Chapitre 147
Livre 2 : Chapitre 83 : Appel à la reddition
Dix jours plus tard, lors de l’audience à la cour impériale du royaume de Jin :
Une atmosphère particulièrement pesante régnait à la cour. Les fonctionnaires gardaient le silence, les yeux tournés vers l’empereur assis sur son trône.
Un fonctionnaire vêtu de jaune se tenait entre les deux rangées de dignitaires. Il fit son rapport, le visage défait.
« Votre Majesté, la Nation Chen a juré une fidélité absolue à la Résidence Gu. Le pays tout entier s’est soumis à elle. À présent, Gao Xianzhi mène l’armée de la Nation Chen — non, il faut désormais dire l’armée de la Résidence Gu — sur le territoire de notre royaume de Jin. Il a déployé une force impressionnante et s’est rué simultanément sur les quatre autres royaumes. Nous avons déjà livré quelques escarmouches sur la ligne de front, et nous avons perdu ! » annonça le fonctionnaire en jaune, le visage défait.
« La Nation Chen ? Chen Liangyi s’est soumis à Gu Hai comme ça ? Sans opposer la moindre résistance ? » demanda l’Empereur de Jin, le visage sombre.
« Il n’y a pas eu de résistance. J’ignore ce que Gu Hai lui a promis, mais Chen Liangyi a coopéré sans réserve. Gu Hai semble avoir préparé cela de longue date ; les changements parmi les fonctionnaires se sont faits rapidement et méthodiquement. Il semblerait aussi qu’il ait placé depuis longtemps nombre de ses hommes parmi les fonctionnaires de la Nation Chen ! » répondit le fonctionnaire en jaune, l’air partagé.
« Il n’y a vraiment eu aucune résistance ? »
« Si. Certains seigneurs de ville ont refusé de se soumettre à la Résidence Gu et se sont rebellés. Mais ils ont été rapidement écrasés. Les immortels ont pris part aux combats et le sang a coulé à flots. Même si beaucoup d’habitants de la Nation Chen refusent encore de se soumettre, ils ont vite cessé de bouger. La tendance est claire : la Nation Chen n’existe déjà plus, et tout appartient à la Résidence Gu ! » répondit respectueusement le fonctionnaire en jaune.
« Les gens du peuple n’ont pas protesté ? »
« Très peu. Vraiment très peu. Gu Hai est l’homme le plus riche des six royaumes et s’est bâti une réputation exceptionnelle auprès du peuple au fil des dernières décennies. La Nation Chen a connu de grands bouleversements il y a un an, ce qui a profondément marqué les gens du peuple. Ils estiment la Résidence Gu bien davantage que la cour impériale de la Nation Chen ; aussi sont-ils restés calmes pendant toute la transition ! » répondit amèrement le fonctionnaire en jaune.
« Gu Hai ! Quelle ambition ! Il veut régner sur cinq royaumes avec les seules forces de sa résidence ? » Le visage de l’Empereur de Jin s’assombrit.
« Votre Majesté, même si la Résidence Gu n’est qu’une résidence, son influence n’a rien à envier à celle d’un royaume. Prenez le nôtre, par exemple : dans le monde des affaires, les entreprises du clan Gu ont toujours dominé. C’est un empire commercial, le sixième royaume dissimulé au milieu des cinq autres. Il n’a simplement gardé que le nom de résidence ! » ajouta le fonctionnaire en jaune avec un sourire amer.
« Surtout, Gu Hai a pénétré le monde de la cultivation et dispose de trois mille immortels. Je crains que notre armée ne soit composée que de simples mortels », poursuivit le fonctionnaire en jaune, le visage défait.
« Gu Hai enfreint les règles ; il ne pourra pas fanfaronner longtemps. Hmpf ! Il a trois mille immortels ? Le royaume de Jin a toujours derrière lui la Secte du Dragon entravé, une secte immortelle. Les autres royaumes ont, eux aussi, la Secte de Song et la Secte de la Rivière Claire. Gu Hai s’attire la colère des sectes immortelles : il ne tardera pas à subir un désastre ! » déclara froidement l’Empereur de Jin.
« J’ai un rapport à faire ! Le troisième prince demande audience ! » cria anxieusement quelqu’un depuis l’extérieur de la salle.
« Oh ? Le troisième prince ? Celui qui a rejoint la Secte du Dragon entravé pour cultiver l’immortalité est de retour ? » Les fonctionnaires se réjouirent aussitôt.
« Qu’on le laisse entrer ! » lança l’Empereur de Jin.
Peu après, les gardes firent entrer un brancard dans la salle. Un homme vêtu de rouge, dans un état lamentable, y était allongé. Ses jambes étaient ensanglantées, son corps couvert de blessures et ses cheveux en désordre.
« Troisième prince ? » Tous regardèrent le prince vêtu de rouge avec stupeur.
Pourquoi le ramenait-on sur un brancard ?
« Mon fils ! Que t’est-il arrivé ? » L’Empereur de Jin se leva aussitôt de son trône, le visage bouleversé.
Bien qu’il ne fût pas le prince héritier, le troisième prince comptait davantage que ce dernier aux yeux de l’Empereur de Jin, car son potentiel dépassait celui de l’empereur. Il cultivait pour devenir immortel. L’Empereur de Jin avait beau régner, sa vie était limitée. Dans quelques décennies, il ne serait plus qu’un souverain régnant sur les mêmes terres. Comment pouvait-il se comparer à un immortel ?
« Père impérial, à peine rentré, j’ai entendu les nouvelles du front. Je n’ai pas osé perdre de temps et je suis venu immédiatement ! » répondit le troisième prince avec un sourire amer.
« Que s’est-il passé ? Qui t’a blessé ? Tu n’étais pas à la Secte du Dragon entravé ? » demanda l’Empereur de Jin, stupéfait.
« La Secte du Dragon entravé ? Ha ! Elle n’existe plus ! » répliqua le troisième prince d’un ton mordant.
« Elle n’existe plus ? Que veux-tu dire ? Ta Secte du Dragon entravé comptait des milliers de disciples. Comment pourrait-elle avoir disparu ? » s’exclama l’Empereur de Jin.
« Gu Hai s’est rendu à la Secte du Dragon entravé. Presque tout le monde y a péri, Maître de secte compris. Nous ne sommes que quelques dizaines à avoir survécu. J’ai eu la chance d’en réchapper et j’ai fui jusqu’ici », répondit le troisième prince d’un ton mordant.
« Quoi ? » s’écrièrent les fonctionnaires d’une seule voix.
« Gu Hai ? Comment est-ce possible ? Il vient à peine de commencer à cultiver. Comment aurait-il pu se faire un ennemi de ta Secte du Dragon entravé ? » demanda l’Empereur de Jin, stupéfait.
« Se faire un ennemi de ma Secte du Dragon entravé n’est rien. Père impérial, vous ne le savez toujours pas ? À son retour, Gu Hai a d’abord détruit la Famille mafieuse de Great Feng. Puis il a détruit la Secte de la Rivière Claire, avant de s’en prendre à la Secte de Song. Et, il y a peu, il a détruit ma Secte du Dragon entravé ! » dit le troisième prince d’un ton mordant.
Les nombreux fonctionnaires : « … ! »
L’Empereur de Jin : « … »
Il avait détruit quatre sectes immortelles, l’une après l’autre ?
Un silence de mort tomba sur toute la salle.
« C’est impossible. Gu Hai est-il à ce point redoutable ? N’a-t-il pas atteint le Royaume inné il y a peu ? » demanda l’Empereur de Jin, incrédule.
« J’ai entendu dire que les disciples de la Secte de Song avaient connu les morts les plus atroces. À lui seul, Gu Hai a massacré plus de cinq mille de ses disciples ! » répondit le troisième prince d’un ton mordant.
L’Empereur de Jin : « … »
Les nombreux fonctionnaires : « … ! »
Un silence inquiétant s’abattit de nouveau sur la salle.
« J’ai un rapport à faire ! » Un messager se précipita dans la salle.
« Je rapporte à l’empereur : nous avons reçu des nouvelles de la Ville frontalière de Jin ! Nous n’avons pas réussi à la défendre, et l’armée de Gao Xianzhi y a déjà pénétré ! » annonça le messager à genoux.
Les nombreux fonctionnaires : « … ! »
L’Empereur de Jin : « … »
La Famille mafieuse de Great Feng ? La Secte de la Rivière Claire ? La Secte de Song ? La Secte du Dragon entravé ? Quatre grandes sectes immortelles ?
Gu Hai les avait toutes écrasées ? Pas étonnant qu’il veuille régner sur le monde. Pas étonnant ! Il a même détruit le soutien du royaume de Jin ?
« Gu Hai ! Gu Hai ! » L’Empereur de Jin se rembrunit et serra le poing. Il se sentit soudain impuissant.
Dong ! Dong ! Dong ! Dong ! Dong !
Des roulements de tambour retentirent à l’extérieur de la salle.
[Note du traducteur : Les bureaux des magistrats, qui servaient aussi de tribunal et de résidence, avaient des tambours à l’extérieur. Les plaignants les battaient pour demander audience au magistrat et faire examiner leurs griefs. Le même système existait dans les administrations supérieures, jusqu’au palais. Bien sûr, les tambours du palais n’étaient pas accessibles à tous, puisque tout le monde ne pouvait pas y entrer.]
« Que se passe-t-il ? » L’Empereur de Jin regarda vers l’extérieur de la salle.
Peu après, un garde se précipita dans la salle et annonça : « Je rapporte à l’empereur que Tang Chu, directeur général de l’Association marchande de la Résidence Gu, demande audience. Nous l’en avons empêché, mais il a battu le Tambour qui ébranle le Ciel pour obtenir audience auprès de Votre Majesté ! »
« Le Tambour qui ébranle le Ciel ? Ceux qui ont subi une injustice particulièrement grave le battent pour que le Ciel les entende. Quel que soit le grief, quiconque le bat reçoit d’abord quatre-vingts coups de fouet, afin d’affirmer l’autorité impériale, puis sa plainte est examinée. Le directeur de la Résidence Gu a vraiment osé battre le Tambour qui ébranle le Ciel ? » s’exclama le troisième prince, stupéfait.
À cet instant, personne ne proposa de lui administrer d’abord les quatre-vingts coups.
« Faites-le entrer ! » ordonna sombrement l’Empereur de Jin.
« Non ! Ministre adjoint des Rites, allez l’accueillir ! » se reprit aussitôt l’Empereur de Jin.
« Bien ! » Un fonctionnaire quitta immédiatement la salle.
L’atmosphère était pesante dans la salle.
On avait porté le troisième prince sur le côté. À cet instant, son expression était particulièrement complexe.
Peu après, le ministre adjoint des Rites fit entrer un vieil homme aux cheveux blancs. Malgré son âge, il avait l’air plein de vigueur et le regard perçant. Deux hommes vêtus de noir le suivaient, visiblement chargés de le protéger en permanence.
« Directeur Tang, je vous en prie ! » dit le ministre adjoint des Rites avec une politesse extrême.
Le Directeur Tang esquissa un sourire ; une lueur de satisfaction passa dans ses yeux. Autrefois, lorsque le royaume de Jin soutenait les affaires de la Résidence Gu, il devait supporter les regards méprisants de bien des gens. Ces fonctionnaires le prenaient de haut et se montraient tous distants, sauf quand il était question de son argent, qu’ils appréciaient fort.
Maintenant que le royaume de Jin allait tomber et que leurs statuts allaient changer, comment le Directeur Tang aurait-il pu ne pas se réjouir ?
En entrant dans la salle, le Directeur Tang ne salua pas d’abord l’Empereur de Jin. Il se tourna plutôt vers les deux gardes vêtus de noir derrière lui.
« Je vous remercie tous les deux de m’avoir protégé tout au long du voyage ! » dit le Directeur Tang en s’inclinant légèrement.
« Directeur Tang, nous sommes ici sur ordre de l’émissaire. Inutile de vous occuper de nous. Allez donc faire ce que vous avez à faire ! » répondit gravement l’un des hommes en noir.
Le Directeur Tang acquiesça.
Les fonctionnaires ne remarquèrent qu’alors les deux gardes du Directeur Tang.
Ces deux hommes font partie des trois mille immortels de Gu Hai ? Il emploie des immortels pour protéger un simple mortel ?
D’abord perplexes, les fonctionnaires furent ensuite horrifiés : ils comprenaient, à cette scène, toute la détermination de Gu Hai.
« Tang Chu, directeur de la branche du royaume de Jin de la Résidence Gu, présente ses salutations à l’Empereur de Jin ! » Tang Chu s’inclina légèrement.
Tang Chu avait choisi de « présenter ses salutations » plutôt que de « rendre hommage ». Il se considérait manifestement déjà comme un émissaire, et non comme un humble sujet du royaume de Jin.
« Directeur Tang ? Êtes-vous venu au nom de Gu Hai ? » demanda gravement l’Empereur de Jin.
« Oui. C’est mon maître ! » répondit le Directeur Tang avec un sourire.
« Votre Résidence Gu envahit mes frontières et, malgré cela, vous osez vous introduire à ma cour impériale ? » lança froidement l’Empereur de Jin.
Le cri glacial de l’Empereur de Jin n’effraya pas Tang Chu. Il se contenta de sourire légèrement.
Tang Chu dirigeait les affaires de la Résidence Gu dans le royaume de Jin. Il avait de nombreux subordonnés et jouissait lui-même d’un certain prestige. De plus, une fois le royaume de Jin conquis par la Résidence Gu, il pourrait bien se retrouver à administrer ces terres. Bientôt, il remplacerait peut-être cet empereur. Qu’avait-il donc à craindre ?
« Empereur de Jin, je ne suis pas venu aujourd’hui pour me quereller avec vous. Il n’y a rien à discuter. Le troisième prince est ici ; je suis certain qu’il vous a déjà tout raconté ! » dit le Directeur Tang en souriant.
L’Empereur de Jin lança un regard glacial au Directeur Tang.
« Empereur de Jin, éminents seigneurs, inutile de me regarder ainsi. La Résidence Gu ne vous doit rien. Bien au contraire, vous lui devez beaucoup. Y a-t-il ici quelqu’un — de l’Empereur de Jin aux différents fonctionnaires — qui n’ait jamais accepté d’argent de la Résidence Gu ? » ricana le Directeur Tang.
« Hein ? » Tous les fonctionnaires braquèrent leurs yeux sur le Directeur Tang.
« Ne vous imaginez pas que le gouvernement de votre royaume de Jin soit si stable. Au cours des dernières décennies, le royaume de Jin a subi cinq inondations et six grandes sécheresses, suivies d’épidémies. Qui a sauvé le peuple et empêché le chaos quand les caisses de l’État étaient vides ? La Résidence Gu. Sans elle, votre royaume de Jin aurait sombré dans le chaos depuis longtemps. Vous comptez sur les immortels de la Secte du Dragon entravé ? Se sont-ils jamais souciés de vous ? » dit le Directeur Tang avec un sourire.
« Cette année, le royaume de Jin a connu une grande sécheresse. Les champs n’ont rien produit sur des milliers de kilomètres. Sans l’aide d’urgence de la Résidence Gu, quelle quantité de grain vos greniers auraient-ils pu fournir ? Les gens du peuple n’auraient rien eu à manger. Alors, ils auraient pris les armes et se seraient révoltés, renversant le gouvernement. Vous n’auriez pas pu leur résister ! » déclara le Directeur Tang d’une voix grave.
« Directeur Tang, où voulez-vous en venir ? » demanda froidement l’Empereur de Jin.
« Je suis venu cette fois au nom de mon maître pour appeler la cour impériale du royaume de Jin à se rendre. J’espère que chacun réfléchira bien et saisira cette occasion d’éviter au peuple de subir de terribles souffrances. » Sur ces mots, le Directeur Tang sortit un rouleau de soie.
« Un appel à la reddition ? » L’Empereur de Jin le foudroya du regard.
Cette annonce provoqua un tumulte parmi les fonctionnaires. Ils fixaient Tang Chu avec colère, comme s’ils voulaient lui arracher la peau et le dévorer vivant.
« Voici la lettre. À vous de décider si vous vous rendez ou non. Ce n’est qu’une question de temps. Les gens du peuple ne souffriront pas ; seul votre sort changera. Ah, au fait, le royaume voisin de Cai s’est déjà rendu ! » Le Directeur Tang tendit la lettre de reddition, puis recula.
« Empereur de Jin, éminents seigneurs, je vais vous laisser. Délibérez entre vous. Quand vous aurez pris votre décision, faites-le-moi savoir. Je séjournerai au restaurant de la Résidence Gu, à l’extérieur du palais ! » dit le Directeur Tang avec un léger sourire.
Sur ces mots, Tang Chu tourna les talons et quitta la salle du palais. Les deux gardes vêtus de noir le suivirent de près.
La poitrine de l’Empereur de Jin se soulevait et s’abaissait tandis qu’il contenait sa rage. Les fonctionnaires maugréaient avec colère. Pourtant, certains d’entre eux s’étaient plongés dans leurs pensées, une étrange lueur dans les yeux.