Chapitre 645
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 644 : Ascension
──────
「Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 386
Lieu actuel : 50, 63-ro, district de Yeongdeungpo, Séoul
Conseil du Sage : 3」
- Han Ga-in
Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis que Sagesse l’Ancien était parti pour le troisième étage de l’École.
« Arrête de semer des graines de tournesol partout. Pourquoi les oiseaux en font-ils tomber autant en mangeant ? »
--- Cui !
« Tu en fais tomber plus que tu n’en manges. Tu comptes ouvrir une ferme de tournesols à Yeouido ? Ah ! »
--- Cui !
« Ha ! Trop lent ! Avec un bec aussi lent, tu ne risques pas de me mordre le doigt. »
Assis sur un banc du parc de Yeouido, je tuai le temps en jouant avec Pero.
« … Ça faisait longtemps que je n’avais pas joué avec toi, moi aussi. »
À mesure que les combats s’intensifiaient dans la réalité, Pero était resté à l’Hôtel Delight, sans rien à faire.
La situation était devenue trop dangereuse pour qu’un perroquet capable de se transformer en oiseau géant y prenne part.
« Tu auras quelque chose à faire au troisième étage ? Qu’est-ce que tu en penses ? »
Pero m’ignora et se contenta de mordiller mes cheveux.
Parfois, il avait vraiment l’air d’un perroquet ordinaire.
Assis sur le banc, je sentis un froid indescriptible m’envahir le corps et l’esprit.
Il n’y avait vraiment rien ici.
Je n’avais ni famille dans cette ville ou ce pays, ni amis proches.
Si je devais nommer ce à quoi j’étais le plus attaché, je dirais Séoul, tout simplement.
Ah, il y avait aussi Sunrise, l’entreprise que j’avais créée pour rassembler les fidèles.
Ictus était-il encore en vie ?
J’aurais pu le retrouver si je l’avais voulu, mais je ne l’avais pas fait. Je ne voulais pas garder le moindre attachement à la réalité.
Même s’il était vivant, ça ne changerait pas grand-chose.
Même s’il se souvenait de Pero, il m’avait sans doute oublié depuis longtemps.
« … »
C’était le résultat du Rêve du papillon que j’avais utilisé.
Personne, à part mes compagnons de l’Hôtel, ne pouvait se souvenir de moi. Impossible, dans ces conditions, de nouer des liens importants avec qui que ce soit.
Pourquoi avais-je utilisé le Rêve du papillon de cette façon, au juste ?
Était-ce parce que je voulais éviter d’attirer l’attention du Bureau de gestion ?
Ça avait peut-être joué, mais…
Quand j’avais utilisé le Rêve du papillon, j’ignorais tout de mon passé mouvementé.
« Pero, tu crois que j’avais l’intention de quitter la réalité depuis le début ? »
--- Clac !
À cet instant, je sentis la présence de la personne que j’attendais.
« Seigneur Horus, ça faisait longtemps. »
« Sophia, je t’ai dit de m’appeler par mon nom. »
« C’est vrai, mais j’ai davantage l’habitude de dire Horus. Je me sens plus à l’aise comme ça. »
« Si tu le dis… »
Après un bref silence, je pris la parole le premier.
« Alors ? »
« Pardon ? »
« Tu me l’avais dit, avant. Tu m’avais demandé de t’envoyer au paradis. »
« … »
La fille née dans la chambre 207 m’avait dit :
« Je t’ai vénéré comme un dieu pendant si longtemps. S’il te plaît, envoie-moi au paradis. »
« … Le monde se ressemble beaucoup, où qu’on aille. »
« Je m’en doutais. »
La seconde moitié de la chambre 207 se déroulait elle aussi sur Terre, au XXIe siècle ; elle n’était donc pas si différente de la réalité.
« Ce qui m’a le plus surprise, ce n’est pas la réalité, mais vous tous. »
« Vraiment ? »
« Fortuna, surtout. »
Je restai un instant sans voix.
Tout le monde perdait ses mots en songeant au fossé entre Fortuna et Seung-yeop. Je ne faisais pas exception.
« Malgré tout, ça m’a fait plaisir. J’ai pu comprendre qui vous étiez vraiment. »
« … Je suis content que tu puisses le dire. »
Un nouveau silence, bref, s’installa avant que je reprenne prudemment :
« Eun-sol t’en a probablement parlé, mais nous allons bientôt partir. »
« C’est ma “sœur” qui me l’a dit. »
L’entendre appeler sa mère « ma sœur » me semblait inhabituel, mais ça lui allait bien.
« Si tu veux… »
« Je peux venir avec vous ? Dans la Boîte des âmes ? »
« C’est ça. »
L’Héritage de Seung-yeop : la Boîte des âmes.
Elle était vide, maintenant que l’âme d’Elena l’avait quittée.
Si Sophia entrait dans la Boîte des âmes, elle pourrait monter avec nous au troisième étage.
Elle répondit sans hésiter :
« Je suis désolée. »
Sophia n’irait pas au troisième étage.
« … Oui. Je m’en doutais. »
Depuis son retour dans la réalité et l’obtention d’un corps, Sophia avait passé peu de temps avec nous.
Parfois, elle voyageait. D’autres fois, elle se consacrait à son travail de chercheuse au Bureau de gestion.
Elle se comportait moins comme une membre de l’équipe de l’Hôtel que comme quelqu’un qui essayait de s’adapter à la réalité.
À partir de là, tout le monde l’avait plus ou moins compris.
Sophia comptait rester dans la réalité.
« Tu l’avais deviné ? »
« Tu avais l’air d’essayer de t’adapter à la réalité. »
Ce n’était pas un choix étrange.
S’il y avait des gens étranges, c’était peut-être nous, à choisir le troisième étage alors que nous connaissions déjà la gloire et les dangers de l’Hôtel.
D’où venait cette envie profonde qui me poussait vers le troisième étage ?
Voulais-je voir le Bouddha ?
Voulais-je savoir ce qu’était véritablement le paradis ?
Voulais-je percer les secrets les plus profonds du monde ?
Ou voulais-je quitter le bocal ?
« Il y a quelque temps, Eun-sol m’a fait parler pendant un bon moment. Elle m’a dit qu’elle ne se rappelait pas une conversation que nous avions eue et m’a demandé de lui raconter tout ce dont je me souvenais. »
« Je sais. »
« Si je me souviens bien, c’était une histoire de tasse dans un bol. »
« … »
« Si la tasse représente la chambre 207 et le bol, la réalité, les habitants de la réalité prendraient la chambre 207 pour une illusion, mais… »
« À l’extérieur du bol, il y a une table ; et à l’extérieur de la table, une pièce. »
« C’est ça. »
« … »
« Pour prendre une autre image, ce serait comme ça : si la Salle maudite dont tu parles était un tableau, la réalité serait le musée où il est exposé. »
« … »
« Mais pour un être supérieur, le musée est lui aussi un tableau. L’Hôtel est un tableau dans un tableau. »
« Ça doit être ça. »
« Quand j’ai compris ça, une idée m’est venue. Inutile de se demander quel monde est réel et lequel est faux. À moins de vouloir errer éternellement à travers le temps et l’espace… »
« Je devrais choisir un monde qui me convient et m’y installer ? »
« … Oui. Ma réponse t’a aidé ? »
« Bien sûr. »
« Je suis contente d’avoir pu t’aider une dernière fois. »
Alors que notre conversation touchait à sa fin, Sophia me regarda avec un regret persistant.
Autrefois, elle m’avait suivi. Cette fois, elle avait choisi de rester dans la réalité.
C’était la preuve que Sophia, dans la chambre 207, et celle d’aujourd’hui avaient beaucoup changé.
Comme elle l’avait dit, elle avait dû atteindre une forme d’éveil.
Je ne pensais pas que ce fût un adieu définitif.
Sophia n’en serait peut-être pas capable, mais nous autres pourrions sans doute encore agir sur la réalité.
« Seigneur Horus, je prie pour que la gloire vous attende. »
« Merci. »
Après le départ de la jeune fille blonde, il ne resta que Pero et moi.
--- Cui !
« Quoi ? Toi non plus, tu ne veux pas aller au troisième étage ? »
--- Cuiiiii !
« Pas question. Sophia peut aller où elle veut, mais toi, tu devras nous suivre quoi qu’il arrive. »
--- Cui ! Cui !
« Toi aussi, tu es un héros ? Comme tu es un perroquet héros, tu peux choisir toi-même ? »
--- Cui !
« D’accord, d’accord. Pero, le perroquet héros, on y va ensemble. »
En me levant, je me demandai ce que Pero avait réellement dit.
Il voulait dire qu’on allait bientôt manquer de graines de tournesol ?
Qu’on serait à court de graines de tournesol ?
Ou peut-être…
* * *
「Lieu actuel : Hôtel Delight, district de Yeongdeungpo, Séoul」
Quand j’arrivai dans le hall de l’Hôtel Delight, mes compagnons s’y trouvaient déjà.
Je leur adressai un signe de la main sans y penser, puis remarquai les banderoles accrochées un peu partout dans le hall.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Mi-ro et Seung-yeop gloussèrent en voyant les banderoles. Quand je les lus, je ne pus m’empêcher de rire à mon tour.
「Nous remercions la glorieuse agente Kim A-ri, membre des Silencieux, pour sa longue contribution.」
Jusque-là, on aurait dit un simple message d’adieu du Bureau de gestion.
「C’est avec une profonde tristesse que nous vous voyons vous engager sur une route lointaine, d’où vous ne pourrez jamais revenir.」
« … Ne jamais revenir ? »
「Bien que cet adieu éternel nous attriste profondément, la décision de l’agente Kim A-ri permettra au monde d’échapper à une grave menace – »
« Ils ont répété deux fois qu’ils ne voulaient pas qu’on revienne. Et c’est quoi, cette “grave menace” ?! »
Song-i me répondit avec un sourire.
« Qu’est-ce que tu crois ? Ils parlent de nous. Et surtout de toi, Ga-in ! »
« Ils nous traitent ouvertement de menace. »
「Le nom de l’agente Kim A-ri a été inscrit à titre permanent au Panthéon.」
« Le Panthéon ? »
Grand-père Mook-seong lâcha un rire sec et m’expliqua :
« On y inscrit les noms des gens qui se sont distingués au Bureau de gestion et qui sont morts. »
« Ils considèrent déjà A-ri comme morte. »
Le Bureau de gestion tenait tellement à nous expédier au troisième étage et à nous empêcher d’en revenir que c’en devenait comique.
« Quand on est arrivés, les employés ont même tiré des feux d’artifice. »
« … »
« A-ri les a tous chassés. »
Je commençais moi aussi à rire. Je regardai A-ri, qui décrochait les banderoles d’un air légèrement contrarié.
« Quand on arrivera au troisième étage ! »
« Hum ? »
« On pourra forcément agir sur la réalité. C’est sûr. »
« J’en suis convaincu. »
C’était ce que le Gestionnaire du troisième étage nous avait laissé entendre.
Tout le monde était d’accord avec cette interprétation, et c’est pourquoi même les compagnons qui avaient de la famille dans la réalité purent prendre leur décision.
« Ça me blesse vraiment ! Je leur ai consacré toute ma vie, et voilà comment ils me remercient ! »
« Ha ha ! Ils ont dit qu’ils t’inscriraient au Panthéon. Tu devrais être reconnaissante… »
« Dès qu’on sera au troisième étage, ils vont tous me le payer ! »
« Ce n’est pas précisément pour ça qu’ils cherchent à se débarrasser de toi ? »
« Tu n’as pas le droit de dire ça ! »
Nous nous amusâmes ainsi pendant un moment.
La réaction du Bureau de gestion était si évidente qu’elle en devenait comique, mais elle sembla aussi détendre un peu mes compagnons.
Le Bureau de gestion l’avait peut-être fait exprès. Non, j’allais trop loin.
Certains de mes compagnons passèrent le temps à raconter ce qu’ils avaient dit à leur famille, par exemple qu’ils partaient pour un long voyage d’affaires.
Puis…
Un lourd silence s’abattit sur nous.
Enfin, le poids du troisième étage commença à peser sur le cœur de chacun.
--- Gloups !
Des déglutitions et des hoquets retentirent tout autour de nous.
Nous avions surmonté les épreuves des premier et deuxième étages de l’Hôtel, ainsi que celles de la réalité. Pourtant, même pour des vétérans endurcis comme nous, ce territoire inconnu qu’était le troisième étage était difficile à affronter.
« On y va. »
Jin-cheol fut le premier à se lever.
« Oui, allons-y. »
Grand-père Mook-seong se leva en se frottant le menton, et Jin-cheol appela l’ascenseur.
--- Ding !
Enfin, l’ascenseur arriva.
« Entrons. »
« … Venez tous par ici. »
Eun-sol avait le teint un peu pâle.
À propos, pourquoi Eun-sol allait-elle au troisième étage ?
Notre conversation précédente avait été interrompue par l’apparition soudaine du Gestionnaire du troisième étage.
Je lui avais reposé la question plusieurs fois ensuite, mais elle s’était contentée de sourire avec gêne sans jamais me répondre clairement.
Enfin, Eun-sol avait aussi droit à sa vie privée.
Je le saurais le moment venu. Inutile de la presser.
Alors que tous fixaient avec tension le haut du panneau de commande de l’ascenseur, nous aperçûmes un bouton inhabituel.
〚Troisième étage : Royaume céleste〛
« C’est impressionnant à chaque fois que je le vois. Royaume céleste ? »
« C’est pour ça que les employés du Bureau de gestion l’appelaient l’Étage céleste. »
Une fois la construction terminée, un bouton menant à l’Étage céleste était apparu dans l’ascenseur.
Nous seuls pouvions appuyer dessus.
« Je l’enfonce ? »
« Eun-sol, arrête de transpirer et appuie. On dirait que la foudre va te frapper à la seconde où tu le feras ! »
« … La foudre, ce ne serait rien. »
« Eun-sol, appuie, tout simplement. Ça devient de plus en plus inquiétant. »
« Désolée. »
--- Clic !
À l’instant où le bouton fut enfoncé…
--- Vroum… !
Dans un grondement assourdissant, l’ascenseur bondit vers le haut à une vitesse absurde !
« Aah ! »
« Aaaah ! »
--- Cuiiiii !
--- Boum !
« Prenez, prenez ma main… ! »
« Ga-in ! »
« Mi-ro, ne bouge pas ! »
En moins d’une seconde, nous nous retrouvâmes tous étalés sur le sol de l’ascenseur, tandis qu’une pression inimaginable commençait à nous écraser.
La douleur était si intense que je crus perdre connaissance d’un instant à l’autre.
Mes compagnons invoquèrent instinctivement leurs Héritages, mais cela ne servit à rien.
« Aah… ! »
J’avais déjà ressenti quelque chose de semblable ! Où ça ?
Le Domaine sacré !
C’était exactement la même douleur que lorsque j’étais passé du Domaine sacré au Royaume supérieur !
La douleur était similaire, mais des dizaines, des centaines de fois plus intense.
« … »
On n’allait pas tous mourir dans un ascenseur, quand même ?
L’alerte de danger ne s’était pas déclenchée ; au moins, je ne risquais donc pas de mourir dans l’immédiat !
« Aah… ! »
Nous continuâmes à monter sans fin.
À un moment donné, l’ascenseur disparut, et une force incompréhensible nous entraîna vers un royaume inconnu.
La Terre avait disparu depuis longtemps.
Le Soleil était devenu plus petit qu’un grain de poussière, et je n’étais même plus sûr que ce minuscule point fût bien le Soleil.
Quelques secondes ne s’étaient pas écoulées que d’innombrables lumières scintillantes défilaient déjà devant nous.
Je compris bientôt que j’avais vu passer d’innombrables planètes, des étoiles, et même des galaxies.
J’en eus le vertige !
Au milieu d’une douleur si intense que je croyais pouvoir m’évanouir à tout instant, j’aperçus de l’autre côté une lumière d’un blanc pur.
« … ? »
Une fine ligne pâle, ou peut-être un fil, traversait le centre de cet espace blanc.
Qu’est-ce que ça pouvait bien être…
「Conseil : 3 -> 2」
「Tu en as trop vu. Ferme les yeux et bouche-toi les oreilles.」
« … »
Ce n’est qu’alors que je compris que tout mon visage était couvert de sang.
Certains auraient pu me considérer comme un être à mi-chemin d’un royaume supérieur, mais même pour moi, la vision qui s’offrait à moi était beaucoup trop lointaine.
Malgré tout, je ne pus retenir ma question suivante.
「Conseil : 2 -> 1」
« Qu’est-ce que c’est, au juste ? »
「Tout.」
« … »
「Conseil : 1 -> 0」
« Qu’est-ce que je dois faire, maintenant ? »
「Dors, maintenant. Aide tes compagnons dès ton réveil.」
Aider mes compagnons ?
Ce n’est qu’après avoir entendu ces mots que je compris qu’il n’y avait personne autour de moi.
Ce fut mon dernier souvenir.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>