Chapitre 182
Livre 3, chapitre 7 : le jeune maître An
Dans une région de la mer du Nord :
Un navire volant planait dans le ciel. Des nuages noirs recouvraient la région en contrebas, tandis que des éclairs zébraient les nues et que le tonnerre grondait. On distinguait vaguement une bataille épique qui faisait rage en mer.
Cinquante dragons tournoyaient dans les airs ou nageaient dans cette région maritime.
À leur contact, la mer se soulevait. L’eau semblait obéir aux ordres de ces cinquante dragons.
En nageant autour de leurs proies, les dragons avaient piégé des centaines de tortues noires au centre. Elles étaient de tailles diverses : la plus petite mesurait à peine un peu plus de trois mètres, tandis que la plus grande atteignait un kilomètre. Toutes faisaient face aux dragons, paniquées et désemparées.
Les dragons mesuraient tous au moins mille six cents mètres de long. Le plus grand atteignait même deux mille six cents mètres. Tous s’étaient alliés pour encercler les tortues noires et les maintenir sous leur emprise.
« Rrrr ! »
Soudain, un dragon noir fondit sur elles.
« Protégez les petits. Je m’occupe de lui ! » Une tortue noire d’un kilomètre de long s’élança brusquement.
Boum !
La tortue noire percuta le dragon noir ; tous deux furent repoussés. Mais un autre dragon noir profita de l’ouverture pour mordre une tortue noire d’une dizaine de mètres.
« Non ! Mon fils ! Lâche mon fils ! »
Crac !
Gloups !
Tandis que les autres tortues noires protestaient en rugissant, le dragon broya la petite tortue noire et l’avala.
Une lueur glaciale brillait dans les yeux du dragon noir. Comme si cette petite tortue n’avait même pas suffi à lui coincer quelque chose entre les dents, il continua de fixer froidement le groupe de tortues noires.
« Restez serrées les unes contre les autres. Ne leur laissez plus d’occasion ! » rugit anxieusement la plus grande tortue noire.
Pourtant, la scène ressemblait à un jeu du chat et de la souris. Même la plus forte des tortues noires ne faisait pas le poids face aux dragons. Comment auraient-elles pu protéger leurs petits ? Les dragons dévorèrent donc de plus en plus de tortues noires au fil du temps.
[Note du traducteur : « l’aigle attrape les poussins » est un jeu chinois pour enfants, qui ressemble un peu à un jeu de poursuite. L’aigle est le poursuivant ; tous les autres se tiennent en file en posant les mains sur les épaules de la personne devant eux. La personne en tête de file est la poule. Son rôle est d’empêcher l’aigle d’attraper les poussins derrière elle.]
Les tortues noires pouvaient influencer le temps. Les dragons en étaient capables eux aussi, et même davantage.
Cette scène désolante teignit la mer de sang.
——
À cet instant, un groupe de personnes se tenait à bord d’un navire volant, dans le ciel.
À sa tête se trouvait un jeune homme vêtu de blanc, d’une grande beauté. Appuyé contre le bastingage, il regardait en contrebas avec un léger sourire.
Derrière lui se tenaient plusieurs subordonnés, dont un homme robuste portant un sabre d’or dans le dos. Il semblait jouir d’un statut supérieur aux autres.
« Jeune Maître An, le duc sait-il que vous avez amené ces dragons paître dans la mer du Nord ? Cela ne risque-t-il pas de… ? » L’homme au sabre d’or fronça les sourcils.
« Fang Minghou, mon grand-père t’a envoyé pour me protéger, pas pour me dire quoi faire ! » répliqua froidement le jeune homme en blanc.
« Oui ! Votre humble serviteur ne se le permettrait pas. Mais ces dragons… » répondit Fang Minghou avec inquiétude.
Le jeune maître en blanc plissa les yeux en regardant en contrebas. « Tout ira bien. J’avais entendu dire que Li Shenji avait découvert cette tribu de tortues noires ; je me suis donc précipité ici. Et c’était bien le cas. Ces dragons nous sont fidèles ; nous ne pouvons naturellement pas les maltraiter. Ils veulent manger des tortues noires ? Eh bien, qu’ils en mangent autant qu’ils le souhaitent ! »
Fang Minghou fronça les sourcils, mais finit par hocher la tête sans rien ajouter.
Le spectacle des dragons chassant les tortues noires était particulièrement sanglant.
Soudain, un trait de lumière fendit le ciel au loin.
« Hein ? » Fang Minghou haussa les sourcils et tourna la tête.
Il aperçut un navire volant qui approchait. Celui-ci volait toutefois plus bas, sous les nuages noirs.
Un dragon noir jaillit justement des flots, prêt à dévorer une autre tortue noire.
« Non ! Ne me mange pas ! » cria pitoyablement la tortue noire tandis que le dragon la mordait.
« Espèce de salaud ! »
Un rugissement furieux retentit soudain depuis le navire volant qui approchait. Un homme en jaillit et frappa le dragon noir de la paume.
Boum !
Une détonation retentit. Le coup repoussa le dragon noir, qui lâcha la tortue prise dans sa gueule.
« Ah ? Ancien Miao ! Vous êtes enfin revenu ! Vous êtes enfin revenu ! » s’écria avec une joie débordante la tortue noire qui venait d’échapper à la mort.
Miao Chen n’eut pas le temps de s’occuper d’elle et se rua dans la bataille.
« Espèces de salauds ! Comment osez-vous ?! » rugit Miao Chen. L’eau de mer jaillit soudain dans les airs et se souleva de nouveau.
« L’ancien est revenu ! L’ancien est revenu ! »
« Nous sommes sauvés ! »
« Ancien, sauvez-nous ! »
Les tortues noires crièrent de terreur.
Miao Chen fondit sur ses adversaires et enchaîna les coups de paume pour repousser les dragons.
« Rrrr ! »
Les dragons rugirent et se jetèrent sur Miao Chen. Le plus grand, qui mesurait deux mille six cents mètres de long, balança sa queue.
Sa queue s’abattit et fendit la mer avec une force écrasante.
Grondement… !
L’eau jaillit de toutes parts avec une puissance phénoménale.
L’expression de Miao Chen changea. Puis sa silhouette trembla et il se transforma en une tortue noire de mille six cents mètres de long.
« Rrrr ! »
La queue du dragon s’écrasa contre sa carapace tandis que Miao Chen rugissait.
Boum !
L’eau de mer environnante éclaboussa le ciel, mais la queue du dragon ne parvint pas à entamer la carapace.
Cependant, le choc sépara les tortues noires et les dragons qui combattaient autour d’eux.
Les dragons nagèrent derrière le plus grand d’entre eux, qui dévisagea froidement la tortue gigantesque.
Paniquées, les tortues noires se réfugièrent derrière Miao Chen, puis lancèrent un regard furieux aux dragons.
——
Au-dessus des nuages noirs :
« Jeune Maître An, ce navire volant ressemble au Nuage blanc de la Salle d’élite. Il s’agit donc de Long Wanqing ? » demanda Fang Minghou en fronçant les sourcils.
Le jeune maître An plissa les yeux. « Long Wanqing ? Que fait-elle avec Miao Chen, de la race des tortues noires ? »
——
À bord du navire volant Nuage blanc, sous les nuages noirs :
Long Wanqing, le Vénérable Liu Nian, Gu Hai et Shangguan Hen observaient la bataille devant eux.
« Une chasse ? Hahaha ! Ces dragons sont là pour chasser les tortues noires ? » Une lueur glaciale traversa les yeux de Shangguan Hen.
« Les dragons aiment manger les tortues noires ? » demanda Gu Hai en fronçant légèrement les sourcils.
« Votre Majesté, les tortues noires et les dragons sont des créatures marines. Les tortues noires sont très nourrissantes, alors les dragons viennent les dévorer. Hélas, nous ne sommes plus huit siècles en arrière. À l’époque, les tortues noires mangeaient aussi des dragons. Mais elles sont maintenant sur le déclin. La situation s’est inversée et les dragons les dévorent à présent », expliqua Shangguan Hen, les paupières tressautant violemment.
« Les tortues noires mangent les dragons ? » Gu Hai parut quelque peu perplexe.
« Les tortues noires ne sont pas difficiles. Elles mangent les dragons, et même les phénix. Hélas, aujourd’hui, ce sont elles qui se font dévorer », dit calmement Shangguan Hen. Gu Hai perçut pourtant une rage écrasante dans sa voix.
« Quelque chose cloche. Maître de salle, ces dragons sont des dragons criminels ! » déclara le Vénérable Liu Nian en plissant les yeux.
« Des dragons criminels ? » Long Wanqing parut surprise.
« Qu’est-ce qu’un dragon criminel ? » demanda Gu Hai, déconcerté.
« Les dragons criminels sont des dragons qui ont commis une faute grave au sein de leur race. Rejetés par leurs semblables, ils portent une marque de culpabilité sur le front. Ils devraient être condamnés à mort, mais leur vie est épargnée parce qu’ils sont eux aussi des dragons. Cela ne les dispense toutefois pas de leur peine : ils sont envoyés comme esclaves dans ma dynastie céleste Qian. Ils peuvent recouvrer leur liberté au bout de mille ans. Les dragons sont les bêtes protectrices de notre dynastie céleste Qian. Même lorsqu’il s’agit de dragons criminels, nous ne les traitons pas avec excès. En temps normal, on les envoie aux frontières pour défendre la dynastie contre ses ennemis », expliqua Long Wanqing.
Gu Hai regarda dans la direction qu’elle indiquait. En effet, chaque dragon portait sur le front une cicatrice en forme d’astérisque, particulièrement malveillante.
« Ces dernières années, les frontières de la province de Ying ont été les plus agitées. La plupart des dragons criminels y ont donc été envoyés pour servir le duc Lu Yang. Les dragons criminels ne peuvent rester dans la dynastie céleste Qian que pour expier leurs fautes en accomplissant des exploits ; ils n’ont pas le droit d’abandonner leur poste. Pourquoi sont-ils dans la mer du Nord ? » dit Long Wanqing, stupéfaite.
Boum !
Miao Chen engagea le combat contre le plus grand des dragons noirs. Leur affrontement déchaîné souleva une tempête.
Pourtant, Gu Hai se mit à observer les alentours.
« Votre Majesté, là-haut ! Il y a un navire volant ! » s’écria Shangguan Hen.
Les nuages noirs obscurcissaient le ciel et empêchaient Gu Hai de voir. Mais les yeux de Shangguan Hen pouvaient percer leur épaisseur.
« Envolez-vous ! » ordonna Long Wanqing.
Frrt !
Le navire volant s’éleva rapidement et traversa les nuages noirs en un clin d’œil.
« Un descendant du duc Lu Yang ? Lu An ? Ce n’est pas son navire volant ? » demanda le Vénérable Liu Nian en fronçant légèrement les sourcils.
« Lu An est-il vraiment si problématique ? » demanda Gu Hai.
« Il l’est. C’est le petit-fils préféré du duc Lu Yang et il semble assez capable », répondit le Vénérable Liu Nian.
« Oh ? » Gu Hai fronça légèrement les sourcils.
Le Nuage blanc arriva bientôt devant l’autre navire volant.
Lu An s’appuya contre le bastingage et regarda Long Wanqing. « Ainsi, c’est vous, petite sœur Wanqing. Que vous amène dans cette mer du Nord ? »
« Jeune Maître An, veuillez m’appeler Long Wanqing. Vous n’avez pas à m’appeler petite sœur Wanqing. Et est-ce vous qui avez amené ces dragons criminels ? » demanda Long Wanqing en le fusillant du regard.
« Qu’y a-t-il ? Vous n’aimez pas que je vous appelle petite sœur Wanqing ? Et si je vous appelais simplement Wanqing ? » Lu An esquissa un sourire.
« Jeune Maître An, ces tortues noires sont mes amies. Je vous prie donc de repartir avec vos dragons criminels ! » déclara Long Wanqing d’un ton ferme.
« Oh ? Ce sont vos amies ? Malheureusement, je n’y peux rien. Ces dragons criminels ne m’écouteront pas. » Lu An sourit.
Le Vénérable Liu Nian, qui se tenait à côté, prit la parole : « Jeune Maître An, les dragons criminels n’ont pas le droit de quitter le champ de bataille de la province de Ying sans un décret de Sa Sainte Éminence. Telle est la règle de ma dynastie céleste Qian. Les avoir emmenés loin du champ de bataille de la province de Ying doit aller à l’encontre du décret de Sa Sainte Éminence, n’est-ce pas ? Je me demande si vous avez agi de votre propre chef ou si le duc Lu Yang vous l’a ordonné. Est-ce vous qui avez désobéi au décret, ou le duc Lu Yang ne tient-il plus compte des ordres de Sa Sainte Éminence ? »
« Hein ? » Le visage joyeux de Lu An s’assombrit aussitôt.
« Hahaha ! Quelle belle accusation ! Maître Liu Nian, vous avez renoncé au monde pour devenir moine, et pourtant votre langue est toujours aussi venimeuse ? » lança froidement Lu An.
« Jeune Maître An, si vous ne rappelez pas ces dragons criminels, j’écrirai sur-le-champ à mon grand-père maternel pour l’informer que le duc Lu Yang a désobéi au décret et laissé les dragons criminels faire ce qu’ils voulaient dans la mer du Nord ! » déclara Long Wanqing en le fusillant du regard.
Lu An fixa Long Wanqing et esquissa un sourire glacial. « Petite sœur Wanqing, je trouve que vous étiez plus mignonne quand vous étiez petite. Mais maintenant, vous devenez de plus en plus déplaisante. »
Long Wanqing le regarda froidement sans céder d’un pouce.
Lu An balaya du regard les occupants du Nuage blanc. Lorsqu’il aperçut Gu Hai, il parut légèrement perplexe, mais n’y prêta pas davantage attention.
« Gui Mian, il est temps de rentrer ! » lança froidement Lu An.
Boum !
Un grand fracas retentit soudain en contrebas, et le combat prit fin.
Le dragon criminel qui affrontait Miao Chen leva les yeux vers le navire volant dans le ciel.
« Quoi ? Jeune Maître An, nous partons déjà ? Une fois que j’aurai réglé son compte à Miao Chen, toutes ces tortues noires seront à nous ! » s’exclama le dragon noir, stupéfait.
« Nous devons partir. Sinon, quelqu’un accusera mon grand-père de rébellion. Hum ! » répondit froidement Lu An en fixant Long Wanqing.
« Oui ! » répondit Gui Mian, le dragon noir.
« En route ! »
« Rrrr ! »
Les dragons s’envolèrent aussitôt dans le ciel.
Grondement… !
Soudain, ils reprirent forme humaine et atterrirent sur le navire volant de Lu An.
Lu An tourna la tête vers Long Wanqing. Puis, il éclata de rire, l’air sournois : « Petite sœur Wanqing, venez donc dans ma province de Ying quand vous aurez un moment. Je vous ferai passer du bon temps, c’est promis. Hahahahahaha ! »
Puis le navire volant de Lu An fila au loin et atteignit l’horizon en un clin d’œil.