Chapitre 591
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 590 : Le Monde volé (5)
──────
- Mi-ro
Comment le sable des plages s’était-il formé ?
D’après ce que j’avais appris à l’école, il provenait à l’origine de gros cailloux et de rochers.
Pendant des dizaines de milliers, voire des centaines de millions d’années, les vagues avaient inlassablement martelé ces cailloux et ces rochers.
À force d’être brisés, puis broyés, ils avaient fini par former d’immenses plages de sable.
Des vagues d’informations me martelaient sans relâche.
Une tempête de connaissances faisait rage, incessante et éternelle, sans la moindre pause.
Ici, l’esprit fragile d’un humain était comme de l’argile molle.
Il ne lui faudrait pas des centaines de millions d’années. En quelques mois à peine, il serait réduit en minuscules grains de sable.
…
Je sentis un mur solide me protéger.
Contrairement au contenu précaire appelé « Mi-ro », le réceptacle qui m’abritait était incomparablement plus solide que n’importe quelle pierre ou roche.
C’était une flamme qui ne s’éteignait pas, même au fond des mers, une glace qui ne fondait pas, même dans la lave.
Le Pouvoir de l’Immutabilité me protégeait !
--- Flash !
Ma vision s’éclaircit.
* * *
« … Hein ? »
Je me réveillai dans un endroit qui ressemblait à une salle de classe vide.
Honnêtement, je n’aimais pas vraiment les écoles…
Tandis que je regardais autour de moi et que je marchais, je sentis quelqu’un derrière moi.
« Qui êtes-vous ? »
En me retournant, je vis une fille aux beaux cheveux noirs qui lui tombaient sous la taille.
Elle avait l’air d’avoir seize ou dix-sept ans et me semblait étrangement familière…
« P-Prévoyance ! »
C’était la fille du tube de verre !
Elle avait l’air d’avoir douze ans tout à l’heure, alors je ne l’avais pas reconnue immédiatement.
Elle sourit légèrement, comme si elle était amusée.
« Prévoyance ? Tu connais ma bénédiction ? Hmm… Tu me dis quelque chose, mais je n’arrive pas à me rappeler où je t’ai vue. Pour information, ce n’est pas mon nom. Je m’appelle ○■☆. »
« … »
Seule la partie où elle avait dit son nom m’était incompréhensible.
En voyant mon air perplexe, la fille parut incrédule.
« Tu veux essayer de dire ton nom, cette fois ? »
« M-Mi-ro ! Je m’appelle Mi-ro ! »
Elle me répondit par un sourire légèrement amer.
« Je ne comprends pas. »
« Hein ? Mon nom, c’est… »
« Non, ça suffit. Appelle-moi simplement Prévoyance. Quelle est ta bénédiction ? »
« … Immutabilité. »
« Alors je t’appellerai Immutabilité. Reste ici un instant. »
Prévoyance sortit bientôt de la salle de classe et cria à pleins poumons :
« N’entrez pas ! »
Il y avait d’autres personnes ici ?
À peine Prévoyance revenue, je lui demandai :
« I-Il y a d’autres personnes ici, à part nous deux ? »
« Bien sûr. Il y en a plusieurs. »
« Où est-ce que… »
« Arrête. Immutabilité, je te dis ça pour ton bien. Ne te laisse pas aller à une curiosité inutile. »
« … »
« Tu as une raison d’être ici, n’est-ce pas ? Pourquoi es-tu venue me voir ? »
Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais il était vrai que j’étais venue voir Prévoyance.
« J’ai une question… »
« Laquelle ? »
« T-Tu étais censée déjà la connaître ?! »
Prévoyance pencha la tête.
« Ce n’est donc pas toi qui veux poser la question ? Quelqu’un t’a envoyée à sa place ? »
« C’est ça. »
« Cette personne t’a dit que je saurais quelle était la question ? »
« Oui. »
C’était ce que Dominion m’avait dit.
« … Qu’est-ce que je suis censée demander ? »
« Je crois qu’elle répondra d’elle-même. Nous lui avons déjà posé d’innombrables questions. »
En entendant parler de Dominion, Prévoyance éclata de rire, comme si elle trouvait ça amusant.
« Donc, Dominion est une personne qui s’est échappée de l’École ? On dirait qu’elle ne sait presque rien sur moi. Ce n’est pas étonnant, venant de quelqu’un d’assez lâche pour envoyer une autre personne à sa place. »
L’École ?
« L’École ? Euh, Dominion fait aussi partie des Silencieux. »
« Les Silencieux ? Qu’est-ce que c’est ? »
Elle ne connaissait pas les Silencieux ?
« Les dirigeants du Bureau de gestion ! »
« Qu’est-ce que le Bureau de gestion ? »
« Euh… Des gardiens qui protègent un monde pris dans une Boucle ? C’est une façon très généreuse de le dire… »
« Aaaah ! »
« P-Prévoyance ? »
« Ne balance pas une bombe pareille sans prévenir ! Qu’est-ce que tu as dit ? Un monde pris dans une Boucle ? Une organisation secrète qui le gère ?! »
« … »
C’était étrange.
D’après Dominion, Prévoyance vivait dans la réalité depuis très longtemps…
Pourquoi ne connaissait-elle ni la Boucle ni le Bureau de gestion ?
J’avais entendu dire que même Ga-in savait au moins que le Bureau de gestion existait avant d’entrer dans l’Hôtel…
Est-ce qu’elle venait d’une époque encore plus ancienne que celle de Ga-in ?
D’une époque où le Bureau de gestion cachait complètement son existence aux gens ordinaires ?
« Ha ! J’ai l’impression de devenir folle. Bref, tu as dit que je devais répondre de moi-même, alors je vais dire ce que je veux. Je vais parler de moi ! »
Une histoire sur Prévoyance elle-même.
« Je ne pense pas être une élève très sage, ici. Je n’arrête pas d’essayer de voir au-delà des limites de mes capacités. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Ma bénédiction, Prévoyance, est un pouvoir extrêmement dangereux. Selon la façon dont on l’utilise, il peut rapprocher quelqu’un de l’omniscience, mais… »
« Mais ? »
« Ni un humain ni même mon Sponsor ne peuvent supporter toutes ces connaissances. »
« … »
« Mon Sponsor m’a mise en garde encore et encore. Trop, c’est aussi mauvais que pas assez. Ne dépasse pas tes limites. »
« Tu ne devrais pas faire ce qu’il t’a dit ? »
« J’essayais de le faire. Jusqu’à juste avant de te parler. »
« Hein ? »
Prévoyance tendit la main dans le vide, l’air hébété.
À ce simple geste, je le sentis vaguement.
Prévoyance s’aventurait en terrain dangereux !
« C’est trop tard, maintenant. Comment pourrais-je m’arrêter ? Un pas de plus, et tous les secrets du monde m’attendent ! »
« Non… »
« T’écouter me rend folle. Le monde est pris dans une Boucle ? Il y a une organisation secrète qui le gère ? Après avoir entendu quelque chose d’aussi incroyable, tu me demandes de me retenir ? »
« N-Ne fais pas ça… »
« Peut-être qu’au bout de ce chemin, une version complètement folle de moi m’attend. Mais je n’y peux rien. Vraiment ! Je n’ai pas l’intention de devenir une lâche qui craint un prix qu’elle ne paiera que bien plus tard ! »
--- Vrombissement !
J’entendis le tonnerre.
C’était le bruit qui annonçait la fin de la conversation à « cette époque ».
C’était aussi le cri de douleur d’un Sponsor qui venait de comprendre que la perte de sa participante était désormais certaine.
…
En retournant dans le tourbillon d’informations sans fin, je compris vaguement ce qui venait de se passer.
J’avais rencontré Prévoyance à l’époque où l’Hôtel s’appelait « l’École », alors qu’elle et ses amis surmontaient les épreuves de l’École.
La raison pour laquelle Prévoyance ne connaissait ni les questions du Bureau de gestion ni quoi que ce soit de la réalité était simple.
À « cette époque », Prévoyance ne s’était même pas encore échappée du deuxième étage !
Et j’avais attisé la curiosité de Prévoyance, qui essayait de tenir bon en suivant les avertissements de son Sponsor, et je l’avais poussée sur la voie de la folie !
J’avais rencontré Prévoyance après qu’elle était devenue une déesse folle dans sa quête de l’extrême, mais la raison de sa folie, c’était qu’elle m’avait rencontré dans le passé ?
Prévoyance était devenue folle il y a longtemps, mais la cause de sa folie, c’était moi, venue du futur ?
Je ne comprenais pas.
Je savais aussi qu’il ne fallait pas chercher à comprendre.
* * *
L’endroit où je me réveillai ensuite était une zone semblable à une grotte, remplie de machines étranges et de câbles noirs.
Je n’avais pas fait deux pas que je sentis quelqu’un à côté de moi.
« Ça fait longtemps. »
« … Prévoyance ? »
« Oui. J’ai un peu changé, pas vrai ? »
Cette fois, elle avait l’air d’avoir entre vingt-cinq et trente-cinq ans.
Sans la ressemblance entre les deux situations, j’aurais peut-être eu du mal à croire qu’il s’agissait de la même personne.
« J-J’ai compris ce qui se passe ! »
« Ce qui se passe ? »
« Plusieurs versions de toi, issues de différentes époques, apparaissent devant moi en ce moment, n’est-ce pas ? Au début, c’était toi dans le passé… »
« C’est une question de point de vue. »
« Quoi ? »
« De ton point de vue, Immutabilité, on dirait que plusieurs versions de moi, issues de différentes époques, apparaissent devant toi. Du mien, tu surgis soudainement comme un fantôme, à plusieurs années d’intervalle. »
« … »
« Ça a dû être frustrant, la dernière fois. Tu étais venue ici pour obtenir la réponse à une question, sur ordre de quelqu’un, n’est-ce pas ? Pourtant, je ne savais même pas quelle était la question. »
« Tu sais ce que c’est, maintenant ? »
« Oui. Ce que le Bureau de gestion veut savoir de moi est simple : comment retarder l’Éveil de la Lune. »
C’était une information que nous avions apprise après être sortis dans la réalité.
Il y avait une Lune sous la Terre, et celle-ci était un être semblable au Roi démon.
Par rapport à une Salle maudite, la Lune correspondait au Prisonnier de la réalité.
Le Bureau de gestion voulait que Prévoyance lui explique comment retarder l’Éveil de la Lune !
« Chaque fois que le Bureau de gestion détectait des signes annonçant l’éveil imminent du Démon de la Lune, il construisait une Arche et s’enfuyait vers la Boucle suivante. Mais le Bureau de gestion a appris une chose terrifiante. »
« Q-Quoi donc ? »
« L’Éveil de la Lune se produit de plus en plus tôt. »
« Hein ? »
« On dit que, dans les Boucles d’il y a très longtemps, il avait lieu après le vingt-cinquième siècle. Mais il s’est produit de plus en plus tôt et, à ton époque, c’était déjà au vingt-et-unième siècle. »
« … »
« Et s’il se produisait encore plus tôt ? »
« A-Alors… »
« C’est la pire fin possible que le Bureau de gestion puisse imaginer. Il s’enfuit vers la Boucle suivante à bord de l’Arche, mais découvre que le Démon de la Lune s’est déjà éveillé à son arrivée. »
« … »
« L’Arche arrive juste devant le Prisonnier. Crunch ! Et l’histoire du Bureau de gestion s’arrête là. »
Je ne pouvais plus respirer.
« T-Tu sais comment retarder l’Éveil de la Lune ? »
Prévoyance avait l’air étrangement vide.
« … Premièrement. »
« Premièrement ? »
« À moins de remonter très loin dans le passé, il est déjà trop tard à l’époque d’où tu viens. Il n’y a aucune solution. »
« Euh… »
« Deuxièmement. »
« Deuxièmement ? »
« Un conseil pour toi, plutôt que pour le Bureau de gestion : laisse le monde être détruit. »
« Quoi… »
« Regarde ce qui se passe après sa destruction. La réponse s’y trouve peut-être… »
« Comment ça, “peut-être” ?! Tu ne sais rien de plus ? »
Prévoyance sourit alors avec amertume.
« Désolée. Moi non plus, je ne connais pas la réponse. Parce que… »
« Parce que ? »
« C’est un domaine où la pire fin s’est réalisée parce que personne n’a trouvé la réponse. »
Quoi…
Prévoyance sourit radieusement et actionna les machines fixées au mur. Un sifflement retentit, suivi de bruits mécaniques et d’un autre son étrange venu de toutes parts.
« C-C’est des pleurs ? On dirait… »
« Un bébé qui pleure. »
« Un bébé ? »
« On pourrait l’appeler le dernier survivant… »
Le dernier survivant ?
À cet instant, le plafond de la grotte s’ouvrit.
Ah… !
Je le vis.
Je le vis, après tout.
La seule source de lumière qui éclairait le ciel sombre : une Lune cramoisie.
C’était un monde plongé dans un silence absolu.
Une terre déserte où avaient disparu jusqu’aux traces d’intelligence capables d’éprouver la douleur, le chagrin ou le désespoir.
Alors que l’écrasante pression de la Lune me forçait à m’agenouiller, Prévoyance murmura :
« J’attends ici la touche finale. »
« … La touche ? »
« La dernière miséricorde de celui qui pleure sur les Trois Mille Mondes. »
Celui qui pleure sur les Trois Mille Mondes ?
« Nous serons bientôt recueillis par sa main. Tu devrais quitter cet endroit avant. »
--- Vrombissement !
À l’ultime instant, je vis une main gigantesque s’étendre depuis l’autre côté du ciel vide.
Je vis Prévoyance s’agenouiller et pleurer à la vue de cette main.
Même au pire du pire, alors que toutes les tentatives de l’humanité avaient échoué, il semblait rester une dernière chance.
…
Au nouveau grondement du ciel, ma conscience se brouilla.
Il me restait encore un voyage à faire.
* * *
« … »
Je me réveillai devant le tube de verre que je connaissais bien.
Devant moi se tenait une fille de douze ans au regard absent.
Étais-je revenue au « présent » ?
« Mi-ro. »
Prévoyance connaissait maintenant mon nom.
« Je vais te raconter la troisième histoire. Celle de ton amour à sens unique. »
Notes de bas de page :
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