Chapitre 216
Livre 3 : Chapitre 38 : Capturer Lu An
Mer de la Lune d’argent :
Deux millions de fées s’étaient dispersées aux quatre coins de la mer. En battant des ailes, elles faisaient résonner une musique élégante et émouvante. Les joueurs de cithare invités n’étaient pas les seuls à les poursuivre : les autres s’étaient également mis à leur recherche.
La mer de la Lune d’argent sombra dans le chaos. Hélas, à moins de faire partie des quelque six cents joueurs de cithare invités, même celui qui trouvait une fée ne pouvait pas la capturer. Il avait beau tendre la main pour l’attraper, celle-ci la traversait.
« C’est inutile. Ces fées sont des essences d’âme, des âmes musicales. Impossible de les toucher. » D’innombrables cultivateurs affichaient un air abattu.
——
Sur une île :
Après s’être reposée quelque temps, la Fée Waner ferma les yeux et écouta. Soudain, elle les rouvrit.
« Je l’ai trouvée ? » La Fée Waner s’éleva dans les airs et s’envola dans une direction précise.
« Humph ! Gu Hai, tu as peut-être réussi à tromper tout le monde, mais pas moi. Quand j’aurai attrapé la fée jaune et obtenu l’Interprétation captivante, je montrerai à tous ces joueurs de cithare aveugles que j’ai raison. Le véritable imposteur, c’est toi ! Humph ! » La Fée Waner affichait une détermination farouche.
Fuuush !
En un clin d’œil, la Fée Waner disparut à l’horizon.
——
Sur une autre île :
Sima Changkong écoutait, les yeux fermés, quand trois cultivateurs s’approchèrent en volant.
« Alors ? » Sima Changkong ouvrit les yeux.
« Toujours aucune nouvelle ! » répondirent les trois cultivateurs en fronçant les sourcils.
« Continuez les recherches. La décision du Seigneur du manoir d’organiser la cérémonie de remise de cithare dans la mer de la Lune d’argent cache forcément un secret. S’il n’y a rien sur l’île, fouillez les fonds marins », ordonna Sima Changkong.
« Oui ! »
Sima Changkong soupira doucement. « Tant pis. On dirait que je n’étais pas destiné à participer à cette cérémonie. Je n’ai pas le temps de chercher l’âme de l’Interprétation captivante. Un jour est déjà passé ; il n’en reste que neuf. Si nous ne trouvons rien d’utile pendant ces neuf jours, la piste du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent s’arrêtera là. Je vais vous aider à chercher. »
« Oui ! » répondirent-ils tous.
——
Au sud de la mer de la Lune d’argent, là où se trouvaient les trois îles disposées en pyramide :
Après quelques discussions, Gu Hai se servit de la « lettre d’autorisation » du Seigneur de la Ville He pour prendre sans encombre le contrôle des trois îles.
« La cérémonie de remise de cithare ayant lieu dans la mer de la Lune d’argent, d’innombrables personnes rôdent dans les environs. Tôt ou tard, il se produira quelque chose. C’est pourquoi le Seigneur de la Ville He nous a envoyés installer un réseau rituel encore plus puissant pour dissimuler cet endroit. Suivez mon plan. Une fois le réseau achevé, chacun recevra une pierre spirituelle de qualité supérieure. Les officiers toucheront dix fois plus à chaque échelon de la chaîne de commandement », annonça Gu Hai.
« Oui ! » crièrent avec enthousiasme les soldats et les officiers.
Même les soldats les moins gradés recevraient une pierre spirituelle de qualité supérieure. Un officier en toucherait donc dix et un commandant cent ? Le commandant du lieu était lui aussi ravi à l’idée d’en recevoir cent.
Tous les habitants des trois îles s’activèrent pour mettre en place le réseau rituel et aider Gu Hai à enterrer les nombreuses pierres spirituelles.
La montagne de pierres spirituelles de Gu Hai, qui s’étendait comme une crue, stupéfia bon nombre de soldats.
Le seigneur de la ville semblait avoir dépensé une fortune pour cela. Combien y avait-il de pierres spirituelles de qualité supérieure ?
Au bout d’une journée, les soldats avaient enfin enterré plusieurs millions de pierres spirituelles de qualité supérieure.
« Réseau rituel, active-toi ! » cria Gu Hai.
Boum !
Un épais brouillard se répandit soudain au-dessus des trois îles et les enveloppa aussitôt. Il recouvrit même la mer au centre des îles, plongeant toute la zone et ses occupants dans l’immense réseau rituel.
« Seigneur Gu, quand allez-vous nous distribuer les pierres spirituelles ? »
« Seigneur Gu, quel est ce réseau rituel ? Il est immense ! »
« Seigneur Gu, récompensez-nous généreusement en pierres spirituelles ! »
Les six mille soldats qui attendaient leur récompense regardaient Gu Hai avec impatience.
Long Wanqing, le Vénérable Liu Nian et Shangguan Hen gardèrent longtemps le silence.
Tous trois avaient cru que Gu Hai ferait évacuer les soldats des îles. Ils ne s’étaient pas attendus à ce qu’il les emploie pour enterrer les pierres spirituelles et installer un réseau rituel.
Quel réseau rituel gigantesque ! Il avait fallu une journée entière à six mille soldats pour l’achever.
« Merci à tous pour votre aide. Veuillez me pardonner ce qui va suivre », déclara Gu Hai.
« Quoi ? » demandèrent quelques commandants, soudain méfiants.
Boum !
Soudain, d’innombrables bêtes nuageuses montées par des soldats surgirent du brouillard et chargèrent les six mille hommes.
« Quoi ? Vous nous avez piégés ? »
« Seigneur Gu, qu’est-ce que vous faites ? »
« Espèce de salaud ! Argh ! »
Le réseau rituel sombra dans le chaos.
Quatre heures plus tard, Gu Hai avait capturé les six mille soldats. Il scella leur cultivation et les enferma dans une prison sur l’une des îles.
« Pourquoi nous avoir piégés ? Pourquoi le seigneur de la ville veut-il nous faire du mal ?! »
« Le seigneur de la ville veut-il nous réduire au silence ? »
« Non ! J’ai encore des enfants et des parents dont je dois m’occuper. Seigneur de la Ville, épargnez-moi, je vous en prie ! »
Les soldats emprisonnés criaient de terreur, convaincus que le Seigneur de la Ville He voulait les réduire au silence.
Gu Hai les observa un moment sans rien dire.
*Ai-je rendu la mise en scène trop réaliste ? Ils n’ont toujours pas compris que nous sommes des imposteurs ?*
Bien sûr, Gu Hai ne s’expliqua pas. Il se contenta d’installer autour des soldats un réseau rituel isolant les sons, puis les ignora.
« Quel est ce réseau rituel ? » demanda le Vénérable Liu Nian, intrigué.
« C’est un réseau rituel du Monde des vingt-huit paires de lignes renforcé, auquel j’ai incorporé certains éléments du réseau rituel du Monde des vingt-neuf paires de lignes », expliqua Gu Hai.
« On pourrait dire que vous avez aiguisé l’hameçon et l’avez fixé à la ligne ? » Le Vénérable Liu Nian sourit.
« Exactement. Il ne me manque plus que l’appât. » Gu Hai sourit.
« Ils sont là ? » Gu Hai se tourna vers Shangguan Hen, qui se tenait près de lui.
« Votre Majesté, je surveille le ciel depuis un moment. Ils sont là depuis assez longtemps, juste derrière ce nuage », répondit Shangguan Hen avec un sourire.
« Oh ? » Tous levèrent les yeux vers le ciel.
« C’est Lu An ? » Long Wanqing parut légèrement surprise.
« Oui. Ma longue conversation avec le Seigneur de la Ville He a dû suffire à le pousser à vouloir me tuer », répondit Gu Hai avec un sourire.
« Vous ne cherchez pas seulement à pêcher les dragons, mais aussi à attirer Lu An ? » demanda le Vénérable Liu Nian.
« Je vais donc devoir vous demander votre aide, Vénérable Liu Nian. » Gu Hai se tourna vers lui.
« Mais allez-vous vous brouiller avec la résidence officielle du duc Lu Yang pour une tête de serpent ? Est-ce que cela en vaut la peine ? » Le Vénérable Liu Nian fronça les sourcils.
« Qui a dit que j’allais me brouiller avec la résidence officielle du duc Lu Yang ? Je ne suis au courant de rien. » Gu Hai sourit.
« Hein ? » Le Vénérable Liu Nian fut quelque peu surpris, puis hocha la tête avec un sourire amer.
Un chapelet bouddhique se transforma en météore et fila vers les nuages.
Boum !
Un fracas retentit. Le chapelet semblait avoir heurté quelque chose et rebondit.
« Qui est là ? » Le Vénérable Liu Nian lança un grognement froid et s’éleva dans les airs.
Fuuush !
Soudain, un navire volant surgit des nuages et fila au loin.
« Restez ici ! Je reviens tout de suite ! » cria le Vénérable Liu Nian.
Puis il fit apparaître un navire volant d’un geste de la main et se lança aussitôt à sa poursuite.
Fuuush !
En un clin d’œil, les deux navires volants atteignirent l’horizon.
——
Après le départ du Vénérable Liu Nian, deux silhouettes apparurent lentement dans le nuage blanc. C’étaient Lu An et Fang Minghou.
« Le Vénérable Liu Nian portait une perruque ? Ha ! Il croyait que je ne le reconnaîtrais pas ? » ricana Lu An en regardant les navires volants qui s’éloignaient.
« Jeune Maître An, j’ai l’impression que tout se déroule trop facilement. Nous comptions attirer le Vénérable Liu Nian loin d’ici, mais il est parti de lui-même ? » Fang Minghou fronça les sourcils.
« Ne t’inquiète pas. Ceux qui sont à bord du navire volant sont des guerriers fanatiques que j’ai formés. Il ne risque rien. Il avait devant lui le chemin du Ciel, mais il a choisi celui des Enfers, alors même qu’il était fermé. Allons capturer Gu Hai », lança froidement Lu An.
« Et Long Wanqing ? »
Le regard de Lu An se glaça. « Elle cherche sa propre mort. Humph ! S’opposer à moi ne lui apportera rien de bon. Il me manque justement une esclave de la dynastie céleste Qian dans mon groupe d’esclaves. »
« Des esclaves ? » Fang Minghou changea d’expression. Il savait parfaitement quel sort misérable attendait les esclaves de Lu An.
« Il semble qu’il y ait un nouveau réseau rituel en contrebas », dit Fang Minghou avec inquiétude.
« Brise-le de toutes tes forces. Nous devons capturer Gu Hai aujourd’hui. Tu as bien dit que tu pouvais percer le réseau rituel autour du Pavillon de la Cithare numéro un de la rue, et qu’il te fallait seulement du temps. En plus, ils n’ont eu qu’une journée. Quel réseau rituel puissant auraient-ils pu installer ? Dépêche-toi. Capture Gu Hai avant le retour du Vénérable Liu Nian », ordonna Lu An.
« Oui ! » Fang Minghou hocha la tête.
Fang Minghou dégaina son sabre d’or et chargea le réseau rituel, le visage féroce.
Fuuush !
Après que Fang Minghou eut pénétré dans le réseau rituel, celui-ci ne frémit que légèrement avant que tout ne redevienne calme.
« Hein ? » Lu An fut stupéfait.
Fang Minghou s’était précipité dans l’immense réseau rituel avec un élan formidable. Le chaos ne devait-il pas y régner ? Pourquoi n’entendait-on plus rien après son entrée ?
Une demi-heure passa sans que rien ne se produise.
Une heure passa ; toujours rien.
Au bout d’une heure et demie, Lu An commença à s’impatienter et cria : « Fang Minghou, qu’est-ce que tu fabriques ? »
——
À cet instant, à l’intérieur du réseau rituel, un général bête nuageuse particulièrement massif tenait à deux mains le corps ensanglanté de Fang Minghou.
« La force du roi hégémonique peut soulever un chaudron ! Ha ! » rugit le général bête nuageuse en serrant Fang Minghou de toutes ses forces. Celui-ci était incapable de se débattre tandis que ses os craquaient.
« Argh ! Jeune Maître An, fuyez vite ! Fuyez ! » hurla Fang Minghou, fou de douleur.
« Ceux qui sont dehors ne peuvent pas nous entendre ? » demanda Long Wanqing, inquiète.
« Ne vous inquiétez pas. Mon réseau rituel se situe entre le réseau rituel du Monde des vingt-huit paires de lignes et celui du Monde des vingt-neuf paires de lignes. Il isole l’intérieur de l’extérieur. Vu de dehors, tout semble calme et paisible. Cela dit, Fang Minghou est plutôt impressionnant. Il a failli réussir à s’échapper », répondit froidement Gu Hai.
Long Wanqing hocha la tête.
« Shangguan Hen, tu écoutes depuis un bon moment. Alors ? » Gu Hai se tourna vers Shangguan Hen.
« Votre Majesté, soyez tranquille. Je sais déjà imiter sa voix. » Shangguan Hen sourit.
En parlant, Shangguan Hen avait pris la voix de Fang Minghou.
« Shangguan Hen peut imiter la voix des autres ? » demanda Long Wanqing en le regardant, stupéfaite.
——
Dehors, Lu An, visiblement anxieux, fixait le réseau rituel, qui paraissait d’un calme absolu.
« Fang Minghou, qu’est-ce que tu fabriques ? » appela Lu An avec impatience.
« Jeune Maître An, j’ai capturé Gu Hai. Vous pouvez descendre, tout va bien ! » retentit la voix de Fang Minghou.
« Oh ? Déjà ? Hahahaha ! » Lu An éclata de rire et s’envola vers le réseau rituel.
Fuuush !
Lu An fit irruption dans le réseau rituel.
Trente minutes plus tard, un autre général bête nuageuse tenait Lu An dans ses mains et l’empêchait de bouger.