Chapitre 939
Chapitre 937 – Nul ne peut mesurer l’avenir
Nul ne peut mesurer l’avenir. Personne ne sait vraiment ce qui l’attend. Les prophètes modifient l’avenir rien qu’en en parlant ; s’ils gardent le silence, ils ne peuvent prouver qu’ils avaient vu juste. Au bout du compte, tous les prophètes sont des imposteurs qui colportent des mensonges, car l’avenir est par nature changeant. Il vacille. Il se transforme. Ainsi, ce qui nous attend demeure à jamais inconnaissable.
De mauvais augure.
Juste avant que Rem ne prenne la parole, il entrevit la route qui s’ouvrait devant lui. Ce n’était pas une grande prophétie, mais ses sens hyperaiguisés, affûtés par les fondements du chamanisme, s’agitaient follement. L’espace d’un instant, se sentant lui-même imposteur, il jeta un coup d’œil à demain.
***
Une ombre d’un noir d’encre masqua le ciel. Tout là-haut, une masse obscure se condensa, déploya d’immenses ailes, puis prit son envol. Une monstruosité plus grande qu’une maison fondit sur la ville, tandis que les descendants de l’Ours Ancien luttaient désespérément contre elle.
Tout le monde meurt.
Ils moururent tous. L’Humain démoniaque violet, qui avait émergé du Silence auparavant, maniait une malédiction semblable à la peste. Il suffisait de s’en approcher pour que la chair se putréfie. Ils avaient à peine réussi à tuer ce salaud après trois jours et trois nuits de combat, enveloppés dans des talismans chamaniques. Cette seule bataille avait exigé le sacrifice d’innombrables habitants de l’Ouest acclamés comme des héros.
Avant lui, il y avait eu une abomination semblable à un lézard aux pattes courtes. Il lui avait suffi d’agiter son unique queue. À elle seule, elle avait massacré plus de héros que l’Humain démoniaque violet. Celui-ci avait tué le plus d’habitants de l’Ouest, mais l’« Aiguille caudale » avait abattu le plus grand héros de l’Ouest.
Et cette fois-ci ? C’était un cauchemar draconique qui fendait le ciel en crachant une fumée noire.
Des choses qui ne se sont pas encore produites.
Rem savait que rien de tout cela n’était vraiment arrivé. C’était pour cette raison que les mots lui étaient brusquement échappés.
« Il faut entrer. »
Si quelque chose se préparait à émerger, il devait frapper le premier. L’Ours Ancien se trouvait à dix jours de chevauchée sur un Vellopter. Une bête ailée franchirait cette distance en un rien de temps — et sa femme et son enfant vivaient là-bas. Ayul et Kio.
Kio.
Un nom à double sens.
L’un venait d’Utkiora : le crépuscule qui attend la lumière arrachée à l’aube.
L’autre signifiait une lumière qui embrasse.
Il ne s’agissait pas d’un éclat violent repoussant brutalement le crépuscule, mais d’une lueur douce qui enveloppait tout ce qu’elle touchait.
Il n’y avait pas qu’Ayul et Kio.
En ce moment, il portait sur ses épaules une montagne de choses à protéger. Voilà pourquoi il se battait.
« Mettre fin à la guerre. Éradiquer les combats et anéantir tous les Royaumes démoniaques. C’est mon rêve. »
N’était-ce pas précisément pour ces paroles qu’il s’était rapproché d’Enkrid ?
Rem resserra sa prise sur sa hache et fit un pas. En
cette infime fraction de seconde, juste avant que sa botte ne touche le sol, son œil de l’esprit s’illumina. Il vit une sphère d’un noir d’encre, fendue par une ligne jaune verticale.
Un œil ?
Ce fut sa première pensée. La ligne jaune s’ouvrit. À l’intérieur, une autre pupille noire le fixait. L’œil à la fente verticale ne le quittait pas du regard. Il l’observait. Il scrutait chaque fibre de son être. Un avertissement ancestral lui déchira l’esprit. L’entité l’étudiait. Elle cherchait à le disséquer et à le comprendre.
Qu’est-ce que tu es ?
Il concentra son esprit et l’interrogea. Son pouvoir chamanique réagit, l’enveloppant d’une épaisse aura grise. Aucune réponse ne vint. Boum. À l’instant où son pied heurta la terre, l’illusion disparut.
Tu veux y aller, alors ?
Rem sentit le Silence l’appeler. Il n’avait pas prévu de combattre un Royaume démoniaque aujourd’hui, mais s’il le fallait, il le ferait. Sa détermination s’envola ; sa volonté était absolue. Il fit un autre pas. Rien ne pouvait l’arrêter, à présent. Des flammes grises s’allumèrent dans ses yeux tandis que son pouvoir chamanique débordant se manifestait au grand jour.
Le malaise qui l’avait envahi en voyant la terre ocre s’assombrir se mua en une terreur viscérale lorsqu’ils atteignirent le Royaume démoniaque.
Dunbakel recula discrètement le pied droit, écœurée par une sensation qui lui hérissait la peau. C’était de l’instinct pur.
Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?
Les arbres étaient d’un gris maladif, et les rochers brun foncé ressemblaient aux intestins tout juste arrachés d’un être vivant. Le paysage entier tenait du cauchemar grotesque. Au milieu, un léger brouillard noir rampait et se contorsionnait, comme s’il cherchait à les encercler. On aurait dit qu’une intention malveillante et délibérée attendait de les happer dès qu’ils franchiraient le seuil.
Je me sens souillée.
Cela lui rappelait une bête de l’Est appelée « piège à pointes » — celle qui avait failli la tuer dès son arrivée dans la région. Le piège à pointes s’enfouissait sous terre et faisait s’effondrer le sol sous sa proie avant de dévorer ce qui tombait dans son piège. Incapable de poursuivre sa cible, ce prédateur extrêmement venimeux ne lâchait jamais prise une fois ses mâchoires refermées. Comme il ne possédait aucun point vital, le seul moyen de le tuer consistait à tirer son énorme carcasse hors de la terre et à le brûler vif.
Quel souvenir répugnant.
Dunbakel chassa violemment cette pensée et se concentra sur les alentours. Les nuages noirs qui étouffaient le ciel ressemblaient à la suie concentrée d’une forêt entière en flammes.
Les nuages d’un Dieu Démon.
Elle avait déjà vu un phénomène semblable dans l’Est, mais la puanteur était tout autre ici. Si elle devait les comparer, l’Est empestait l’urine rance, tandis que le Sud sentait le fer brut et la cendre âcre.
Une puanteur stagnante, en décomposition.
La décomposition régnait en maître ici. Une puanteur putride, si épaisse qu’elle lui transperçait le cerveau, reléguait les deux autres Royaumes au second plan. C’était pour cette raison qu’elle était restée si silencieuse pendant le voyage. À vrai dire, aucun d’eux n’avait beaucoup parlé : leur sixième sens leur hurlait à tous que l’atmosphère oppressante était anormale.
« La situation n’a rien d’ordinaire, marmonna Juol.
Les instincts primaires de Dunbakel comme son raisonnement lui criaient qu’entrer ici revenait à signer son arrêt de mort.
La seule décision raisonnable, c’est de s’éloigner le plus possible.
Elle décida que la seule option sensée consistait à tourner les talons et à fuir. Puis, elle aussi vit l’hallucination. La sphère d’un noir d’encre et sa fente jaune. Le même œil que Rem avait aperçu. Dunbakel retint son souffle. Comme un lapin acculé, elle tendit tous ses muscles, prête à détaler au moindre signe. L’œil halluciné se contenta de l’observer, puis disparut.
Je déguerpis tout de suite.
Dunbakel arrêta sa décision. Il ne s’agissait pas de surmonter sa peur. C’était une entité qu’on ne devait tout simplement pas affronter. Elle en était certaine.
Enkrid eut la même vision. Le paysage de son esprit s’ouvrit, révélant la longue fente jaune au cœur du cercle noir. L’œil scrutateur l’étudia. Tandis que Rem exigeait de connaître son identité et que Dunbakel se préparait à fuir, Enkrid ne fut que légèrement surpris.
« Je me suis endormi debout ? » demanda-t-il.
La cible de sa question changea. Le Passeur sans visage sortit tranquillement de derrière lui. Pourquoi apparaissait-elle ici ? La question lui échappa naturellement.
« À moitié. À cause de la volonté de cette chose. »
Sa voix était claire, aiguë et cristalline. La capuche qui dissimulait le visage du Passeur glissa en arrière. La lanterne qu’elle tenait s’étira et se transforma en une longue lance, tandis que sa robe flottante se condensait en une lourde armure de plates. Enkrid n’était pas petit, loin de là, mais la femme qui se tenait à ses côtés le dépassait d’une bonne tête. L’aura violette caractéristique du Passeur se répandait sur son armure comme une fine poussière lumineuse. Ses yeux brillaient d’un vert vif et perçant, et ses cheveux blonds, tressés dans son dos, scintillaient comme s’ils étaient tissés de pure lumière.
« Je t’avais dit qu’on se reverrait, non ? » demanda le Passeur sans détourner les yeux.
C’était exactement l’apparence qu’elle avait prise en lui annonçant qu’il n’avait vécu « aujourd’hui » que onze fois.
« Je croyais avoir mis un terme à tout ça. Choisis la bonne réponse, gamin. »
Elle avait murmuré la première phrase avec une amère autodérision ; l’ordre qui suivit s’adressait directement à lui. Après ces derniers mots, l’illusion se dissipa rapidement. La vision s’effaçant, Enkrid se retrouva face à un œil aussi grand qu’un corps humain.
La bonne réponse ?
Enkrid se moquait éperdument que l’œil gigantesque l’observe. Il était entièrement absorbé par l’avertissement du Passeur. D’ordinaire, il l’aurait balayé d’un revers de main, le prenant pour une nouvelle manipulation, mais pas cette fois. Il l’avait déjà soupçonné, mais ces derniers temps, les interventions du Passeur ressemblaient moins à du sabotage qu’à des conseils tordus. Et si c’était un piège ? Il en subirait simplement les conséquences une fois de plus. Mais il n’allait pas se recroqueviller de peur. Il suivrait le chemin qu’il croyait juste.
Le paysage mental se brisa, ramenant d’un coup à la réalité sa conscience qui dérivait à moitié. L’œil immense l’observa une dernière fois, puis se retira dans le vide. En clignant des yeux, Enkrid se rappela le cauchemar. Le rêve que le Passeur lui imposait était toujours le même : il se retrouvait piégé sur un pont noyé dans un brouillard si dense qu’on n’y voyait pas à deux pas, et forcé de choisir dans la violence.
« Peu importe ce qui rôde là-dedans, je vais l’éliminer, gronda Rem.
« …Moi, je n’entre certainement pas là-dedans, déclara Dunbakel derrière eux.
Leurs volontés s’opposaient radicalement.
« On devrait battre en retraite et prévenir les autres d’abord », proposa Juol en guise de compromis.
Enkrid garda le silence. C’était le point de bifurcation.
Que se passe-t-il après que j’ai fait mon choix ?
Il ne serait pas Enkrid s’il n’avait rien appris à force de revivre le même jour encore et encore. Ses cycles les plus récents avaient été particulièrement inoubliables.
Si j’avais pris le mauvais chemin…
Au lieu de continuer à se battre, il aurait été condamné à revivre un « aujourd’hui » où il mourait pitoyablement dans un lit. Le désir tordu du Passeur de le voir mourir sans fin se serait réalisé.
Gerr. Pete.
Les noms de ses camarades tombés au combat transpercèrent sa mémoire. Les morts ne reviennent pas, et l’eau renversée ne se ramasse pas.
Chaque choix a des conséquences.
Des perles de sueur froide apparurent sur son front. Enkrid poussa ses capacités cognitives à leur limite absolue, simulant l’avenir immédiat.
Et si j’entrais avec Rem ?
Tout s’arrêterait-il si nous tuions la source ? Sur le papier, l’équation était simple. C’était la meilleure option. Accompagner Rem et laisser Dunbakel garder l’entrée. Si des monstres réussissaient à passer, elle les intercepterait. L’ordre était sur le point de franchir ses lèvres.
« Rem et moi, on entre. Dunbakel, tu tiens le périmètre. »
Rem hocha la tête, d’accord avec lui, et Dunbakel eut l’air soulagée. Enkrid pénétra dans le Royaume démoniaque aux côtés de Rem. Mais, pendant leur absence, un monstre jaillit du périmètre. Il portait une capuche tissée de paquets de suie, et sa peau grise, cousue bout à bout, parodiait grotesquement l’humanité. Il avait une silhouette humanoïde, mais son visage n’était qu’une toile vierge de peau tendue, cachée sous la capuche.
Dès que ce salaud apparut, il se verrouilla sur Dunbakel.
Dunbakel hurla.
« Aaaaaaah ! »
Des fleurs noires éclorent sur sa peau. Dévorée par la folie, elle résolut de massacrer les parents qui l’avaient abandonnée, son esprit noyé dans une haine pure et absolue du monde.
Tuez-les tous.
Elle avait toujours été particulièrement vulnérable à la magie qui altérait l’esprit.
Elle était devenue plus forte, mais cette attaque avait contourné ses défenses et transpercé son traumatisme le plus profond.
Tout le monde avait un point faible.
Si quelqu’un capable de la ramener à la raison s’était trouvé là, l’issue aurait peut-être été différente.
Mais Juol était seul avec elle.
« Qu’est-ce qui ne va pas… »
La question de Juol fut coupée net lorsque sa tête s’envola dans les airs.
Son corps décapité resta debout, une fontaine de sang éclaboussant la terre.
La lame de Dunbakel lui avait tranché le cou sans la moindre hésitation.
Avec le meurtre d’un simple habitant de l’Ouest qui ne rêvait que d’ouvrir un restaurant, un véritable Humain démoniaque venait de naître.
Puis toute la vision se brouilla et s’effrita en grains de sable emportés par le vent.
Clignement.
Enkrid revint à lui. Il retrouva ses repères.
Une hallucination.
La vision s’était déroulée pendant la fraction de seconde qui avait précédé l’ordre qu’il s’apprêtait à donner. Ses lèvres étaient entrouvertes, sa langue pressée contre son palais ; il ne lui manquait qu’un souffle pour appeler Rem. Enkrid referma la bouche. Rem trépignait d’impatience, prêt à charger, dans l’attente de l’ordre. Dunbakel était tout aussi tendue, prête à reculer dès qu’il le lui dirait.
Et si j’envoyais Rem seul, en lui ordonnant de battre en retraite si le danger devenait trop grand ?
Il pourrait décider de la suite en fonction des informations qu’il rapporterait. Une autre hallucination l’emporta. Il resta auprès de Dunbakel et intercepta le monstre à capuche qui visait son esprit. Son esprit commençait à se fissurer, la suie lui collait à la peau. Enkrid intervint aussitôt.
« J’ai entendu dire que la liqueur brassée avec les fruits de l’Arbre du Paradis était incroyablement sucrée. »
À ces mots, Dunbakel se lécha les lèvres et retrouva aussitôt toute sa lucidité. Elle trancha le monstre à capuche en deux.
« Qui la brasse ? » exigea-t-elle.
Si l’on demandait qui était le plus grand ivrogne parmi les membres de l’Ordre des Chevaliers Fous, la réponse ne faisait aucun doute : c’était Dunbakel. Elle chérissait l’alcool plus encore que la nourriture. Qu’on lui parle d’un cru rare, et elle perdait la tête. Chaque fois que Rem lui réclamait une bouteille, elle l’attaquait avec férocité, s’emparait de l’alcool et détalait.
« Juol. »
« Moi ? »
Juol bafouilla, avec un air qui disait clairement : « Je n’ai jamais accepté. »
Mais l’hallucination poursuivait inexorablement son cours.
Rem était entré seul dans le Royaume démoniaque. À un moment donné, son lien avec le monde naturel fut brusquement rompu, et toute la forêt corrompue se retourna contre lui. Il lança tous les sorts chamaniques de son arsenal, mais son défaut fatal était son endurance. Comparée à celle d’un chevalier moyen, la sienne était monstrueuse, mais son véritable talent résidait dans l’anéantissement brutal à court terme. Il se retrouva face à une horde de bêtes cauchemardesques. Vague après vague, elles ne lui laissèrent pas reprendre son souffle. Malgré des victoires impossibles remportées à force d’acrobaties et de volonté pure…
Il se bat jusqu’à ce que ses poumons brûlent, puis…
Il mourait. Pendant ce temps, le Royaume démoniaque continuait de faire surgir des aberrations capables de déchirer l’esprit, qui traquaient spécialement Dunbakel. Enkrid était paralysé sur le pont. Il ne pouvait pas quitter son poste. Il ne pouvait pas rejoindre Rem. L’hallucination se réduisit en poussière.
« Alors, qui vas-tu tuer maintenant ? »
Le murmure moqueur du Passeur résonna à ses oreilles. Envoyer Rem signifiait la mort de Rem. Laisser Dunbakel derrière signifiait la mort de Dunbakel. Dès qu’il reconnut ce paradoxe impossible à résoudre, la sueur froide provoquée par son atroce dilemme sécha.
Essayait-elle vraiment de me prévenir ?
Si le Passeur ne lui avait pas imposé ces cauchemars, qu’aurait-il fait ? Il n’en savait rien. Enkrid choisit exactement la même réponse que dans chacun de ses cauchemars.
« Venez à moi. »
C’était ce qu’il avait crié dans le brouillard aux silhouettes piégées de part et d’autre du pont. Animé de la même conviction, Enkrid rompit le silence dans le monde réel.
« Rem, tiens ta position. Dunbakel, ne cours pas. Si je te surprends à fuir, je te réduis en bouillie. »
Ses mots prenaient la forme d’une menace, mais sous leur rudesse se cachait une confiance inébranlable. Il leur disait de croire en lui.
« Faites-moi confiance. »
À ces quelques mots, Rem éteignit sa détermination brûlante et planta fermement les pieds au sol. Dunbakel fut submergée par un sentiment de sécurité sans précédent. À Oara, Enkrid avait dû gagner leur confiance par le sang et par les actes. À présent, il n’avait plus rien à prouver.
Ils étaient l’Ordre des Chevaliers Fous.
Ils étaient ses compagnons.
« En position. »
Enkrid s’était arrêté sur le pont et tendait les mains de part et d’autre.
Est-ce à moi de traverser ?
La réponse était non.
Vous n’avez qu’à venir à moi.
Les retenir par leur loyauté et leur ordonner de tenir la ligne revenait exactement au même.
« Bon, d’accord, soupira Dunbakel en se détendant.
Rem retint sa hache, même après avoir vu sa ville, sa femme et son enfant réduits en cendres dans une prémonition terrifiante.
« C’est quoi, le plan ? » La frénésie guerrière de Rem retomba rapidement, remplacée par un profond soulagement.
« Je n’en sais rien, répondit Enkrid sans détour.
Il le pensait au sens propre. Il n’avait pas de grand plan. Car nul ne pouvait mesurer demain. Personne ne pouvait vraiment prédire l’avenir. Mais, quelle que soit la monstruosité qui sortirait du brouillard, une chose était certaine.
« Peu importe ce qui en sortira, je ne le laisserai pas me passer dans le dos. »
Il camperait sur ses positions, lui barrerait la route et le massacrerait ici même. Si se séparer signifiait mourir, alors ils ne se sépareraient tout simplement pas.
« Ça me va, dit Rem avec un sourire.
C’était la meilleure réponse qu’il pouvait espérer.
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