Chapitre 104
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Échapper à la Tour en difficulté Enfer ◈
Épisode 104
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Ce n’était pas vraiment de quoi être fier, mais je n’étais pas particulièrement motivé par cette opération.
Les Prêtres de la mort et les chasseurs avaient leurs propres cercles sociaux à entretenir. Moi, j’étais seulement là pour les accompagner.
Les autres participants semblaient partager mon sentiment.
Qui était donc le plus motivé ?
Quand je posai la question à Bellion, il me répondit sans hésiter.
« Reallos, bien sûr. »
« Le Seigneur chasseur lézard ? »
« Ouais. »
Reallos était le supérieur de Kwatum.
Il devait donc être incroyablement puissant.
D’après ce que j’avais entendu, Reallos était le plus puissant des Seigneurs chasseurs de la dimension des Lézards.
En pratique, c’était celui qui se rapprochait le plus d’un empereur.
« Reallos a un passif avec Modus… »
À bien y réfléchir, Modus avait été un Lézard avant de devenir un mort-vivant.
Le monde était déjà petit, et ils appartenaient en plus à la même race.
Un affrontement entre les deux était inévitable.
« Je croyais que Modus avait déjà terminé sa vengeance. »
Bellion ricana.
« Depuis quand la vengeance a-t-elle une fin ? C’est une roue qui ne cesse de tourner. »
À l’entendre, c’était vrai.
Apparemment, Reallos comptait attaquer la base principale de Modus aux côtés des Prêtres de la mort.
Alors que nous allions à leur rencontre, l’un des Prêtres de la mort m’interpella.
« Hé ! Tu es humain, pas vrai ? Toutes les munitions achetées dans ta dimension sont défectueuses ! »
Parlait-il des munitions pourries que la Corée du Nord avait vendues dans la Boutique dimensionnelle ?
En y repensant, les Goblin Merchant avaient accepté ces trucs.
Elles étaient probablement bon marché parce qu’elles étaient défectueuses.
« Ah… Notre dimension ne vend pas officiellement de munitions aux autres races. »
Ma voix était si froide et formelle que je m’en étonnai moi-même.
On venait de me tomber dessus sans prévenir et, par réflexe, j’avais sorti une réponse administrative destinée à éviter toute responsabilité.
Le chasseur orque eut l’air un peu déconcerté.
« C-c’est vrai ? »
« Oui. Ceux qui en vendent sont des groupes criminels antiétatiques, alors méfiez-vous. Si vous leur donnez de l’or, ça nous reviendra sous forme de balles ! »
Ce n’était pas un mensonge.
« Ah, je comprends… »
« T’es idiot ou quoi ? Si c’est vendu à un prix aussi bas, tu devrais d’abord te méfier. »
L’atmosphère se détendit un peu lorsque nous arrivâmes au point de rendez-vous.
Frouf.
Je continuai à lever la lanterne pour vérifier si l’armée de Reallos approchait.
J’avais l’impression qu’on m’avait donné un nouveau jouet.
Ce serait eux ?
Une masse de lueurs d’âme assez puissantes s’approchait.
Peu après, des Lézards lourdement armés apparurent en rangs bien ordonnés.
Ils semblaient tous être des chasseurs, et ils étaient nombreux.
Les Prêtres de la mort formaient une petite troupe d’élite, mais malgré tout…
« Les voilà. »
« Hein ? Le Lézard devant n’a aucune couleur ? »
Kwatum était entièrement blanc, mais Reallos avait le teint pâle, comme si on lui avait retiré toute trace de pigment.
Les Lézards avaient-ils aussi des albinos ?
L’aura que je percevais était sans conteste celle d’un Seigneur chasseur.
Reallos s’adressa à Gillius, qui représentait le groupe.
« Vous êtes arrivés à l’heure. J’aurais presque envie de dire aux autres Seigneurs chasseurs de prendre exemple sur vous. »
« Et toi, pour une fois, tu n’es pas en retard. »
Gillius lui répondit avec une pointe de moquerie, et Reallos eut un sourire en coin.
« Vous n’avez pas besoin de mon armée ? »
« C’est toi qui as besoin de nous. Une fois la situation stabilisée, Modus s’en prendra d’abord à toi. »
« … Où commencerons-nous l’attaque ? »
Alors que je regardais ses subordonnés, Kwatum s’approcha de moi avec un sourire étrange.
Cette expression voulait dire qu’il avait une idée derrière la tête…
Je compris.
Kwatum voulait exhiber ses liens avec un Prêtre de la mort devant les autres Lézards.
Toute l’équipe avait dû raconter qu’elle avait été vaincue par un Prêtre de la mort, mais Kwatum ne manquait pas de culot.
En même temps, les autres Lézards n’avaient pas grand-chose à dire.
Leur chef était venu s’allier aux Prêtres de la mort.
« On ne se voit pas un peu trop souvent, ces derniers temps ? »
« Ouais, beaucoup trop souvent. »
Je répondis sans entrain, mais Kwatum poursuivit d’un ton désinvolte.
« Tu as toujours la potion de la dernière fois, pas vrai ? »
C’était quoi, ce type ? Un drogué ?
J’étais tout de même assez fier que mes compétences en alchimie soient reconnues.
« Oui. Tu veux en acheter une ? »
« Combien ? »
Au bout du compte, je pris son argent et lui vendis une potion.
Bien sûr, ce n’était pas une potion ordinaire.
J’avais préparé une formule spéciale pour les Lézards, au cas où.
Leurs corps étaient très différents de ceux des humains. Je voulais donc vérifier si la potion fonctionnerait sur eux.
Sans s’en rendre compte, Kwatum était devenu le sujet d’une expérience biologique.
Même après avoir reçu la potion, Kwatum resta près de moi.
Goloks, le Seigneur chasseur prêtre de la mort orque, s’approcha de plus loin.
« L’opération va bientôt commencer. À ton avis, comment ça va se passer ? »
« … Le plan n’est-il pas un peu bâclé ? »
Pour la première fois, je répondis franchement.
Yuki demanda : « Quelle partie ? »
« Celle où nous attaquons les autres villes pour attirer Modus. Est-ce qu’il va vraiment tomber dans le piège aussi facilement ? »
Modus était un seigneur lâche.
Rien ne garantissait qu’il sortirait parce que des villes qu’il venait de soumettre étaient attaquées.
Modus pouvait très bien rester planqué et rejeter la faute sur les autres Seigneurs chasseurs.
À la base, ils avaient dit vouloir séparer Mortis et Modus.
Ça n’avait rien de simple.
Étant donné que Modus avait nourri Mortis de Champignons à spores régénératrices, Mortis n’était probablement pas une liche.
Sans Boîte d’âme, Mortis ne pouvait pas ressusciter.
Modus abandonnerait-il vraiment quelqu’un comme elle aussi facilement ?
La dernière fois, Modus avait quitté sa base principale pour tuer Aratib de ses propres mains, mais c’était un pari risqué qu’il avait tenté par surprise.
Il avait voulu nous prendre au dépourvu.
Ça ne marcherait pas deux fois.
Modus devait le savoir, non ?
Goloks acquiesça.
« C’est vrai. Mais c’était la meilleure option. »
« Quoi ? Tu savais que le plan avait des failles ? »
« Bien sûr. Pourquoi tu ne le dis que maintenant ? »
Parce que je n’avais jamais eu l’intention de m’investir beaucoup dans cette opération.
J’aurais réagi autrement si j’y avais participé en mon nom.
Mais maintenant, j’étais chef d’équipe et je ne pouvais pas mettre mes coéquipiers en danger inutilement.
Si quelque chose tournait mal, je partirais sur-le-champ.
« Je croyais que vous, les anciens, aviez déjà tout prévu. Et toi, Goloks ? »
« Je n’ai pas dit que c’était la meilleure option ? »
En effet, malgré ses failles, le plan tenait la route.
Même si Modus se cachait, cela pourrait briser l’élan de ses forces.
Mais ce n’était pas un peu trop évident ?
On disait qu’une armée puissante n’avait pas besoin de stratagèmes, mais…
En voyant l’expression étrange de Goloks, je finis par comprendre.
« La meilleure option… C’était le seul plan que les Seigneurs chasseurs accepteraient ? »
« C’est ça. »
Les Seigneurs chasseurs n’étaient pas idiots ; ils devaient s’en être doutés.
Il y avait peu de chances que Modus se laisse attirer aussi facilement.
Mais pour ceux qui ne voulaient pas verser de sang, ce n’était pas un mauvais plan.
Non, c’était sans doute l’idéal.
Si Modus sortait vraiment, ils subiraient de vraies pertes.
Leur contribution individuelle était faible, les forces de Modus seraient forcément affaiblies et, même s’ils se repliaient à mi-chemin, personne ne pourrait leur en vouloir.
Après tout, ils agissaient tous séparément.
Seul Reallos, qui voulait vraiment faire tomber Modus, s’était lancé à l’assaut de sa base principale.
« De leur point de vue, c’est vraiment la meilleure option… »
Est-ce que ça allait vraiment aller ?
Nous nous installâmes en position de tir à un endroit favorable. Goloks et Kwatum nous suivirent.
« On aurait dit que tu ne comptais pas prendre ça au sérieux, mais tu as apporté pas mal de matériel. »
« Tu pourrais aller là-bas ? »
« Non. Il se passe toujours des choses intéressantes quand je suis près de toi. »
« Ah, c’est vrai… »
Ils me traitaient comme un singe au zoo.
À voir Kwatum, lui non plus n’était pas particulièrement motivé.
Modus était l’ennemi de Reallos, le seigneur de Kwatum.
Pour quelqu’un d’aussi ambitieux que Kwatum, mieux valait probablement que Modus reste en vie.
« L’opération commence bientôt ! »
Depuis notre position de tir, contempler la ville des morts-vivants était étrange.
Ses habitants semblaient travailler avec application, mais la ville elle-même dégageait constamment de la pollution.
Les villes humaines n’étaient pas tellement différentes, après tout.
« Modus est à l’intérieur, c’est bien ça ? »
« Nous avons surveillé la Tour sans interruption. Aucun mouvement depuis des jours. Nous en sommes certains. »
« C’est l’heure. »
Hououou !
Un cor majestueux retentit au loin.
Les morts-vivants de la ville s’agitèrent.
Leur ville n’était pas attaquée, mais ils avaient dû recevoir des signaux des autres villes.
Avant qu’ils puissent se déployer, une mauvaise nouvelle nous parvint.
« Quoi ? Ellas se replie de son côté ? L’attaque vient à peine de commencer… »
« Les nains ont eux aussi interrompu le siège ! »
Dix minutes s’étaient-elles seulement écoulées depuis le début de l’opération ?
C’était beaucoup trop rapide.
« Les forces naines du nord se sont complètement retirées, ne laissant derrière elles que des armes de siège et un petit détachement ! »
Ce n’est qu’alors que nous comprîmes ce qui se passait.
Un Prêtre de la mort lança : « Je dois partir ! Je viens d’apprendre que la Peste magique se répand dans mon pays ! »
« La Peste magique ? »
« C’est l’œuvre d’Aratib ! »
« Hein… »
La Peste magique dont Aratib était si fier.
Modus l’avait prise pour lui et s’en était servi.
Et voilà qu’il l’avait libérée à cet instant précis.
Aratib avait probablement préparé le dispositif nécessaire à sa propagation à l’avance.
Il en avait largement les capacités.
Modus avait soumis l’âme d’Aratib et pris le contrôle de tout ce dispositif.
Les forces alliées étaient déjà sur le point de vaciller.
Impossible de poursuivre le siège alors que leurs dimensions étaient attaquées.
On disait que la meilleure défense, c’était l’attaque.
Je n’étais pas du genre à être d’accord, mais cette fois, le dicton avait raison.
« Chef d’équipe ! Ça veut dire qu’on est en danger, nous aussi ? »
Kim Yuna posa la question avec inquiétude.
Je me mis à réfléchir à toute vitesse.
« … Non. Notre dimension ne risque rien. »
« Comment tu peux en être sûr ? »
« Ils n’auraient pas eu le temps de mettre le dispositif en place. Aratib et Modus ne connaissaient rien à notre système social ni à notre culture. »
Ils avaient envoyé de nombreux espions, comme Millon, sur Terre.
Mais Aratib était mort avant que leurs efforts ne portent leurs fruits.
Et surtout, la densité de mana de notre dimension était trop faible.
Les conditions atmosphériques ne se prêtaient pas à la Peste magique.
La peste manquerait de mana et se dissiperait naturellement avant d’avoir pu se répandre correctement.
« Ah, c’est vrai… »
« Tu vois ? Notre communicateur ne sonne pas. Il ne se passe rien sur Terre. »
Même quand Aratib l’avait répandue lui-même, l’infection s’était arrêtée dès que son apport en mana avait été coupé.
Il était évident que les restes de la peste ne pourraient pas se propager.
Gillius marmonna d’une voix qui semblait prête à dévorer quelqu’un tout cru.
« Ce salaud de Modus… Il était resté tranquille un moment parce qu’il préparait ça. Il avait un coup d’avance sur nous. »
« Merde. Je devrais peut-être rentrer, moi aussi… »
Alors que Goloks piétinait nerveusement, Reallos observa ses subordonnés et prit la parole.
« Ne vous laissez pas déstabiliser. Je m’y attendais. Notre patrie est en sécurité. »
Quoi ?
Il bluffait ?
S’il s’y attendait vraiment, pourquoi n’avait-il pas prévenu les autres Seigneurs chasseurs ?
Non… En y réfléchissant, Reallos avait peut-être vraiment été au courant.
Les autres Seigneurs chasseurs étaient ses rivaux, de toute façon.
Il n’avait ni devoir ni raison de les prévenir.
S’ils affrontaient Modus et s’affaiblissaient mutuellement, Reallos serait le vainqueur final.
« Comme prévu, Votre Majesté. Je n’aurais jamais pu l’imaginer… Voilà donc la différence de rang. »
Kwatum se frotta les mains en parlant.
Quel flagorneur, ce type, dès qu’il se trouvait devant son supérieur.
Son ambition était si évidente que je ne trouvais même pas la force de le critiquer.
Reallos tira son épée et s’adressa à Gillius.
« On dirait que nous n’aurons pas d’autres visiteurs. Lançons l’attaque. »
« Tu es sérieux ? »
« Je n’attendais pas grand-chose des autres, de toute façon. À part de vous. »
Reallos le savait lui aussi.
S’il laissait traîner les choses, d’autres Prêtres de la mort partiraient à leur tour.
Il devait profiter de l’élan et foncer.
« Si nous attaquons, les autres finiront par nous rejoindre. »
« Pourquoi ? »
« Ce sont des Seigneurs chasseurs, après tout. Un Seigneur chasseur qui se fait battre sans réagir ne tiendra pas une nuit avant d’être chassé. »
Reallos parla avec une assurance absolue et leva son épée.
« Aux armes ! Prenons ce qui appartient à Modus ! »
« … Prévenez toutes les forces. Nous attaquons Modus comme prévu. Que ceux qui ont encore du courage se joignent à nous. »
Gillius transmit le message et s’empara d’une arme.
« Allons-y. Nous devons prendre la Tour dès que nous y entrerons. Sans quoi, nous n’aurons aucune chance. »
Ils avaient dit qu’il fallait d’abord séparer Modus de Mortis.
Mais ils n’étaient pas séparés du tout.
J’avais l’impression que l’opération avait déjà échoué à moitié avant même de commencer.
Mais si je disais quoi que ce soit maintenant, j’avais l’impression qu’on me bombarderait de pierres.
« Hajun, reste ici avec Juwon. »
« D’accord. On va se préparer à tirer. Donne-nous le signal par le communicateur. »
« Ne prenez pas de risques ! »
Nous avançâmes à contrecœur avec l’arrière de la formation.
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