Chapitre 637
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 636 : Un chemin pour tous (1)
──────
「Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 234
Lieu actuel : Recherche en cours…
Conseil du Sage : 0」
- Han Ga-in
Le prince Emilio et Aleph étaient tombés dans un long sommeil.
Cela signifiait que le long voyage qui s’était déroulé dans la réalité touchait enfin à sa fin.
Bien sûr, il restait encore beaucoup de problèmes à régler.
Le plus important, c’était l’état de mes compagnons. Heureusement, personne n’était mort.
« Ou peut-être que si ? »
« Hyung ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Je remets de l’ordre dans mes pensées et, maintenant que j’y réfléchis, Elena est morte biologiquement, alors… »
« Argh ! Je te l’ai dit ! Son âme est dans la Boîte des âmes, alors… »
« D’accord, d’accord. Continue de lui mettre ses bandages. »
J’avais entendu dire que le corps d’Elena avait été détruit alors qu’elle protégeait Seung-yeop.
Depuis, Seung-yeop réagissait vivement dès qu’on parlait d’Elena. Il semblait à la fois reconnaissant et coupable.
C’était un coup terrible, mais pas irréparable.
Nous avions déjà récupéré les « morceaux du corps d’Elena » éparpillés dans l’Église de la Lune. Grâce à la technologie du Bureau de gestion, je pensais que nous pourrions créer un autre corps génétiquement identique.
À mesure que l’effet du Rêve du papillon s’estompait, Jin-cheol redevint plus proche de Cha Jin-cheol.
Quel que soit l’angle sous lequel je le regardais, son état physique était bizarre, et son esprit semblait en proie à la confusion…
Cela dit, je ne pensais pas que ce fût irréparable.
Avec la Régénération et la Flûte du Repos, il finirait par se rétablir.
Celle qui m’avait le plus inquiété, c’était A-ri, qui semblait pouvoir mourir d’un instant à l’autre.
Contrairement à Elena, son âme ne pouvait pas être placée dans la Boîte des âmes. Si elle mourait dans cet état, il ne semblait y avoir d’autre solution qu’un Ticket.
Heureusement, Aedia avait utilisé le cristal d’une façon étrange et avait terminé les premiers soins.
« A-ri, il faudra te faire soigner correctement une fois dehors. »
« Merci. »
« Et fais retirer le cristal dès qu’on sera sortis. »
« D’accord. »
« Ne t’endors pas avant qu’on l’ait retiré. Concentre-toi de toutes tes forces ! »
« Pourquoi ? »
« Si tu perds connaissance, une mini-Aedia va naître de ton corps… »
« Argh ! N’implante pas n’importe quoi à la légère ! »
« Ne t’inquiète pas. A-ri va gérer. »
« Et si ça ne marche pas ?! »
« Une mini-Aedia serait mignonne, non ? »
Je pris aussi des nouvelles des autres. Eun-sol se contenta de lever la main d’un air épuisé, tandis que Mi-ro restait collé à A-ri, au bord des larmes. Puis je réfléchis à la suite.
* * *
À l’approche du soir, mes compagnons, Sagesse l’Ancien, la Sainte Mère et moi nous réunîmes au même endroit.
Sagesse l’Ancien prit la parole en premier.
« Enfin… On dirait que le problème de la Lune touche à sa fin. »
« C’est vrai. Au fait, Sainte Mère… »
« Oui ? »
« J’ai immédiatement éliminé des choses comme le Rêve d’éternité. »
C’était la première chose que j’avais faite après mon Unification avec Aleph et l’obtention de la Couronne.
Pourquoi le Prince avait-il infligé des souffrances infernales aux pauvres âmes piégées dans la Lune ?
Pour purifier leurs âmes jusqu’à les rendre d’un blanc immaculé, puis les dévorer lui-même.
Aleph et moi, en revanche, étions parvenus à une conclusion au tout dernier moment.
« Devenir un dieu grâce aux principes de la convergence des âmes n’est pas ma voie. »
Il n’y avait aucune raison de poursuivre ces tortures inutiles.
« … C’est un soulagement. Vraiment. »
Sagesse l’Ancien hocha lentement la tête.
« Le Prince a disparu. »
« Et le Chercheur aussi. »
À strictement parler, ni l’un ni l’autre n’avait complètement disparu, mais je ne voulais pas semer d’inquiétudes inutiles, alors je ne le contredis pas.
« Ça veut dire que le plus gros problème est réglé. »
« Sagesse l’Ancien, on devrait faire une fête pour célébrer ça ? »
« On pourra faire ça une fois dehors. J’y participerai avec plaisir. Pour l’instant, il reste encore des choses à régler… »
Après un bref silence, Sagesse l’Ancien parla sans détour.
« Dis-moi maintenant. Quel est ton véritable plan ? »
« … »
« Nous allons bientôt quitter la Lune et, dès que ce sera fait, l’Alliance me demandera ce qui s’est passé. Je dois comprendre la situation avant ça. »
Sagesse l’Ancien savait déjà que le plan dont j’avais parlé auparavant était un mensonge.
Sagesse l’Ancien le savait, mais avait fait semblant de ne pas le voir parce que cela semblait sans rapport avec son véritable objectif.
Comme l’avait dit Sagesse l’Ancien, je ne pourrais pas le cacher éternellement.
« La longue lutte causée par l’enchevêtrement du Bureau de gestion, des Pilleurs et de la Lune ! Pour résumer… »
« C’est un jeu de chaises musicales. »
A-ri intervint sans façon. Sagesse l’Ancien hocha la tête comme pour approuver.
« Exactement. Différentes factions convoitent l’unique chaise qu’est la réalité de la Boucle actuelle. Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
Le problème de la Lune était réglé.
Cela signifiait seulement que celui qui essayait de détruire la chaise avait été retiré du jeu.
Le jeu de chaises musicales entre le Bureau de gestion et les Pilleurs, ainsi qu’entre les Pilleurs eux-mêmes, continuait.
--- Toc !
Je tapotai légèrement la table pour attirer l’attention de tout le monde, puis commençai à expliquer.
« D’abord, séparons le problème en deux. »
« Hmm ? »
« Premièrement, il n’y aura plus d’Arches. »
« … »
« Ça… »
« C’est ce que tu m’as dit, Sagesse l’Ancien. Tu m’as expliqué que l’Arche elle-même avait donné naissance à la Première Corruption. »
C’était quelque chose que Sagesse l’Ancien m’avait appris.
Une Arche consistait à rassembler d’innombrables âmes humaines pour créer une pseudo-divinité, à traverser une Boucle sous cette forme, puis à utiliser le Miroir pour diviser la pseudo-divinité et redevenir humain.
Le problème, c’était que le Miroir ne les ramenait pas exactement à leur état initial.
Nous l’avions déjà appris dans la chambre 207.
La Première Corruption avait commencé avec la Première Arche.
Le bon sens ne s’était pas effondré d’un seul coup.
L’Humanité ne s’était pas soudainement transformée en céphalopodes, pas plus que des tentacules ne lui avaient poussé à la place des mains.
Le bon sens du monde avait fondu peu à peu, comme la glace sous le soleil.
Certaines personnes s’étaient laissées envoûter par des voix venues de mondes lointains et avaient invoqué d’étranges monstres.
D’autres s’étaient relevées de leur tombe après leur mort, avec le désir de régler les rancunes qu’elles avaient nourries de leur vivant.
D’autres encore avaient plongé dans la mer, et des nageoires leur avaient poussé dans le dos.
Il avait fallu que ces phénomènes se répètent pendant des siècles pour que les Précurseurs l’acceptent.
L’Humanité s’était légèrement éloignée de sa pureté originelle, et, par conséquent, le bon sens du monde avait légèrement changé.
Au début, ils n’avaient pas jugé cela si grave.
Ils pouvaient éliminer les petits monstres sans trop de difficulté.
Comme ce premier changement, léger, ne représentait pas une menace sérieuse, ils avaient créé une autre Arche.
Un léger changement était devenu deux, puis trois.
Sans qu’ils s’en aperçoivent, ils en étaient arrivés au monde actuel.
« À ton avis, à quoi ressemblait le monde avant la naissance des Arches ? »
« Tu le sais sans doute mieux que moi. Tu as les souvenirs du Prince. »
« Même à cette époque, ce que les gens appellent le mysticisme existait. Mais alors, c’était une branche de la science, comme la physique ou la chimie. »
« … »
« C’était bien plus facile à maîtriser, aussi. Et beaucoup plus logique. »
« … »
« La science s’est-elle transformée en occultisme à mesure que la Corruption se répandait ? Arrêtons-nous là pour les vieilles histoires. Même pour le Prince, ces événements antiques ne sont que des souvenirs lointains et vagues. »
« Très bien. »
« La Corruption n’est qu’un aspect du problème des Arches. Le vrai problème, c’est le jeu de chaises musicales lui-même. Lui aussi est né à cause des Arches. »
Après avoir dit tout cela, je pris une longue inspiration et regardai autour de moi.
Ni mes compagnons, ni Sagesse l’Ancien, ni la Sainte Mère ne protestèrent.
Bien sûr que non.
Pourquoi Sagesse l’Ancien m’avait-il confié tout cela, au départ ?
Parce qu’après avoir traversé d’innombrables âges, Sagesse l’Ancien avait lui aussi compris que le problème venait de la création des Arches.
Je me rappelai les paroles sincères de Sagesse l’Ancien.
Et à présent, j’étais d’accord avec lui.
* * *
« Nous payons le Prix de la défiance envers le Ciel… »
« Nous avons créé des Arches parce que nous avions peur de la Fin des temps, parce que nous craignions que le château de sable appelé civilisation ne s’effondre… Mais réfléchis-y. Quand vient l’été, la glace fond : c’est l’ordre naturel des choses. Quand les vagues déferlent, les châteaux de sable s’effondrent : c’est l’ordre naturel des choses. »
« Quand la Fin des temps est arrivée, l’effondrement du château de sable relevait lui aussi de l’ordre naturel des choses. Nous aurions dû le laisser s’effondrer… Nous avons voulu le maintenir debout par la force, et le désastre a suivi. »
* * *
« Ce n’est pas ce que je dis depuis le début ? C’est vrai, mais… la question, c’est comment faire. »
La Sainte Mère hocha la tête.
« De nombreux êtres menacent le monde. La Lune était la plus grande menace, mais elle est loin d’être la seule. »
Je me rappelai le « mot » qu’Aleph m’avait remis juste avant de mourir.
La Lune n’était pas la seule chose que l’Humanité devait craindre.
… Elle n’était peut-être même que le début.
« Comme vous le savez tous maintenant, je viens de ce que vous appelez la Première Civilisation, et… »
« La première personne à avoir découvert le Miroir. On pourrait dire que tu es à l’origine de tous les maux, pire que Ga-in. »
La Sainte Mère esquissa un sourire gêné à la remarque sarcastique d’A-ri.
« Hum. Je ne savais pas que cela arriverait un jour. Comme je vous l’ai dit, à un certain moment, j’ai été emmenée à l’École, l’endroit que vous appelez l’Hôtel. »
Quand elle était revenue, la Fin des temps et les recommencements s’étaient déjà répétés plusieurs fois.
Bien des événements avaient dû se produire entre ce moment-là et celui où la Sainte Mère avait rencontré le prince Emilio.
« Ce qui m’a paru le plus absurde à mon retour, c’est que les gens qui avaient failli perdre leur monde à cause d’une Arche venue d’une Boucle précédente pour les attaquer… »
« … »
« Quand ils ont cru que leur monde allait prendre fin, ils ont eux-mêmes créé une Arche et sont partis voler le monde suivant. »
Quand c’est toi qui le fais, c’est une invasion. Quand c’est moi, c’est un choix inévitable pour l’Humanité.
Cela s’était répété d’innombrables fois au cours de l’histoire humaine.
« La création d’Arches est presque devenue un instinct de survie chez l’Humanité en crise. Comment l’arrêter ? »
« Une Arche repose sur deux principes : le Circuit de convergence des âmes et le Miroir. »
« C’est ça. »
« Des deux, le Circuit de convergence des âmes relève de la technologie. C’est l’un des principes mêmes de l’univers, que l’Humanité finira naturellement par découvrir le moment venu. »
« C’est vrai. »
« Nous ne pouvons pas le maîtriser. »
Le Circuit de convergence des âmes ne pouvait pas être maîtrisé.
Il reposait sur un principe de l’univers. Dès que la civilisation atteindrait le stade adéquat, elle finirait par le découvrir, comme n’importe quelle science ou technologie.
Le Miroir, lui, était différent.
C’était un immense trésor offert par un Dieu extérieur inconnaissable, le Pratiquant. Même la Première Civilisation l’avait utilisé sans en comprendre les principes.
« Par conséquent, la clé, c’est de contrôler le Miroir. »
« … »
« Rassemblons tous les Miroirs du monde sur la Lune. »
Sagesse l’Ancien murmura :
« Voilà donc ce que signifiait réunir la Lune et les Pilleurs. »
« Les gens sur Terre ne toucheront plus jamais à un Miroir. Ils vivront sans même savoir qu’ils existent. »
« Ça règle le problème de cette Boucle. Tu as la Lune et, avec ma coopération, tu peux absorber tous les Pilleurs et obtenir chaque Miroir du monde. »
« C’est ça. »
« Et pour la prochaine Boucle ? Ne me dis pas quelque chose comme : “Je vais empêcher la Fin des temps, alors il n’y aura plus de Boucles.” »
« Ha ha ! Tu me prends pour un idiot ? »
J’allais prévenir toutes les crises de la Fin des temps, et il n’y aurait donc pas de prochaine Boucle ?
C’était la chose la plus absurde qu’on puisse dire.
Qui souhaitait voir son monde détruit ?
Pensez aux Pilleurs apparus dans le ciel de la Terre, ces pauvres réfugiés.
Eux aussi avaient autrefois été maîtres de leur monde. Ils n’avaient probablement jamais imaginé que la Fin des temps arriverait.
Nous vivions dans un monde où une météorite pouvait soudain tomber du ciel et réveiller un Dieu extérieur.
--- Toc !
Je frappai doucement le sol de la main.
« La dernière Arche encore présente dans le monde, la Lune, en sera l’administratrice. »
« … Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Imaginons qu’un Dieu extérieur descende soudain du ciel. Nous essayons de l’arrêter, mais échouons, et le monde prend fin. »
« … »
« Nous passons à la Boucle suivante. Un autre Miroir apparaît sous la péninsule Ibérique… Ah, c’est compliqué. Un Miroir apparaît sous l’Espagne à chaque Boucle ? »
« Pas à chaque fois. Parfois, oui. Ou alors il apparaît à chaque fois, mais il a été détruit par des séismes ou autre chose dans certaines Boucles. »
« Imaginons qu’il apparaisse. La Lune peut le détruire ou le récupérer. »
« … »
« La Lune n’engloutira plus les âmes de la Terre. Elle se contentera de briller dans le ciel nocturne et d’administrer la surface. »
A-ri, qui avait écouté jusque-là, demanda pour confirmer :
« Une sorte de Bureau de gestion au-dessus du Bureau de gestion ? Il élimine les causes de destruction comme le Miroir et détruit correctement les démons que l’Humanité semble incapable de gérer ? »
« C’est à peu près ça. »
« Comment dire… Ça fait très dieu. On dirait qu’une Église de la Lune réapparaîtra naturellement sur Terre. »
« On n’y peut rien. »
La Sainte Mère prit alors la parole, l’air plutôt sombre.
« Pour résumer, après avoir englouti tous les Pilleurs, la Lune administrera le monde et empêchera la naissance de nouvelles Arches… »
« C’est à peu près ça. »
« Est-ce vraiment une fin heureuse ? Qu’adviendra-t-il de la Lune et des Pilleurs ? Eux aussi forment un groupe qui a désespérément voulu avoir son propre monde… »
La question de la Sainte Mère était simple.
La Lune et les Pilleurs étaient eux aussi des rassemblements d’âmes qui souhaitaient trouver leur place dans un monde. Qu’allait-il leur arriver ?
Allaiente-elles briller éternellement dans le ciel nocturne, au service de l’Humanité sur Terre ?
Ce n’était pas une fin heureuse pour les innombrables âmes contenues dans la Lune et les Pilleurs.
« Passons à la deuxième partie. »
« La deuxième ? »
« Si la première partie, c’est : “Il n’y aura plus d’Arches à partir de maintenant”, la deuxième, c’est : “Que fait-on des Arches déjà nées ?” »
« … »
« Elles s’évaporeront. »
« Pardon ? »
« La Lune et les Pilleurs s’évaporeront lentement. Ils n’engloutiront plus d’âmes, et celles qu’ils ont déjà englouties s’installeront peu à peu dans le monde. »
« … »
« La Lune à elle seule abrite au moins des centaines de milliards d’âmes endormies. Les Pilleurs en contiennent eux aussi un nombre immense. Impossible de toutes les installer sur Terre d’un seul coup. Mais… »
Sagesse l’Ancien répondit, amusé :
« Elles n’ont pas besoin de s’installer toutes en même temps. »
« Exactement. Elles peuvent s’installer lentement, petit à petit. Que diriez-vous d’en répartir environ trente millions sur toute la Terre chaque année ? C’est trop ? On pourra déterminer le chiffre exact plus tard… »
« Et leur identité ? Des orphelins sans papiers ? »
« On laissera ça au Bureau de gestion. Nous avons même un membre des Silencieux juste à côté de nous. »
Au lieu de répondre, A-ri esquissa un sourire amer.
Ce ne serait pas facile, mais ça ne semblait pas impossible si le nombre restait raisonnable.
« Ça ne prendrait pas trop de temps ? »
« Et alors ? Une fois que la Lune pourra survivre aux Boucles, nous aurons tout le temps qu’il faut. »
Eun-sol, qui avait écouté sans réagir jusque-là, murmura :
« Qui sait ? Si nous tenons assez longtemps, une ère de colonisation spatiale finira peut-être par arriver. »
« Une ère de colonisation spatiale ? »
« Quand nous en serons à coloniser un autre système stellaire, nous pourrons installer un milliard de personnes sur ce nouveau monde d’un coup. Si nous continuons comme ça, ce sera vite terminé. »
Pour être honnête, cette partie me semblait un peu tirée par les cheveux.
Mais si le processus se poursuivait pendant des milliers d’années, n’était-ce pas possible ?
Un bref silence s’installa.
Puis Sagesse l’Ancien résuma tout ce dont nous avions parlé.
« En bref, voilà ton plan. »
« Vas-y. »
« Rassembler la Lune, les Pilleurs et tous les Miroirs du monde. Puis administrer la surface et empêcher la naissance de nouvelles Arches. »
« C’est ça. »
« La Lune et les Pilleurs réunis s’évaporeront sur une très longue période. Ils n’engloutiront plus aucune âme, et celles qu’ils ont déjà englouties seront progressivement dispersées dans le monde au fil des ans, où elles recevront de nouvelles vies. »
« Exactement. Qu’en penses-tu ? »
Après réflexion, Sagesse l’Ancien répondit :
« Dans l’ensemble, ça me semble acceptable. Comme tu l’as dit, ça ressemble même à une fin heureuse. Les habitants de la Terre n’auront plus à craindre les envahisseurs des Boucles précédentes, et les membres des Arches déjà nées recevront un jour de nouvelles vies. »
« … »
« La durée nécessaire est un défaut, mais on n’y peut rien. »
« Comme je l’ai dit, j’ai mis fin depuis longtemps à des choses comme la Prison éternelle. Les âmes qui attendent d’être réincarnées sur la Lune ne souffriront plus. Pour elles, ce ne sera qu’un rêve d’un instant. »
C’était la fin du jeu de chaises musicales, et une trêve.
Il n’y aurait plus d’Arches, et celles déjà nées recevraient de nouvelles vies au fil du temps.
« Malgré tout, je vois exactement deux problèmes. »
« Dis-moi lesquels. »
« D’abord, qu’as-tu l’intention de faire une fois que la Lune et les Pilleurs se seront évaporés ? Une fois l’administrateur disparu, tout ce qui s’est passé jusqu’à présent se reproduira… »
« Pfft ! »
Je ne pus retenir mon rire.
« Sagesse l’Ancien, même si le plan se déroule sans accroc, il faudra un temps vraiment incommensurable pour que la Lune et les Pilleurs s’évaporent. »
« … »
« Plusieurs Boucles seront peut-être passées d’ici là. Ce qui arrivera à ce moment-là… »
« Sera laissé aux gens de cette époque ? »
« Exactement. Tu comptais vraiment éradiquer toi-même tout le mal de l’univers ? Quelque chose comme ça… »
Calmement, je levai la main et désignai le « ciel ».
« Laissons ça à cette grande personne qui pleure pour les Trois Mille Mondes. Nous n’avons qu’à achever ce que nous pouvons. »
« Je comprends même cela. Alors, le deuxième problème. À vrai dire, c’est le point essentiel. »
« Vas-y. »
« Qui, exactement, administrera la Lune et les Pilleurs pendant ces “âges incommensurables” ? »
« … »
« En fait, inutile de demander. Il faut la Couronne pour gouverner la Lune, et la Couronne est entre tes mains ! »
« … »
« Tu comptes veiller sur le monde aux côtés de la Lune pendant tout ce temps, inimaginable ? »
« … »
« J’ai… un peu peur. Que tu en sois capable, et même si tu l’es… »
« Tu as peur que je sois corrompu ? »
« … »
« Peur qu’à l’image d’Aleph, je sois consumé par une folie incompréhensible et entraîne le monde en enfer ? »
« … Si cela arrive, personne ne pourra t’arrêter. »
Je compris ce que voulait dire Sagesse l’Ancien. Il s’inquiétait pour moi, mais il doutait aussi de moi.
Après tout, Aleph, qui avait créé tous ces problèmes, était un autre moi.
Le temps faisait peur.
Si je passais mille ans, peut-être dix mille, à faire ça…
Un jour, je pourrais devenir quelque chose que je ne comprendrais pas et tenter d’engloutir à nouveau le monde entier.
« Qui surveille les surveillants ? »
« Une ancienne expression romaine. »
« Cette phrase résume bien ta préoccupation. »
« … »
« Si j’administre le monde, qui veillera sur moi ? »
« … »
Heureusement, j’avais aussi préparé une réponse à cette dernière question.
« Ton inquiétude repose sur une fausse prémisse. »
« Quoi ? »
Notes :
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