’est pas le duc Lu Yang, qui cela pourrait-il être ? » Le Prince Shenwu fronça les sourcils.
Sima Changkong haussa soudain les sourcils. « Votre Altesse, ce style me rappelle un peu… Je me fais peut-être des idées. »
« Pourquoi hésiter ? Dites ce que vous pensez. » Le Prince Shenwu fronça les sourcils.
« Ce n’est pas ça. Votre Altesse, j’ai l’impression que cela ressemble au style de Gu Hai. Mais je me fais peut-être des idées ; je n’ai aucune preuve. » Sima Changkong sourit avec amertume.
« Gu Hai ? » Le Prince Shenwu parut perplexe.
« Oui. Cela y ressemble. Ces quatre slogans séditieux semblent simples, mais ils n’ont pas été faciles à trouver », dit Sima Changkong en plissant légèrement les yeux.
« Oh ? »
« Il existe d’innombrables slogans séditieux. Pourtant, rares sont ceux qui marquent autant les esprits et qui ont un rythme aussi fluide. Ces quatre slogans n’ont peut-être rien de particulièrement érudit, mais ils s’impriment immédiatement dans l’inconscient », expliqua Sima Changkong.
[Note du traducteur : Les slogans historiques sont formulés par groupes de quatre mots, ce qui leur donne un certain rythme et une certaine fluidité. Quant à « Le Grand Ying s’élève, l’empereur Lu Yang », le chinois le formule en deux groupes de trois caractères, ce qui lui donne également une cadence accrocheuse.]
Le Prince Shenwu fronça légèrement les sourcils, puis hocha la tête.
« Votre Altesse, que devons-nous faire de ces mots ? » demanda un fonctionnaire.
« Effacez-les tous. Puis, mobilisez tous les moyens à votre disposition pour découvrir qui les a gravés », ordonna le Prince Shenwu.
« Oui ! » répondirent les fonctionnaires.
« Si c’est vraiment Gu Hai, ce n’est peut-être que le début ! » dit Sima Changkong, les sourcils froncés.
——
La même scène ne se déroula pas seulement dans la Ville de la Lune d’argent, mais presque simultanément dans les cent villes de la province de Ying.
Des slogans séditieux apparurent aux abords des villes.
« Ying a beau être affaibli, Ying détruira Qian ! »
« Qian est mort, Ying règne désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ! »
« Le Grand Ying s’élève, l’empereur Lu Yang ! »
« Renverser Qian et rétablir Ying ! »
Ces mots apparurent partout dans la province de Ying, semant la panique parmi les seigneurs de ses différentes villes. Ceux-ci les firent rapidement effacer et mobilisèrent toutes leurs forces pour retrouver les coupables.
Pourtant, ces paroles séditieuses finirent par se répandre dans les différentes villes. La plupart des gens les méprisaient, mais une petite partie continuait d’en parler.
Au même moment, dans la Ville de la Fondation détruite, construite spécialement pour faire face à la Ville de la Fondation divine, ces quatre slogans attirèrent l’attention d’innombrables soldats postés à l’extérieur.
« Qian est mort, Ying règne désormais ! L’heure est venue, que la fortune sourie au monde ! » lut Mo Yike.
Un groupe de conseillers se tenait aux côtés du duc Lu Yang.
« Qui a écrit cela ? » Le duc Lu Yang foudroya ses subordonnés du regard.
Le duc Lu Yang avait rassemblé son armée personnelle et se préparait à se rebeller. Quelques-uns de ses hommes de confiance étaient au courant. Même si tous ne nourrissaient pas de grandes ambitions, ils savaient qu’une fois que le duc Lu Yang aurait fondé la dynastie impériale Ying, ils recevraient aussitôt des postes prestigieux et de grands pouvoirs.
Beaucoup avaient donc déclaré soutenir la volonté du duc Lu Yang de devenir empereur. Pourtant, le duc Lu Yang et Mo Yike avaient toujours étouffé les rumeurs à ce sujet.
L’un de ses hommes de confiance aurait-il pris les devants ?
« Détruisez ces falaises et enquêtez minutieusement. Tous ceux qui oseront compromettre les plans du duc seront condamnés à mort », ordonna froidement Mo Yike à un groupe de fonctionnaires.
« Oui ! » répondirent ses subordonnés.
« Duc, de nombreux officiers de l’armée en discutent déjà », dit Briseur d’armées.
« Oh ? » Le duc Lu Yang fronça légèrement les sourcils.
« Duc, c’est la volonté du Ciel. Le Ciel vous dit que l’heure est venue ! » s’exclama avec enthousiasme un fonctionnaire, sans réfléchir.
Le duc Lu Yang leva la main et le foudroya du regard. « Fouettez-le à mort pour avoir débité des absurdités ! »
« Hein ? Duc ! Duc ! Je suis innocent ! » s’écria le fonctionnaire.
Les fonctionnaires qui s’apprêtaient à prendre sa défense se turent aussitôt.
« J’exécuterai toute la famille de quiconque osera encore parler de rébellion ! » Le duc Lu Yang les fixa froidement.
« Oui ! » répondirent-ils tous.
Le duc Lu Yang les renvoya ensuite et ne garda que Briseur d’armées et Mo Yike.
« Duc, seule une petite partie des soldats en discute. La plupart se contentent de ricaner avec mépris et n’y prêtent aucune attention », dit Briseur d’armées avec un sourire.
Le duc Lu Yang hocha la tête.
Mo Yike fronça légèrement les sourcils. « Nous nous sommes peut-être trompés. »
« Oh ? »
« Aucun des hommes du premier groupe n’oserait agir de la sorte. Peut-être que ceux qui ont gravé ces mots ne sont pas des nôtres », dit Mo Yike, les sourcils froncés.
« Pas des nôtres ? » Le duc Lu Yang plissa soudain les yeux.
« En effet. Cela pourrait venir de nos ennemis ! » Mo Yike fronça les sourcils.
« La dynastie royale de la Fondation divine ? » demanda le duc Lu Yang, perplexe.
Mo Yike secoua la tête. « Si la dynastie royale de la Fondation divine se contentait de répandre des rumeurs, ce ne serait pas grave. Ce qui m’inquiète, c’est que Sa Sainte Éminence ait délibérément envoyé des gens les écrire. »
Les pupilles du duc Lu Yang se contractèrent soudain.
« Sa Sainte Éminence aurait fait ça ? C’est impossible, non ? » Le duc Lu Yang fronça les sourcils.
« Je l’ignore. Mais cette hypothèse est peu probable. De plus, les citoyens n’en parleront qu’un temps, pas longtemps. Pour l’instant, le pays est paisible. Ces slogans séditieux n’auront guère d’effet. En revanche, en temps de troubles, ils seraient très dangereux », dit Mo Yike avec sérieux.
« C’est vrai. Ces slogans séditieux sont volontairement simples, afin de s’ancrer dans l’esprit de chacun. Celui qui les a conçus n’est pas un personnage ordinaire », dit le duc Lu Yang en hochant la tête.
« Duc, envoyez immédiatement des hommes dans les différentes villes pour enquêter et vérifier si ces mots circulent aussi ailleurs. Si c’est le cas, mobilisez toutes nos forces pour les traquer. Nous devons faire toute la lumière sur cette affaire. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre faux pas en ce moment », dit Mo Yike.
« Très bien ! » Le duc Lu Yang hocha la tête.
En effet, les nouvelles ne tardèrent pas à affluer.
Les différentes villes firent savoir que des slogans séditieux étaient apparus dans leurs environs.
——
Dix jours plus tard, résidence officielle du duc Lu Yang :
Le duc Lu Yang affichait un air sombre. « Bande d’incapables ! Vous n’arrivez toujours pas à arrêter celui qui grave ces mots ? Chaque jour, les slogans séditieux réapparaissent sur une falaise. À présent, ils se sont déjà répandus partout. »
« Duc, nous avons fait de notre mieux. Nous avons failli attraper le coupable une fois. Mais, contre toute attente, il s’est enfui sous terre », répondit amèrement l’un des officiers.
« Ce sont les golems de roche de fondation. Duc, je les ai entendus. C’étaient les golems de roche de fondation », affirma Briseur d’armées.
« Tant mieux si ce sont les golems de roche de fondation. Au moins, ce n’est pas l’empereur céleste Qian », dit le duc Lu Yang en hochant la tête.
Pourtant, Mo Yike esquissa un sourire amer. « Duc, ma pire crainte s’est peut-être réalisée. »
« Hein ? »
« C’est Gu Hai. Huangfu Chaoge n’aurait jamais imaginé un tel stratagème. C’est forcément Gu Hai. Ils doivent agir de concert », dit Mo Yike avec un sourire amer.
« Monsieur Mo, les nouvelles des différentes villes confirment que les inscriptions continuent d’apparaître, mais n’est-ce pas ce à quoi vous vous attendiez ? Le pays est paisible, il n’est pas en proie aux troubles. L’effet de ces slogans séditieux ne sera-t-il pas limité ? Quelques personnes en parleront pendant leur temps libre. La plupart les méprisent et n’y voient qu’une plaisanterie. La majorité ignore même jusqu’à l’existence de cette affaire sans importance », dit le duc Lu Yang en secouant la tête.
« Non. Si c’est Gu Hai, alors c’est dangereux. Duc, avez-vous oublié de quoi Gu Hai est capable ? Si c’est vraiment lui qui tire les ficelles, ce n’est que le début », répondit amèrement Mo Yike.
« Mais à quoi bon ces slogans séditieux si les citoyens n’y croient pas ? À qui s’adresse-t-il ? » demanda Briseur d’armées, perplexe.
Mo Yike se plongea dans ses pensées.
——
Dans la vallée, à l’extérieur de la Ville de la Fondation divine :
Huangfu Chaoge regarda Gu Hai et lui demanda : « Ces quatre slogans séditieux suffiront-ils vraiment à créer des problèmes au duc Lu Yang ? Cela ne me semble pas suffisant, non ? »
Gu Hai secoua la tête, une lueur froide dans les yeux. « S’il n’a pas l’intention de se rebeller, je ne pourrai évidemment pas le discréditer. Mais s’il en a l’intention, cela suffira. »
« Oh ? »
« Laissons d’abord les rumeurs se répandre un moment. » Gu Hai secoua la tête sans donner davantage d’explications.