Chapitre 1 116
« Manger ? »
Gu Hai mangea sans interruption pendant trois jours et trois nuits avant de parvenir enfin à calmer cette faim dévorante.
Au cours de ces trois jours et trois nuits de festin, Gu Hai comprit ce qui lui arrivait.
Son roi divin du Primogéniteur spirituel était probablement trop faible et avait besoin d’être renforcé sans attendre. Voilà ce qui provoquait sa faim insatiable.
Pourtant, malgré tout ce qu’il avait mangé, son roi divin du Primogéniteur spirituel n’avait presque pas gagné en puissance : il s’était simplement stabilisé.
Son corps physique n’était plus trempé par son énergie, mais nourri par le roi divin du Primogéniteur spirituel. Même si le gain de puissance était insignifiant, Gu Hai savait que renforcer ce dernier était le moyen le plus rapide de fortifier son corps.
La Perle de la Faim le rendait affamé sans répit. Tout ce qu’il consommait était aussitôt raffiné.
Heureusement, il mangeait des objets inanimés, dépourvus d’une volonté forte qui aurait pu l’influencer. Mais, quelle que fût la quantité avalée, ils ne le nourrissaient pas autant que des êtres vivants.
Qu’il s’agisse d’humains ou d’esprits animaux, après leur mort, la majeure partie de leur divinité, de leur essence et de leur énergie se dispersait. Les véritables nutriments résidaient dans leurs trois âmes spirituelles et leurs sept âmes physiques.
Après trois jours de festin, Gu Hai ne ressentait plus l’envie de dévorer les autres à leur vue, contrairement à ses débuts. Il avait toutefois toujours faim.
Kong Xuan regarda Gu Hai d’un air étrange. Lui aussi avait dévoré de nombreux êtres grâce au talent inné de la race des paons. Mais il devait digérer lentement ce qu’il avait dans l’estomac. Même le talent inné de sa race ne lui permettait pas de faire comme Gu Hai, qui mangeait tout, jusqu’aux trésors enchantés et aux pierres spirituelles. Tout cela pouvait-il vraiment être digéré ?
Après avoir dévoré d’autres êtres, Kong Xuan recrachait leurs armes ou les expulsait d’une manière ou d’une autre de son corps.
Gu Hai, lui, mangeait tout sans rien laisser derrière lui. Pas la moindre perte.
« Époux, que t’est-il arrivé ? Tu m’as fait une peur terrible ! » demanda Chen Xianer, inquiète.
« En effet, Époux, tu peux vraiment supporter d’avaler autant ? » demanda Long Wanqing, tout aussi préoccupée.
Les fonctionnaires avaient eux aussi l’air inquiet.
Gu Hai secoua la tête pour les rassurer. « Je vais bien, maintenant. Je me sens beaucoup mieux. Ne vous inquiétez pas pour moi. Quand je me suis occupé du cadavre de mon premier frère Chiyou, sa volonté résiduelle m’a transmis quelques techniques de cultivation. C’est tout. »
« La Dévoration du monde ? » s’exclama soudain Kong Xuan, stupéfait. Tous les regards s’illuminèrent.
Gu Hai ne chercha pas à le cacher et acquiesça.
Kong Xuan en resta bouche bée. « La seule chose au monde qui puisse rivaliser avec la technique de dévoration du clan des paons, c’est cette étrange technique de cultivation de la race des chamans ! »
Subtilité pourpre se trouva une excuse pour se rassurer : « Je le savais ! C’est pour ça que tu t’es mis à manger comme un ogre du jour au lendemain ! »
Longévité renchérit en hochant la tête : « En effet. Si tu continues à manger comme ça, nous n’aurons bientôt plus de viande ! »
Gu Hai esquissa un léger sourire.
« Beau-frère, cette technique de Dévoration du monde semble avoir des effets secondaires. Fais attention ! » le prévint Long Wanyu.
« D’accord. Raconte-moi ça plus tard », répondit Gu Hai avec un sourire.
Il prit le temps de rassurer les fonctionnaires. Lorsqu’ils apprirent que l’empereur cultivait et deviendrait plus puissant, ils poussèrent un soupir de soulagement et retrouvèrent leur entrain. La tension retomba.
Après avoir congédié tout le monde, il ne resta que sa famille. Gu Hai, Chen Xianer, Long Wanqing, Gu Qin et Gu Han se tournèrent alors vers Long Wanyu.
« Wanyu, qu’est-ce que tu sais ? Ces effets secondaires sont-ils dangereux ? » demanda Long Wanqing, alarmée.
« Oui. Cette technique peut vous rendre fou ! » expliqua Long Wanyu avec appréhension.
« Oh ? » Tous s’inquiétèrent aussitôt.
« Dans l’Antiquité, la race des chamans avait constaté la force des corps des esprits animaux et les faiblesses des siens. Un groupe de génies créa alors cette technique secrète, la Dévoration du monde. Elle permet de renforcer le corps physique et de le rendre invincible. Mais sa création donna lieu à un conflit interne », se remémora Long Wanyu.
« Un conflit interne ? » répéta Gu Hai, perplexe.
« Oui. Quand un ancien de cette lignée comprit à quel point la Dévoration du monde était puissante, il tua tous les génies de la race des chamans qui avaient participé à sa création afin d’en garder seul les bénéfices. Il fut le premier à cultiver la Dévoration du monde. Il devint effectivement très puissant, au point que son corps physique rivalisait avec celui de Jiangchen. Mais il finit par sombrer dans la folie et se mit à tuer sans distinction. Plus tard, Jiangchen le détruisit », raconta Long Wanyu.
« Il devint fou ? » demandèrent les autres, inquiets.
« Oui. Il semble que cet ancien n’ait pas pleinement compris la Dévoration du monde après avoir tué tous les génies qui l’avaient créée. Ou peut-être que seuls ces génies connaissaient les secrets de sa cultivation. Quoi qu’il en soit, ils furent tous tués, jusqu’au dernier. On perdit alors de vue ses défauts précis et les moyens d’y remédier. L’ancien l’a peut-être cultivée de travers et a fini par sombrer dans la folie. Dévorer des choses mortes ralentit la cultivation ; ce sont les êtres vivants qui comptent. Mais chacun d’eux a sa propre volonté, et en absorber trop peut rendre fou ! » expliqua Long Wanyu.
« Que devons-nous faire ? » demandèrent-ils avec anxiété.
« Il faut les raffiner lentement. À l’époque, Chiyou avait trop mangé ; trop de volontés avaient troublé son esprit, et Jiang Lianshan l’avait enfermé dans la mer de l’Est pour les user peu à peu. Il fallut trois mille ans à Chiyou pour toutes les éliminer. Ensuite, quand il dévorait de nouveau des esprits animaux, il ne choisissait que les plus puissants. Les faibles n’accroissaient guère sa cultivation, et il aurait fallu trop de temps pour user leurs volontés », expliqua Gu Hai.
« Beau-frère, tu le savais ? » s’exclama Long Wanyu, surprise.
« La volonté résiduelle de mon premier frère m’en a parlé. Je ferai attention, ne vous inquiétez pas. » Gu Hai sourit.
Tous hochèrent la tête, comprenant que Gu Hai avait un plan.
Il lui restait toutefois un doute : la Dévoration du monde dissimulait-elle un secret enfoui dans l’histoire ?
Dévorer des choses mortes ne permettait d’accroître que trop lentement la puissance du roi divin du Primogéniteur spirituel.
Gu Hai tenta aussi une fois de dévorer un être vivant : un esprit requin qui avait provoqué de nombreux raz-de-marée et tué d’innombrables personnes.
Il se rendit sur place et le dévora.
Après que le fourneau des cinq divinités l’eut raffiné, la volonté de ses âmes se rua dans la tête de Gu Hai. Il eut mal au crâne pendant une journée avant d’éliminer complètement la volonté de l’esprit requin.
« La volonté d’un esprit requin du Royaume du Palais céleste intermédiaire a envahi mon esprit et s’y est déchaînée. Cette Dévoration du monde est vraiment problématique. Pas étonnant que Chiyou et les autres aient sombré dans la folie. Elle a bien des défauts ! » déclara Gu Hai d’un ton grave.
À cet instant, il comprit pourquoi Chiyou dévorait rarement à l’excès, même s’il possédait la puissante Perle de la Faim. Il fallait une journée pour effacer une volonté. S’il y en avait plusieurs, elles ne le rendraient peut-être pas fou, mais elles lui causeraient assurément un grand malaise.
De retour à la Capitale céleste sans frontières, Gu Hai se contenta surtout de consommer des pierres spirituelles.
Le cabinet de l’empereur :
Mo Yike fit son rapport avec respect : « Votre Révérence, certaines dynasties impériales et sectes du Sud, qui ont offert des villes à Ji Dihong, souhaitent désormais en céder à notre dynastie impériale Han afin d’afficher leur neutralité. Devons-nous accepter ? »
« Accepter ces villes ? Elles ne nous intéressent pas. Laissez-les en suspens pour le moment », répondit Gu Hai.
« Oui ! » répondirent aussitôt les fonctionnaires.
« Pour le monde des vivants, nous attendrons la prochaine manœuvre de la dynastie céleste Huang. Mais l’Homme sans naissance pourra ouvrir un passage vers le monde des morts dans un peu plus de deux mois. Les territoires de la dynastie impériale Han s’étendront alors jusque dans le monde des morts ! » annonça Gu Hai.
Les fonctionnaires changèrent d’expression ; leur joie était manifeste.
« L’Armée de pacification du pays imposera sa puissance au monde, non seulement dans le monde des vivants, mais aussi dans celui des morts. À présent, la Montagne sinistre des myriades d’os est à nous. Des sectes fantômes et des royaumes fantômes se trouvent à sa périphérie. Les Gardes à l’uniforme de sang ont recueilli quantité de renseignements. Ces factions possèdent de vastes territoires, mais leurs forces sont ordinaires. Ce serait du gâchis de ne pas accepter ce cadeau du ciel. Nous nous préparons à envoyer une partie de l’Armée de pacification du pays dans le monde des morts afin d’étendre l’immense territoire de la dynastie impériale Han avec l’aide de la race des squelettes ! » déclara Gu Hai avec gravité.
« Ce fonctionnaire est prêt à entrer dans le monde des morts pour étendre le territoire de la dynastie impériale Han ! » s’exclamèrent avec enthousiasme de nombreux fonctionnaires.
Les fonctionnaires comprirent enfin pourquoi Gu Hai ne voulait pas faire de son royaume une dynastie céleste.
Une dynastie céleste ? Gu Hai ne voulait pas régner sur une simple dynastie céleste dans le monde des vivants. Il visait une dynastie qui s’étendrait aux deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Il voulait devenir la faction la plus puissante des deux royaumes.
« Alors, l’Armée de pacification du pays commencera à sélectionner des talents et se préparera à être déployée dans le nord du monde des morts ! » ordonna Gu Hai.
« Oui ! » répondirent les fonctionnaires.
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Le cabinet de l’empereur, Ville de Xuanyuan :
Les dégâts subis par l’Épée Xuanyuan emplirent Ji Dihong d’une colère irrépressible.
L’Énergie de droiture avait disparu. Après avoir purgé l’Épée Xuanyuan de toutes les pensées négatives de son ancienne conscience, Ji Dihong lui insuffla une nouvelle conscience et la transforma de nouveau en son propre clone.
Pendant ce temps, son vrai corps entra en retraite afin de raffiner le roi divin du Primogéniteur spirituel de Chiyou.
Le clone de l’Épée Xuanyuan prit les rênes du gouvernement.
Dans le cabinet, le clone de l’Épée Xuanyuan observa les fonctionnaires.
« L’Armée de pacification du pays de la dynastie impériale Han a disparu ces derniers jours ? » demanda Ji Dihong.
« Oui, Votre Sainte Éminence. L’Armée démoniaque elle aussi a disparu. Nous ignorons ce que Gu Hai manigance ! » répondit l’Empereur Kong en fronçant les sourcils.
« Ils sont partis dans le monde des morts ! » intervint le Démon céleste Scorpion divin.
« Le monde des morts ? » Le visage de Ji Dihong s’assombrit.
« Oui. C’est pour cela que je suis venu. Après le dernier incident, notre seigneur a envoyé des gens surveiller la Montagne sinistre des myriades d’os. Ces derniers temps, de nombreux experts de la Capitale céleste sans frontières y sont entrés. Nous ignorons ce qu’ils préparent ! » expliqua le Démon céleste Scorpion divin.
Ji Dihong garda le silence un moment, puis frappa la table.
Boum !
Les fonctionnaires sursautèrent.
« Votre Sainte Éminence, que se passe-t-il ? » demanda l’Empereur Kong, surpris.
« Ce vaurien de Gu Hai ! Ha ! Hahaha ! Nous pensions que tu ne faisais pas de ton royaume une dynastie céleste à cause de nous. Mais tu préparais autre chose depuis le début. Notre combat ne t’intéresse même pas ! Quel culot ! » lança froidement Ji Dihong.
Les fonctionnaires restèrent un instant stupéfaits, puis comprirent.
Gu Hai voulait faire de la dynastie impériale Han une dynastie céleste capable de faire trembler le monde des vivants comme celui des morts.
« Votre Sainte Éminence, le monde des vivants et celui des morts sont séparés. Comment peut-il gouverner les deux ? » demanda l’Empereur Kong, déconcerté.
« Il a l’Homme sans naissance. Celui-ci a dû lui suggérer de maintenir un passage ouvert entre les deux mondes ! » répondit gravement Cangjie.
« Quoi ? Un cultivateur de la longévité peut créer un passage qui reste ouvert entre les deux mondes ? » s’exclama l’Empereur Kong.
Cangjie ne répondit pas et se tourna vers Ji Dihong. « Votre Sainte Éminence, j’ai récemment trouvé un moyen de traiter le cas de Gu Hai. »
« Oh ? » Ji Dihong fut légèrement surpris.
Les fonctionnaires s’étonnèrent eux aussi. Depuis quelque temps, Gu Hai les rendait complètement fous. Même Sa Sainte Éminence semblait impuissante face à lui, et voilà que Cangjie prétendait avoir une solution ?
« Monsieur Cangjie, en êtes-vous certain ? Vous savez que la Capitale céleste sans frontières est… » demanda Ji Dihong en fronçant les sourcils.
« Peu importe que Long Zhanguo soit impliqué. Ma stratégie piégera Gu Hai et l’empêchera de rebondir ! » affirma gravement Cangjie.
Les yeux de Ji Dihong s’illuminèrent. « Je vous écoute, monsieur Cangjie ! »
Cangjie se tut soudain.
Tous les fonctionnaires tendirent l’oreille et le regardèrent avec curiosité.
Ji Dihong comprit ce que voulait Cangjie et son expression changea. « Sortez tous ! »
« Oui ! » Les fonctionnaires quittèrent le cabinet, déçus.
Il ne resta plus que Ji Dihong et Cangjie dans le cabinet.