Chapitre 608
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 607 : Le Monde volé (22)
──────
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 229
Lieu actuel : Recherche en cours...
Conseil du Sage : 0]
— Han Ga-in
L’Hôtel Delight se transformait en « Pionnier » ?
Eun-sol marmonna, perplexe.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Mi-ro et Mook-seong n’avaient pas l’air de comprendre la situation non plus. Ça doit être le chaos là-bas. Ils nous ont juste dit ce qu’ils avaient à dire, puis ils ont raccroché brusquement. »
« … Si l’Hôtel Delight devient l’Hôtel Pionnier, c’est peut-être normal que tout soit le chaos à chaque seconde. »
Après un moment de silence, Jin-cheol se gratta la tête et me demanda :
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« … »
« On a récupéré le Miroir, neutralisé la Sainte Mère pour le moment et même trouvé quelque chose qui ressemble à une réponse. »
« C’est vrai. »
« Tu as un plan pour la suite ? »
« … »
Quand j’avais lancé toute cette histoire, je pensais que tout serait réglé rapidement.
Je croyais qu’il me suffisait de contacter la Lune qui s’était éveillée après la destruction, de découvrir sa faiblesse et comment la vaincre, puis de remonter le temps.
Neutraliser la Lune avec l’aide des Pilleurs ?
Ça valait trente points, tout au plus.
Le vrai problème, lui, restait entier. Il n’y avait qu’un seul monde, mais beaucoup trop d’Arches.
Eun-sol me demanda avec prudence :
« On va retourner à l’époque d’origine après avoir recueilli davantage d’informations ? »
« … »
Je me sentais oppressé.
C’était cette sensation que j’avais éprouvée vers la fin de presque chaque Salle maudite.
J’avais plein d’informations éparses, mais impossible de trouver l’indice qui les relierait toutes.
« Retournons d’abord à l’Hôtel Delight. »
* * *
Sur le chemin du retour, les Pilleurs ne nous gênèrent plus.
Après que nous avons neutralisé la Sainte Mère, ils devaient être désorientés et ne plus savoir qui était de quel côté.
De l’autre côté, la réaction fut tout autre.
« Beurk… ! C’est quoi, ce bordel… ? »
« Restez près de moi ! Je vais continuer à jouer de la Flûte ! »
« Regroupez-vous autour d’Eun-sol ! »
Au coucher du soleil, une lumière cramoisie apparut dans le ciel nocturne et une pression atroce s’abattit sur nous, presque impossible à supporter.
Je le sentais.
Une voix venait de ce royaume lointain, au-delà de la frontière entre le réel et l’irréel, là où se trouvait le trône de la Lune !
[Traître]
[Être stupide et ignorant]
[Saint Fils déchu]
[La voix d’un rebelle t’a-t-elle ensorcelé ?]
Je sentais distinctement cette volonté m’accabler, m’insulter et me condamner.
« Rejoins Eun-sol ! »
« Ouais, idiot ! Qu’est-ce que tu entends ? »
« Ça va. »
« Comment ça, ça va ? »
J’allais vraiment bien.
C’était grâce à l’Éveil de Serena, que j’utilisais pour la première fois depuis que je l’avais obtenu dans la Salle 207.
« Je l’avais déjà senti, mais maintenant que je l’entends de nouveau, j’en suis sûr. »
« De quoi ? »
« Cette voix n’est pas une voix unique. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« … »
Le fait que j’entende plusieurs voix semblait important, mais je ne comprenais pas ce que ça signifiait.
A-ri changea de sujet.
« La Lune va descendre pour récupérer le Miroir ? »
« Tu te souviens de ce qu’a dit Aedia ? Si elle pouvait intervenir aussi facilement, elle ne nous aurait pas envoyés à sa place. »
« C’est vrai. »
« Il lui faudra du temps pour se préparer. »
« Donc elle finira par venir. »
« On doit agir avant. »
Si nécessaire, il faudrait remonter le temps avant que ça arrive.
« Ah ! Là ! Je vois l’Hôtel Delight ! »
Je levai les yeux, résistant à cette pression qui me donnait l’impression d’avoir un rocher de plusieurs centaines de kilos posé sur la tête, et souris malgré moi.
« Waouh… C’est incroyable. Félicitations, Eun-sol ! »
Séoul était devenue un champ de ruines d’après-guerre, ravagée par l’affrontement des Transcendants.
Au milieu de ce paysage infernal, un seul bâtiment était resté parfaitement intact.
Il ne s’agissait pas d’une structure qui aurait miraculeusement résisté alors que tout autour avait été détruit.
Il était si impeccable qu’on l’aurait pris pour un bâtiment tout juste construit dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre !
« Waouh ! À ce rythme, ce n’est plus seulement le meilleur hôtel de Corée. C’est le meilleur hôtel de la Terre. Félicitations, Eun-sol. »
Eun-sol sourit, gênée, et balaya le compliment d’un geste.
À la tombée du soir, nous étions de retour à l’Hôtel Delight.
* * *
[Lieu actuel : Passage de liaison du niveau 3, en construction...]
Dès que nous franchîmes les portes de l’Hôtel Delight, le brouillard dans ma tête se dissipa.
Ce n’était pas le moment de réfléchir ou de s’inquiéter !
« Beurk ! C’est quoi, ce bordel ? »
« C-c’est donc pour ça qu’ils ne répondaient pas au téléphone… »
« Ahhh ! Bande de salauds ! Qu’est-ce que vous faites à mon hôtel ?! »
De l’extérieur, le bâtiment avait l’air anormalement intact, mais voilà le bazar qui nous attendait dès qu’on mit le pied dedans !
Des blocs de béton flottaient comme des briques vivantes et reconstruisaient les lieux en temps réel ?
Toutes les pièces étaient démantelées puis réassemblées, et transformées en quelque chose de complètement différent ?
Pas étonnant que nos compagnons restés à l’Hôtel Delight ne répondent à aucun appel !
« Ha, hahaha ! »
« Tu ris ? »
— Boum ! Crac !
« Ah ! »
« Haha ! Jin-cheol, occupe-toi d’Eun-sol ! »
Qui aurait cru que je vivrais un jour quelque chose d’aussi absurde ?
J’avais vu autrefois un film célèbre sur les rêves, et voilà que des scènes de ce film se déroulaient sous mes yeux.
« Le lieu actuel est passé à “En construction”… Ah ! »
Un morceau de béton plus grand que mon torse fila vers moi en un instant !
Pendant un instant, je crus qu’il m’avait pris pour cible.
Mais non.
Les travaux étaient simplement d’une complexité tellement absurde qu’ils se fichaient de savoir si des gens se trouvaient à proximité !
Alors que tout le monde, complètement perdu, ne pouvait que crier de panique, la fenêtre de discussion se mit à clignoter frénétiquement.
Kim Mook-seong : À l’ascenseur ! Maintenant !
* * *
[Lieu actuel : Niveau 1, couloir]
— Ding !
« … »
Le spectacle familier, bien trop familier, du premier étage de l’Hôtel Pionnier.
« Ga-in ! A-ri ! »
« Arrête de traîner comme ça. »
A-ri râla, mais serra quand même Mi-ro dans ses bras, sans insister.
— Crissement !
Pero était même là.
Pero aurait dû être avec Ictus à l’entreprise. Était-il venu ici avant la destruction de Séoul ?
En contemplant le calme du premier étage, mes jambes flanchèrent et je m’effondrai par terre.
« Oh là là ! Ga-in ! »
J’avais l’impression que ça faisait une éternité que je n’avais pas entendu la voix d’Elena.
Bientôt, Eun-sol, A-ri et Jin-cheol s’assirent à leur tour, l’air épuisé.
Grand-père nous observa et prit la parole avec précaution.
« Hum… les enfants. Je crois qu’on devrait d’abord dîner. »
* * *
« Deux steaks hachés, sauce spéciale, laitue ! »
« C’est quoi, cette chanson ? »
Jin-cheol répondit à sa place :
« Fromage, cornichons, oignons, dans un pain au sésame ! »
« Tu connais même le refrain par cœur ? »
« Hé ! Quand j’étais fauché, les Big Mac, c’était mon plat de base. »
Deux hommes adultes mangeaient les hamburgers de l’Hôtel en chantant la chanson du Big Mac.
C’était moins drôle qu’absurde.
Mi-ro s’adossa au mur, dégoûté, tandis qu’A-ri riait comme si elle n’en revenait pas.
« Ah, c’est parce que toute la situation est absurde. »
« Pourquoi ? »
« Dehors, la réalité est un enfer où la Lune est censée engloutir toute l’humanité, et dix Arches attendent de s’emparer du monde sûr… »
« … »
« Et puis on entre dans l’Hôtel, et on se retrouve dans un monde complètement différent. Ce burger est incroyable. »
« Le jus dégouline de partout. »
Grand-père, qui écoutait, esquissa un sourire amer.
« Notre objectif de départ n’était-il pas de fuir cet Hôtel infernal et de retourner dans la réalité ? »
« … »
« Et maintenant, nous voilà à dire que l’Hôtel vaut mieux que la réalité. »
On aurait dit de l’humour noir, mais c’était vrai.
« Au moins, l’Hôtel nous donne cinq chances. »
« C’est vrai. »
Eun-sol soupira et marmonna :
« Je n’aurais jamais imaginé que Delight se transformerait en Pionnier à la suite de mon vœu. »
« C’est vraiment le meilleur hôtel du monde. »
« Delight est en train de devenir le troisième étage de l’Hôtel Pionnier ? »
L’idée était bizarre, mais parfaitement plausible selon les critères de l’Hôtel.
Le premier étage se trouvait dans le ciel, et le deuxième à l’intérieur d’une Boule à neige domestique.
Que le troisième se trouve dans un autre hôtel n’avait rien d’extraordinaire.
Grand-père secoua la tête.
« Euh, j’ai entendu dire que c’était un peu différent. »
« Quoi ? »
« On m’a dit que ça deviendrait une sorte de zone intermédiaire, ou de passage. Au sens large, ça fait peut-être partie du processus qui permettra au troisième étage d’apparaître. »
Delight ne devenait pas le troisième étage de l’Hôtel Pionnier.
Il se transformait en zone intermédiaire ou en passage reliant le deuxième et le troisième étage ?
« Grand-père, qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Je n’en sais rien non plus. »
« Qui t’a expliqué ça, au juste ? »
Elena répondit à sa place.
« Eun-sol, personne ne nous l’a expliqué. Il y a un livret. »
— Tac !
Le livret contenait plusieurs avis, dont l’explication que Grand-père venait de nous donner.
« “L’Hôtel décline toute responsabilité envers les personnes qui pénètrent dans la zone de travaux.” Depuis quand l’Hôtel a-t-il jamais pris la responsabilité de quoi que ce soit ? »
« Ça nous dit de faire attention quand on va dans la zone Delight. »
« C’est quoi, ça ? “À défaut de gâteaux de riz” ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est un calendrier… Ah ? Ga-in ! Regarde ! »
Dès que je vis le calendrier, j’ouvris grand les yeux.
« Quand est-ce qu’il est apparu ? »
Elena eut l’air déconcertée.
« Hein ? Il n’y avait pas de calendrier quand j’ai vérifié hier… »
Mi-ro demanda d’un air absent :
« Ça veut dire quoi, “à défaut de gâteaux de riz” ? »
« … Quand on déménage ou qu’on fait des travaux, on offre généralement des gâteaux de riz à ses voisins. »
« Parce que ça fait du bruit ? »
« Oui. »
La date du jour était marquée et, dix jours plus tard, on avait dessiné une « lune rouge ».
Impossible de l’interpréter autrement.
« … Ça veut dire que la Lune va venir dans la réalité dans dix jours ? »
« La Lune va venir dans la réalité ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Mi-ro et les autres avaient l’air perdus. A-ri leur expliqua donc prudemment tout ce qui s’était passé jusque-là.
Une fois qu’il eut compris la situation, Grand-père la résuma :
« Oh ! Donc après avoir semé un sacré bazar, Ga-in, tu as trouvé une réponse qui vaut trente points ? »
« Oui. »
« Tu as récupéré le Miroir de l’Arche du Bureau de gestion et scellé cette personne dangereuse qui vous surveillait, la Sainte Mère ou je ne sais quoi ? »
« C’est ça. »
« Du coup, tu t’es mis la Lune à dos, et elle va apparaître dans la réalité dans dix jours pour récupérer ton Miroir ? »
« Je crois. »
La pièce retomba dans le silence.
A-ri murmura :
« On a encore un peu de temps, dix jours. Reposons-nous pour l’instant et réfléchissons à ce qu’on fera à partir de demain. »
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 230
Lieu actuel : Lieu actuel : Niveau 1, chambre 105, « Salle de repos »
Conseil du Sage : 3]
Tard dans la nuit.
La date changea et mon nombre d’utilisations du Conseil fut réinitialisé.
Allongé sur le lit, je réfléchissais, l’esprit vide.
Que devrais-je faire demain matin ?
Recueillir encore des informations ?
J’avais déjà obtenu toutes celles qu’il était raisonnablement possible d’obtenir.
Et le résultat, c’était une réponse qui valait trente points.
La Chouette avait dit qu’il fallait arranger le plateau de sorte que tout le monde puisse en profiter.
S’éloigner du principe même du jeu des chaises musicales ?
Forcer plusieurs personnes à s’asseoir sur une même chaise ?
Fabriquer davantage de chaises ?
« C’est frustrant. »
N’y avait-il pas quelque chose qui pourrait simplement balayer ce plateau en désordre ?
Non, j’avais l’impression d’avoir fourré deux cents patates douces dans ma bouche.
Où était le soda qui pourrait tout faire passer d’un coup ?
[Conseil : 3 -> 2]
« Que penses-tu de cette situation ? »
Je posai la question poliment.
Même moi, je voyais qu’elle était vague. Mais si je voulais une réponse parfaite, j’avais l’impression qu’il fallait la formuler ainsi.
[Sais-tu pourquoi nous t’accordons des périodes de repos ?]
« … Oui. »
Pourquoi l’Hôtel avait-il créé la chambre 105 et nous accordait-il des pauses entre les épreuves des Salles maudites, avec des activités comme l’Heure de fête ?
Parce qu’il fallait se reposer pour bien juger.
Quand on s’agitait dans tous les sens, son jugement s’affolait lui aussi.
Dans ce contexte, le conseil de la Chouette voulait peut-être me dire de me reposer et de réfléchir.
* * *
Tôt le matin.
Dès que je retrouvai mes compagnons, je leur parlai du conseil que j’avais reçu à l’aube.
A-ri pencha la tête et demanda :
« Tu crois que la Chouette t’a dit de te reposer et de réfléchir ? »
« Je pense qu’il va forcément se passer quelque chose d’étrange si on retourne dans la réalité maintenant. »
« Probablement. »
« Alors, restons quelques jours à l’Hôtel. »
« … Jusqu’à quand ? »
« Enfin, il faudra sortir avant que la Lune descende. Un jour a passé, il en reste neuf. »
Nous décidâmes donc naturellement de rester quelques jours à l’Hôtel.
Vers l’heure du déjeuner, j’étais assis à la table du coin-collation quand je tombai sur Eun-sol.
« Tu ne trouves pas ça bizarre ? »
« Quoi donc ? »
« Pourquoi Delight s’est-il transformé en Pionnier précisément maintenant ? »
« Parce que tu as fait un vœu… »
« Non, non ! Je parle du moment où c’est arrivé. »
« Le moment ? »
En tant qu’utilisatrice de la Main avide, elle avait dû remarquer quelque chose que personne d’autre n’avait senti.
« La Main avide n’est pas un pouvoir qui exauce les vœux plusieurs mois plus tard. »
« Maintenant que tu le dis, c’est vrai. »
Comme l’avait dit Eun-sol, un changement avait eu lieu dès que la Main avide avait été utilisée.
Elle exauçait le vœu sur-le-champ, ou du moins déclenchait un événement nécessaire à l’obtention de ce qu’on désirait.
« Tu pourrais poser la question avec ton Conseil ? Ça n’a peut-être aucune importance… mais ça en a peut-être une. »
Les questions portant sur la bénédiction d’un autre Participant consommaient de la Contribution.
Mais qu’importait la Contribution, puisque j’avais déjà reçu ma quatrième amélioration ?
[Conseil : 2 -> 1]
« Le Participant Lee Eun-sol a utilisé la Main avide il y a plusieurs mois. Pourquoi Delight ne se transforme-t-il que maintenant ? »
[Le Passage de liaison du troisième étage se forme quand ses conditions sont réunies. La Main avide a seulement désigné l’emplacement du passage.]
« Qu’est-ce que ça a dit ? »
« Ça a dit que le Passage de liaison du troisième étage se forme quand ses conditions sont réunies, et que la Main avide n’a fait que désigner son emplacement. »
A-ri, qui écoutait non loin de là, répondit :
« Ça veut dire que les conditions ont été réunies indépendamment de la Main avide, et que le Passage de liaison du troisième étage est en train de se former. »
Eun-sol demanda de nouveau :
« Alors, mon vœu a désigné Delight comme emplacement du Passage de liaison du troisième étage, qui devait apparaître un jour ? »
« Je pense. »
Il y avait autre chose que je voulais savoir.
« Si Delight ne se transforme que maintenant, ça veut dire que les conditions ont été réunies récemment, non ? »
« Probablement. »
« Quelles sont ces conditions ? »
« … Demande-le aussi. »
« Hmm, c’est presque une question en deux parties. »
J’espérais que ça en valait la peine.
[Conseil : 1 -> 0]
« Quelles sont les conditions pour que le troisième étage se forme ? »
[Quand il semble que vous êtes qualifiés pour tenter l’épreuve du troisième étage.]
« … »
C’était une réponse riche de sens.
Elle révélait clairement la différence entre les premier et deuxième étages et le troisième.
Si les premier et deuxième étages étaient des endroits que les Participants devaient surmonter pour survivre, qu’ils le veuillent ou non…
Le troisième étage était un endroit que seuls les Participants qui le souhaitaient pouvaient affronter, après avoir prouvé qu’ils en étaient dignes.
« Qu’est-ce que ça a dit, cette fois ? »
« … Il se forme quand nous semblons qualifiés. »
« Waouh ! Ça veut dire qu’on fait quelque chose de bien ? »
« On dirait bien. »
En regardant Eun-sol rire comme si l’idée était absurde, je me posai une question.
Une question qui me semblait nouvelle, alors qu’elle n’aurait pas dû l’être.
Pourquoi le troisième étage existait-il ?
* * *
[Date : Jour 231]
Je passai toute la matinée allongé dans le Champ de neige, à admirer le paysage hivernal.
Puis je me demandai soudain ce qui se passait à l’extérieur de la Boule à neige.
Vers le soir, je montai dans la zone Delight, toujours en travaux, pour jeter un œil. J’y remarquai quelque chose d’étrange.
« Une sculpture ? »
Jin-cheol, qui examinait attentivement les environs, réagit comme s’il ne voyait pas de quoi je parlais.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Tu ne la vois pas ? »
« C’est juste un rocher, non ? »
J’allais plaisanter sur sa vue qui baissait quand la sculpture redevint un rocher.
« … »
Ce n’est qu’alors que je compris que c’était toujours un rocher.
La Clairvoyance, qui s’était manifestée sans que j’en aie conscience, m’avait montré que le rocher deviendrait plus tard une sculpture.
Étrangement, la sculpture ressemblait à « quelqu’un ».
Je savais aussi que l’identité de ce « quelqu’un » n’avait pas encore été décidée.
« Ça dépend encore de ce qu’on fera. »
« Quoi ? »
« Rien. »
« Alors, ne dis rien, idiot. »
* * *
[Date : Jour 232]
Vers le soir, Eun-sol s’approcha de moi, l’air un peu inquiet.
« Ga-in, tu as trouvé des indices ? Je ne sais pas… »
« Essaie de voir les choses du bon côté. Même les Regressors qui ont passé des milliers, voire des dizaines de milliers d’années à moisir n’ont pas trouvé la solution. Ce serait étonnant qu’on la trouve tout de suite. »
« … Tu utilises bien le Conseil, hein ? »
« Tous les jours. »
« Tu ne sais vraiment rien ? »
« J’ai appris une chose. »
« Comme on pouvait s’y attendre de toi, Ga-in ! Quoi donc ? »
« Le véritable objectif de l’ancien Participant. »
« L’ancien Participant ? Ah, Sagesse l’Ancien ? Son objectif est que les Pilleurs gagnent… »
« Même ça, ce n’est qu’un moyen. »
Le véritable objectif de Sagesse l’Ancien était, en un sens, très simple.
« Est-ce que connaître son véritable objectif peut encore nous aider ? »
« Il faut que ça nous aide. »
* * *
[Date : Jour 233]
Je buvais un soda à la table du coin-collation quand j’entendis la voix joyeuse d’A-ri.
« Ah, laisse tomber ! »
« Hein ? »
A-ri répondit brièvement à Mi-ro, qui avait sursauté, comme si de rien n’était.
« Au pire, le monde ne s’arrête qu’une fois ! Où est le problème ? »
« … »
« Ouais ! Même si la réalité est détruite, l’Hôtel, lui, sera tranquille ! »
« … On devrait tous rester à l’Hôtel après avoir remonté le temps ? »
J’avais peur que l’Hôtel nous mette à la porte.
Mais surtout, j’avais dit qu’on devait se reposer tout en réfléchissant, et pourtant tout le monde semblait soumis à un stress énorme.
* * *
[Date : Jour 234]
Le temps passa à toute vitesse et nous voilà déjà au soir du cinquième jour.
Je mangeais des jajangmyeon quand je levai les yeux, surpris par le silence. Tout le monde avait l’air abattu.
Nous avions passé cinq jours à nous inquiéter et à tenir des réunions, mais mes compagnons n’avaient apparemment trouvé aucune autre solution.
Quelqu’un suggéra d’un air sombre qu’on devrait peut-être au moins tenter la réponse à trente points.
A-ri, la tête baissée, s’assit puis me demanda :
« … Qu’est-ce que tu en penses ? »
« Hmm ? »
« Tu ne sais vraiment rien du tout ? »
« Je suis arrivé à ma propre conclusion. »
« Une conclusion ? »
« J’en ai parlé à Eun-sol avant-hier. Réfléchis. Même les monstres qui ont subi des dizaines de Boucles, voire davantage, dans la réalité n’ont pas trouvé de réponse. »
« … C’est vrai. »
« Tu crois vraiment qu’on peut résoudre un problème aussi difficile du premier coup ? »
« … »
« Un esprit humain ne peut pas résoudre ça. C’est impossible. »
Grand-père soupira.
« Bon sang, gamin ! On a dit dès le premier jour qu’il fallait se reposer. Tu as vraiment complètement arrêté de réfléchir ? L’idée, c’était de réfléchir dans un environnement confortable… »
« Demain. »
« Quoi ? »
« J’ai vérifié la date avec la Chouette. Demain, on sort. »
Elena répondit, perplexe :
« Hein ? M-mais demain, ce n’est pas le jour où la Lune est censée apparaître dans la réalité, si ? Tu as dit que c’était dans dix jours, il en reste donc encore cinq… »
« Je ne vais pas rencontrer la Lune. »
« Quoi ? »
Je souris à tout le monde.
« Je vous l’ai dit, non ? On dirait que c’est un problème qu’un esprit humain ne peut pas résoudre. »
« Qu’est-ce que tu veux dire par là… »
« Il nous faut une sagesse qui dépasse l’humanité. Une sagesse assez grande pour trouver en un instant la réponse que la personne la plus intelligente du monde ne pourrait pas découvrir, même après mille ans de réflexion ! »
Jin-cheol marmonna, abasourdi :
« Ça existe, un truc pareil ? »
Un royaume au-delà de la sagesse, au bord même de la folie !
J’avais déjà effleuré ce royaume, autrefois.
Je ne m’en étais éloigné qu’après être retourné dans la réalité.
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 235
Lieu actuel : 1, Uisadang-daero, district de Yeongdeungpo, Séoul
Conseil du Sage : 3]
Je quittai l’Hôtel, qui m’avait semblé être le paradis, et retournai dans la réalité.
En marchant près de l’Assemblée nationale, au milieu de la fumée âcre, je compris enfin que la réalité avait littéralement pris fin.
Quand je retournerais dans le passé, les bâtiments effondrés et le reste retrouveraient leur état d’origine.
Mais je ne pouvais rien faire pour les dizaines de millions d’âmes, au bas mot, que la Lune avait déjà englouties.
« … »
J’étais si accablé par une culpabilité écrasante que j’avais à peine la force de respirer…
Pour être honnête, pas du tout.
Ce n’était pas comme si j’avais tué des gens pour le plaisir. Je n’avais pas le choix si je voulais en sauver davantage.
L’évaluation que Prévoyance avait faite de moi semblait assez juste.
Je respirai l’air infect et contemplai le ciel pendant trente minutes.
— Brrr… !
Une vibration familière parvint à mes oreilles.
Aujourd’hui.
Sagesse l’Ancien allait mourir, et j’allais retrouver ma Clairvoyance complète.
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