Chapitre 1 115
La Perle de la Faim était rouge sombre. Un grand caractère signifiant « faim » y était gravé, entouré d’innombrables inscriptions talismaniques de la race des chamans.
Gu Hai s’entailla soigneusement la paume et y enfonça la Perle de la Faim, à l’imitation de Chiyou.
Bzzzt !
Une lueur rouge jaillit de sa paume gauche, puis sa peau redevint aussitôt normale. Sous cette lueur, la Perle de la Faim s’enfonça dans le corps de Gu Hai et se relia à ses nerfs, prenant racine en lui.
Le roi divin du Primogéniteur spirituel et les divinités du métal, du bois, de l’eau, du feu et de la terre qui se trouvaient en lui frémirent, pris de l’envie d’unir leurs énergies pour lancer une attaque combinée.
Les divinités du métal, du bois, de l’eau, du feu et de la terre envoyèrent leurs énergies dans l’estomac de Gu Hai. Des flammes ardentes, de vastes torrents, des lames acérées, des éclats de bois et de la terre le remplirent, formant un étrange fourneau à pilules.
Une énergie pourpre enveloppa le roi divin du Primogéniteur spirituel, puis se rua vers le fourneau à pilules dans l’estomac, comme pour fusionner avec lui. Dans le même temps, elle sembla imprégner le corps et se transformer en une énergie capable de nourrir l’ensemble de son enveloppe physique.
Mais ce n’était pas tout. Comme la Perle de la Faim était reliée aux nerfs de Gu Hai, il éprouva soudain une sensation de vide.
Du vide ?
Non, de la faim ! Une faim dévorante, insatiable ! En un instant, Gu Hai eut l’impression de pouvoir engloutir le monde entier.
Tout ce qui se trouvait devant lui dans le hall lui donnait envie de le dévorer.
J’ai faim ! Je meurs de faim !
Même le cadavre de Chiyou lui donna envie de le dévorer d’une seule bouchée.
« Cette Perle de la Faim est bien étrange ! » s’exclama Gu Hai, stupéfait.
Crac !
Rassemblant toute sa volonté, Gu Hai referma le cercueil et l’envoya dans le Firmament immortel de Gu.
Mais à cet instant, il avait trop faim. Il lui fallait manger quelque chose.
Crac !
Gu Hai ouvrit les portes du hall.
L’Homme sans naissance et un groupe de gardes attendaient dehors. Dès que les portes s’ouvrirent, ils s’inclinèrent aussitôt.
« Votre Révérence ! » saluèrent-ils avec respect.
Après avoir salué Gu Hai, l’Homme sans naissance le dévisagea avec étonnement. Les yeux de Gu Hai luisaient d’un rouge agressif, comme s’il était possédé.
« Votre Révérence, tout va bien ? » demanda anxieusement l’Homme sans naissance, pris de panique sous le regard écarlate de Gu Hai.
Gu Hai usa de sa puissante volonté pour réprimer son désir de tous les dévorer, puis regarda autour de lui.
Dans le palais, d’innombrables gardes, fonctionnaires, serviteurs, dragons et tortues noires s’affairaient en tous sens.
Mais aux yeux de Gu Hai, ils s’étaient tous changés en mets exquis qu’il brûlait d’envie de dévorer.
S’élevant dans les airs, Gu Hai regarda en direction de la Capitale céleste sans frontières.
Ce n’était pas seulement le palais : toute la ville, ses habitants et ses esprits animaux étaient devenus à ses yeux des mets délicieux qu’il mourait d’envie d’engloutir.
La Perle de la Faim stimulait la salivation de Gu Hai.
Avalant sa salive, Gu Hai réprimait sans cesse son désir de tout dévorer.
L’Homme sans naissance le regardait avec terreur tandis qu’il déglutissait encore et encore.
L’Homme sans naissance comprit enfin pourquoi les yeux de Gu Hai étaient si terrifiants. Il vient de penser à me manger ?
Le visage de l’Homme sans naissance se crispa sous le choc. Qu’avait donc fait la volonté résiduelle de Chiyou à Gu Hai, tout à l’heure, dans le hall ?
« Que tous les cuisiniers des cuisines impériales apportent tous les ingrédients. Nous allons festoyer ! » cria Gu Hai en fonçant vers les cuisines impériales.
L’Homme sans naissance fut légèrement surpris, mais le suivit aussitôt.
Les fonctionnaires du palais, un peu perplexes, n’y prêtèrent pas davantage attention.
Seules Chen Xianer, Long Wanqing et Long Wanyu, qui attendaient Gu Hai, sortirent en entendant sa voix.
Les cuisines impériales de la dynastie impériale Han regorgeaient de viandes rares et exotiques, ainsi que de toutes sortes d’ingrédients.
Pourtant, depuis qu’il était devenu cultivateur, Gu Hai mangeait peu et s’en remettait surtout à l’énergie du monde. On distribuait quantité de mets délicats, que les nobles du palais ne goûtaient qu’occasionnellement.
La situation demeura ainsi jusqu’à l’arrivée de deux gloutons : Subtilité pourpre et Longévité. Depuis qu’ils étaient là, les cuisines impériales ne désemplissaient plus. On ne cessait de leur apporter de quoi remplir leurs estomacs sans fond.
Gu Hai leur avait toutefois ordonné de manger autant qu’ils le souhaitaient, si bien que les cuisines impériales continuaient à les servir. Les nombreux cuisiniers en restaient bouche bée, mais le royaume de Han avait largement les moyens de nourrir deux gourmands.
Subtilité pourpre et Longévité passaient la majeure partie de leur temps là-bas.
À cet instant même, ils étaient assis dans un vaste hall, devant une longue table couverte de cent énormes plats de viande.
« Subtilité pourpre, cinquante plats chacun, et ne touche pas aux miens ! » cria Longévité.
« Tu es maigre comme un piquet. À quoi bon manger autant ? » rétorqua Subtilité pourpre.
« Et toi, tu es gros comme un porc. Pourquoi veux-tu encore manger ? » répliqua sèchement Longévité.
« Très bien. Vous avez deux heures. Si vous n’avez pas fini d’ici là, je vous aiderai à terminer ! » déclara Subtilité pourpre.
« Pff ! Deux heures pour manger cinquante plats ? Tu n’as pas peur de te mordre la langue ? Tu crois vraiment pouvoir tout engloutir en une heure ? Cette cuisse de porc fait trois mètres de long. Voyons comment tu comptes la manger en deux heures ! » ricana Longévité.
Ils continuèrent à se chamailler en se préparant à festoyer.
Soudain, la voix de Gu Hai retentit. « Que tous les cuisiniers des cuisines impériales apportent tous les ingrédients. Nous allons festoyer ! »
Subtilité pourpre et Longévité restèrent un instant stupéfaits, tandis que le personnel des cuisines se mit aussitôt à s’activer, ravi de pouvoir enfin servir l’empereur.
« Gu Hai vient manger ? Le soleil se lève à l’ouest ou quoi ? » s’étonna Subtilité pourpre.
« Ne t’en fais pas pour lui. Quelle quantité peut-il bien avaler ? Nous sommes les rois de la table ! » fit Longévité en secouant la tête.
Boum !
Comme attiré par l’odeur, Gu Hai apparut devant eux.
« Ah ! Gu Hai, tu es vraiment venu manger avec nous ? Il y a cent plats. Longévité, donne-en un à Gu Hai ! » lança Subtilité pourpre.
« Pourquoi pas toi ?! » le foudroya Longévité du regard.
« Gu Hai ne mangera pas beaucoup. Tu peux bien lui en laisser un, ça ne changera rien », répondit rapidement Subtilité pourpre.
« Pourquoi ça ne changerait rien ? Je peux mettre longtemps à manger ce plat. Gu Hai ne mangera pas grand-chose. Il va juste… » Longévité s’interrompit au beau milieu de sa phrase.
Gu Hai ouvrit la bouche et inspira.
Fouuu !
Les cent plats, garnis chacun de trois mètres de viande, quittèrent brusquement la table et flottèrent un instant dans les airs avant d’être aspirés dans la bouche de Gu Hai comme de la fumée.
Croque ! Croque ! Croque !
Gu Hai mastiqua sans relâche. Cette quantité terrifiante de viande — cent plats entiers — disparut, os compris.
Tout avait disparu ?
Subtilité pourpre : « … »
Longévité : « … »
Les yeux des deux hommes faillirent leur sortir de la tête, comme s’ils avaient vu un fantôme.
Les cuisiniers qui venaient d’arriver furent eux aussi stupéfaits par la scène, mais aucun ne souffla mot.
Gu Hai tourna la tête vers eux.
J’ai faim ! Je meurs de faim !
En regardant les cuisiniers, Gu Hai eut envie de les dévorer tous. Mais sa raison, puissante, le maintint en laisse.
« Où est la viande ? Conduisez-moi là-bas ! » exigea Gu Hai.
« E-elle n’est pas encore prête, Votre Révérence ! » répondit le chef cuisinier en évitant le regard brûlant de Gu Hai.
« Ce n’est pas grave. Conduisez-nous là-bas ! » ordonna Gu Hai.
« Oui ! »
Les cuisiniers menèrent rapidement Gu Hai aux cuisines.
Subtilité pourpre et Longévité restèrent dans le hall, se frottant les yeux et contemplant la table vide, qui croulait encore sous les plats un instant plus tôt — une quantité qu’il leur aurait fallu plus de deux heures pour finir.
« J’ai rêvé, Subtilité pourpre ? » demanda Longévité.
« Je crois que je rêvais aussi ! » répondit Subtilité pourpre.
Ils échangèrent un regard perplexe, puis finirent par suivre Gu Hai aux cuisines.
Dans les cuisines, des centaines de cuisiniers s’affairaient à faire rôtir de la viande et utilisaient des trésors enchantés pour cuire les chairs. Une marmite de trente mètres de haut, remplie de viandes de bêtes diverses, se trouvait même là.
Fouuu !
Gu Hai inspira et toute la viande de bête contenue dans la marmite de trente mètres de haut vola dans sa bouche.
Nom ! Nom ! Nom !
Tout en mâchant la viande de la marmite, Gu Hai se tourna vers la suivante. Le cuisinier qui en avait la charge s’empressa d’y ajouter de la viande, après s’être essuyé la sueur froide.
Gu Hai continua de manger sans cesser de mâcher. Les centaines de cuisiniers se mirent aussitôt à s’activer dans tous les sens.
Pourtant, l’appétit de Gu Hai semblait insatiable et son ventre, sans fond.
Une fois la viande dans son estomac, le fourneau à pilules formé par l’énergie des cinq divinités la raffina rapidement. L’énergie qui en résulta se déversa dans le roi divin du Primogéniteur spirituel, qui se renforça aussitôt quelque peu. Dans le même temps, cette énergie stimula le corps physique de Gu Hai ; il sentit sa force augmenter.
Mange ! Mange ! Mange ! Mange !
Gu Hai mangeait sans arrêt, sans jamais s’interrompre. Même Subtilité pourpre et Longévité en tremblaient.
« Le roi de la table, hein ? Je viens seulement de comprendre à quel point mes manières sont civilisées ! » dit Subtilité pourpre, horrifié.
« En effet. Gu Hai est le véritable roi de la table. Quelle quantité a-t-il déjà mangée ? Il y en a pour plusieurs centaines de repas, pour moi ! C’est formidable d’être empereur. Avec de l’argent, on peut manger autant qu’on veut ! » s’émerveilla Longévité.
Non loin de là, Gu Hai fronça les sourcils en mangeant.
« Ça ne suffit pas. Ces bêtes sont de trop basse qualité. Donnez-moi de la viande de bêtes plus puissantes ! » exigea Gu Hai.
« Mais, Votre Révérence, la viande de ces bêtes plus puissantes est coriace. C’est difficile de la cuire rapidement ! » protesta le chef cuisinier en s’essuyant le front.
« Peu importe, je la mangerai crue ! » répondit Gu Hai.
« Crue ? » Les cuisiniers en restèrent stupéfaits.
« Crue ? Les riches savent vraiment s’amuser ! » commenta Longévité, d’un air étrange.
On retira un à un les sceaux qui préservaient la fraîcheur des viandes de bêtes les plus puissantes.
Croque ! Croque ! Croque !
Gu Hai dévora la viande en un clin d’œil.
« J’ai déjà mangé du poisson cru, mais c’est la première fois que je vois quelqu’un manger de la viande de bête crue. Gu Hai est vraiment courageux. On a encore beaucoup à apprendre ! » dit Subtilité pourpre, stupéfait, en regardant Gu Hai.
« Plus impressionnant encore, il a même réussi à manger la marmite ! M-moi… » Longévité resta bouche bée en voyant Gu Hai croquer dans une marmite de cuivre.
Pourtant, Gu Hai avait toujours faim. Il aurait voulu manger quelque chose de vivant, mais se retint et se contenta de chairs mortes.
Chen Xianer, Long Wanqing, Long Wanyu, Kong Xuan, l’Homme sans naissance et les autres arrivèrent et restèrent stupéfaits devant la scène.
Ce fut surtout le cas de Kong Xuan, qui était lui aussi passé maître dans l’art de dévorer. Face à la férocité de Gu Hai, il se sentit inférieur.
« Que se passe-t-il ? » demanda Chen Xianer avec inquiétude.
Tous se tournèrent vers Subtilité pourpre et Longévité.
« Gu Hai sait vraiment manger. Regardez-le tremper sa viande d’esprit d’ours dans des pierres spirituelles ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? » dit Subtilité pourpre avec regret.
« Utiliser des pierres spirituelles comme sauce, ce n’est rien. Regardez Gu Hai, un vrai guerrier : il mange des épées, des boucliers et même des marmites de cuivre, et ça croustille sous ses dents. Regardez ce bouclier forgé dans le fer de la Légion Profonde, vieux de dix mille ans ! Il le mange comme une galette de riz croustillante. En plus, il donne l’impression que c’est délicieux. Je suis impressionné ! » reconnut Longévité, les yeux brillants d’admiration.
À côté de Gu Hai, les deux se sentaient si sages et si distingués. Comment auraient-ils pu imaginer qu’il mangerait avec une telle férocité ?