Chapitre 227
Livre 3 : Chapitre 49 : La mort de He Shikang
La nouvelle de tout ce qui s’était passé sur l’Île de la Lune d’argent parvint rapidement aux habitants de la Ville de la Lune d’argent.
Maître Gu avait obtenu l’Interprétation captivante.
Les fonctionnaires de la dynastie céleste Qian avaient confisqué le million de marionnettes-cithares.
Yun Mo avait manigancé contre tous les joueurs de cithare.
Pour expier les fautes du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent, le Seigneur du manoir s’était agenouillé et avait prosterné le front devant les joueurs de cithare avant de mourir, implorant leur pardon pour les actes de Yun Mo.
Le Seigneur de la Ville He avait été mis en examen et assigné à résidence dans son manoir officiel.
Sima Changkong avait pris le contrôle de la Ville de la Lune d’argent.
La nouvelle se répandit et fit grand bruit parmi les habitants de la Ville de la Lune d’argent.
« Pourquoi le jeune Seigneur du manoir a-t-il fait une chose pareille ? »
« On ne peut pas lui en vouloir. Le Seigneur du manoir a élevé Yun Mo. Il ne demandait jamais de faveurs à personne et traitait tout le monde avec bonté. Il n’aurait naturellement rien fait qui eût semé la discorde dans le monde ; Yun Mo a donc fini par s’impatienter. »
« Ha ! Le Manoir de la Montagne de la Lune d’argent se portait très bien. Maintenant que le Seigneur du manoir n’est plus, ses disciples restants pourront-ils le maintenir à flot ? »
« Le Seigneur du manoir est mort, mais il est resté ferme et inflexible. S’agenouiller ainsi n’avait rien de honteux. C’était même noble. C’est seulement regrettable pour le Manoir de la Montagne de la Lune d’argent. »
« La réputation du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent est désormais réduite à néant. »
D’innombrables personnes déplorèrent le sort du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent.
Quant à Gu Hai, il suscitait encore plus de respect. Les gens estimaient qu’il était digne d’être un maître de la Voie de la musique. Il avait autrefois sauvé tous les habitants de la ville, et s’il avait obtenu l’Interprétation captivante, c’était naturellement grâce à ses talents.
D’innombrables joueurs de cithare se rendirent aussitôt au Pavillon de la Cithare numéro un de la rue pour le féliciter. Bien sûr, ils espéraient aussi voir à quoi ressemblait une cithare de rang céleste. Le pavillon connut donc un succès fulgurant.
——
Dans un petit manoir de la ville :
Mo Yike écouta Lu An lui raconter tout ce qui s’était passé dans la mer de la Lune d’argent.
« Jeune Maître An, n’avez-vous pas entendu ce que je vous ai dit ? » Mo Yike le regarda froidement.
Le visage de Lu An se crispa. « Monsieur Mo, vous ne pouvez pas m’en tenir rigueur. C’est Gu Hai qui m’a provoqué. Il m’a piégé ! »
« Il vous a piégé ? Et vous êtes tombé dans le panneau si facilement ? Qu’est-ce que vos précepteurs du manoir officiel du duc vous ont appris ? C’était une provocation élémentaire. Vous ne l’avez pas vu ? » demanda Mo Yike d’un ton sévère.
« Je… je… je… » bégaya Lu An, le visage défait.
Jiang Tianyi s’empressa de calmer le jeu. « Monsieur Mo, le Jeune Maître An aurait dû s’en rendre compte. Mais quand on est impliqué, on manque de recul. Gu Hai est aussi particulièrement retors. Il a exploité le point faible du Jeune Maître An. Monsieur Mo avait également dit qu’il pouvait lui retirer ses droits à la succession pour faire place à Gu Hai. C’est pour cela que le Jeune Maître An a perdu son sang-froid. »
« En effet, Monsieur Mo. J’étais trop impliqué pour y voir clair. Voilà tout. Tout est la faute de Gu Hai, qui est trop retors ! » ajouta aussitôt Lu An.
Monsieur Mo le regarda froidement. « Gu Hai est retors ? C’est de l’intelligence ! Il lui a suffi de quelques mots pour vous tenir dans sa main, et vous le traitez de retors ? »
« Hein ? » Le visage de Lu An se crispa.
« Ce Gu Hai est vraiment remarquable. Il a su manipuler son adversaire à sa guise. Ce n’est pas un homme ordinaire. Quelqu’un d’extraordinaire apparu de nulle part ? Je n’y crois pas ! » déclara Mo Yike, la voix grave.
« Nos hommes sont déjà partis enquêter dans la Mer des Mille Îles. Nous aurons bientôt des nouvelles », dit Jiang Tianyi d’un ton sérieux.
Mo Yike acquiesça, puis se tourna vers Lu An. « Jeune Maître An, je veux bien fermer les yeux pour cette fois. J’espère qu’il n’y en aura pas d’autre. Vous ne devez pas vous mêler des affaires de la mer de la Lune d’argent. »
« Hein ? » Le visage de Lu An se crispa. Puis il acquiesça. « Oui ! »
« Ha ha ! Vous n’êtes toujours pas prêt à l’accepter ? » Mo Yike eut soudain un rire.
Le visage de Lu An montrait clairement qu’il voulait chercher querelle à Gu Hai. Heureusement que je l’avais averti.
« Jeune Maître An, vous ne pouvez pas vaincre Gu Hai. Réfléchissez un peu. Que possédiez-vous, et que possédait-il, lorsque vous vous êtes rencontrés ? En si peu de temps, Gu Hai a déjà tout détruit ce que vous aviez. Vous ne le voyez donc pas ? » Mo Yike sourit, mécontent.
« Ah ? » Lu An fut surpris.
« Gu Hai a détruit tous les dragons pécheurs et Fang Minghou. Il a aussi remporté le Pavillon de la Cithare numéro un au monde, le Pavillon du meilleur go de la Lune d’argent et toutes les autres affaires. Regardez donc. Après ce qu’a fait Gu Hai, il ne vous reste rien, n’est-ce pas ? Vous avez déjà tout perdu dans la Ville de la Lune d’argent. Le pari ? Vous pensez que vous avez simplement agi trop précipitamment en pariant devant le Pavillon de la Cithare numéro un de la rue ? Et qu’ensuite, vous avez continué à parier ? De plus, vous avez parié au go, parmi toutes les choses possibles ! Fallait-il absolument parier au go ? Vous ne voyez donc pas que Gu Hai vous a piégé en si peu de temps et vous a poussé à parier au go ? » ricana Mo Yike.
« Ah ? Non. Non. C’est impossible, pas vrai ? À l’époque, j’étais fort et lui, faible ! » protesta Lu An, le visage crispé.
« Vous, fort ? Quelle plaisanterie ! Vous pensiez être plus fort que l’autre camp alors que He Shikang amenait son armée ? N’avez-vous pas vu que les habitants autour de vous avaient pris le parti de Gu Hai ? Vous croyez vraiment que vous auriez pu éliminer Gu Hai et le Pavillon de la Cithare numéro un de la rue si je ne vous avais pas arrêté à temps, ce jour-là ? Sans mon intervention, vous y seriez déjà mort ! » lança froidement Mo Yike.
« Non, non, c’est impossible ! » s’écria Lu An, horrifié.
« Quand Fang Minghou a attaqué le Pavillon de la Cithare numéro un de la rue, il s’est heurté à la même matrice rituelle que celle que Gu Hai avait déployée dans la mer de la Lune d’argent, n’est-ce pas ? Vous pensez encore pouvoir vous en prendre au pavillon ? De plus, les habitants étaient furieux. Qu’aurait fait He Shikang en cas de rébellion ? » le réprimanda Mo Yike.
Le visage de Lu An se crispa.
Après ces paroles de Mo Yike, Lu An y réfléchit et comprit qu’il avait vraiment été comme un clown, manipulé par Gu Hai à sa guise.
« Vous ne pouvez pas vaincre Gu Hai. Tenez-vous à l’écart ; c’est un homme impitoyable. Cette fois, Gu Hai vous a probablement épargné par égard pour le duc. Je ne peux pas vous garantir qu’il vous laissera la vie sauve la prochaine fois », dit froidement Mo Yike.
« Mais… mais il n’est qu’au Royaume du Noyau d’or… » protesta doucement Lu An.
« Le Royaume du Noyau d’or ? Ha ha ! Jeune Maître An, vous avez beaucoup d’humour ces derniers temps », répliqua Mo Yike avec sarcasme. « La cultivation et la force, c’est la même chose ? Gui Mian était un cultivateur du Royaume de l’Âme naissante. Qui l’a tué, au bout du compte ? Un million de statues de bronze au sommet du Royaume de l’Âme naissante ont poursuivi Gu Hai. Et quel en a été le résultat ? »
« Ah ? »
« Vous croyez que je me suis donné tant de mal pour le recruter à cause de son niveau de cultivation ? Ce que j’estime, c’est son intelligence. Grâce à elle, il peut vaincre une armée innombrable et résister à un million de marionnettes-cithares ! » dit Mo Yike d’une voix grave.
« Hein ? Oui ! »
« Au fait, avez-vous entendu parler du Pêcher immortel de longévité séculaire ? Il y a peu, lorsque le duc a mené ses soldats dans le Monde-puzzle inné, il a obtenu quelques renseignements. Un certain Gu Hai y était apparu. Il possédait un talent exceptionnel au go et avait, à lui seul, écrasé cent mille cultivateurs dans cette discipline. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait simplement d’un homonyme. À présent, je suis certain que c’est bien le même homme. Écraser seul cent mille cultivateurs ? Et, de plus, il a tenu tête au Souverain divin de la Grande Lumière. Vous le saviez ? Et vous vouliez quand même l’affronter au go ? Ha ! Quelle plaisanterie ! » ricana Mo Yike.
Le visage de Lu An se crispa de nouveau.
« Bien. Préparez-vous. Les funérailles du Seigneur du manoir de la Montagne de la Lune d’argent auront lieu dans quelques jours. Vous irez lui rendre hommage au nom du duc », dit Mo Yike avec indifférence.
« Quoi ? Aller au Manoir de la Montagne de la Lune d’argent ? Ils ont failli me tuer. Et puis… et puis… » s’exclama aussitôt Lu An.
« Ils vous ont rejeté ? » dit froidement Mo Yike.
« Je… » Lu An esquissa un sourire amer.
« Retenez bien ceci : quoi que les gens disent du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent, vous ne devez pas laisser paraître la moindre réaction. Traitez-les comme avant », dit froidement Mo Yike.
« Oui ! » acquiesça Lu An.
Mo Yike se tourna vers Jiang Tianyi. « Où en est-on du côté de He Shikang ? »
« He Shikang a envoyé des soldats camper sur les trois îles de la mer de la Lune d’argent afin de garder les marionnettes-cithares. Les preuves sont accablantes. Il est actuellement interrogé. Sima Changkong a bouclé le manoir officiel du Seigneur de la Ville ; il ne peut donc pas en sortir, et nous ne pouvons recevoir aucune information », répondit Jiang Tianyi d’un air grave.
Mo Yike plissa les yeux et acquiesça.
——
Manoir officiel du Seigneur de la Ville :
Sima Changkong et He Shikang étaient assis dans un pavillon.
« Seigneur de la Ville He, Changkong a manqué de courtoisie. Mais cette affaire est très grave, je n’ai donc pas eu d’autre choix que de vous offenser. » Sima Changkong sourit en servant une coupe de vin au Seigneur de la Ville He.
« Seigneur Sima, inutile de vous excuser. C’est moi qui ai été trop avide cette fois. C’est pour cela que je n’ai pas fait de rapport à la cour céleste. Voilà la vérité. » He Shikang secoua la tête.
« Ah ? C’était donc seulement votre avidité ? Et les dragons ? » demanda Sima Changkong en fronçant les sourcils.
« Les dragons ? Je l’ai découverte avec eux. Nous avions convenu de nous partager les marionnettes-cithares ; nous gardions donc l’endroit ensemble. C’étaient des dragons pécheurs qui s’étaient échappés du front, n’est-ce pas ? » He Shikang sourit en secouant la tête.
« Vous l’avez seulement découverte ensemble ? Le duc Lu Yang est-il au courant ? » demanda Sima Changkong.
« Le duc Lu Yang est au front. Comment pourrait-il savoir ce qui se passe ici ? Vous vous faites des idées », répondit He Shikang en secouant la tête.
« Le duc Lu Yang n’est pas au courant ? Alors pourquoi Mo Yike et Lu An sont-ils ici ? » demanda Sima Changkong.
« Eux ? Ils sont venus assister à la cérémonie de consécration des cithares, n’est-ce pas ? Mais Mo Yike n’y a finalement pas participé. Pour les autres, je ne sais pas. » He Shikang secoua la tête.
Quoi que lui demande Sima Changkong, He Shikang répétait qu’il avait agi par avidité, et l’interrogatoire n’alla pas plus loin pour l’instant.
« Très bien. Seigneur de la Ville He, réfléchissez-y. Souvenez-vous que cette province de Ying appartient à la dynastie céleste Qian. Sa Sainte Éminence est le seul maître de la dynastie céleste Qian ! » dit Sima Changkong d’une voix grave.
« Très bien. » He Shikang acquiesça en souriant.
Sima Changkong s’éloigna lentement, laissant He Shikang seul dans le pavillon.
He Shikang leva les yeux vers la pleine lune et but un excellent vin.
« Ha ! Long Xiaoyue, dans cette vie, ce vieux He semble n’avoir déçu personne. Vous êtes la seule envers qui je me sens coupable. Vous êtes morte injustement, mais je n’ai rien pu faire. Je pourrai bientôt vous revoir, n’est-ce pas ? J’espère que, lorsque nous nous retrouverons, vous serez toujours aussi belle, aussi éblouissante. Vous étiez la femme la plus merveilleuse du monde. La seule chose qui me fait me sentir indigne de vous, c’est le père de Long Wanqing. Qui est-il, au juste ? Un lâche. Vous lui avez donné deux filles, et il n’ose même pas se montrer ? À votre mort, il n’est pas venu vous venger. Ce lâche ne vous mérite pas », soupira He Shikang en contemplant la lune.
——
Après avoir quitté l’endroit où He Shikang était assigné à résidence, Sima Changkong se rendit dans un bureau, au fond d’une grande salle.
« Où en est-on ? » demanda Sima Changkong à un subordonné.
« Monseigneur, les statues de bronze ont déjà été emportées. Les courriers officiels les transportent directement à la capitale pour les remettre à Sa Sainte Éminence, qui décidera de leur sort », rapporta respectueusement le subordonné.
« Les courriers officiels ? C’est une unité militaire mise sur pied par Sa Sainte Éminence. Tous les postes de contrôle leur ouvriront aussitôt le passage. Espérons que ces statues de bronze arriveront à la capitale au plus vite. » Sima Changkong acquiesça.
« Rapport ! Monseigneur, c’est grave ! C’est grave ! » Un fonctionnaire se précipita dans la salle, affolé.
« Que se passe-t-il ? N’étiez-vous pas parti avec les courriers officiels pour transporter les statues de bronze à la capitale ? » demanda Sima Changkong en fronçant les sourcils.
« Pardonnez-moi, Monseigneur. Votre subordonné a trop bu la veille et s’est effondré dans une station-relais. Quand je me suis réveillé, les troupes étaient déjà parties. Je les ai poursuivies à toute allure. Comme je connaissais l’itinéraire, je les ai vite rattrapées. Mais, arrivé dans une vallée, les fonctionnaires et les soldats qui transportaient la cargaison étaient tous… tous… »
« Tous quoi ? » insista Sima Changkong, le regard menaçant.
« Ils étaient tous morts ! Ils ont tous été tués ! Le million de statues de bronze avait aussi disparu ; quelqu’un les a emportées ! » dit le fonctionnaire, horrifié, en s’agenouillant.
« Les itinéraires des courriers officiels changent à chaque fois. Même moi, je ne connais pas le parcours exact. Et pourtant, ils ont tous… » dit Sima Changkong d’une voix grave.
« Personne n’a divulgué l’itinéraire. Personne. Tous ceux qui le connaissaient sont morts. C’était peut-être un accident ? Ils sont peut-être tombés sur des bandits ? » dit le fonctionnaire, horrifié, toujours à genoux.
« Un accident ? Des bandits ? Humph ! » Sima Changkong le foudroya du regard. Il ne croyait naturellement pas que des bandits aient fait le coup.
Les bandits étaient comme des criminels du monde des mortels. Dévaliser des caravanes était déjà le maximum de leurs capacités. Comment auraient-ils osé s’en prendre à des fonctionnaires et voler leur cargaison ?
Un autre fonctionnaire accourut, affolé. « Rapport ! Monseigneur, c’est grave ! C’est grave ! He Shikang, le Seigneur de la Ville He, s’est suicidé ! »
« He Shikang s’est suicidé ? » Le visage de Sima Changkong s’assombrit.
« Oui, oui ! » répondit le fonctionnaire avec anxiété.