Chapitre 11
Livre 1 : Chapitre 10 : L’exécution de l’héritier du trône
Quelques jours plus tard, à la cour royale de Ville de Song :
L’Empereur Song siégeait sur un trône surélevé, la couronne sur la tête. Il paraissait très âgé et son visage était couvert de taches de vieillesse. Pourtant, ses yeux brillaient d’une vivacité remarquable tandis qu’il observait les personnes présentes à la cour royale.
De nombreux fonctionnaires civils et militaires se tenaient alignés de part et d’autre de la cour. Les deux anciens qui les guidaient observaient les deux personnes au centre.
L’une était Gao Xianzhi. Le visage impassible, il attendait respectueusement un décret.
L’autre était Song Zhengxi, l’héritier du trône qui avait semé le trouble dans les rues peu auparavant. Il semblait toutefois nerveux à présent et fusillait Gao Xianzhi du regard.
« Votre Majesté, ce subordonné a déjà mené son enquête. J’en ai également rendu compte à Votre Majesté et aux différents fonctionnaires. Pour l’instant, rien ne prouve que l’héritier du trône soit lié à la disparition des familles des quinze soldats. En revanche, la famille de Lin Chong et tout son village ont été massacrés par l’héritier et ses hommes. Les preuves sont irréfutables. Afin de préserver la confiance de l’armée en nous, j’implore Votre Majesté de rendre justice et de punir l’héritier du trône », répéta Gao Xianzhi d’une voix forte.
Le silence tomba aussitôt dans la salle, tous les regards convergeant vers Gao Xianzhi. Certains le contemplaient avec admiration, d’autres avec envie et haine. Les expressions étaient diverses.
Song Zhengxi rétorqua avec colère : « Gao Xianzhi, quelle audace ! Tu oses réclamer mon exécution ? Pour quel motif ? Ce n’était qu’une bande de rebelles qui préparait une révolte. Malgré leur basse extraction, ils ont tenté de me piéger. Je n’ai fait que me défendre ! »
Gao Xianzhi lui jeta un regard froid. « Héritier du trône, à quoi bon discuter maintenant ? Cette affaire touche à la confiance que nous accordent huit cent mille soldats. Vous devez répondre de vos méfaits ! »
« Toi ! Tu cherches la mort ! » Song Zhengxi voulut se jeter sur Gao Xianzhi.
« Quelle insolence ! » lança froidement l’Empereur Song.
Song Zhengxi s’immobilisa et se tourna vers l’empereur.
« Grand-père impérial, cet homme, Gao Xianzhi, veut me tuer. Je sais que Grand-père impérial a décrété de lourdes sanctions pour l’armée. Mais cette affaire s’est produite avant ce décret. Depuis que Grand-père impérial l’a promulgué, je suis resté dans ma résidence sans en sortir. Grand-père impérial ! » s’écria Song Zhengxi avec anxiété.
Un fonctionnaire prit alors la parole : « Votre Majesté, l’héritier du trône est jeune et ignorant. Ses subordonnés l’ont poussé à agir ; il ne peut donc être considéré que comme un complice. Nous devrions exécuter publiquement le meneur et ses autres hommes. Quant à l’héritier du trône, nous devrions lui retirer son titre et l’incarcérer, afin de servir d’avertissement aux autres. »
Song Zhengxi regarda dans sa direction et fronça les sourcils. Il comprit toutefois que cette proposition visait à le protéger et ne s’y opposa pas.
« Ce sujet est d’accord ! »
« Nous sommes tous d’accord ! »
De nombreux fonctionnaires plaidèrent aussitôt en faveur de l’héritier du trône.
Cela semblait être la meilleure issue possible.
Depuis son trône, l’Empereur Song observa Song Zhengxi. Une certaine affection se lisait dans ses yeux, mêlée à la peine que lui causait cette décision.
L’Empereur Song acquiesça doucement pour approuver les fonctionnaires. Pour protéger son petit-fils, il était prêt à accepter toutes les autres sanctions.
Gao Xianzhi changea d’expression. « Votre Majesté, ce sujet n’a plus qu’une chose à dire. Notre adversaire, c’est Gu Hai. Lorsque Chen Taiji a vaincu les sept nations et en a détruit deux, ce n’était pas grâce à ses propres talents. C’est Gu Hai qui commandait l’armée dans l’ombre. Ce sujet fera tout son possible pour la Nation Song. Mais seul le Ciel connaît l’issue de cette guerre. »
À ces mots, les pupilles de l’Empereur Song se contractèrent. Les anciens parmi les deux rangées de fonctionnaires changèrent eux aussi radicalement d’expression.
L’un des anciens prit soudain la parole : « Votre Majesté, une nation a ses lois et l’armée ses règles. Si nous sauvons l’héritier du trône aujourd’hui, qui sauvera la Nation Song demain ? Ce vieux fonctionnaire recommande son exécution immédiate. Nous devons préserver la confiance de l’armée en nous et faire respecter les lois de la nation ! »
« Précepteur impérial Pang ! Vous ! » cria l’héritier du trône en le fusillant du regard.
Un autre ancien, dont le visage avait lui aussi changé, déclara : « Votre Majesté, la mort de l’héritier du trône sera la conséquence de ses propres actes. Si vous ne le tuez pas, vous apaiserez les fonctionnaires, mais vous ébranlerez aussi les fondements de la nation. Nous ne pouvons laisser se répéter la tragédie qu’a connue la Nation Song. Au nom de ma Nation Song, j’implore Votre Majesté de faire respecter la loi et de préserver le prestige de notre nation. »
« Premier ministre Liu ! Vous ! » s’exclama l’héritier du trône, stupéfait.
Dès que le Précepteur impérial Pang et le Premier ministre Liu eurent parlé, les fonctionnaires qui voulaient protéger l’héritier du trône se turent.
Plouf !
L’héritier du trône tomba à genoux. « Grand-père impérial, sauvez-moi ! Votre petit-fils ne mérite pas la mort ! Je ne l’ai pas fait ! Je ne l’ai pas fait ! Au lieu de commander l’armée, Gao Xianzhi est venu se mêler de politique. Grand-père impérial… ! »
Depuis son trône, l’Empereur Song regarda l’héritier du trône et serra le poing. L’affection qu’il avait d’abord éprouvée s’effaça. Peu de gens savaient à quel point Gu Hai était terrifiant. Mais l’Empereur Song en avait fait l’expérience autrefois. Son élan avait été irrésistible et la nation elle-même avait été en péril. S’il n’avait pas imploré l’aide des sectes immortelles, la Nation Song serait tombée. Leur intervention avait mis fin aux guerres entre les nations mortelles.
L’Empereur Song avait des dizaines de petits-fils. Mais il n’avait qu’une seule Nation Song.
« Qu’on l’exécute ! » déclara froidement l’Empereur Song.
« Grand-père impérial ! Grand-père impérial… ! »
Malgré les cris et les supplications de l’héritier du trône, les gardes le traînèrent dehors sans la moindre pitié.
——
À l’entrée du plus grand marché de Ville de Song :
La foule était déjà nombreuse. Exécuter l’héritier du trône ? Cela aurait été impensable autrefois. Pourtant, cela allait se produire ce jour-là.
« Commandant Gao ! Regardez, c’est le commandant Gao ! »
« Tout ça, c’est grâce au commandant Gao. Ce Song Zhengxi, combien de femmes a-t-il déjà fait souffrir ? Il mérite d’être exécuté. C’est une excellente nouvelle ! »
« Regardez, le voilà ! C’est bien Song Zhengxi et sa bande de lèche-bottes ! Ha ha ha ! Quelle excellente nouvelle ! »
Les gens du peuple se pressaient à l’entrée du marché. Nombre d’entre eux acclamaient les condamnés, dansaient et applaudissaient joyeusement.
Le fonctionnaire chargé de présider à l’exécution siégeait au nord. Devant lui se dressait une grande estrade de bois, où trente bourreaux attendaient le début de l’exécution.
Une mer de gens du peuple occupait le côté sud de l’estrade. Gao Xianzhi et quelques soldats se tenaient tout devant.
Song Zhengxi, ligoté, et ses hommes se tenaient à l’est de l’estrade. Tous avaient l’air terrifiés, les cheveux en désordre.
« Ne me tuez pas ! Grand-père impérial ! Grand-père impérial, ne me tuez pas ! » criait sans cesse Song Zhengxi. Mais le vacarme alentour empêchait sa voix de porter.
« Père ! Père ! Où êtes-vous ? Votre fils va être tué ! Père ! Père ! » cria Song Zhengxi, épouvanté.
« Héritier du trône, qu’allons-nous faire ? Qu’allons-nous faire ?! Bouh ! Bouh ! Bouh ! Je ne veux pas mourir ! » sanglotaient ses hommes.
« Vous ne pouvez pas me tuer. Je suis l’héritier du trône. Mon père est le prince héritier. Je suis le prochain prince héritier. Bouh ! Bouh ! Bouh ! » hurla Song Zhengxi, horrifié.
« Bâillonnez-les ! » ordonna froidement le fonctionnaire chargé de présider à l’exécution.
« Oui ! » répondirent les bourreaux.
Ils enfoncèrent aussitôt des chiffons dans la bouche de Song Zhengxi et de ses hommes.
« Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! » Song Zhengxi et les autres ne purent plus parler ; seuls des grognements leur échappaient.
Ensuite, les bourreaux recouvrirent la tête de Song Zhengxi et de ses hommes de sacs noirs.
« Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! Mmmh ! » Les condamnés ne purent que grogner avec anxiété, incapables de parler sous leurs sacs noirs.
« Amenez-les sur l’estrade ! » cria le fonctionnaire.
« Oui ! »
Les bourreaux firent aussitôt contourner l’estrade aux condamnés ligotés, bâillonnés et coiffés de sacs noirs, afin de les faire entrer par le nord. Ils formaient une longue file ; l’estrade en cachait certains à la vue, mais la plupart restaient visibles.
Après avoir contourné l’estrade, les bourreaux poussèrent lentement les trente condamnés dans les escaliers.
Plouf !
Les bourreaux frappèrent l’arrière des genoux des condamnés, et les trente tombèrent à genoux.
Lin Chong fixait Song Zhengxi. Ses yeux injectés de sang, il serrait les poings.
Puis, le fonctionnaire chargé de présider à l’exécution leva les yeux vers le ciel.
« Il est maintenant onze heures quarante-cinq. Exécution ! » Le fonctionnaire lança un jeton de bois ordonnant la mise à mort.
[Note du traducteur : Le roman se déroule dans un lieu semblable à la Chine ancienne, où l’on n’utilisait pas le système des vingt-quatre heures que nous connaissons aujourd’hui. La Chine ancienne suivait un système de douze périodes, chacune d’une durée de deux heures et désignée par un nom plutôt que par un nombre. Le texte original indique : « la période de midi, au troisième quart d’heure ». La période de midi s’étend de onze heures à treize heures, d’où onze heures quarante-cinq. Les exécutions avaient lieu à des heures différentes selon la gravité des crimes. On disait que cette heure était celle où l’énergie Yang était la plus puissante et l’énergie Yin la plus faible ; quiconque mourait à ce moment ne pouvait donc pas devenir un fantôme. Une exécution à cette heure était la plus cruelle qui soit : après sa mort, le condamné n’avait même pas le droit de devenir un fantôme. Son existence entière était ainsi effacée.]
Pschitt !
Les bourreaux crachèrent une gorgée d’alcool distillé sur leurs lames.
« Ha ! »
Les bourreaux poussèrent un rugissement, levèrent leurs lames et les abattirent. Trente têtes s’envolèrent aussitôt.
Boum !
Le sang jaillit des cous jusqu’à un mètre de hauteur et éclaboussa les alentours.
Une clameur assourdissante s’éleva parmi les gens du peuple.
Il était mort ? C’était l’héritier du trône ! L’héritier du trône !
« Xiaodie, ton mari t’a vengée. Ton mari t’a laissée tomber. » Lin Chong s’affaissa soudain au sol et pleura sans bruit.
« Monsieur ! » Les soldats le soutinrent.
Gao Xianzhi regarda les soldats. « Vous l’avez vu de vos propres yeux. Vous avez sans doute compris maintenant que, hormis la famille de Lin Chong, victime de Song Zhengxi, la disparition de vos familles est l’œuvre de Gu Hai, qui voulait faire accuser Song Zhengxi. Nous avons fouillé la résidence du prince héritier peu auparavant, mais nous n’y avons pas trouvé vos familles. Me croyez-vous à présent ? »
Les soldats hochèrent la tête, les yeux injectés de sang.
« Commandant, nous vous croyons ! »
« Commandant, c’est Gu Hai. Tout est de son fait, à l’exception de la famille de monsieur Lin ! »
« Commandant, ce subordonné tuera bravement les ennemis sur le front. Je le ferai, sans faute ! »
Les soldats s’engagèrent aussitôt.
« Bien. Reposez-vous cet après-midi. Nous partirons ce soir. Nous rejoindrons les autres et leur expliquerons que tout cela faisait partie des manœuvres de Gu Hai. Nous prendrons la Passe de Hulao d’un seul élan pour récompenser Votre Majesté de sa confiance ! » affirma Gao Xianzhi.
« Oui ! » répondirent-ils tous.
« Mille mercis, commandant ! Mille mercis, commandant ! » Lin Chong se prosterna plusieurs fois devant Gao Xianzhi.
« Lin Chong, repose-toi un moment, puis rentre avec moi ! » lui dit Gao Xianzhi.
« Oui. Le commandant m’a vengé. À présent, la vie de Lin Chong vous appartient. Même si je dois mourir, je mourrai sur le champ de bataille », répondit-il avec gratitude, les yeux injectés de sang.
Gao Xianzhi acquiesça.
Gao Xianzhi avait fait exécuter l’héritier du trône pour Lin Chong. Celui-ci devait retourner à l’armée pour remonter le moral des troupes. L’armée devait savoir que la loi militaire était inflexible et que personne ne pouvait s’en prendre à leurs familles.
Gao Xianzhi pensait que l’exécution de l’héritier du trône était le meilleur moyen de les convaincre. Tous les soldats comprendraient que, si même l’héritier pouvait être exécuté, personne n’oserait maltraiter leurs familles. Dès lors, les mensonges de Gu Hai auraient beau pleuvoir, ils ne serviraient à rien.
Gao Xianzhi était désormais très confiant. Il était certain que l’armée serait unie à son retour. La mise à mort de l’héritier du trône avait rassemblé toute l’armée. Ils prendraient forcément la Passe de Hulao.
À présent, Gao Xianzhi devait se dépêcher.
——
Le soir venu, Gao Xianzhi fit partir ses soldats en direction de la Passe de Hulao.
Sous le ciel sombre, l’estrade du marché paraissait extrêmement calme. Le jour, c’était l’endroit le plus bruyant et le plus animé ; la nuit, il devenait le plus paisible.
Tant de gens y étaient morts. Qui viendrait ici après la tombée de la nuit ?
Pourtant, quelqu’un s’y rendit ce soir-là.
C’était le fonctionnaire qui avait présidé à l’exécution. À côté de lui se tenait un homme vêtu de noir : Gu Hai, celui qui causait tant de soucis à Gao Xianzhi. Une calèche attendait près de Gu Hai.
« Vous êtes… ? » demanda le fonctionnaire, dans l’espoir de se concilier ses bonnes grâces.
« Je suis au service du prince héritier. Mieux vaut ne pas en savoir trop », répondit Gu Hai avec indifférence.
« Oui, oui ! Je ne poserai pas de questions. Après que vous m’avez montré cette lettre, j’ai cru ce que vous disiez. Après tout, l’héritier du trône est le favori du prince héritier et de l’empereur. Comment auraient-ils pu décider de l’exécuter en une seule journée ? » répondit le fonctionnaire avec un sourire.
« Dites à vos subordonnés de garder le silence sur ce qui s’est passé aujourd’hui. Si quelqu’un divulgue quoi que ce soit, il sera puni pour trahison », déclara Gu Hai d’un ton grave.
Le fonctionnaire trembla et hocha vigoureusement la tête. « Je comprends ! Je comprends ! Ce sont tous des hommes de confiance. Soyez tranquille ! »
Gu Hai frappa alors doucement sur l’estrade.
Soudain, une petite porte s’ouvrit du côté nord de l’estrade.
Des sanglots étouffés s’élevèrent derrière la petite porte.
Quelqu’un en sortit alors l’un des condamnés du jour.
« Monseigneur, nous avons suivi vos instructions. Lorsque l’héritier du trône s’est approché, nous l’avons échangé contre un autre condamné. C’est ce condamné qui a été exécuté ; l’héritier du trône est sain et sauf ! » dit l’homme avec un sourire.
Gu Hai baissa les yeux. Il vit de l’urine goutter du pantalon de Song Zhengxi. De toute évidence, celui-ci avait eu la peur de sa vie.
« Fwouit ! »
L’homme arracha le sac noir qui recouvrait la tête de Song Zhengxi.
Song Zhengxi regarda Gu Hai avec terreur.
Après que Gu Hai lui eut retiré le chiffon qu’il avait dans la bouche, l’héritier du trône s’écria, alarmé : « Je ne suis pas mort ? Je ne suis pas mort ? J’ai vraiment survécu ? »
Gu Hai sourit légèrement. « Comment le seigneur Gao aurait-il pu oser vous tuer ? Vous êtes le futur prince héritier. Il n’a fait ça que pour tromper les autres. Quand la Nation Chen sera détruite, tout rentrera dans l’ordre ! »
« Hein ? Le seigneur Gao m’a sauvé ? Quel seigneur Gao ? » demanda Song Zhengxi, abasourdi et encore hébété.
« Le commandant en chef, Gao Xianzhi ! » répondit Gu Hai avec un léger sourire.