Chapitre 818
Chapitre 816 – Concurrence
On dit qu’un magicien est par nature un concepteur au cœur froid.
Il combat avec son esprit et accule son adversaire au terme de ses calculs.
Chez un magicien, l’excitation est rare et le sang-froid, de mise.
L’homme au chapeau noir était un magicien.
Un magicien dont l’apparence n’avait pas changé depuis l’époque où Esther l’avait connu.
Il avait donc vécu très longtemps.
Une veine bleue saillit sur le visage du magicien.
L’excitation avait probablement accéléré sa circulation sanguine.
En face, Enkrid se contenta de tapoter le sol du bout de son épée bleu ciel, l’Aube, et observa son adversaire d’un regard indifférent.
Les regards de ces deux personnages si différents se croisèrent.
Le magicien au chapeau noir était consumé par la rage, mais il n’avait pas perdu la tête.
Une rage contenue par la raison.
Ce n’était pas le moment d’agir sur un coup de tête.
Mais pouvait-il les laisser s’en tirer sans leur dire un mot ?
« L’ignorance est un péché. »
C’était un précepte courant parmi ceux qui maniaient le mana.
Un monde dont la philosophie se situait à un tout autre niveau que celle des gens ordinaires.
« Si tu ne sais pas, tu souffriras de ton ignorance. »
Ils étaient ignorants et, par conséquent, pécheurs.
Alors, ne pouvait-il pas leur adresser une remontrance cinglante, voire leur donner une petite gifle ?
Enkrid réfléchissait ainsi en observant son adversaire d’un regard indifférent.
« Rem a gagné en vitesse de réaction. »
Le combat d’entraînement qu’ils venaient de livrer lui revenait vivement en mémoire.
La force explosive de son pied d’appui, son cœur monstrueux, sa technique capable de fendre les géants : le déploiement de divers arts chamaniques.
« Quant à la hache qui s’était allongée dans le mouvement… »
Elle était plus rapide qu’autrefois, quand on l’avait comparée à un éclair.
C’était la foudre qui s’abattait, ne laissant derrière elle qu’une faible image rémanente, tant elle dépassait le bruit de l’air déchiré.
Ceux qui n’y connaissaient rien, ou dont le niveau était inférieur, auraient dit que rien n’avait changé entre avant et maintenant.
Ils n’avaient tout simplement pas les yeux pour le voir.
Mais au niveau d’Enkrid ou de Rem, la différence sautait aux yeux.
« Une légère différence. »
Cet écart, si « léger » soit-il, décidait de la victoire ou de la défaite, de la vie ou de la mort.
Comment avait-il pu aller plus vite ?
« Il a optimisé ses mouvements. »
Il avait raccourci au maximum le trajet de chacun de ses gestes, puis libéré une puissance explosive en balançant sa hache.
« Condensation et explosion. »
En définitive, c’était une question de Volonté.
Contrôler son corps par le seul instinct et l’intuition était déjà assez incroyable, mais un chevalier pouvait aussitôt imiter cette prouesse après l’avoir vue.
Même Enkrid, qu’on avait tant méprisé pour son manque de Talent, en était désormais au point de pouvoir la reproduire en un jour ou deux.
C’était grâce à la force musculaire, à l’agilité et aux capacités physiques d’un tout autre niveau que celles des gens ordinaires, acquises en devenant chevalier.
Bien sûr, il lui faudrait s’entraîner toute la journée, mais cela ne représentait aucune difficulté pour Enkrid.
Quoi qu’il en soit, il devait ici prêter attention à l’usage de la Volonté.
« C’est l’Indules. »
L’instant d’avant, la nature de la Volonté qui tourbillonnait dans le corps de Rem avait dû changer.
À vrai dire, il avait employé un pouvoir chamanique plutôt que la Volonté, mais Esther n’avait-elle pas dit qu’ils avaient la même source ?
« Comme la foudre qui tombe du ciel. »
Volonté ou pouvoir chamanique, peu importait le nom : Rem avait puisé dans la puissance de la foudre et l’avait maniée.
Comment s’y était-il pris ?
Il avait dû recourir à sa spécialité, la Descente.
Il avait invoqué l’un des huit dieux qui protégeaient l’Ouest.
Ce n’était pas le fruit de l’entraînement, mais du chamanisme, qui permettait d’emprunter leur expérience.
« Quand il s’agit de se battre à mort, je suis le meilleur. »
Rem avait toujours cette phrase à la bouche.
Même si la source était la même, le résultat changeait selon l’usage qu’on faisait de cette puissance.
Il y avait un bâton.
L’un y attacherait une ligne de pêche pour attraper un poisson ; un autre pourrait s’en servir pour commettre un vol.
« Et un troisième annoncerait qu’il deviendra roi en y fixant un joyau. »
Les possibilités étaient infinies, pour peu qu’on laisse son imagination vagabonder.
Enkrid savait que ses pensées partaient dans tous les sens, mais il les laissa suivre leur cours.
Une imagination débridée pouvait parfois franchir les limites tracées inconsciemment et élargir ses horizons.
Elle ouvrait les concepts et permettait d’envisager les choses sous un angle inédit.
La journée était d’une limpidité extraordinaire.
La lumière du soleil n’était pas seulement chaude, elle brûlait, et la terre desséchée du terrain d’entraînement rayonnait de chaleur.
Les nuages dérivaient, rassemblés en quelques amas, dans un ciel d’un bleu profond.
La lumière du soleil s’interposait entre Enkrid et l’homme au chapeau noir.
L’un l’accueillait telle quelle, tandis que l’autre semblait avoir un nuage noir au-dessus de la tête.
Il ne s’était rien passé, mais l’atmosphère était ainsi.
« La belle journée, tss. »
grommela Rem.
Tout comme Enkrid, il était impatient d’en découdre.
Il venait pourtant de consacrer tout son temps à récupérer après son arrivée à la Garde-frontière.
Tap.
Enkrid, qui avait planté l’Aube dans le sol, la releva comme pour frapper vers l’avant et prit la parole.
« Ça suffit. »
Le barbare aux cheveux gris ajouta :
« Hé, arrête. »
Puis la femme-bête aux yeux dorés :
« Tu pues. »
L’homme au chapeau noir n’avait encore rien dit.
Il s’apprêtait seulement à mobiliser son mana pour leur donner un léger avertissement.
Autrement dit, il en avait eu l’intention et s’était apprêté à soulever son mana en conséquence, mais tous les trois avaient parlé.
Comme s’ils avaient deviné qu’il allait lancer un sort.
« Leurs sens sont-ils si affûtés ? »
Il en existait, des types pareils.
Des épéistes d’une sensibilité démesurée.
Et il y en avait trois ?
Esther observa son adversaire et s’adressa à lui :
« Vous feriez mieux d’expliquer d’abord ce qui vous amène. »
On aurait aussi dit qu’elle lui signifiait que, si les choses tournaient mal, elle les enterrerait tous ici, peu importe la raison de leur venue.
« Comment osent-ils ? »
Combien de personnes au monde pouvaient se permettre de lui parler ainsi ?
Les déchets du continent, qui ne venaient même pas du Royaume démoniaque, le pouvaient-ils ?
« Si je le voulais, je pourrais en tuer la moitié d’un seul geste. »
À ces mots, l’homme à l’épée bâtarde prit une posture de combat.
Le maître de l’épée bâtarde tendit tout son corps.
La tension faisait souvent une bonne arme.
Il le savait.
La présence des deux humains et de la femme-bête devant lui n’avait pas changé, mais, si les choses tournaient mal, le combat éclaterait.
C’était ce que lui soufflaient ses instincts.
Plus encore, c’était aussi un avertissement de son autre moi, celui qui exhalait de la chaleur et avait pris racine dans son cœur.
L’homme de la Guilde marchande de Lengardis ne comprenait pas ce qui se passait.
Il se contenta d’observer prudemment, puis recula lentement.
Il n’aurait pas dû venir avec eux, pour commencer.
Il aurait suffi de proposer un dialogue pacifique et de leur présenter une offre.
L’homme au chapeau noir releva le bord de son couvre-chef, qui lui tombait sur les yeux.
Ses yeux étaient déjà entièrement noirs, sans la moindre trace de blanc.
« Je vais simplement vous prendre un œil. Le vœu d’un cyclope exaucé. »
Il avait parlé.
Esther fut un instant impressionnée.
Mais pas dans le bon sens du terme.
« Aucune évolution. »
Elle le connaissait depuis longtemps.
Le tracé et le flux de son mana, le processus d’activation du sort, l’incantation : rien n’avait changé depuis l’époque.
Esther aussi était un génie.
Son adversaire ne pouvait l’imaginer, mais elle n’oubliait jamais un schéma de mana qu’elle avait vu une fois.
Son adversaire lança une malédiction, l’un des sorts de la Parole interdite, qui faisait jaillir des insectes des globes oculaires.
« Rejeté. »
Esther mobilisa son mana et dissipa la malédiction.
Elle ne fut pas la seule à réagir.
« Disparais, sale ordure ! »
lâcha Rem en tenant sa hache à la verticale.
La masse informe de malédiction faite de mana fut broyée et dispersée devant lui.
Dunbakel recula, repoussée par l’odeur abominable.
Elle se tenait juste derrière Rem.
« Qui t’a dit de te cacher derrière moi ? Tu reviens en n’ayant retenu que les mauvaises choses. Un jour, je te ferai passer cette paresse de l’Est. »
« Hé, puisque tu la bloquais, tu aurais aussi pu le faire pour moi. Toujours à me réprimander pour un rien. »
« Une sale femme-bête qui me répond ? »
Ils se chamaillèrent.
On aurait dit qu’ils ne se souciaient pas le moins du monde de leur adversaire.
La bouche du magicien au chapeau noir resta entrouverte.
« Qu’est-ce que… »
Ils avaient dissipé une malédiction ?
Et aussi facilement ?
De plus, Enkrid n’avait opposé aucune résistance.
Lui aussi avait désormais accumulé une grande expérience contre toutes sortes de sorts.
Il s’était entraîné sans relâche à contrer la magie avec Esther.
Au fil de ces exercices, il avait découvert que les malédictions n’avaient aucun effet sur lui.
Il avait compris qu’il n’avait pas besoin de les bloquer avec ses sens.
Si Esther les avait amenés ici, ce n’était pas pour rien.
Ils ne représentaient pas une menace.
Elle aurait eu un peu de mal à s’occuper seule de ces deux-là, mais…
« Avec Enki… »
Il aurait pu les gérer sans problème, même tout seul.
Et ces gens étaient aussi assez pénibles pour provoquer des troubles en ville si on les laissait faire.
Des gens auraient alors pu être blessés ou mourir.
En poussant sa réflexion jusque-là, Esther sentit naître en elle une émotion inconnue.
« Est-ce que je me soucie des gens ? »
Ou tenait-elle à eux ?
À un moment donné, cette ville, la Garde-frontière et tous ses habitants étaient devenus une part de la vie d’Esther.
L’enfant qui avait rêvé des étoiles n’avait connu que la magie et vécu en explorant les sorts ; pourtant, elle avait fini par découvrir combien les gens étaient précieux.
« Protéger ceux qui sont derrière soi. »
Elle comprenait désormais ces mots au point d’en avoir le cœur serré.
Elle avait espéré que ce Soldat ne mourrait pas à cause d’un acte de défi inutile.
Ce Soldat s’appelait Marco. Il était l’amant d’une femme de son unité, et son rêve était de devenir écuyer de l’Ordre des Chevaliers Fous.
« Toutes ces informations sont-elles superflues ? »
Oui.
Sa tête le lui disait.
Pour quelqu’un qui explorait et étudiait la magie, cela n’avait aucune importance.
Non.
Son cœur lui disait le contraire.
Une personne qui ne sait pas vivre peut-elle poursuivre la vérité ?
« Non. »
Sans raison apparente, Esther s’était repliée sur elle-même et mettait ses pensées en ordre ; Enkrid l’observait.
L’homme aux yeux d’un noir d’encre était un magicien, et la femme qu’il connaissait pratiquait la magie sous le titre de Sorcière.
Mais les yeux bleus de cette femme étaient incomparablement plus limpides que ceux de Big Eyes, qui leur avait joué des tours.
Ils ressemblaient à un lac préservant sa pureté, épargné par les souillures du monde.
« Alors, pourquoi êtes-vous venus ? »
demanda Enkrid.
L’homme au chapeau noir était un subalterne, un messager chargé de transmettre un message.
Il ne pouvait pas se dérober à son devoir.
« À ton avis ? Ils sont venus parce qu’ils voulaient mourir. »
« Ça pue trop. On ne pourrait pas juste leur coller une petite raclée pour les désodoriser ? »
À ses côtés, le barbare et la femme-bête ajoutèrent chacun quelques mots.
« Je dois vraiment les laisser faire ? »
Le magicien dut retrouver son calme, et il fut à deux doigts de soupirer.
Et puis, est-ce que frapper quelqu’un faisait disparaître les odeurs ?
Cette femme-bête n’était pas seulement folle, elle l’était à l’excès.
« Vous avez tué Beelrog, n’est-ce pas ? »
Enkrid répondait franchement à qui le lui demandait, mais il n’avait répandu la nouvelle nulle part.
Ce n’était pas une histoire qu’un inconnu pouvait venir lui demander comme ça.
Enkrid attendit tranquillement, l’invitant du regard à poursuivre.
« C’était un être très singulier. Il errait partout alors qu’il avait le pouvoir de se créer un domaine dans le Royaume démoniaque. Enfin, c’est une autre histoire. Grâce à cela, mon maître s’est intéressé à vous. »
Avant même qu’il ait fini de parler, l’homme de la Guilde marchande de Lengardis intervint en s’essuyant le front.
« Les conditions de mon maître ne seront pas mauvaises non plus. »
Avant qu’Enkrid ait pu répondre, l’homme à l’épée bâtarde prit à son tour la parole.
« Mon maître aussi. Mais, personnellement, je veux vérifier si tu es vraiment aussi fort. »
Non, il ne s’était pas contenté de parler.
En même temps, il avait balancé son épée bâtarde.
Le coup partit avant même qu’il fasse un pas.
L’épée bâtarde qu’il avait lancée s’abattait déjà sur la tête d’Enkrid.
Avant que le mouvement ne commence, ses genoux s’étaient légèrement pliés ; d’un geste si léger, il avait franchi la distance.
Enkrid et l’homme à l’épée bâtarde étaient assez proches pour s’entendre parler, mais l’épée aurait dû avancer de trois pas pour l’atteindre.
Il franchit cette distance en un instant.
Enkrid leva l’Aube.
Le magicien au chapeau noir et l’homme de la Guilde marchande de Lengardis ne virent pas la suite.
À vrai dire, ils ne virent pas le déroulement du geste, seulement son résultat.
BOUM—
On aurait dit qu’un gros tambour venait d’éclater sous la pression.
Et, dans le même temps…
« Argh. »
L’épée bâtarde de l’homme s’écrasa au sol.
Elle heurta la terre dans un bruit sourd.
Au même instant, il se plia en deux.
Le poing d’Enkrid lui avait effleuré le ventre avant de s’en retirer.
Il s’effondra vers l’avant sous la force de ce seul coup.
Il lâcha son épée, posa les deux mains au sol et cracha une gorgée de sang dans un haut-le-cœur.
À cette seule vue, les yeux des deux hommes s’écarquillèrent.
Les yeux noirs du magicien avaient retrouvé leur apparence ordinaire.
Et le marchand de Lengardis fut le premier à se lancer dans la surenchère.
« La vie éternelle. Je vous promets la vie éternelle. »
Le magicien ricana.
« La vie éternelle, mon œil. »
Enkrid ne comprit pas le sens de leurs paroles.
Dans le dos de l’homme à l’épée bâtarde, la chaleur ondula ; une sorte de bouche s’y forma et parla.
« Je vous donnerai des terres. »
Rem, qui observait la scène, se curra l’oreille et lâcha :
« Qu’est-ce qu’ils racontent, ces abrutis ? »
***
Si la série vous plaît et que vous voulez lire les prochains chapitres en avance, rendez-vous sur https://payhip.com/Samowek
Les 100 prochains chapitres : 25e [N’hésitez pas à m’envoyer un message sur Discord pour toute information]
[MEILLEURE OFFRE DE LA BOUTIQUE] – 50e – Tous les chapitres traduits – Dernier WN-969 + des chapitres quotidiens du lundi au vendredi pendant un mois.
-CHEVALIER – Coût : 20e – Chapitres 899-969 + des chapitres quotidiens du lundi au vendredi pendant un mois
TOUTES LES INFORMATIONS CONCERNENT UNIQUEMENT LE DERNIER CHAPITRE DISPONIBLE ICI SUR WEBNOVEL
***
Si la série vous plaît et que vous voulez lire les prochains chapitres en avance, rendez-vous sur https://payhip.com/Samowek
Les 100 prochains chapitres : 25e [N’hésitez pas à m’envoyer un message sur Discord pour toute information]
[MEILLEURE OFFRE DE LA BOUTIQUE] – 50e – Tous les chapitres traduits – Dernier WN-969 + des chapitres quotidiens du lundi au vendredi pendant un mois.
-CHEVALIER – Coût : 20e – Chapitres 899-969 + des chapitres quotidiens du lundi au vendredi pendant un mois
TOUTES LES INFORMATIONS CONCERNENT UNIQUEMENT LE DERNIER CHAPITRE DISPONIBLE ICI SUR WEBNOVEL