Chapitre 633
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 632 : Le souhait le plus ancien (13)
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「Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 234
Emplacement actuel : Recherche en cours…
Conseil du Sage : 0」
- Han Ga-in
--- Plouf !
C’était le bruit que j’avais entendu au début de la vision !
Un instant plus tard, le paysage autour de moi se déforma et je retrouvai la réalité.
« Aleph, comment tu te sens ? »
C’était une voix de garçon, qui m’était même vaguement familière.
J’ouvris les yeux malgré le vertige et vis un garçon aux cheveux blonds éblouissants.
« … Prince. »
« Ces souvenirs te sont familiers, pas vrai ? Tu te rappelles un peu mieux le passé, maintenant ? »
D’après les archives de la fenêtre de statut, même en regardant directement le visage du Prince, il m’avait été impossible d’en distinguer les traits.
Ce n’était plus le cas.
Je me souvenais du garçon terrifié que j’avais vu dans la vision.
Il était devenu un grand jeune homme aux cheveux blonds éblouissants, qui me souriait à pleines dents.
À en juger par son attitude, il n’avait pas l’air de vouloir se battre tout de suite.
On aurait dit qu’il avait quelque chose à me dire, et j’avais moi aussi besoin d’un peu plus de temps.
Le temps de me rappeler des souvenirs très anciens.
« C’est juste par pure curiosité, mais qu’est-ce que tu voulais dire par tes derniers mots ? »
« … »
« “Pour me sauver de l’enfer.” Cette phrase. Je ne comprends toujours pas. »
« J’ai perdu tous mes souvenirs de cette époque. Je viens seulement d’apprendre que j’ai dit quelque chose comme ça. Comment veux-tu que je sache ce que ça voulait dire ? »
« C’est vrai, ça aussi. »
Le Prince l’accepta sans discuter.
Ce que je disais se tenait, et il semblait capable de déceler un mensonge sur-le-champ.
Le Prince en vint bientôt au fait.
« Tes souvenirs sont encore flous, mais moi, je n’ai jamais oublié ce jour-là. »
« … »
« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus… Ah, non ? On s’est peut-être rencontrés avant que le temps ne soit remonté ? »
« … Qui sait. »
« Ha ha ! Même pour l’Hôtel, je n’aurais jamais imaginé qu’il existait un outil capable de remonter le temps de l’univers ! »
« … »
« Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais oublié la gentillesse dont tu as fait preuve envers moi. En fait, l’histoire ne s’arrête pas là. »
« Comment ça ? »
« Rien de spécial. Tu m’as recueilli et tu m’as appris toutes sortes de choses. »
« … »
« Pendant un temps, je t’ai considéré à la fois comme mon professeur et comme mon père. »
Le Prince se montrait d’une amabilité excessive.
Je ne pensais pas que tout cela était faux.
D’après les archives de la chronologie disparue, le Prince m’avait appelé Saint Fils dès son réveil.
Il m’avait aussi invité à entrer dans la Lune sans prendre la moindre précaution, par exemple en retenant mes compagnons en otage.
Même après que je l’avais trahi en attaquant la Sainte Mère, il avait accepté mon excuse et m’avait pardonné dès que je lui avais rapporté la tête de Sagesse l’Ancien.
Bref, il ne faisait aucun doute que le Prince me considérait comme un allié.
« Aleph, j’ai eu deux occasions de te tuer. Peut-être même trois. »
« Ce n’est pas ainsi que je vois les choses. »
« Ha ha ! Tu crois que tu aurais pu résister si j’avais essayé de te tuer ? »
« … »
« Admettons. Même dans ce cas, ça ne change rien au fait que j’ai laissé passer plusieurs occasions. À ton avis, pourquoi ? »
« … »
« Et pourquoi crois-tu que je t’ai montré cette vision ? »
« Tu voulais que je redevienne Aleph ? »
« C’est toujours le cas ! Si tu reprends tes esprits, je peux te pardonner tout ce qui s’est passé. »
Il avait l’air d’un souverain qui accordait une dernière chance à un sujet insensé.
Même maintenant, le Prince croyait qu’Aleph était de son côté.
Pourquoi m’étais-je opposé au Prince ?
Il semblait penser que c’était parce que j’avais perdu mes souvenirs de l’époque où j’étais Aleph.
Voilà pourquoi il m’avait montré cette vision.
Il croyait qu’en me rappelant le passé et en redevenant davantage comme Aleph, je reviendrais à ses côtés.
Mais je me rappelais les archives que j’avais laissées dans la chronologie disparue, des souvenirs tout à fait différents.
L’avenir terrifiant que mon ancien moi avait aperçu grâce à sa Clairvoyance absolue !
Mon corps s’était dispersé en un instant en des millions de morceaux de chair.
Il ne restait plus rien de mon corps ; on avait extrait mon cerveau et on l’avait enfermé dans un tube de verre.
Un avenir où seule mon âme subsistait, prisonnière d’un rêve éternel.
Dans le meilleur des cas, le Prince chérissait Aleph comme un animal de compagnie adoré. Dans le pire, Aleph n’était qu’un objet un peu coûteux.
S’il essayait de me rallier maintenant, ce n’était pas seulement parce qu’il tenait à moi. Il pensait qu’en réussissant à m’attirer dans son camp, il pourrait se débarrasser facilement du Bureau de gestion, des Pilleurs et des autres qui faisaient pression sur lui.
Au moment où cette pensée me traversa l’esprit…
« Ah… »
La forme humaine qu’avait prise le Prince disparut sans laisser la moindre trace !
--- Vroooom !
Un immense tremblement résonna dans tout le Domaine sacré, et le paysage changea dans toutes les directions.
Le Domaine sacré, qui avait paru magnifique au premier regard, se transforma en ruines en un instant. Le plafond fermé s’ouvrit.
La chaleur et la lumière qui avaient baigné les alentours disparurent.
Il ne resta qu’un domaine blafard et glacé.
「Quel dommage. Tu croyais que quelque chose changerait si tu venais ici toi-même ?」
Une voix semblable à une tempête, mêlant moquerie, raillerie et une pointe de regret !
--- La-a-a… !
Comme s’ils n’avaient attendu que ça, des hymnes à la Lune retentirent de toutes parts.
Au milieu de ces chants incessants, la Lune prit une ampleur démesurée !
「Pendant que tu mourais encore et encore, perdant des éons, il ne me reste qu’un pas à franchir avant d’atteindre le grand royaume.」
Le Prince continuait à parler tandis que les attaques se succédaient sans répit.
J’étais trop occupé à porter Sagesse l’Ancien et à esquiver la lumière gris-blanc qui tombait du ciel !
Aussi ridicule que cela puisse paraître, aux yeux de la Lune, ce qui se passait n’était même pas une attaque.
Elle exprimait simplement un léger regret d’avoir trahi le Mortel qu’elle avait autrefois considéré comme son professeur !
C’était un espace où la frontière entre l’imagination et la réalité était floue.
Le sentiment qui habitait le Prince était en soi une attaque que je devais esquiver frénétiquement en empruntant le pouvoir du Soleil sacré !
「Aurais-tu succombé à cette idée fausse ?」
Tout le Domaine sacré s’immobilisa, tandis qu’une Couronne doucement lumineuse apparaissait dans les airs.
「Tu crois qu’il te suffit de me prendre la Couronne ?」
À la seconde où je vis la Couronne, je retins mon souffle.
Je déposai même Sagesse l’Ancien, que je portais, puis me dirigeai vers elle.
Une avidité si féroce qu’elle aurait pu embraser mon âme engloutit ma raison en un instant.
Que représentait la Couronne pour moi, pour Aleph ?
C’était un trésor que j’avais convoité, quitte à précipiter en enfer les centaines de personnes devant moi !
Je m’en approchai, comme hébété, et la touchai. Alors une vérité glaciale s’imposa à moi.
Il ne se passa rien.
Rien ne changea.
Pour moi, la Couronne n’était qu’un joli morceau de métal.
「Mon pauvre professeur, seul quelqu’un digne d’accéder au trône peut porter la Couronne.」
« … »
「Tu crois que quelqu’un qui ne fait pas partie de la Royauté peut devenir roi en enfilant des habits d’apparat et en s’asseyant sur le trône ?」
La Civilisation primordiale, qui avait découvert la première le principe de l’Entité de convergence des âmes, vénérait les Regressors comme la Royauté.
Ici, la Royauté désignait uniquement les Regressors issus de la Civilisation primordiale.
Pas ceux qui avaient émergé après la destruction de cette civilisation !
「Tu croyais que tous les Regressors étaient dignes d’appartenir à la Royauté ! Aleph, Aleph, mon pauvre professeur !」
Ni moi ni Aleph, que l’on pourrait appeler mon premier moi, n’étions issus de la Civilisation primordiale.
Je n’étais donc pas digne de porter la Couronne.
--- Fiuu !
À cet instant, quelqu’un m’attrapa et se mit à fuir à toute vitesse.
C’était Sagesse l’Ancien !
« Le plan a échoué, échoué ! »
« … »
« La Couronne n’obéissait qu’au Prince… ! On n’avait aucune chance de gagner comme ça, dès le départ ! »
« … »
« Il faut s’échapper, d’une manière ou d’une autre. Si on vise la prochaine occasion, la prochaine… »
Après avoir utilisé un outil qui bloquait la pression de l’eau, Sagesse l’Ancien en sortit un autre, une sorte de tapis qui avançait à toute vitesse.
Il allait au moins aussi vite qu’une voiture ordinaire.
Contrairement à Sagesse l’Ancien, qui était terrifié à l’idée d’être vaincu, je savais ce qu’il en était, car je regardais derrière nous.
« Regarde derrière toi. »
Fuir ainsi ne servait à rien.
« Quoi… Ah, ah… ! »
La distance entre nous et le Prince n’avait pas augmenté d’un pouce.
Ce domaine tout entier était un royaume onirique créé de bout en bout par le Prince.
Pouvions-nous vraiment nous en tirer en courant ?
Le Prince se contentait de se moquer de la lutte désespérée de Sagesse l’Ancien.
Bientôt, une main lointaine commença à se tendre vers nous.
「N’ayez pas peur.」
« Ah, ah, ah… ! »
「Vous êtes des Mortels extrêmement utiles. La mort n’est pas la fin.」
« Han Ga-in, espèce d’ordure ! »
「Je vais vous recréer. Vous oublierez vos passés inutiles et renaîtrez en serviteurs qui ne me serviront que moi…」
« Tu es vraiment venu ici en ne comptant que sur une Couronne ? »
Voilà pourquoi le Prince était certain de l’emporter et Sagesse l’Ancien certain de perdre.
Le cœur de notre stratégie contre la Lune consistait à obtenir la Couronne et à lui en prendre le contrôle au Prince.
Au dernier moment, nous avions compris que le plan avait été faussé à la racine.
Nous ne pouvions pas obtenir la Couronne, et même si nous y arrivions, nous ne pouvions pas l’utiliser.
Ni moi, ni Aleph, ni Sagesse l’Ancien ne venions de la Civilisation primordiale.
Si nous ne pouvions pas porter la Couronne, il nous était impossible de prendre le contrôle de la Lune.
Notre plan était voué à l’échec depuis le début.
…
Sagesse l’Ancien et le Prince se trompaient.
Je connaissais la nature de la Couronne. Je savais que seul un Regressor de la Civilisation primordiale pouvait l’utiliser.
Je l’avais découvert deux fois : d’abord en tant qu’Aleph, Chercheur en chef, puis en tant que Han Ga-in, participant de l’Hôtel.
Je n’étais pas venu ici sans le savoir.
J’étais venu en toute connaissance de cause.
Je n’étais pas venu prendre la Couronne.
…
Dans ce bref instant où tout sembla s’arrêter, un souvenir lointain me revint à l’esprit.
Était-ce une vision révélée par la Clairvoyance ?
Ou redevenais-je Aleph, comme le souhaitait le Prince ?
Je l’ignorais.
À partir de là, ce ne serait peut-être qu’une histoire sans importance.
Le jour où la tempête faisait rage.
Le souvenir du jour où j’avais désespéré en écoutant le tonnerre.
…
J’étais né humain et j’avais acquis un savoir mystérieux. Ce n’était pas une bénédiction, mais une malédiction.
Parce que j’avais appris qu’il existait d’innombrables étoiles dans cet univers.
Parce que j’avais appris que je n’étais pas une étoile.
J’étais devenu un espoir prometteur du Bureau de protection de l’Humanité et j’avais gravi les échelons.
Couvert de louanges, j’avais connu un bonheur sans égal.
J’avais fini par découvrir un savoir encore plus mystérieux : le principe de la convergence des âmes.
Le désespoir qui avait suivi avait été plus grand encore.
Je n’étais pas simplement une étoile. Je ne pourrais jamais le devenir.
Je n’étais pas né Grand Être.
Je n’étais pas non plus né membre de la Royauté, digne de porter la Couronne.
Quelle vie. Quel destin.
Une larve grouillante, née en enfer, qui y retournait et y renaissait encore et encore.
…
Je voulais devenir une étoile.
Je voulais devenir un Grand Être, briller éternellement dans ce ciel.
Je voulais changer mon destin, moi qui étais né dans un enfer qui ne pourrait jamais devenir le paradis.
Voilà pourquoi, le jour où la tempête faisait rage, j’avais formulé un souhait.
Le souhait le plus ancien.
« … Grand Bouddha. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Si tu es vraiment un être de grande miséricorde et de grande compassion, si tu rêves du salut pour tous les âges… »
« Ce n’est pas le moment de raconter des absurdités… »
« Accorde une chance même aux êtres insignifiants, aussi minuscules que de la poussière dans l’univers. »
Bouddha !
Je t’en ai voulu, et je t’en ai voulu encore.
Pourquoi n’accordais-tu cette possibilité qu’à ceux que tu avais choisis pour suivre la voie du Nirvana ?
Pourquoi seuls ceux qui étaient nés du Chaos ou Regressors de la Civilisation primordiale pouvaient-ils atteindre le Nirvana ?
Je te demande une chance.
Puissé-je, moi qui suis né tout au bas des Six Voies de la Renaissance, dans le Royaume des Enfers, avoir moi aussi la chance d’atteindre le Nirvana !
Alors, je vais formuler un souhait.
Si je ne peux pas atteindre le Nirvana moi-même…
Accorde-moi le pouvoir de voler leur destin à ceux qui peuvent l’atteindre !
Juste après…
Un livre s’ouvrit.
Une phrase dorée unique se mit à luire.
« Sache qu’en dessous du ciel, il n’y a que toi. »
Notes de bas de page :
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