Chapitre 885
Chapitre 883 – Jaxen de l’Ordre des Chevaliers Fous
Qui est le plus fort des Chevaliers Fous ?
Voilà la question que Krais posa un jour.
Enkrid, qui préparait un ragoût, répondit en détaillant les choses une à une, comme s’il ajoutait des épices.
« En mêlée, personne ne peut rattraper Rem.
Son jugement instantané est remarquable, et c’est redoutable. Mais quand on pense à la façon dont il se détend après avoir creusé l’écart et s’être mis à lancer des pierres avec sa fronde, la conclusion est évidente. Rien que d’y penser, j’ai envie de lui coller une tape sur la tête. »
« Ah. »
Krais acquiesça aussitôt.
Les explications d’Enkrid étaient limpides et vivantes.
On se représentait facilement la scène.
« Ça doit être pénible. »
Pour celui qui l’affronterait, en tout cas.
Rem était comme ça.
À première vue, on aurait cru qu’il fonçait simplement dans le tas en brandissant sa hache, mais il savait très bien se servir de sa tête.
Il se battait en tirant parti de ses avantages.
« Tu crois qu’il est facile de prendre l’avantage sur une elfe dans une forêt ? Tu connais le nom de la chasseuse de démons qui ne se fatigue pas tant qu’elle reste dans une forêt, lance des entailles invisibles avec son essence et maîtrise désormais les esprits ? »
Shinar Kiraheis était une elfe, et les elfes naissaient assassins.
Dans une forêt, l’elfe nommée Shinar devenait le pire cauchemar dont on puisse rêver.
À présent, elle était même capable de battre à mort un monstre célèbre.
Dès qu’elle entendait le mot « démon », elle se mettait en colère — chose rare chez une elfe — et se battait plus violemment que jamais.
« Difficile d’imaginer quelqu’un battre Ragna en duel. En combat frontal, Ragna repère en temps réel les failles dans les techniques de son adversaire, les brise et les ajoute aux siennes. Tu dis que ce type est un salaud ? Tous ceux qu’il a battus seraient d’accord avec toi. »
« Je n’ai jamais dit que c’était un salaud. »
« Ensuite… »
L’Épée lourde était un avantage quand on affrontait seul plusieurs adversaires.
Mais Ragna n’était pas comme ça.
C’était un maître du duel.
Il était plus habile au combat que quiconque.
Le Talent ou l’instinct, appelez ça comme vous voulez, le guidait.
Ragna, c’était une maîtrise si écrasante que tous ceux qui le regardaient se voyaient contraints de le reconnaître.
« Qui peut battre Audin dans un combat où il s’approche assez pour sentir son souffle, lui saisit l’avant-bras ou le poignet et ne le lâche plus ? »
Il guérissait les blessures légères grâce à sa divinité innée, et sa chair, endurcie au-delà de la Peau de fer, ne se laissait pas facilement blesser.
Même le mot « monstre » ne suffisait pas à décrire l’endurance d’Audin.
En mêlée comme en duel, s’il décidait de temporiser et de tenir bon, ses capacités au combat ne faibliraient pas, même au bout de trois jours.
Enkrid repassa à nouveau dans son esprit tout ce qu’il avait appris auprès d’eux.
Il méditait, apprenait et maîtrisait chacune des forces dont ils faisaient preuve à présent.
Comme une Volonté inépuisable, la capacité à tenir bon en remplaçant la divinité avec Uske, le flair nécessaire pour se déchaîner en mêlée comme Rem, ou l’art de s’immerger dans le « moment » grâce à la concentration sur un point unique, appris auprès de Ragna.
Il lui était difficile d’apprendre sur le vif comme Ragna, mais il comprenait grâce aux répétitions du jour et, même sans répétition, réfléchissait et se creusait la tête pour faire sien ce qu’il avait appris.
Et il y a aussi cette technique d’attaque utile même à une distance hors de portée de l’épée, inspirée du style de lancer de Lame qu’il a appris auprès de Jaxen.
Il englobait tout.
À partir de l’escrime de mercenaire des Arts martiaux de Valaf, il apprenait les tactiques auprès de Luagarne, tirait des leçons de ses ennemis et apprenait même de ceux qui lui étaient inférieurs.
Enkrid se plaçait toujours dans la position de celui qui apprend.
C’était là sa plus grande force.
« Et Jaxen ? »
Entre-temps, Krais posa la question.
Il manquait le jugement sur l’un de ceux qui avaient formé l’Escouade des Fous à ses débuts.
« Si Jaxen se bat de front, il est désavantagé face à n’importe qui, mais… »
« Mais ? »
Krais relança comme il convenait.
« S’il essaie de tuer, personne ne peut se permettre de se relâcher. »
Jaxen ne dévoilait jamais ses véritables intentions.
De plus, il avait atteint le niveau d’un chevalier uniquement grâce à ses techniques meurtrières.
En escrime pure, il était moins doué qu’Aishia, mais était-ce important ?
Non.
En réalité, l’Estocade sans intention meurtrière, les arts sensoriels et tout le reste n’avaient aucune importance pour Jaxen.
Pouvait-il tuer en poignardant ?
Devait-il trancher ?
Une fois la méthode choisie, il n’avait plus qu’à l’appliquer.
Même Shinar, au cœur d’une forêt, ne pouvait se relâcher ; Audin, enveloppé de divinité, ne pouvait pas davantage se détendre.
Même Rem, en pleine mêlée, devrait risquer sa vie rien que pour cligner des yeux.
Si Jaxen décidait de tuer, il ne se battrait absolument pas de front contre Ragna.
Au besoin, il tirerait des flèches, utiliserait du poison et ferait appel à des lames invisibles.
Jaxen agirait ainsi.
Il avait d’autres particularités encore.
Il ne portait pas d’Arme inscrite.
Pour lui, tout ce qui existait au monde pouvait servir d’arme.
Même une branche cassée suffisait, pourvu qu’elle lui permette de tuer quelqu’un.
Bien sûr, c’était aussi un expert capable de manier différents artefacts.
Une branche n’aurait pas suffi contre un chevalier.
« Le Capitaine est l’adversaire le plus pénible. »
C’étaient les paroles de Jaxen.
Il ne tenait même pas compte de la sensibilité d’une elfe, mais comme il lui avait enseigné certaines de ses techniques, il disait qu’Enkrid était le plus difficile à affronter.
« Moi aussi. »
En réalité, aucun d’eux ne se laisserait battre par n’importe qui dans le domaine où il excellait.
Et la spécialité de Jaxen, c’était de tuer.
La conclusion était que Jaxen était le plus faible en combat d’entraînement, mais que dans un combat à mort, personne ne pouvait se permettre de le sous-estimer.
***
Le mollet du chaman-sorcier qui avait lancé sa lance fut entaillé.
Il ne s’était même pas rendu compte du moment où sa jambe avait été coupée.
La douleur le piqua, puis sa jambe se déroba.
Jaxen avait esquivé la pointe de la lance et entaillé le mollet de son adversaire avec une lame dissimulée sous la semelle de sa botte.
Il s’était accroupi, puis avait tendu la jambe de manière à faciliter l’esquive de son adversaire.
Le sorcier avait reculé la jambe et, dans ce bref instant, Jaxen avait accéléré le mouvement de son pied tendu pour le taillader avec la lame cachée sous sa semelle.
Dissimuler des armes sur tout son corps était la base même des assassins à la Dague de Georg.
En plus de la lame sous sa botte, Jaxen en avait caché au moins trente autres sur lui.
« Tanun ! »
Le sorcier lança un sort alors même qu’il s’effondrait, sa jambe lâchant sous lui.
Son sort s’activa aussitôt.
C’était possible parce qu’il avait régulièrement soumis son sang à toutes sortes de traitements.
Des flammes jaillirent de la lame fixée à la semelle de Jaxen.
Il retira sa botte avec naturel, comme s’il l’avait prévu depuis le début.
La botte résista à la chaleur, puis prit feu et roula sur le sol.
Pieds nus, Jaxen posa le pied à terre.
Sa posture était basse.
Le dos courbé, la tête relevée, il regardait droit devant lui.
Dans une main, il tenait une dague dégoulinante, en prise inversée ; dans l’autre, son Stilet.
Tous deux étaient des pièces chères à Jaxen, issues de la Collection Carmen.
Il collectionnait les objets pour s’en servir, pas pour les contempler.
Et le couteau ?
Comme prévu, il était satisfaisant.
Sa prise en main était parfaite.
La Lame Invisible : outre son invisibilité, sa dureté et son tranchant n’avaient rien d’ordinaire.
Elle résisterait même à la plupart des Armes inscrites.
Voilà exactement pourquoi Jaxen aimait la Collection Carmen.
Les armes étaient dotées de toutes sortes de propriétés, et leur solidité comme leur finition étaient parfaites.
Carmen.
C’était bel et bien un génie.
Jaxen l’admira en silence.
« Kkeu, kkeuek. »
Boum.
La lance ornée de plumes tomba devant Jaxen dans un petit clac.
Son propriétaire s’était écroulé sur le côté.
La lance avait perdu son maître.
Un Couteau de lancer était déjà planté dans le front de l’homme à terre.
Le Couteau silencieux était l’une des armes de jet que Jaxen utilisait le plus.
Bien plus difficile à fabriquer et à manier qu’une Dague sifflante, c’était un outil si familier à Jaxen qu’il aurait pu jongler avec.
Quand son adversaire avait récité un sort, il avait agité sa main gauche à toute vitesse.
Il était naturel que la dague qu’il tenait dans cette main atteigne sa cible.
Il aurait pu toucher avec un objet pareil même les yeux fermés.
« Poursuis-le et déchire-le ! »
L’Évaluateur de sang, le sorcier vampire, cria en déployant la main.
Sa réaction méritait d’être qualifiée d’excellente.
Même surpris, il s’en tenait à ce qu’il devait faire.
Il guida le sang laissé à ses pieds par le sorcier mort, tendit la main et lança des projectiles allongés faits de sang.
Jaxen entama une véritable performance avec les dagues qu’il tenait dans ses deux mains.
Tadadang, pang ! Tadadang, boum !
Vingt-six projectiles fusaient au total ; il les dévia tous avec ses deux dagues.
Son dos se redressait puis se courbait, le haut de son corps laissait des images rémanentes. On aurait dit qu’il s’était dédoublé en trois et que ses bras étaient passés au nombre de six.
Le sorcier vampire ne fut même pas surpris par cette scène.
Il s’attendait à ce que Jaxen pare les projectiles.
Au lieu de s’affoler, il prépara donc le sort suivant.
Il cessa d’aspirer le sang des morts à ses pieds et se concentra.
« Toi qui dors sous terre, lève-toi et dévore. »
« Gloutonnerie de Noctua. »
« Murmure de Surdus. »
L’Évaluateur de sang était spécialisé dans les incantations multiples.
Il récita et lança trois sorts simultanément.
Noctua était une chouette qui convoitait la lumière.
La chouette dérobait la lumière aux yeux de sa cible.
Jaxen ferma les yeux.
Il sentit le sort et réagit.
Il suffisait de fermer les yeux pour le contrer.
De toute façon, il était difficile de lancer des sorts coûteux en énergie avec une triple incantation.
Le Vol de la vue de Noctua était l’un des sorts courants dont les sorciers se servaient pour chasser les épéistes.
Il n’était donc pas difficile de le contrer.
Bien sûr, tout cela faisait partie du plan du vampire.
Fermer les yeux, n’était-ce pas pareil que se faire voler la vue ?
N’était-ce donc pas l’équivalent de réussir le sort ?
Après tout, tant que Noctua surveillait sa cible, il ne pourrait pas rouvrir les yeux.
Surdus était une bête sourde ; incapable d’entendre, elle ne savait pas à quel point sa voix était forte.
Ce sort faisait éclater un rugissement pour affecter l’ouïe de l’adversaire.
En concentrant ensuite les ondes sonores pour les projeter, il ne touchait qu’une seule cible.
Biiiiiiiiii.
En réalité, c’était le seul son qui résonnait dans les oreilles de Jaxen.
Un son dépassant une certaine fréquence s’attaquait à l’ouïe.
C’était le genre de sort qu’on ne pouvait contrer sans préparation particulière.
Jaxen fut touché.
Il devint sourd.
Les yeux fermés, les oreilles sourdes.
Ses deux organes sensoriels les plus sensibles étaient neutralisés.
« Hum. »
Le vampire cracha du sang.
Il avait donc forcé autant.
Le troisième sort consistait à relever un grand guerrier créé à partir du cadavre d’un vampire.
Quand un vampire se corrompait et sombrait dans la dépravation, il devenait un monstre qui convoitait la chair et la déchiquetait au lieu de boire le sang.
Une variante appelée « Cupidité ».
Il ouvrit une brèche dans son Monde des sorts et réveilla celui qui dormait sous terre : un vampire qui s’était autrefois battu à la hauteur d’un chevalier.
C’était un atout qu’il avait caché à tous ceux qui l’entouraient.
Dès que les deux sorciers étaient morts, il s’était senti menacé et avait déployé tout ce qu’il avait.
Ce sort avait véritablement été accompli grâce au sacrifice de deux personnes.
Une variante de vampire à la tête gris brillant et entièrement nue émergea du sol.
Sa peau gris foncé, semblable à un nuage sombre, dégageait une aura lugubre.
L’homme posa une main au sol et extirpa son corps d’un seul coup.
Jaxen ne voyait ni n’entendait toujours rien, mais cela ne posait pas de gros problème.
Une puanteur.
Il savait reconstituer la situation à partir des odeurs seules.
C’était une spécialité des hommes-bêtes, mais il savait les imiter.
En plus de cela, sentir les vibrations par le toucher était sa spécialité.
Ses sens, bien au-delà de ceux d’un chevalier ordinaire, lui permettaient d’échapper aux capacités de détection généralement réservées aux chevaliers.
Pour y parvenir, il fallait voir ce qui était invisible, entendre ce qui était inaudible et sentir ce qui échappait aux sens.
Jaxen fit comme à son habitude.
Il perçut les vibrations, comprit la situation grâce aux odeurs et bougea.
Il pivota sur lui-même et, de son pied nu, donna un coup dans la tête de l’individu qui sortait du sol.
Pang !
Le son était joyeux.
Le cou de l’homme, frappé à la tête, se tordit sur le côté, mais il ne mourut pas.
Quand on était déjà mort, on ne mourait pas si facilement.
Jaxen lança deux dagues à une certaine hauteur.
À ce geste brusque, les yeux du sorcier comme le regard de l’homme qui sortait du trou se levèrent un instant.
Jaxen baissa le corps pendant ce laps de temps.
Il s’accroupit et se projeta dans l’angle mort de son adversaire.
Il ne faisait aucun bruit et se déplaçait plus vite qu’un faucon en chasse.
C’était une technique appelée le Pas de la chouette.
Un pas silencieux, mais d’une vitesse extraordinaire.
Tandis que le regard du vampire frappé à la tête retombait et que ses griffes s’allongeaient pour répliquer, deux dagues à la lueur blanche apparurent dans les mains de Jaxen.
La variante de vampire était aussi grande qu’Audin, mais ne maîtrisait pas des techniques comme lui.
Même si Jaxen bondit de nouveau, profita de son angle mort et s’approcha au point de le coller comme pour l’étreindre, sa réaction fut tardive.
Avec Audin, une série de coups de coude et de genou aurait fusé sans interruption avant même qu’on puisse l’approcher ainsi.
Lent.
Du moins, comparé à lui.
Un soldat ordinaire aurait eu du mal à remarquer la différence.
Jaxen enfonça tranquillement deux dagues dans le flanc du cadavre exhibitionniste à la peau grise, puis en planta une autre au-dessus du genou que l’homme avait levé avec un temps de retard.
Chaque fois que sa main frôlait sa poitrine, une nouvelle dague s’y trouvait ; une lueur blanche scintillait sur chacune des lames.
Après avoir planté sept dagues dans son flanc, son genou, sa poitrine, son épaule et ailleurs, Jaxen se projeta sur le côté. Un son de craquement retentit à chaque endroit où une dague était fichée.
L’ancienne sainte Seiki avait elle-même imprégné ces dagues de divinité.
Les dagues servant de réceptacles étaient au départ des artefacts rassemblés à cette fin.
Les sept dagues qui avaient autrefois contenu de la divinité pouvaient être rechargées.
De plus, la divinité insufflée se dissipait en deux jours, mais c’était suffisant.
La variante de vampire hurla, mais aucun son ne parvint à Jaxen.
Il ne le sentit qu’à travers les vibrations.
Bboum.
Il sentit l’air exploser grâce à ses sens.
Le corps de la variante de vampire, englouti par une lumière blanche, explosa, projetant du sang et de la chair dans toutes les directions.
Du sang éclaboussa aussi le visage de Jaxen.
Le sang rouge sombre était poisseux et puant.
Toujours pieds nus, il marcha jusqu’à la lance lâchée par l’homme qu’il venait de tuer et la ramassa.
Puis il ouvrit les yeux.
Le sort avait cessé de faire effet.
Quelque chose qui convoitait la lumière dans les yeux de Jaxen se dispersa sans parvenir à ses fins.
Le regard de Jaxen se tourna sur le côté.
« … ! »
Le salaud de vampire disait quelque chose en joignant les mains.
Il formait des mudras.
Tous ses gestes étaient d’une lenteur affligeante.
Même s’il avait développé ses capacités grâce à ses techniques meurtrières, Jaxen possédait aussi, en apparence, la force martiale d’un chevalier.
Autrement dit, sa force musculaire dépassait de loin celle d’un homme ordinaire.
Il ramena la lance en arrière et la lança.
Pang : la lance fila, mais, comme prévu, aucun son ne lui parvint.
La lance frappa le sorcier à la tête.
Un craquement d’os dut retentir.
La lance fichée dans la tête, l’homme se couvrit de suie avant de se disperser et de tenter de s’envoler en arrière.
Jaxen comptait lancer ensuite le Couteau du silence s’il esquivait, mais l’homme fut touché de plein fouet.
À vrai dire, il aurait pu esquiver, mais quelqu’un l’avait immobilisé par derrière ; il fut donc frappé et mourut.
Derrière l’endroit où le vampire était mort,
un homme tenait un fléau et fixait Jaxen.
Il désigna son oreille, puis secoua la tête.
Il semblait lui demander s’il n’entendait pas.
« Contente-toi de lire sur mes lèvres. »
Jaxen le lui dit.
Tout en parlant, il serra la dague cachée dans sa manche.
« Ah, tu sais lire sur les lèvres ? Je m’en doutais. Ce genre de truc, c’est facile, hein ? »
L’autre prit la parole.
Il s’approcha en riant.
Son regard n’avait même pas effleuré la manche, mais Jaxen jugea qu’il avait compris qu’il tenait une arme.
Il avançait à grandes enjambées.
À moins de cinq pas.
Une distance suffisante pour tuer ou être tué, s’il s’en donnait la peine.
« On commencera quand tu auras retrouvé l’ouïe. »
Puis il ajouta.
Il parlait en riant.
« Je m’appelle Pustis. Je suis membre des Chevaliers de la Boue. »
Jaxen ignorait qu’il prononcerait ces mots de sa propre bouche, mais jamais il n’avait ouvert la sienne avec autant d’assurance.
« Jaxen, de l’Ordre des Chevaliers Fous. »
Voilà à quel groupe il appartenait, désormais.
Il ne s’agissait pas de tuer des gens, mais d’être celui qui protégeait tous ceux qui se trouvaient derrière lui.
Pouvait-on appeler ça un instant plus gratifiant que jamais ?
Jaxen sourit sans même s’en rendre compte.
Même ça, il avait peut-être attrapé l’habitude auprès de son Capitaine.
C’était gênant, mais ces mots lui venaient parce que la satisfaction l’emportait sur la gêne.
« Tu souris ? »
Son adversaire réagit en voyant ce sourire.
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