Chapitre 600
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 599 : Le Monde volé (14)
──────
– Cha Jin-cheol
Appartement 203, bâtiment 8, résidence Seocho Blue Damien.
J’avais entendu dire que c’était une résidence de luxe, réputée même à Séoul, où les prix de l’immobilier étaient notoirement élevés.
— Dring !
Pour un endroit pareil, la réception téléphonique était désastreuse.
Enfin, c’était probablement moins la faute de la résidence que celle du monde, qui était en train de sombrer dans le chaos.
« Ah, je me demandais qui n’arrêtait pas de m’appeler de l’étranger. Recrue Cha ! »
« Ça fait un bail. On a travaillé ensemble à Busan, tu te souviens ? Je comptais te recontacter après, mais… »
« Oublie les politesses ! Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as besoin d’un service ? »
Après quelques échanges, j’entendis l’aisance dans la voix de mon interlocuteur.
C’était difficile de trouver des gens comme ça, de nos jours.
N’était-ce pas le moment où l’Arche, apparue soudain dans le ciel, provoquait l’Enlèvement ?
L’apocalypse qu’on ne voyait d’ordinaire que dans les œuvres de fiction était devenue réalité, et le monde entier avait depuis longtemps sombré dans le chaos.
Pourtant, mon interlocuteur était un agent et un Régresseur, comme moi.
Que le monde touche à sa fin ou non, qu’il embarque dans l’Arche ou pas, il croyait qu’il y aurait une prochaine vie. Voilà pourquoi il n’avait pas peur.
« Senior, tu as vu le message que je t’ai envoyé ? »
« Oui ! Ce sont les adresses de simples citoyens qui vivent au Texas, non ? »
« S’il te plaît, tue-les tous avant la fin de la journée. »
« … »
Après un instant de silence, il demanda : « Ce n’est pas une mission difficile… mais je peux savoir pourquoi ? »
« Tu sais qu’un membre des Silencieux vient de quitter la branche coréenne, non ? »
« J’ai entendu dire qu’il avait disparu… »
« Il est revenu. Tu sais que je suis proche de “cette personne”, pas vrai ? »
« … C’est un ordre de “cette personne” ? D’accord. Tu as autre chose à me dire ? »
« C’est un conseil personnel. Quand tu auras fini, tu devrais te suicider toi aussi. »
« … Je ne sais pas ce qui se passe, mais merci. »
« De rien. »
— Clic !
L’appel prit fin.
« Hé ! »
C’était assez drôle de parler d’A-ri comme de « cette personne ».
L’homme que je venais d’appeler était l’agent Lee Seok-hyeon, l’un des nombreux agents que j’avais rencontrés quand je travaillais pour le Bureau de gestion.
À vrai dire, nous n’étions pas si proches.
Je l’avais appelé uniquement parce que Lee Seok-hyeon était le seul agent que je connaissais qui se trouvait actuellement en Amérique.
C’était déjà drôle d’appeler quelqu’un comme ça à l’improviste pour lui demander de tuer des gens, mais qu’il accepte aussitôt, c’était tout aussi inhabituel.
Ce n’était probablement pas parce qu’il faisait confiance à Cha Jin-cheol, la jeune recrue.
Il avait dû croire qu’il s’agissait d’un ordre de « Kim A-ri des Silencieux », réputée proche de moi.
Ces moments-là me faisaient prendre conscience de l’importance réelle d’A-ri.
Quoi qu’il en soit, j’avais apparemment réussi à « évacuer » la famille de Sang-hyeon et celle de l’agent Mook-seong aussi.
J’avais plus ou moins terminé ce que j’avais à faire à l’extérieur ; il était donc temps de rentrer…
— Grésillement !
Hein ? Je n’avais même pas touché à la télécommande. Pourquoi la télé venait-elle soudain de…
「Alerte aux catastrophes imminentes !
…
D’autres consignes suivront…」
— Grésillement !
「Alerte aux catastrophes imminentes !
…
D’autres consignes suivront…」
« … »
En voyant ces mystérieuses alertes surgir les unes après les autres, je compris.
Le véritable événement de la Fin des temps venait de commencer !
« Pourquoi fallait-il que ça arrive maintenant ? »
Ga-in m’avait dit que la Lune allait bientôt se préparer à aspirer toutes les âmes du monde.
Ça ne pouvait être que ça.
La Lune avait-elle corrompu les alertes des dernières forces du Bureau de gestion, qui avaient senti que quelque chose clochait ?
Si je sortais, la Lune allait-elle ébranler l’esprit des gens ordinaires depuis le ciel ?
« Hé ! Même moi, je comprends ça ! Tu crois vraiment que je vais me laisser berner et sortir ? »
Je m’adressai avec assurance à quelqu’un dont j’ignorais où il se trouvait, mais j’avais déjà mal au crâne.
Et si je ne sortais pas ?
J’étais vraiment coincé tout seul dans cet appartement sinistre ?
Pourquoi fallait-il que ça arrive alors que j’étais séparé de mes compagnons ?
Mais c’était toujours mieux que de me faire laver le cerveau dehors.
J’avais une chance de merde, mais vu les circonstances, je devais m’estimer heureux.
Quoi qu’il en soit, toute mon énergie me quitta et je m’assis sur le lit poisseux.
— Grincement !
« Ah, allez. On dit que ces appartements coûtent cher, ils auraient quand même pu acheter un lit correct… Désolé. Pourquoi je dis ça, moi ? »
Le problème, ce n’était pas le lit, mais le fait que j’étais trop lourd ?
Je poussai un soupir et réfléchis lentement à la suite.
Et puis…
— Boum !
« … »
— Boum, boum, boum, boum, boum, boum !
Quelqu’un tambourinait frénétiquement à la porte.
« Qui est là ? »
Des voix confuses répondirent, comme s’ils n’attendaient que ça.
« Ha ha ! Monsieur de l’appartement 203 ! Sortez ! »
« Qu’est-ce qu’ils fabriquent, à rester enfermés comme ça ? »
« Vous n’avez pas entendu l’alerte qui vous disait de sortir ? »
L’alerte était apparue moins de dix minutes plus tôt. Ils étaient déjà tous sous le charme ?
— Boum, boum, boum !
« Appartement 203 ! Appartement 203 ! J’ai dit, sortez ! »
« Quels entêtés ! Tout le monde est sorti tout de suite ! »
« Qui habitait dans l’appartement 203, déjà ? »
« Le médecin, son épouse et leur fille au lycée… »
« Pas un médecin, un vétérinaire ! »
« Mais la voix du vétérinaire a toujours été aussi grave ? »
Le vacarme était assourdissant, et les voix étaient nombreuses. Plus de dix personnes devaient s’être rassemblées devant la porte.
— Grésillement !
La télé s’alluma de nouveau.
« Quoi ? Je l’ai même débranchée… »
Comme pour prouver que le quartier était riche, l’immense écran de cent pouces affichait un plateau de journal télévisé. En son centre était assis un présentateur dont les yeux luisaient d’une lueur inquiétante.
「Appartement 203, bâtiment 8, résidence Seocho Blue Damien.」
« Waouh, vous connaissez même l’adresse ? Impressionnant. »
「Je vous dis cela pour votre bien. Sortez. Venez recevoir le salut…」
Le présentateur, qui débitait son discours, tressaillit soudain et se tut.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
Il avait clairement l’air de sortir d’un film d’horreur, mais maintenant, il se contentait de regarder autour de lui sans rien dire.
« Vous n’étiez pas en train de dire quelque chose ? »
「…」
« Ah, c’est parce que l’endroit est un peu en désordre ? Avant, c’était propre. »
「…」
— Boum ! Crac !
Un bruit terrible retentit à la porte.
On aurait dit qu’ils l’attaquaient à coups de marteau ou d’armes contondantes pour l’enfoncer.
« Pourquoi ces connards tiennent-ils tant à faire sortir une seule personne ? »
De nos jours, les gens ne savaient même pas qui habitait à côté. Qu’est-ce qui leur prenait ?
Incrédule, je m’approchai de la porte et vis qu’un grand trou y avait bel et bien été percé.
« Hahaha ! Appartement 203, appartement 203 ! On entre bientôt ! »
« On vous avait dit de ne pas rester enfermés ! »
« On… »
— Dring !
Alors, j’ouvris tout simplement la porte.
Ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle s’ouvre aussi brusquement. Celui qui la défonçait avec un outil bizarre eut l’air décontenancé.
« Euh, euh… »
« Entrez donc. Vous avez l’air d’avoir tellement envie de visiter les lieux. »
Ils entrèrent, l’air hébété.
Une fois la porte ouverte, j’entendis ce qui se passait dehors. La même scène se répétait dans toute la résidence.
En bref, les gens sous le charme entraînaient de force dehors ceux qui ne l’étaient pas.
« Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? »
« Euh, euh, c-c’est… ! »
Ceux qui parlaient d’une voix délirante quelques instants plus tôt regardaient autour d’eux dans l’appartement 203 comme s’ils avaient perdu leur âme.
« Ah, c’est parce qu’il y a des cadavres par terre ? »
Appartement 203, bâtiment 8, résidence Seocho Blue Damien.
L’adresse de la maison de Song-i, que j’avais entendue auparavant.
Les cadavres étendus au sol étaient ceux des parents de Song-i.
Après avoir d’abord évacué les parents de Seung-yeop, j’avais aussi envoyé ceux de Song-i dans un endroit sûr.
Pour quelqu’un qui ignorait la situation, je devais avoir l’air d’un tueur en série, là, tout de suite.
Mais après avoir entendu les explications de Ga-in, j’avais compris.
Ah… !
Le soleil s’était couché et la Lune s’était levée : les notions de bien et de mal avaient donc été inversées.
L’endroit le plus sûr au monde, c’était l’Au-delà, et tuer des gens revenait à leur sauver la vie.
« Ah ! »
« Pourquoi vous êtes si choqués ? Vous n’avez jamais vu de cadavre ? Ça arrive, les gens tuent des gens. Pourquoi en faire toute une histoire ? »
« U-un meurtre ! »
« Un meurtre ? »
« Un… un fou a assassiné le couple de vétérinaires de l’appartement 203… »
— Bang !
La tête de l’homme qui se trouvait devant explosa.
« C-comment quelqu’un peut avoir une arme à feu en Corée… »
« Mon métier est un peu particulier. »
— Bang ! Bang !
Les têtes de ceux qui se trouvaient derrière lui éclatèrent l’une après l’autre.
Bientôt, l’appartement 203 compta sept cadavres.
« … »
Mon cœur battait à tout rompre, saisi par un sentiment de culpabilité instinctif.
À l’inverse, mon esprit ne cessait de me rappeler la froide vérité.
Je ne tuais personne ; je les envoyais simplement dans un endroit sûr.
« … »
Si je restais autant que possible dans la résidence et que je faisais attention, je pensais pouvoir éviter de tomber sous le charme de la Lune.
— Grincement !
« Hein ? Qui… »
— Bang !
Je devais garder mes balles pour la suite.
J’évacuais des civils vers la zone de sécurité absolue que la Lune ne pouvait atteindre : l’Au-delà.
Huit.
Neuf.
Dix.
À un moment, je cessai de compter.
…
Pour traverser un monde dévoré par la folie de la Lune, il était essentiel de disposer de capacités de protection mentale.
Les compagnons restés à l’Hôtel Delight avaient la Flûte d’Eun-sol, la fenêtre de statut, l’Immutabilité, Miroir limpide, eau calme, Eau immobile, et d’autres choses encore. Ils devraient s’en sortir, non ?
Il me serait difficile de quitter la résidence pour l’instant.
Que devais-je faire ?
— Grincement !
Je retournai dans l’appartement 203 et m’approchai de l’écran, qui brillait toujours de mille feux.
Le présentateur étrange me regarda d’un air épuisé.
« Hé, il y a d’autres personnes dans la résidence ? »
「…」
« Tu peux te déplacer d’un téléviseur à l’autre, entrer dedans et en sortir, pas vrai ? Envoie-les tous ici. »
「…」
« Tu ne m’entends pas ? Espèce d’enfoiré ! Il faut que j’aille te trouver pour te forcer à le faire ? T’as beau avoir l’apparence d’une femme, tu crois que je ne peux pas te frapper ? »
Alors que je discutais tranquillement avec le présentateur digne d’un film d’horreur, de l’autre côté de l’écran…
「Espèce de démon… Kyaa !」
« Hein ? Quoi ? »
Il se passait encore quelque chose d’étrange !
« Mais qu’est-ce que… »
Le présentateur, serviteur de la Lune, était attaqué par quelque chose ?
* * *
「Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 227
Emplacement actuel : Hôtel Delight, district de Yeongdeungpo, Séoul
Conseil du Sage : 3」
– Han Ga-in
Le monde avait vraiment commencé à devenir fou.
Les voix surexcitées des gens ensorcelés par la folie de la Lune, qui avaient envahi les rues, résonnaient de toutes parts.
« Le salut est arrivé ! Le salut est arrivé ! »
« Maitreya est venu nous sauver ! »
J’étais monté seul sur le toit de l’Hôtel Delight.
Dans le ciel nocturne obscur, une faible source de lumière cramoisie brillait.
La Lune n’était pas encore complètement descendue.
« … »
J’observai la Lune en me servant de la fenêtre de statut pour me protéger les yeux. C’était comme regarder le soleil à travers un film polarisant.
Tout comme un film ne pouvait pas bloquer entièrement la lumière du soleil, la fenêtre de statut ne pouvait pas non plus bloquer tout le pouvoir magique de la Lune.
Enfin, c’était pour ça que j’étais sorti.
Les voix que j’avais déjà entendues se firent de nouveau entendre.
「Professeur」
「Chercheur」
「Mage」
La Lune me parlait.
「Lâche」
Cette fois, un mot qui n’y figurait pas auparavant s’était ajouté.
« Lâche ? Pourquoi ? »
「Je sais. Le vrai toi est à l’intérieur du bâtiment.」
J’étais une Entité invoquée que Mi-ro avait appelée avec le Prêteur de temps.
Si cela devenait trop difficile à supporter, il me suffisait d’écrire un point d’exclamation sur la fenêtre de statut pour que Mi-ro lance aussitôt le Rappel.
« Je l’admets. Je suis un peu lâche. Mais tu peux vraiment voir d’un seul coup d’œil que je suis une Entité invoquée ? »
「Traître」
「Arrogant」
J’en avais eu une vague impression auparavant, mais l’entendre de nouveau me le confirma.
Une seule voix ne s’élevait pas de la Lune.
D’innombrables voix s’y mêlaient au hasard, ce qui les rendait difficiles à comprendre.
Un bon nombre d’entre elles semblaient aussi appartenir à des enfants immatures.
Leurs consciences avaient-elles échoué à fusionner correctement ?
「Professeur」
« … »
L’histoire que Mi-ro m’avait racontée.
Il y a longtemps, le « Chercheur » avait libéré une certaine Entité du Chaos que le Bureau de gestion gardait en confinement.
Cette Entité du Chaos était devenue la source de toutes les catastrophes.
…
Cette voix était-elle peut-être celle de quelqu’un qui me faisait le plus confiance ?
« Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire. »
Je fis de mon mieux pour avoir l’air de correspondre à l’image qu’évoquait le mot « professeur ».
「Professeur, beaucoup de gens doutaient de vous… mais moi, j’ai toujours cru en vous.」
Pour la première fois, j’entendis une histoire précise.
« Merci. Si tu peux, tu pourrais m’en dire plus ? »
「Professeur…」
« Si tu as quelque chose à me dire, dis-le-moi… »
「Ils arrivent.」
« Quoi ? »
「Comme avant, les Pilleurs arrivent encore !」
« Hé, qu’est-ce que tu racontes, les Pilleurs… »
「Ah… Ils arrivent ! Le monde a été arraché des mains d’un voleur, et voilà qu’un autre voleur approche !」
Le ton avait changé.
Les voix qui descendaient de la Lune se firent aussi beaucoup plus fortes !
La Lune était excitée !
「Je suis le fils aîné de ce monde. Personne ne peut me prendre ce qui m’appartient. Plus jamais ce monde ne me sera dérobé !」
En proie à une douleur violente, comme si mon cerveau fondait, je griffonnai à toute vitesse sur la fenêtre de statut.
À cet instant, une phrase que j’avais oubliée depuis longtemps apparut sous mes yeux.
Le titre de l’épreuve que la Compréhension du scénario m’avait indiqué dès le début !
« Le Monde volé »
「!」
Le Rappel se déclencha aussitôt et mon corps s’effaça.
Ce fut mon dernier souvenir.
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