Chapitre 951
Chapitre 949 – Ravi
La forme que prenait le pouvoir chamanique s’écoulant du corps de Rem hérissait le poil et s’affûtait jusqu’à devenir mortelle.
En vidant son noyau, elle lui conférait une légèreté qui se traduisait par une vitesse aveuglante.
Grâce à elle, même le morceau de métal le plus terne devenait une lame acérée comme un rasoir.
À cela s’ajoutait une petite masse condensée qui lui donnait un poids écrasant.
Pour être précis, il ne s’agissait pas seulement de poids brut : c’était une application de la force extrêmement élaborée et tactique.
C’était un équilibre difficile à mettre en mots.
Il n’y avait pas d’autre façon de décrire cette sensation.
« La vitesse remplace la force brute, et la masse produit l’impact tactique. »
Telle était la conclusion à laquelle Enkrid était parvenu.
Les deux pouvoirs chamaniques se complétaient et se renforçaient mutuellement.
Dans les faits, c’était comme manier simultanément deux formes de Volonté.
Pourtant, les arts chamaniques étaient fondamentalement différents de la Volonté.
« Même si leurs racines et leurs origines sont les mêmes… »
La manière de les manier dépendait entièrement de leur utilisateur.
« Sérieusement, qu’est-ce que tu as foutu là-dedans ? »
Voilà pourquoi Rem lui avait posé cette question pendant leur duel d’entraînement.
Enkrid observait les arts chamaniques employés par Rem.
Bien que Rem ne lui eût pas montré intentionnellement l’étape de la « Formation », Enkrid percevait instinctivement tout le flux de son énergie.
« Je le vois. »
La capacité à voir une fraction de seconde dans le futur naissait de l’aptitude à lire les mouvements préparatoires de l’adversaire.
En superposant la Volonté à cette perception, puis en l’élargissant davantage, on atteignait un niveau où l’on pouvait lire l’élan brut de l’adversaire et le contrer par anticipation.
Enkrid avait connu ces deux phénomènes, gravant leur expérience dans sa mémoire musculaire au fil des répétitions sans fin de « cette journée ».
Mais, à présent, il venait d’aller encore plus loin.
Était-ce ainsi que se sentait un explorateur découvrant un continent entièrement nouveau ?
Il pouvait prévoir les mouvements de Rem, son élan, tout.
Juste avant que Rem ne bouge, Enkrid voyait déjà les prémices de sa Volonté.
Sur le plan physique, c’était comme voir un adversaire tourner la pointe de son pied, contracter un muscle précis ou tressaillir d’un doigt avant d’attaquer.
Si tout cela constituait les prémices physiques, le flux de la Volonté était l’ultime précurseur de l’intention comme de l’action.
On pouvait dire qu’il contemplait directement l’intention de son adversaire.
Dès lors, deviner avec précision le mouvement qui allait suivre était ridiculement facile.
Alors, s’il en était capable, que pouvait-il faire d’autre ?
« Je sais aussi ce que regarde mon adversaire. »
Quand on connaît à l’avance les mouvements et les intentions de l’autre, tromper son regard devient un jeu d’enfant.
Il suffit de masquer sa propre intention et de planter son épée dans l’angle mort de l’adversaire.
« Ce que tu as vu devait ressembler à ça, non ? »
Enkrid se rappela l’épéiste blond qu’il avait rencontré dans le Royaume démoniaque du Sud.
N’avait-il pas été abattu par une escrime exactement de ce genre ?
Une frappe qui dissimulait parfaitement non seulement les mouvements et l’élan, mais aussi l’intention elle-même — une frappe absolument dépourvue de prémices.
Tout cela ne devenait visible qu’avec une concentration absolue, précise au point de ne rien laisser échapper.
Enkrid dispersa la Volonté qu’il avait concentrée dans ses yeux.
L’explorateur qui avait découvert le nouveau continent venait d’apercevoir une autre ombre, voilée par la brume lointaine.
Il n’était donc pas satisfait.
« J’ai encore tant de chemin à parcourir. »
L’épéiste blond ne lui avait pas montré une seule chose.
Tout ce qu’il avait démontré constituait une série de jalons pour Enkrid.
Il était comme un guide qui indiquait la voie vers une frontière lointaine et inexplorée.
La route qui l’attendait était encore longue.
Non, il l’avait déjà aperçue.
Même après l’avoir parcourue jusqu’au bout, il ne pourrait probablement toujours pas dire qu’il avait atteint la fin.
Cette réalisation grisa Enkrid.
Elle le remplit d’une extase pure.
À tel point qu’un sourire naturel s’étira sur son visage.
Boum !
Le disque tournoyant lancé par Rem transperça de part en part le corps de l’Oiseau noir qui tournoyait dans les airs.
La hache qui déchirait le ciel vide pivoterait sans aucun doute pour retourner à son propriétaire.
Le pouvoir chamanique émanant de Rem restait relié à son Arme spirituelle.
Comme prévu, la hache fendit le monstre, répandit son sang noir dans le ciel, puis décrivit un large arc avant de revenir dans la main de Rem.
Clac.
« Je t’ai eu », grogna Rem.
De l’extérieur, cela paraissait simple, mais, après avoir vu le flux de son pouvoir chamanique, Enkrid savait à quel point Rem venait d’accomplir un exploit extraordinaire.
S’il avait pris la peine de lancer sa hache sur une cible qu’il aurait facilement pu atteindre avec une fronde, c’était probablement dans le prolongement de leur duel d’entraînement précédent.
C’était une forme d’exercice destinée à perfectionner ses compétences et à franchir une nouvelle étape.
Il ne l’avait sans doute tenté que parce qu’il était absolument certain de pouvoir aussi tuer le monstre ainsi.
La lame de la hache de Rem, qui passa tout près derrière lui, lui glaça la nuque.
Rem ne visait pas vraiment Enkrid, mais la seule présence de l’arme donnait cette impression.
Ces gens ne cesseraient pas de le suivre.
Ils le poursuivraient à une allure encore plus rapide que celle qu’il s’imposait.
La joie et l’excitation qu’il ressentait à l’idée de l’avenir qui l’attendait étaient aussi grandes que celles que lui inspiraient les compagnons qui veillaient sur ses arrières.
« Quoi, mon lancer de hache t’a fait tant d’effet ? » demanda Rem.
« Il sent le mâle surexcité », intervint Dunbakel depuis le côté.
Enkrid n’avait pas pris la peine de cacher ses émotions ; son nez les avait donc décelées aussitôt.
S’il avait voulu les dissimuler, il aurait pu le faire sans difficulté.
« C’est une façon bizarre de le dire », marmonna Rem.
Enkrid lui répondit :
« J’ai encore tant à apprendre. »
Rem hocha plusieurs fois la tête.
« Sa maladie le reprend. Hé, Smelly. Arrête de raconter n’importe quoi et trouve la prochaine cible. »
Rem connaissait bien Enkrid.
Il était parfaitement habitué à le voir perdre la tête de temps à autre.
Bien sûr, c’était pareil pour Dunbakel.
« Ouais, ouais. »
En plus de l’Oiseau noir, elle avait recueilli des descriptions de plusieurs monstres notoires qui sévissaient alors dans l’Ouest.
« C’était quoi, le prochain, déjà ? »
On leur avait parlé d’un scorpion qui lançait des sorts, non ?
Elle suivit sa piste olfactive, la distinguant des autres.
Chaque fois que des gens de l’Ouest signalaient un monstre dans une zone précise, ils s’y rendaient pour le traquer.
Une fois sa position repérée, ils montaient sur leurs Vellopters et fonçaient vers lui.
Après l’Oiseau noir, leur cible était un monstre scorpion qui utilisait la magie de téléportation.
Dès qu’Enkrid posa les yeux sur lui, il comprit les mécanismes du sort qu’il employait.
Ses yeux avaient changé, et sa façon de percevoir le monde aussi.
« Ce n’est qu’une coquille vide. »
Pour être précis, la coquille n’était remplie que d’un pouvoir informe semblable à la Volonté.
Comme il s’agissait d’un monstre, c’était de l’Énergie démoniaque, et non de la Volonté.
Il avait entièrement remplacé sa chair et son sang par de l’Énergie démoniaque, ne laissant que sa carapace.
Libéré des lois physiques du monde, son corps fonctionnait comme le sortilège auquel il était lié.
« Ce n’est pas de la téléportation ; il court simplement à grande vitesse en se camouflant. »
La carapace de ce salaud possédait des propriétés qui lui permettaient de réfléchir la lumière du soleil et de se dissimuler avec une grande efficacité.
On pouvait dire que c’était un monstre qui trompait les yeux humains grâce à un camouflage actif et à des déplacements à grande vitesse.
Le monstre scorpion se camoufla et détala dès qu’il les aperçut tous les trois, mais il ne put échapper au nez de Dunbakel.
Le cimeterre de Dunbakel fracassa sa carapace.
En pivotant sur son pied gauche, elle abattit sa lame avec la force d’un éclair qui s’écrase.
CRAC ! CRUNCH !
L’éclair déforma physiquement l’espace autour de lui.
Dans un grondement assourdissant, une fissure apparut dans l’air vide à l’endroit où la lame avait frappé, comme du verre qui se brise.
C’était la manifestation visible de la carapace camouflée qui se désagrégeait.
La vapeur informe qui remplissait la coquille fendue se transforma en épaisse fumée noire et s’en échappa.
Dans un sifflement violent, l’Énergie démoniaque qui avait remplacé sa chair et son sang se transforma en fumée et se dissipa.
Ce monstre ne fonctionnait pas différemment d’un esprit maléfique.
Enkrid taillada la fumée qui s’échappait du monstre scorpion.
Quand Promenade nocturne fendit la vapeur, celle-ci se dispersa et disparut complètement.
« Ah, alors c’est comme ça qu’on le tue pour de bon », dit Dunbakel en hochant la tête.
Le groupe de guerriers de l’Ouest qui avait rencontré ce monstre auparavant affirmait que c’était une bête qui ne disparaissait jamais, même après qu’on l’avait tuée à maintes reprises.
Évidemment.
Sa carapace était factice.
C’était une créature qui se rapprochait davantage d’un esprit maléfique.
Enkrid avait tranché la véritable essence de cet esprit maléfique.
Assassinat de sortilège.
Ce qu’il avait auparavant accompli par pur instinct, il pouvait maintenant le faire en le « voyant » consciemment.
« Suivant. On y va. »
En plus, utiliser cette nouvelle perception était incroyablement amusant.
La troisième cible était un Escargot de roche mutant.
Sa coquille ressemblait à l’écorce d’un arbre, et des ailes lui poussaient dans le dos ; son apparence se transformait lentement pour évoquer celle d’un dragon.
Ce monstre avait dépassé le stade de la variante rare pour devenir un véritable mutant.
Comme il avait absorbé trop de l’influence de Silence, il se transformait peu à peu en une créature semblable aux dragons qu’ils avaient vus dans la forêt du Royaume démoniaque.
La lame d’Enkrid trancha la coquille du salaud.
Promenade nocturne déploya toute l’étendue de ses terrifiantes capacités.
Enkrid pivota sur son pied gauche et tordit le corps pour ajouter un élan écrasant au coup.
C’était une frappe lourde et aveuglante de vitesse, qui s’abattit à la verticale comme le billot du bourreau.
La coquille, qui aurait dû repousser sans peine une lame ordinaire, s’ouvrit aussi proprement qu’une pomme de terre mûre.
La chair pâle et maladive ainsi que le sang noir jaillirent du corps de l’Escargot de roche mutant.
« Bon sang, c’est brutal », marmonna Rem en regardant la scène.
Pour une raison ou une autre, les coups d’épée d’Enkrid semblaient devenir plus féroces à chaque utilisation.
Ils passèrent ainsi trois jours entiers à ne faire que chasser des monstres.
« Ce sont des monstres. Tous, sans exception. »
Badukbeom connaissait intimement les monstres qui tourmentaient ses Douze Tribus.
Il y avait une colonie entièrement composée d’Hommes-rats, ainsi que deux énormes Vers spirales dont le dos était hérissé de pointes.
Tous étaient des cauchemars à tuer et causaient des soucis sans fin à son peuple.
Ils avaient simplement enduré les pertes et tenté de tenir bon.
La colonie d’Hommes-rats, en particulier, ne cessait de multiplier ses effectifs, comme si elle comptait bâtir une ville entière de monstres à cet endroit.
En fait, une fois le rassemblement chez Ours Ancien terminé, il avait pleinement l’intention de réunir tous les guerriers de ses douze tribus et de lancer une attaque massive contre eux.
Il comptait se servir de cette victoire pour prouver la puissance absolue de ses forces.
Les Vers spirales étaient tout aussi exaspérants.
Comment étaient-ils censés faire remonter à la surface un salaud qui ne se déplaçait que sous terre pour l’affronter ?
Pourtant, ces trois-là réglèrent tous ces problèmes.
« Montre-nous le chemin. »
Badukbeom les guida jusqu’aux deux monstres et regarda ces trois êtres, eux-mêmes qualifiés de monstres et de calamités ambulantes, anéantir les hordes monstrueuses.
Rem trancha lui-même la tête des cinq Hommes-rats qui dirigeaient la colonie.
Les deux autres massacrèrent tous les Hommes-rats restants.
La lame bleu sombre qui fendait tout sur son passage ressemblait à une faux maniée par le Faucheur.
Et ce Faucheur avançait avec une expression parfaitement impassible, sa cape vert sombre flottant derrière lui.
« Dieux du ciel. »
Badukbeom éprouva un profond respect mêlé d’effroi.
Cela aurait déjà suffi, mais les voir s’occuper des autres monstres était un spectacle qu’il avait du mal à croire, même de ses propres yeux.
Dès que le Ver spirale pointa la tête hors du sol, un trait de lumière traversa son corps à l’horizontale comme un éclair et le coupa nettement en deux.
Le ver se trouvait à plus de cinquante pas, pourtant la distance fut effacée en un instant.
C’était l’œuvre de la femme-bête qui s’était changée en traînée de lumière blanche.
Les yeux de Badukbeom ne pouvaient pas suivre le mouvement de ses pieds quittant le sol, de son cimeterre qu’elle dégainait et de son coup qu’elle portait.
Il ne vit que le monstre mort qu’elle laissait derrière elle.
Le sang noir s’étendit sur la terre sèche.
Après avoir assisté à tout cela, Badukbeom, complètement sonné, revint à lui sur le chemin du camp.
« Il nous reste encore de l’entraînement ? »
Au retour de l’extermination des monstres, Enkrid lui demanda tranquillement s’il n’avait rien appris en les regardant combattre, puis suggéra qu’ils terminent l’entraînement du jour.
Ce salaud était-il vraiment un démon ?
Un émissaire du Royaume démoniaque, arrivé après la mort de Silence ?
Un diable ?
L’incarnation d’un Général divin maléfique ?
« Il nous reste encore notre duel d’entraînement du jour, non ? » demanda de nouveau Enkrid d’un ton parfaitement détaché.
Les yeux de Badukbeom s’assombrirent, envahis par un désespoir absolu.
« J’imagine que oui. »
« Je suis content que tu sois motivé. »
La réponse désinvolte et parfaitement imperturbable d’Enkrid lui noua l’estomac, mais, quand on n’avait pas la force de se rebeller, n’était-ce pas dans la nature d’un guerrier de l’Ouest de se soumettre et de suivre ?
En outre, ce n’était pas comme si cet entraînement était injuste.
Enkrid lui fit suivre un stage intensif infernal.
Il le fallait bien.
L’Aile Noire n’avait-elle pas expressément demandé qu’on le traite comme un guerrier de « classe spéciale » ?
Alors, Enkrid leva son épée pour Badukbeom.
Tout cela, c’était pour l’avenir de l’Ouest.
« Je suis content. »
L’Aile Noire révéla ce qu’il ressentait vraiment en observant la scène.
À la tombée du crépuscule, Badukbeom était le seul à souffrir en ces lieux.
« J’aimerais me reposer aujourd’hui », gémit Badukbeom, incapable de garder l’esprit clair alors que sa conscience s’éteignait.
« Ton esprit manque encore de discipline. »
Cette excuse ne prit pas avec Enkrid, pas le moins du monde.
Pendant plus de dix jours, Badukbeom forgea un esprit inébranlable en roulant sans cesse dans la poussière.
Il maudit l’Aile Noire jusqu’aux nues, puis finit par devenir son véritable frère d’armes.
Après tout, il n’était pas le seul à rouler dans la poussière.
L’Aile Noire se faisait tout autant démolir.
Bien que Badukbeom fût déjà ce qu’on appelait un semi-chevalier, il franchit l’une de ses limites absolues en moins de quinze jours.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid emmena Rem et Dunbakel et quitta enfin l’Ouest.
La caravane marchande, désormais accompagnée de Leona et Juol, partit avec eux.
« Ce que nous avons accompli cette fois vaut dix fois tout ce que nous avons tiré jusqu’ici de nos échanges commerciaux avec l’Ouest. »
Ce furent les mots de Leona.
Elle calculait sans doute les profits astronomiques qu’ils récolteraient à l’avenir.
« Bon, à partir de maintenant, il va falloir courir jusqu’à en avoir les pieds en sang, mais dis à Krais que l’ampleur de nos échanges avec l’Ouest va décupler. »
« Je le ferai. »
Ils discutèrent de tout et de rien sur le chemin du retour.
Ils avaient pleinement savouré les acclamations et l’hospitalité des gens de l’Ouest.
« Si vous avez besoin de nous, faites appel à nous quand vous le voulez. »
Les gens de l’Ouest ne font pas de promesses en l’air.
Enkrid avait déjà reçu une aide considérable de leur part, mais cette fois, c’était d’un tout autre ordre.
Même si Rem était au cœur de l’affaire, tout le monde savait que c’était en grande partie grâce à Enkrid.
« Nous nous tiendrons à vos côtés dans votre grande entreprise. »
C’est ainsi qu’ils leur firent leurs adieux.
Une voix venue du présent le tira de sa brève rêverie.
« Faisons un duel. À mains nues, sans frapper fort. »
C’était Rem, qui harcelait de nouveau Enkrid.
« Je participe. »
Dunbakel se joignit à eux.
Enkrid ne refusa pas.
Il partagea tout ce qu’il avait compris.
Rem était un génie pour assimiler efficacement les concepts.
Il comprit aussitôt la direction qu’il devait prendre.
« Il y a un dicton dans l’Ouest : parfois, le pouvoir chamanique réside naturellement dans ton corps, même si tu ne fais rien. Je croyais que c’était ce que vous appeliez Uske. On dirait que je me trompais. »
Après quelques duels d’entraînement, Rem réquisitionna l’une des charrettes qui rentraient, s’enferma à l’intérieur et passa plus de la moitié de la journée à méditer profondément.
Dunbakel n’assimilait pas aussi vite que Rem les subtilités techniques, mais son instinct de femme-bête était incomparable.
« Tu dis que la Volonté change, c’est ça ? Je le sais déjà. »
De plus, les Indules ne lui étaient pas étrangères.
C’était un trait inné des femmes-bêtes.
Quand leur corps physique se transformait, leur élan changeait, tout comme l’énergie qu’il abritait.
Et si elle pouvait provoquer ce changement à volonté ?
Son prochain objectif était parfaitement clair.
Dunbakel aussi se tut après cette prise de conscience.
Ils s’apprêtaient enfin à franchir la frontière qui marquait la sortie de l’Ouest.
« Parlons un peu ! »
Un géant aux bras et aux jambes aussi épais que des troncs d’arbre leur barra la route.
Rem descendit de la charrette, prêt à lancer sa hache, mais s’arrêta lorsqu’Enkrid posa une main sur son épaule.
« On le laisse tranquille ? »
En voyant le geste, Dunbakel posa la question.
La femme-bête s’apprêtait elle aussi à se jeter sur le géant, mais elle se retint.
Enkrid hocha la tête.
Par habitude, il avait déjà lu l’intention de son adversaire.
À moins que ce géant ne soit du niveau de l’épéiste blond rencontré dans le Royaume démoniaque du Sud, il n’avait absolument aucune intention de se battre contre eux pour le moment.
Il ne semblait donc pas maîtriser de technique capable de dissimuler sa véritable intention.
« J’ai une faveur à vous demander ! »
Le géant parla.
Non, il rugit.
Le vacarme leur fit douloureusement bourdonner les oreilles.
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