Chapitre 615
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 614 : Le Monde volé (29)
──────
- Cinq secondes plus tôt, Ghost Story Mi-ro
Qu’est-ce qui m’arrivait, là, maintenant ?
Reprenons depuis le début, tranquillement.
Même après que Eun-sol eut joué de la Flûte du Repos, rien ne changea.
En observant la scène depuis les profondeurs de la conscience de la jeune Mi-ro, je compris que la Flûte ne fonctionnerait que si l’on perçait un trou dans le « cadre ».
Je repris possession de mon corps pour la première fois depuis longtemps et transperçai le Voile avec la Lance de la Mortalité.
C’est alors que ce phénomène bizarre commença !
La première chose que je remarquai, c’est que tout s’était arrêté.
Comme si quelqu’un avait mis sur pause la vidéo qu’était le monde.
Moi, en train de poignarder l’air avec la Lance de la Mortalité.
Lee Eun-sol, qui jouait de la Flûte.
La Sainte Mère, prête à se battre.
Tous les trois, nous étions figés comme des statues dans ce monde à l’arrêt.
Je ne pouvais pas bouger le petit doigt, ni même un seul cheveu.
…
…
…
Au bout de ce qui me sembla être trois heures, je compris que la Sainte Mère avait lancé du bout du doigt un éclair violet inconnu en direction de Eun-sol.
Pourquoi s’en prenait-elle à Eun-sol avant moi ?
Elle voulait sans doute éliminer d’abord l’adversaire le plus faible !
La situation était grave, mais je n’en avais pas l’impression.
Parce que l’éclair avançait lentement.
Je l’appelais « éclair » uniquement parce qu’il brillait. Il se déplaçait comme un ballon flottant au ralenti.
Une force inconnue semblait avoir immobilisé tout le monde, mais je pouvais utiliser le Prêteur de temps sans bouger un doigt.
Je ricanai intérieurement, sûr de moi, et renvoyai Eun-sol.
…
…
…
Au bout de ce qui me sembla être douze heures, l’éclair violet n’avait parcouru qu’environ la moitié de la distance entre la Sainte Mère et Eun-sol. Cette dernière se tenait toujours, indemne, à la limite de mon champ de vision.
Pourquoi n’avais-je pas réussi à la renvoyer ?
Le Prêteur de temps ne pouvait quand même pas refuser mon ordre ?
C’est seulement alors que je compris.
Mon corps n’était pas figé. C’était le temps autour de moi qui avait ralenti.
Ou peut-être que seule la vitesse de mes pensées était devenue incroyablement rapide.
En réalité, cet éclair violet devait filer à une vitesse phénoménale, sans commune mesure avec celle du son, même s’il n’allait pas tout à fait à la vitesse de la lumière.
Voilà pourquoi, même si le monde entier semblait figé, il ne paraissait pas plus rapide qu’un ballon flottant au ralenti.
C’était pareil pour le Prêteur de temps.
Son aiguille bougeait normalement, en obéissant à mon ordre.
Elle me paraissait simplement incroyablement lente.
Je ne pouvais pas tourner la tête pour vérifier, mais l’aiguille avait peut-être avancé d’environ 0,01 millimètre ?
…
…
…
Après ce qui me sembla être une journée entière, l’éclair se révéla malheureusement plus rapide que l’aiguille du Prêteur de temps.
Il frappa avant que je puisse renvoyer Eun-sol.
L’éclair transperça la tête de Eun-sol, très « lentement ».
Au moment où la tête de Eun-sol disparut, je remerciai sincèrement la Sainte Mère.
Comme elle avait visé la tête de Eun-sol, ses souffrances prendraient fin dans les trente secondes, tout au plus.
Et si elle lui avait coupé un bras ou une jambe pour la menacer ?
Je ne voulais même pas y penser.
À vrai dire, je ne considérais personne d’autre que A-ri comme un compagnon, mais j’avais tout de même un minimum de compassion humaine.
Jusqu’où l’aiguille avait-elle avancé, maintenant ? 0,1 millimètre ?
Le Prêteur de temps n’avait toujours pas fait le moindre clic.
Je commençais à envier les morts.
…
…
…
J’ignorais combien de temps s’était écoulé.
Puis une idée me vint.
Pourquoi l’Immutabilité ne me protégeait-elle pas ?
Je repensai à ce qui s’était passé dans la chambre 206, « Le Roi démon qui se réveille après cent jours ».
À l’époque, le « jeune moi » pouvait bouger sans subir le décalage temporel du Paradis des Profondeurs.
L’Immutabilité pouvait résister aux décalages temporels.
Alors pourquoi ne résistait-elle pas à ça ?
Heureusement, j’avais énormément de temps pour réfléchir et je finis par trouver la réponse.
D’abord, ce que je vivais n’était pas un décalage temporel.
Si le temps lui-même avait vraiment ralenti, personne, à part un observateur extérieur, n’aurait dû s’en rendre compte.
Mes pensées auraient dû ralentir en même temps que le monde.
Le monde s’était arrêté tandis que mes pensées restaient normales. C’était complètement différent d’un décalage temporel.
Quelque chose de bien plus horrible et malfaisant.
Ensuite, l’Immutabilité résistait malgré tout, en ce moment même.
J’avais cru que le Prêteur de temps refusait d’obéir à mon ordre.
Il ne refusait pas : son aiguille bougeait simplement à une vitesse incroyablement lente.
C’était pareil ici.
L’Immutabilité résistait elle aussi, et c’était tout ce qu’elle pouvait faire.
Cela signifiait que Aedia avait dû endurer quelque chose de bien pire encore.
J’étais prisonnier de l’Enfer de l’Éternité.
…
…
…
Ça faisait mal.
Je voulais mourir.
S’il vous plaît, quelqu’un, tuez-moi.
J’enviais Eun-sol, qui avait échappé à cette douleur en mourant.
J’enviais tous ceux qui n’enduraient pas ça.
Une colère sans fin bouillonnait en moi.
Je voulais mettre Song-i en pièces pour avoir cherché à découvrir la vérité.
Quoi ? Elle avait appris la vérité sur la Lune grâce aux Perspectives diverses ?
Si elle avait vraiment vécu ce phénomène, elle serait restée immobile et serait devenue folle en une seconde.
Elle avait seulement ressenti un truc du genre : « On dirait qu’il se passe quelque chose de bizarre ! »
Je voulais brûler Ga-in vif pour m’avoir entraîné dans cet enfer.
Il se donnait toujours des airs supérieurs avec sa fichue Clairvoyance !
Tu es le chef : comment peux-tu laisser ton compagnon subir ça ?
Tu es pire que les Silencieux… !
Et ce n’était pas tout.
J’en voulais à A-ri de ne pas m’avoir encore sauvé.
Mook-seong me dégoûtait de ne pas avoir encore utilisé Encore une chance.
Et pourtant —
Au fond, je le savais.
Personne ne pouvait savoir qu’un tel enfer nous attendait après l’arrachement du royaume des rêves.
Ce n’était la faute ni de Song-i ni de Ga-in.
Et c’était encore moins la faute de A-ri ou de Mook-seong, qui n’étaient pas là.
Je savais aussi autre chose.
Même en sachant que ma colère ne servait à rien, je passerais un temps incommensurable à rejeter la faute sur les autres.
Je les accuserais, comprendrais que ça ne servait à rien, désespérerais, puis recommencerais ce cycle de lamentations.
…
…
…
Ma vue s’assombrit.
Rien d’extraordinaire. Les gens fermaient et rouvraient naturellement les yeux de temps à autre, et le moment était simplement venu pour moi de les fermer.
J’allais rester plongé dans le noir pendant des mois.
Peut-être que l’obscurité avait aiguisé mes sens et m’avait donné une capacité étrange.
Je pouvais sentir les légers mouvements de l’aiguille du Prêteur de temps sans même la regarder.
Je percevais ces infimes mouvements.
Song-i, le matin.
Eun-sol, à midi.
A-ri, le soir.
Ga-in, à minuit.
L’aiguille avait dépassé Song-i, atteint Eun-sol et se dirigeait vers A-ri.
Après une période environ trente fois plus longue que tout ce que j’avais déjà enduré, je pourrais invoquer A-ri.
Je voulais mourir.
…
…
…
Avec tout ce temps pour réfléchir, une évidence finit par s’imposer.
Par exemple, ceci.
La même chose se produisait-elle dans les autres Arches ?
Chaque âme capturée par une Arche traversait-elle ce processus ?
Non.
A-ri, qui connaissait bien les Arches, n’avait jamais mentionné un phénomène pareil.
C’était propre à la Lune.
La Lune était différente des autres Arches.
Pourquoi faisait-elle ça ?
Pourquoi infligeait-elle un enfer si atroce aux âmes qu’elle avait englouties ?
Juste pour les torturer ?
Pour exprimer sa cruauté ?
Parce que c’était un être sadique ?
Non.
La Lune avait un objectif précis.
…
…
…
Une histoire d’éternité.
Tout au nord s’étendait une terre appelée Svithjod. On y trouvait un rocher.
Il faisait cent milles de haut et cent milles de large.
Tous les mille ans, un petit oiseau venait aiguiser son bec contre ce rocher.
Quand le rocher aurait complètement disparu, une seconde d’éternité se serait enfin écoulée.
Chaque grain de sable d’une plage avait autrefois fait partie de la croûte ou du manteau terrestre.
Au fil des ères, les vagues avaient inlassablement érodé les rochers, jusqu’à faire naître des grains de sable.
Les montagnes avaient leur individualité et leurs caractéristiques propres, contrairement aux grains de sable.
Chaque grain de sable n’était qu’un grain de sable.
L’éternité, c’était le processus qui transformait les montagnes en grains de sable.
Ah…
Je compris.
La Lune avait créé cet Enfer de l’Éternité pour « purifier » les âmes qu’elle engloutissait.
C’était un processus qui ramenait à leur état primordial les âmes marquées par l’individualité de la vie.
Je commençais à m’oublier.
…
…
…
Ce dont je me souvenais à mon sujet.
Quand j’étais enfant, un monstre qui ressemblait au père Noël m’avait attaqué, puis le Bureau de gestion m’avait sauvé.
Alors que je travaillais comme agent, j’avais appris que bon nombre des Silencieux avaient sombré dans la Corruption, et j’avais décidé d’éliminer les hauts responsables du Bureau de gestion.
J’avais gravi l’Hôtel en étant déterminé à le faire, mais j’avais échoué.
Malgré tout, un arrangement appelé « A-ri » avait fini par fonctionner, d’une façon ou d’une autre, et m’avait donné une Prochaine chance.
Même à ce moment-là, il ne me restait que « une heure » sur le Prêteur de temps…
Avec l’aide du Grand Être recroquevillé dans la chambre 207, le Praticien, j’avais échappé à la limite de temps.
Ensuite, j’avais découvert les secrets de la réalité et étais arrivé au cœur de la Lune.
Était-ce vraiment la vérité ?
Ou bien tout cela avait-il seulement un sens ?
À un moment donné, certains souvenirs s’étaient brouillés et je n’étais plus capable de m’en rappeler clairement.
Même les révélations bouleversantes que je pensais ne jamais oublier n’étaient plus que de vagues réminiscences.
Peut-être que toutes ces informations n’étaient que des illusions que j’avais imaginées.
Peut-être n’avais-je jamais quitté l’Hôtel et étais-je toujours prisonnier de l’Enfer gelé, en plein cauchemar.
Peut-être même le souvenir de mon enfermement dans l’Enfer gelé n’était-il qu’une autre illusion.
Alors, qu’étais-je ?
Quelle sorte d’être était ce « moi » qui souffrait ?
Peut-être même la douleur n’était-elle qu’une illusion.
Peut-être avais-je toujours été un être prisonnier d’une photographie immobile, et une anomalie m’avait-elle donné la capacité de penser.
…
…
…
Durant cette seconde interminable, j’envisageai d’innombrables fois de rendre le contrôle de ma conscience à la jeune Mi-ro.
La jeune Mi-ro devait vaguement sentir ce qui se passait, elle aussi, mais seulement vaguement.
Contrairement à moi, qui ressentais pleinement la douleur de l’éternité, elle ne vivrait sans doute ça que comme un rêve bizarre.
Je voulais réveiller la jeune Mi-ro et me rendormir.
Je voulais échapper à cette souffrance éternelle.
Mais une autre pensée me traversa l’esprit.
Même moi, avec ma longue carrière d’agent et mon expérience des enfers de l’Hôtel, je souffrais à ce point…
La jeune Mi-ro pourrait-elle supporter le Rêve de l’Éternité ?
Ce désespoir avait poussé l’Immutabilité à ses limites. Le jeune moi n’y survivrait pas.
Comme les innombrables âmes que la Lune avait englouties jusqu’ici, elle perdrait aussitôt le sens d’elle-même et ne se souviendrait plus de qui elle était.
Je ne devais pas l’oublier.
La jeune Mi-ro était la seule à être « réelle ».
J’étais un spectre qui hantait le corps de Mi-ro, rien de plus qu’un phénomène de récit de fantômes.
Je devais tenir bon.
S’il fallait que quelqu’un devienne fou, ce devait être moi. S’il fallait que quelqu’un parte en cendres, ce devait être moi.
Alors seulement, « nous » aurions une Prochaine chance.
…
Quand mes pensées en arrivèrent là, j’entendis le murmure de quelqu’un que je croyais ne plus jamais entendre.
« Il y a longtemps, quand je t’ai vu, seul un destin sombre et trouble s’ouvrait devant toi. »
Le Praticien ?
« Je me suis demandé si je devais te laisser partir ou t’accorder le repos éternel. Qu’est-ce qui serait le Salut ? »
Était-ce une hallucination née de mon désespoir ?
« Enfant, si tu le souhaites, je peux encore t’accorder le repos. »
Ou bien une disposition laissée par le Praticien, qui avait imparfaitement entrevu un avenir lointain ?
Ma conscience se dispersa comme des bulles tandis que je réfléchissais.
Le repos. Quelle douce tentation.
J’avais déjà crié d’innombrables fois que je voulais mourir.
Est-ce que je voulais vraiment mourir ?
…
Je n’étais pas quelqu’un de bien.
Sacrifier quelques-uns pour sauver le plus grand nombre était une habitude chez moi. Je n’étais pas moins meurtrier que les bouchers dont l’Histoire se souvenait.
J’étais un raté.
Un perdant incapable de diriger correctement moins de dix personnes ordinaires à l’Hôtel des Profondeurs marines.
J’étais imbu de moi-même, stupide, et pire que la fille que j’avais obtenue par un vœu.
Je n’étais même plus humain.
J’étais une histoire de fantômes, un phénomène, une Entité du Chaos.
Rien de plus qu’un fantôme parasite dans le corps de la jeune Mi-ro.
Mais.
Je n’étais pas du genre à mourir facilement.
En tout cas, je n’accepterais pas encore ma fin.
Je ne disparaîtrais pas comme ça avant d’avoir au moins pu enfoncer correctement ma lance dans quelqu’un !
C’est pourquoi je pus répondre au Praticien.
« Je n’ai pas besoin de repos ! »
La douleur, c’est l’existence.
Je souffre.
Donc, j’existe.
À cet instant, je sentis le sourire de quelqu’un.
« Comme prévu, tu es mon œuvre. Une copie supérieure à l’original. »
Je vis une main invisible.
C’était une expression contradictoire, mais je ne trouvai pas de meilleurs mots.
Cette main saisit l’aiguille du Prêteur de temps, qui avançait tranquillement entre midi et le soir, et la fit avancer de force !
--- Clac !
Enfin, l’aiguille du Prêteur de temps atteignit « A-ri, le soir ».
J’eus pitié de ma fille, qui allait apparaître.
Je la plaignais, car je savais quelle douleur l’attendait pendant « très longtemps ».
Une seconde éternelle s’écoula encore.
…
Le confinement spatial du « Polyèdre irrégulier » scella la brèche ouverte par la Lance de la Mortalité.
Cela signifiait que toutes les souffrances prenaient fin.
…
Les cinq secondes, qui avaient duré plus longtemps qu’une vie entière, étaient terminées.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>