Chapitre 628
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 627 : Le Vœu le plus ancien (8)
──────
- Elena
Une maxime laissée par un grand philosophe.
Je pense, donc je suis.
D’après cette logique, je devais forcément être quelque chose qui existait en cet instant, mais…
Je ne voyais rien.
Je n’entendais rien.
La vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher : je ne percevais plus rien.
La douleur était le seul sens qui fonctionnait encore.
Un mal de tête insoutenable envahissait ma conscience.
À un moment, je me mis à voir et à entendre une sorte de grésillement.
Des bruits que je ne comprenais pas.
Une série d’images que je ne parvenais pas à interpréter.
Ce ne fut qu’alors qu’une vague prise de conscience me vint.
Mes yeux, mes oreilles, mon nez, ma bouche et ma peau, mes anciens sens, avaient disparu. Quelque chose d’autre les avait remplacés et recueillait des informations sur ce qui m’entourait.
Ce qui restait de mon cerveau et de mon âme ne pouvait pas interpréter ces informations. Ils ne pouvaient que ressentir une douleur atroce.
C’était logique.
Si le cerveau était un ordinateur, c’était comme dire soudainement « Bonjour ? » à une machine qui ne comprenait que le langage des uns et des zéros.
Un ordinateur ne pouvait pas comprendre des mots comme ceux-là.
Mon esprit n’arrivait pas à interpréter ces informations.
…
Je ne pouvais pas le maîtriser.
Je ne pouvais pas le maîtriser.
Je ne pouvais pas le maîtriser.
Mon corps renaissant m’envoyait sans cesse des informations incompréhensibles, mais « Elena » ne parvenait à en interpréter aucune.
Je ne pouvais même pas lui donner d’ordres.
C’était absurde, mais j’avais l’impression que mon esprit et mon corps parlaient deux langues différentes.
Trop de changements brutaux étaient survenus avant que je puisse m’y adapter.
…
Pourquoi cela s’était-il produit ? Une menace pour ma vie ?
Les situations où ma vie était en danger étaient monnaie courante dans l’Hôtel ; cela ne suffisait donc pas à l’expliquer.
La Sainte Mère.
J’avais vu un être plus proche de l’immortalité que tous les participants que j’avais rencontrés.
Démembrement ? Décapitation ? Brûlures sur tout le corps ?
Pour la Sainte Mère, de telles blessures n’étaient que des égratignures qu’elle pouvait balayer d’un sourire.
Une créature absurde, capable de se régénérer même si son corps entier était broyé dans un moulin puis dispersé dans l’océan Pacifique !
Non, un minéral.
La Sainte Mère avait remplacé son corps tout entier par du Cristal de Qliphoth et acquis l’immortalité.
Son existence m’avait fait comprendre quelque chose.
…
Un souvenir lointain.
Beatrix, qui nous avait tués encore et encore dans la Chambre 201.
Beatrix avait perdu son corps depuis longtemps. Seul son cerveau, conservé dans une boîte en verre, subsistait.
Le corps que nous avions vu n’était que le résultat de l’Imagination sinistre.
Tout comme le Cristal de Qliphoth, l’Imagination sinistre pouvait remplacer un corps.
C’était aussi un moyen de surmonter à la fois la difficulté de maîtriser les monstres de l’Imagination sinistre et la fragilité de son véritable corps.
J’étais devenue l’Imagination sinistre elle-même. C’était vraiment un pouvoir ultime !
Mais il y avait un problème.
Une limite que Beatrix, la détentrice originelle du pouvoir, n’avait pas, mais que j’avais, moi.
Une limite de temps.
…
Quelque chose tomba.
Puis, quelque part, quelque chose s’effondra.
Rien de ce que je créais ne pouvait exister éternellement.
Mon corps ne faisait pas exception.
Si une création disparaissait, je pouvais simplement récupérer mon pouvoir et la refaire.
Mais qu’en serait-il de mon corps ?
Que resterait-il après sa disparition ?
…
J’avais compris quelque chose.
Oui, mais il me manquait quelque chose.
Il me fallait quelque chose pour combler ce vide.
J’en avais besoin, mais…
J’avais l’impression que j’allais mourir avant de le trouver.
Allais-je mourir si vainement, après avoir eu cette vague intuition au tout dernier moment ?
À cet instant.
Une main salvatrice se tendit vers moi.
Comme toujours, c’était « nous » qui comblions ce qui me manquait.
« E-Elena, grande sœur ! Attends encore un peu, s’il te plaît ! »
Juste avant que ma conscience ne s’éteigne, mon esprit interpréta pour la première fois ces étranges informations.
Des fragments de Cristal de Qliphoth éparpillés partout ?
Comment ces morceaux pouvaient-ils être encore là ?
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 234
Emplacement actuel : Recherche…
Conseil du Sage : 3]
- Han Ga-in
« La date a changé. »
« Oui. »
« … »
« … »
« On a perdu une utilisation du conseil. »
« Oui. »
La veille, j’avais utilisé le premier conseil pour poser une question sur la Plaine des Pécheurs, et le deuxième pour me renseigner sur la Mer la plus profonde.
Le troisième avait disparu quand la date avait changé.
« Je le gardais pour une Alerte au danger. »
« Moi aussi. »
« Si j’avais su que ça arriverait, je l’aurais utilisé. »
« On ne savait pas que la date allait changer… »
Garder une utilisation du conseil pour une Alerte au danger, puis la perdre parce que la date changeait avant qu’on ait pu s’en servir ?
C’était fréquent dans l’Hôtel.
La raison changeait à chaque fois.
Le plus souvent, on se retrouvait pris dans un combat acharné ou plongé dans de profondes réflexions.
Parfois, on ne se rendait pas compte que la date allait changer, parce qu’on ignorait l’heure qu’il était.
Et il arrivait aussi que le cours du temps lui-même soit perturbé.
« On n’y peut rien. »
« Il faut oublier le passé. »
Je hochai la tête et sentis Mi-ro nous regarder d’un air incrédule, à côté de moi.
Dans une situation moins tendue, je m’attendais à ce qu’elle lance quelque chose comme : « Vous vous entendez vraiment bien, tous les deux ! »
« Vous vous entendez vraiment bien, tous les deux ! »
C’était tout Mi-ro.
Elle ne savait jamais retenir ce qu’elle avait envie de dire.
« … »
Il était vrai que je commençais à ressentir une étrange affinité avec Sagesse l’Ancien.
Nous avions la même bénédiction.
D’un certain point de vue, nous étions des rivaux. D’un autre, Sagesse l’Ancien avait passé longtemps à se débattre avec des problèmes semblables aux miens.
J’aurais aimé m’asseoir avec lui et discuter un jour, si nous en avions le temps.
Mais, dans un coin de mon esprit, une voix froide chuchota :
*Sagesse l’Ancien n’a qu’un seul objectif : s’échapper de ce monde factice et monter au troisième étage. Pour y parvenir, il pourrait me trahir à tout moment.*
Enfin, il était naturel que chacun de nous ait ses propres arrière-pensées. Inutile de ressasser la question.
Un autre problème, plus urgent, se posa.
— Gloups !
Mi-ro m’attrapa par le col, les yeux tremblants.
« T-Tu ne sais toujours pas ? Qui va apparaître ? Tu as déjà utilisé un conseil tout à l’heure ! »
« … Et toi, Sagesse l’Ancien ? »
« Désolé. Je n’en ai aucune idée, moi non plus. »
« Et la Sainte Mère ? »
« Rien ne me vient à l’esprit. »
Qui nous attendait dans la zone suivante, la Mer la plus profonde ?
Personne ici n’en avait la moindre idée.
Je comprenais que Sagesse l’Ancien et moi, des étrangers, ne le sachions pas.
Mais comment la Sainte Mère elle-même, qui avait servi la Lune pendant des éons, pouvait-elle ne pas deviner ?
Les deux zones précédentes étaient différentes.
Il nous avait suffi d’entendre les noms d’Église de la Lune et de Plaine des Pécheurs pour prédire que nos ennemis seraient la Sainte Mère et une foule de spectres.
Envisageons le pire.
Et si la Lune utilisait un atout secret, jamais employé auparavant et dissimulé même à sa fidèle Sainte Mère ?
Sagesse l’Ancien marmonna :
« J’y ai pensé aussi. »
« … »
« Et si c’était une arme secrète que la Lune a créée récemment ? »
C’était exactement ce que je pensais.
« Pourtant, la réponse d’hier était différente. »
« … »
« J’ai demandé qui était l’ennemi de la Mer la plus profonde, et la réponse a été : “L’origine de tous les problèmes.” »
« La réponse que j’ai reçue, c’était : “Un être que tu connais déjà.” »
L’origine de tous les problèmes.
Un être que je connaissais déjà.
Ah, j’avais l’impression de manquer d’air.
Ça ne pouvait pas nous répondre clairement, tout simplement ?
Cette fichue Chouette.
« Cet oiseau maudit me tourmente depuis plus de dix mille ans. »
« … »
« Vu les réponses aussi nulles qu’elle donne, ça ne sert à rien de poser d’autres questions. »
Je me sentis soudain plus proche de Sagesse l’Ancien.
Alors que notre frustration atteignait son comble.
— Clac !
« Nous arriverons bientôt dans la zone suivante. »
Les mots « Mer la plus profonde » se mirent à clignoter sur l’écran.
Enfin, Sagesse l’Ancien marmonna d’un air grave :
« Malheureusement, il n’existe pas de plan parfait. Chacun devra improviser. »
— Clac !
Nous étions arrivés.
* * *
La première chose que je remarquai fut une pression irrésistible.
La pression des profondeurs, assez forte pour écraser un humain en un instant !
Nous nous y étions attendus en voyant le nom de la Mer la plus profonde et avions préparé une parade.
Sagesse l’Ancien fit aussitôt apparaître autour de nous une sorte de membrane fine et transparente.
« Elle ne tiendra pas longtemps ! »
Cette membrane était un Outil d’évasion que Sagesse l’Ancien avait obtenu il y a longtemps auprès de l’Hôtel, ou de l’École.
Comme les Bottes ailées ou la Combinaison protectrice, les Outils d’évasion étaient conçus pour une seule personne.
En l’utilisant ainsi pour protéger plusieurs personnes, elle ne tiendrait pas longtemps !
— Fwoosh… !
J’invoquai le Soleil sacré et me dirigeai vers l’entrée de l’ascenseur.
Dès que la membrane se déchirerait, ce serait à mon tour de tenir bon.
En réalité, une telle pression n’avait aucune importance.
Le véritable ennemi de la Mer la plus profonde devait être autre chose !
« Montre-toi… ! »
Tout le monde fixait avec tension les profondeurs de la mer bleue.
— Fwoooosh !
Quelque chose apparut, fendant l’océan.
Il était impossible d’estimer sa taille écrasante.
« … »
Énorme.
Immense.
Écrasant.
Comme si la nature elle-même avait pris vie.
— Biiip !
Un son fantôme résonna dans mon esprit, et mes pensées s’interrompirent net.
J’avais l’impression que quelque chose d’un poids écrasant pesait sur tout mon corps !
Tandis que tout le monde vacillait, pris de vertige, une nouvelle « boîte » jaillit de la main de Sagesse l’Ancien.
« Ouvre-toi ! Boîte de Pandore ! »
La Boîte de Pandore s’ouvrit.
Une voix retentit alors comme une incantation.
« La source de tous les maux a été libérée… ! »
La faim des affamés.
La rage des trahis.
La douleur de ceux qu’on a pendus à un poteau.
Le désespoir de ceux qui ont perdu leur fortune.
L’obsession de ceux qui ont perdu l’amour.
Le chagrin de ceux qui ont perdu leur famille.
L’impuissance des démunis.
Le mal primordial à l’origine de toutes les horreurs du monde !
Un mal féroce se répandit comme une brume hors de la Boîte de Pandore. La forme colossale qui s’approchait de l’ascenseur tressaillit pour la première fois.
Puis une autre incantation retentit.
« Il ne reste qu’une seule chose dans la boîte : l’espoir… ! »
L’espoir, l’étoile du matin qui brillait plus fort que tout au cœur de l’enfer le plus sombre, nous enveloppa tous de sa chaleur.
C’était d’une clarté et d’une fraîcheur incomparables.
Pendant un instant, je ne ressentis plus aucune pression venant du monstre, à l’extérieur de l’ascenseur.
« … Quel Héritage incroyable ! Même pour l’Hôtel, un trésor pareil… »
La voix de la Sainte Mère était empreinte d’une admiration sincère.
« Ce n’est pas le moment d’admirer ! On n’a gagné qu’un peu de temps ! »
La réponse de Sagesse l’Ancien fut ferme.
Il avait raison. Aussi puissant qu’il fût, un seul Héritage ne pouvait réellement menacer un être aussi écrasant.
« M-Mais… Qu’est-ce que c’est que ça ? Ce n’est même pas la Lune elle-même, alors comment une chose pareille peut-elle… »
Sagesse l’Ancien était encore désorienté.
La Sainte Mère et moi, en revanche, avions compris l’identité du monstre.
« C’est aussi la Lune. »
« Quoi ? »
Je le savais.
Je savais qu’un être de ce genre existait, et j’avais même déjà entendu sa voix.
Je n’avais simplement jamais imaginé qu’il apparaîtrait dans une situation pareille !
La Sainte Mère parlait souvent de la Lune et du Prince comme de deux êtres distincts.
Dans les informations que j’avais laissées dans ma fenêtre de statut avant de disparaître, la Lune et le Prince étaient parfois décrits comme deux êtres différents.
Ce n’était pas qu’une étrange façon de parler.
La Lune était une Entité de convergence des âmes de stade 2.
Autrement dit, un dieu incomplet incapable d’unifier ses esprits.
La civilisation primordiale l’avait appelé un « dieu frappé de folie ».
Le Prince n’avait jamais représenté la Lune dans son intégralité.
Il ne faisait que représenter la Lune tout entière grâce au mystérieux pouvoir de la Couronne !
« … C’est l’un des autres esprits de la Lune. »
J’en eus le vertige.
La Sainte Mère de l’Église de la Lune était une adversaire que nous pouvions vaincre au combat.
Les spectres de la Plaine des Pécheurs avaient à peine une once d’intelligence ; notre stratégie de diversion avait donc fonctionné.
Même contre le Prince, dans la dernière zone, le Domaine sacré, nous avions une chance incertaine d’utiliser la Couronne contre lui !
Comment étions-nous censés nous occuper de ce monstre, un autre esprit de la Lune ?
Nous ne pourrions jamais le vaincre par la force.
Il était trop intelligent pour se laisser appâter.
Nous n’avions même pas encore obtenu la Couronne !
Aucune solution ne me venait à l’esprit et j’avais l’impression d’étouffer.
À cet instant.
[Conseils : 3 -> 0]
« Si c’était un atout si parfait, pourquoi le Prince ne l’a-t-il pas utilisé avant d’en arriver là ? »
Notes :
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