Chapitre 959
Chapitre 957 – Un complot perfide
Le seigneur démon du Royaume démoniaque, connu sous le nom de « Destructeur blanc pur », sentit la mort de son serviteur.
« Cet enfoiré. »
Il avait voulu lui proposer un pouvoir qui l’aiderait dans la guerre inévitable qu’il devait mener contre l’Empire.
Il avait pourtant visé juste : il avait deviné ce que cet homme désirait le plus en ce moment…
« Il ne m’a même pas écouté ? »
Une vague troubla la quiétude de son esprit immergé.
Comme un petit caillou jeté dans un lac parfaitement calme, elle provoqua une agitation.
« Depuis combien de temps n’avais-je pas ressenti ça ? »
À une brusque poussée d’irritation s’ajouta une nostalgie étonnamment bienvenue.
Il avait passé une éternité à se cultiver pour réprimer tous ses désirs et toutes ses émotions, et pourtant, une fissure venait d’apparaître dans son absolu sang-froid.
La cause de son irritation était évidente. Celle de sa nostalgie l’était tout autant.
« J’atteindrai un point où même ce genre de choses ne pourra plus m’ébranler. »
Une fois toute cette affaire terminée, il atteindrait sans aucun doute cet état.
S’il lui fallait tuer son adversaire pour retrouver son calme, il le ferait, tout simplement.
S’il lui fallait l’observer et cultiver sa patience, il se contenterait de le regarder.
Parmi ceux qu’on appelait les seigneurs des Royaumes démoniaques, pas un seul ne se désintéressait d’Enkrid.
Le Corbeau flamboyant avait lui aussi vu le serviteur qu’il avait envoyé juste après celui du Destructeur blanc pur se faire massacrer avant même d’avoir pu ouvrir la bouche.
« Le frapper maintenant serait un gaspillage de pouvoir. »
Mais le laisser tranquille l’irritait au plus haut point.
Le mieux était donc, de loin, de le rallier à leur camp.
Et pourtant, il refusait même de les écouter.
« Quel homme incroyablement pénible. »
La Promesse d’abondance et le Solitaire méfiant voyaient leur adversaire à peu près de la même façon.
Seul le Père des morts gardait un semblant de calme.
« Il me suffit d’attendre… »
Il était fermement convaincu que sa patience seule surpassait celle des quatre autres réunis.
À la fin, l’un d’eux perdrait son sang-froid et passerait à l’action.
Il n’aurait alors qu’à le poignarder dans le dos.
N’était-ce pas précisément pour cela qu’il semait discrètement les graines de la bonne entente avec l’homme qui faisait des ravages sous le titre de « Tueur du Royaume démoniaque » ?
Il avait pris un ton enjoué, exagéré ses réactions et supplié l’homme de le laisser tranquille : tout cela dans ce but précis.
Il lui suffisait de paraître le plus raisonnable des cinq seigneurs.
Et il attendit.
Il attendit, encore et encore.
Un jour, une occasion se présenterait.
Les cinq seigneurs des Royaumes démoniaques ne se réuniraient jamais physiquement en un même lieu. Même sans se retrouver, ils pouvaient toutefois lire les véritables intentions les uns des autres.
Ils étaient aussi perfides et retors que cela, et leurs façons de penser se ressemblaient fondamentalement.
Seules leurs méthodes différaient : tenter activement d’offrir à l’adversaire ce qu’il désirait, ou l’observer discrètement depuis l’ombre.
Alors, que faisait Enkrid pendant ce temps ?
***
« Tu as besoin de t’entraîner davantage. »
« … Tu dis ça juste parce que tu as perdu contre moi aux cartes, non ? »
Il poursuivait tranquillement son quotidien parfaitement ordinaire.
Ils avançaient sans fin le long de la route sécurisée.
Esther avait fini par abandonner la voiture pour monter son cheval noir comme l’encre. Krais, qui avait pratiquement tremblé d’anxiété, sentit ses mains le démanger, faute d’avoir eu quoi que ce soit à faire pendant plusieurs jours sans incident.
« On s’en fait quelques manches ? »
En général, voyager était ennuyeux et fastidieux.
Il fallait contempler le même paysage, jour après jour.
À moins de marcher à vive allure à cheval, quitte à sacrifier son dos et son derrière, c’était encore plus monotone.
C’était l’une des principales raisons pour lesquelles les caravanes marchandes se réjouissaient tant de croiser une troupe itinérante.
Il y avait toujours un barde ambulant dans ces troupes, et on pouvait donc écouter des récits et profiter de musique jouée en direct.
Comme il était presque impossible de trouver un barde voyageant tout seul, il allait de soi qu’ils faisaient partie d’une troupe.
Mais même sans troupe itinérante, ceux qui passaient beaucoup de temps sur les routes savaient parfaitement comment tuer le temps.
On pouvait notamment jouer aux cartes ou aux dés, en misant quelques pièces de cuivre pour pimenter un peu la partie.
Malgré l’angoisse qui le rongeait, Krais n’avait pas complètement perdu la tête.
« Si on est fichus, on est fichus. »
Pour l’instant, il devait vivre dans le présent.
C’était ça, la vie.
Il avait enfin compris cette vérité.
Il était donc tout aussi important de profiter du moment présent.
« Ça me va. »
Esther fut la première à réagir.
Ce n’était pas parce qu’elle était Sorcière qu’elle ne s’ennuyait jamais.
La principale raison pour laquelle ils avaient emmené la voiture était de s’épargner la peine d’installer un campement digne de ce nom chaque soir.
Ainsi, ils n’avaient pas à perdre de temps à construire des abris.
De plus, Rem, Enkrid, Krais et Esther étaient tous des vétérans de la vie sur les routes.
Ancien chasseur, Rem avait l’habitude de dormir à la belle étoile.
Pour Enkrid, dormir dehors était le lot quotidien depuis ses années de guide et de mercenaire.
Esther était une Sorcière qui avait passé toute sa vie au cœur de la nature, plutôt que dans une maison.
Krais n’était pas différent : il avait survécu aux champs de bataille et vécu dans une caravane, à repousser sans cesse les bandits.
« Eh bien… »
Avec quatre vétérans, le campement fut installé en un clin d’œil.
Ils étendirent une épaisse couverture sur le sol, et les cartes se mirent à voler.
Krais les distribua avec l’aisance de l’habitude.
Enkrid connaissait bien ce jeu, auquel il avait souvent joué à l’époque où il était mercenaire.
Il s’appelait le Roi et le Démon.
Les règles étaient simples.
La carte du Roi battait toutes les autres.
La combinaison d’un Roi et d’un Chevalier l’emportait simplement sur un Roi seul.
C’était l’une des combinaisons les plus puissantes, capable de battre presque n’importe quelle main.
Il y avait ensuite la carte de l’Assassin, la seule capable de tuer un Roi solitaire.
La carte de l’Espion pouvait corrompre un Chevalier si elle était jouée seule, le faisant passer du côté de l’Assassin.
Et si les cartes de l’Assassin, de l’Espion et du Tacticien étaient jouées ensemble, elles fusionnaient pour devenir le Démon.
C’était la seule combinaison capable de tuer un Roi protégé par un Chevalier.
Mais on ne pouvait l’utiliser qu’une fois.
Une fois jouée, elle était retirée du jeu jusqu’à ce que toutes les cartes aient été épuisées.
« Le seul moyen de battre le Démon, c’est… »
que le Roi, le Chevalier et le Tacticien s’allient.
Si ces trois cartes étaient réunies, le Chevalier et le Tacticien mouraient, mais le Roi survivait.
Ce jeu, créé par des marchands itinérants qui s’ennuyaient, s’était répandu sur tout le continent. Il n’y avait pas une seule personne qui ne sache y jouer.
Ça avait l’air compliqué, mais le jeu était en réalité très simple.
Si on tirait le Roi, on gagnait presque à tous les coups.
Après quelques manches, les mises commencèrent naturellement à grimper et atteignirent plusieurs kronas.
« Vous êtes tous des joueurs professionnels, ou quoi ? À ce rythme, vous allez me vider les poches ! » se plaignit Krais.
« C’est juste une question de chance, non ? Un chaman qui manie les malédictions sait éviter la malchance, mais il évite aussi la bonne fortune par la même occasion. Espèce d’idiot. » Rem éclata de rire en lui renvoyant ses paroles.
On disait que le concept de jeu n’existait pas dans l’Ouest.
C’était probablement en partie parce que les conditions y étaient si rudes qu’on avait déjà bien assez à faire pour survivre. Mais ceux qui pratiquaient les arts chamaniques croyaient fermement que chaque once de bonne fortune reçue serait forcément suivie d’une once équivalente de malchance.
C’était le même principe que celui selon lequel tout était régi par la loi de l’échange équivalent, quoique, dans la vision des chamans, il prît une tournure plus sinistre.
Fidèle à cette logique, le tas de kronas devant Rem, qui avait porté ses arts chamaniques à leur apogée, ne grossissait ni ne diminuait jamais vraiment. Après quelques manches de plus, Enkrid, lui, avait amassé un joli tas de pièces d’or devant lui.
« J’ai toujours eu l’impression que la Déesse de la chance veillait sur moi », marmonna Enkrid.
Que les démons s’évertuent à le courtiser ou non, lui allait continuer à faire ce qu’il avait toujours fait.
Il se reposait aussi intensément qu’il s’entraînait, passant son temps à bavarder et à jouer à des jeux sans importance avec ses compagnons.
Quelques manches plus tard,
« Je mise une pierre de mana. »
Esther posa une pierre débordant de sa propre puissance magique.
Elle avait exactement la forme d’une griffe de léopard.
C’était un artefact qu’elle avait fabriqué en se transformant parfois en léopard et en concentrant son mana dans ses griffes.
Il était si précieux qu’on ne pouvait même pas estimer combien de pièces d’or il faudrait pour l’acheter.
Krais baissa lentement la tête.
Il poussa un profond soupir : « Haaah. »
Est-ce qu’il avait encore reçu une main pourrie ?
Enkrid jeta un coup d’œil nonchalant à ses propres cartes.
« Roi et Chevalier. »
J’ai gagné.
On aurait dit que la Déesse de la chance et du destin réclamait davantage de kronas aujourd’hui.
Enkrid posa cinq cartes face contre la couverture, dont son Roi et son Chevalier.
« On ferait mieux d’arrêter bientôt et d’aller dormir, non ? On dirait que je suis le grand perdant de la journée. »
Krais prit la parole en posant ses cartes face contre la couverture.
Le pot avait atteint une somme colossale.
Krais avait vraiment l’air d’avoir complètement renoncé.
Même aux yeux d’un Chevalier, c’était l’impression qu’il donnait.
Ses gestes, sa posture, son souffle, les infimes tremblements de ses pupilles… Enkrid tendit même l’oreille pour surveiller ses battements de cœur.
Utiliser les sens surdéveloppés d’un Chevalier pour une simple partie amicale était complètement déplacé dès le départ.
Rem trouvait honnêtement ça parfaitement injuste, mais il ne s’en mêla pas.
Après tout, ce n’était qu’une partie pour s’amuser.
Ça montrait seulement à quel point son satané Capitaine était mauvais perdant.
Esther était du même avis.
Rem se contenta de regarder la scène en spectateur parfaitement neutre.
Il avait passé son tour dès le début.
Son tas de kronas avait exactement la même taille qu’au départ.
Il n’avait pas bougé d’un iota.
Puis les cartes furent retournées.
Le bout des doigts d’Enkrid tressaillit imperceptiblement, ce qui ne lui ressemblait pas.
L’homme qui souriait en combattant les serviteurs démoniaques et Beelrog était ébranlé par ça ?
Bien sûr, le tremblement était si infime que personne n’aurait pu le remarquer sans la perception de Rem.
« C’est toi qui avais le Démon ? » constata Enkrid d’un ton neutre.
« Ah, eh bien, c’est comme ça que ça a tourné. Hum… J’imagine que j’ai eu de la chance », répondit Krais avec un grand sourire.
Enkrid comprit aussitôt son erreur.
Il l’avait oublié un instant.
Ce grand idiot aux yeux globuleux et arrogant était un vrai psychopathe, capable de contrôler son propre rythme cardiaque s’il y avait assez de kronas en jeu.
Le lendemain soir, Enkrid décida qu’il était temps d’« inspecter » les capacités de Krais.
« Toi aussi, tu fais partie de cet Ordre de chevaliers. »
« Non, attends, là, c’est du harcèlement pur et simple, non ? Esther, tu es d’accord, pas vrai ? »
Le regard d’Esther était glacial.
Elle fusillait des yeux l’humain arrogant qui avait fini par remporter sa précieuse griffe.
« Tu convoitais ma griffe. »
« C’était il y a une éternité ! »
« J’aurais dû te donner une leçon à l’époque. »
Esther se détourna complètement et l’ignora.
La suite fut une séance de préparation physique « légère », puis une révision minutieuse de son escrime.
Enkrid lui fit reprendre les bases sans aucune pitié, corrigeant la posture et la technique de Krais.
« Quand tu pares une coupe diagonale, si tu sens que le coup adverse est léger, porte une estocade. S’il est lourd, ramène ton épée en arrière, comme pour te dégager d’une entrave. »
Ensuite, avance en diagonale du pied gauche et abats ton épée sur sa tête. C’était la parade la plus élémentaire à une coupe diagonale.
C’était une technique enseignée dès le troisième chapitre à peu près de n’importe quel manuel d’escrime ordinaire.
Trempé de sueur, Krais s’effondra sur la terre, complètement épuisé.
Une brise douce se leva et rafraîchit sa peau moite.
Ses sous-vêtements étaient trempés eux aussi, mais comme ils avaient délibérément installé le camp près d’un ruisseau, il pourrait se laver sans problème.
Heureusement qu’il n’avait pas négligé son entraînement physique quotidien.
Dans cette armée de fous qu’était la Garde-frontière, un supérieur — qu’il soit administrateur ou tacticien — qui ne pouvait pas distancer ses hommes s’attirait des regards réprobateurs, voire ouvertement insolents.
À cause de cette culture, Abnaier participait toujours à l’entraînement physique avec lui, et même Edin Molsan, un pur administrateur, courait comme le vent.
« À ce rythme, même un gamin de dix ans de la Garde-frontière serait un maître d’armes. »
À vrai dire, quand il regardait autour de lui de temps en temps, les enfants de douze ou treize ans — peut-être pas ceux de dix ans — commençaient véritablement à révéler leur talent.
« Même ceux qu’on a ramenés cette fois-ci. »
Une fois les bidonvilles éradiqués et l’ordre public strictement imposé, bien des familles avaient enfin pu souffler.
Les enfants avaient eu la possibilité d’apprendre toutes sortes de choses et, comme la ville vénérait par nature les prouesses martiales, beaucoup s’étaient mis à l’épée.
Quelques visages lui revinrent en tête.
« Avant mes vingt ans, je serai Écuyère de l’Ordre des Chevaliers Fous ! »
Un gamin de treize ou quatorze ans avait fièrement lancé cette déclaration, les yeux brillants.
L’orphelin de guerre mangeait et dormait au temple, au centre de la ville.
Comment s’appelait-il, déjà ?
Krais avait personnellement apprécié son allure et son attitude, et le parrainait en secret.
« J’ai l’impression qu’on va avoir une quantité absurde de travail en arrivant à Naurill, tu ne trouves pas ? »
demanda Krais, étendu dans l’herbe qui avait suffisamment poussé.
« Probablement », répondit Enkrid, appuyé de tout son poids sur son épée au fourreau, comme sur une canne.
À cette réponse, Krais songea :
« Je dois faire mon travail à la perfection pour que ce gamin ait vraiment la chance de devenir Écuyer. »
Il chassa l’angoisse de la veille, ignora les pitoyables avances des démons et se laissa porter par leur quotidien parfaitement ordinaire.
Il avait beaucoup de choses à méditer, mais au milieu de tout cela, il avait calculé exactement ce qui devait l’être.
Le soleil couchant commença à envelopper leurs corps.
La lumière déclinante leur donna une lueur orangée et éclaira la moitié du visage d’Enkrid.
En le regardant, Krais poursuivit le fil de ses pensées.
« Je dois faire mon travail à la perfection. »
Non, ils devaient tous faire leur travail à la perfection.
Ce gamin n’était pas le seul : il parrainait d’innombrables enfants.
Il voulait les protéger.
Il voulait protéger tous ceux qui se tenaient derrière lui.
Il ne voulait plus jamais voir quelqu’un mourir.
Ce désir était absolu.
Un violent frisson lui parcourut le corps.
Quand il tenait des cartes, il pouvait contrôler parfaitement chacun des poils de son corps, mais cette fois, son corps refusait de lui obéir.
Il tremblait sans pouvoir s’arrêter.
Parce qu’il était terrifié ?
Parce qu’un sinistre pressentiment le submergeait ?
Non, pas cette fois.
Son corps tremblait simplement, tout entier habité par sa résolution absolue et inébranlable de mener cette tâche à bien.
Dès le lendemain, la voiture jusque-là tranquille accéléra considérablement.
Après qu’Esther eut murmuré quelques sorts, les chevaux se mirent à galoper à une vitesse terrifiante.
Ils étaient déjà exceptionnels, mais à présent, ils couraient comme des coursiers légendaires tout droit sortis d’un mythe.
Ils restaient toutefois plus lents que Weird Eyes.
Il faut dire que Weird Eyes n’était pas un cheval qui courait comme dans un mythe : c’était une véritable créature mythologique, dotée d’ailes.
Et désormais, il était l’un des amis proches d’Enkrid et un membre officiel de l’Ordre de chevaliers.
***
« Bon retour. »
Enkrid fixa le visage familier qui l’accueillait devant les portes de la capitale.
La scène était exactement la même que la dernière fois. Pourtant, même si le duc du royaume devait crouler sous le travail, il semblait toujours venir les saluer en personne.
« Duc Marcus. »
« Oui, oui. C’est bien moi. Bon retour. »
Derrière Marcus se tenait un important contingent de gardes lourdement armés.
Enkrid avait peu conscience de son propre poids politique, mais le titre de « Capitaine de l’Ordre des Chevaliers Fous » pesait désormais si lourd que personne dans tout le royaume n’aurait osé le traiter à la légère, même sans tenir compte de son statut d’ami personnel du roi.
Il n’y eut pas de grande cérémonie fastueuse pour les accueillir, mais les yeux de chaque garde posté à la porte débordaient d’une révérence profonde et absolue.
De plus, les regards tournés vers Rem exprimaient eux aussi de la bienveillance, plutôt que de la terreur.
Il y en avait toutefois parfois qui avaient les yeux complètement hagards dès qu’ils apercevaient Esther.
« Je vais leur arracher les… »
Avant qu’Esther ait pu terminer sa phrase, Krais intervint avec aisance.
« Nous vous sommes très reconnaissants pour cet accueil chaleureux, Votre Grâce. Toutefois, ce n’est pas l’endroit idéal pour parler tranquillement. Nous vous serions encore plus reconnaissants de pouvoir déguster quelques tasses de ce thé dont vous vous vantez toujours. »
Il avait parlé assez fort pour que tous ceux qui les entouraient l’entendent.
C’était une déclaration délibérée, destinée à signaler qu’il s’agissait d’une visite tout à fait officielle.
Empruntant directement la route extérieure, ils arrivèrent dans un salon de réception du château, où Krang les accueillit en faisant défiler une pile de documents.
« Oh, vous voilà ? »
Cette salutation décontractée rappelait celui qu’il était avant de devenir roi, et était empreinte de l’affection profonde qu’il ne réservait qu’à un ami proche.
« Ouais. »
Enkrid répondit avec désinvolture et s’affala sur une chaise, toujours vêtu de ses habits de voyage couverts de poussière.
« Un serviteur d’un démon a infiltré le royaume et se cache actuellement à l’intérieur de nos frontières », déclara Krang, tout en continuant de feuilleter ses documents avec nonchalance.
Il était allé droit au cœur du problème.
L’émissaire de l’Empire et tout le reste passaient au second plan : c’était la priorité absolue.
À peine Krais entendit-il ces mots qu’il comprit que tout, depuis la lettre envoyée par Krang jusqu’à la date très précise à laquelle il avait exigé l’arrivée d’Enkrid, faisait partie d’un piège minutieusement préparé par Krang lui-même.
« Ce type qui se fait appeler roi… »
Il avait un esprit terriblement brillant.
Maintenant qu’il était le seul souverain responsable du destin de tout un royaume, il était tout naturel qu’il sache ourdir un complot aussi perfide et retors.
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