Chapitre 585
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 584 : À la veille de la tempête — Réveillon du Nouvel An (3)
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— Lee Eun-sol
Avec le recul, le voyage de Ga-in sur l’île de Jeju n’avait-il pas marqué un tournant ?
Après que Ga-in, qui avait assez d’énergie pour ignorer à moitié la recommandation de l’hôtel — « arrête de courir partout et repose-toi » — se fut effondré, nous nous étions tous reposés comme de gentils petits moutons.
Cela ne voulait pas dire que nous ne faisions rien, comme des chômeurs.
Je me consacrais à la gestion de l’hôtel, Elena avait repris son rôle de propriétaire de l’Esper et Jin-cheol s’était investi dans son travail d’agent.
Bien sûr, nous nous contentions plutôt de donner le meilleur de nous-mêmes dans les rôles qui nous avaient été attribués. C’était un peu différent.
…
Le temps passa à toute vitesse et l’année changea. Nous étions déjà à la mi-janvier.
D’après mes calculs, cela faisait probablement cent soixante-douze jours que nous avions échappé à l’hôtel.
Le moment où nous devions agir, « six mois plus tard », n’était plus très loin.
La véritable catastrophe allait-elle bientôt commencer ?
Nous avions décidé de mettre nos activités personnelles de côté et de rester ensemble à partir de maintenant.
C’était pour cela que Jin-cheol et moi roulions en limousine pour aller chercher les autres.
* * *
« Waouh, Jin-cheol, tu t’es sacrément amélioré au volant. Franchement, il y a quelques mois, tu conduisais vraiment comme un pied. »
« … Il y avait bien quelqu’un qui m’en a fait voir de toutes les couleurs à cause de ma conduite, non ? »
« Qui ça ? L’autre agent qui était censé être ton mentor ? »
« Ne m’en parle pas. Bref, c’est bien l’école de Song-i ? »
« Oui. Elle est juste là-bas… »
« … »
À l’instant où nous tournâmes les yeux vers l’école de Song-i, Jin-cheol et moi nous tûmes.
Des stands occupaient toute la zone, à commencer par la cour de l’école.
Les élèves les tenaient tous, le sourire aux lèvres, en préparant des pâtisseries en forme de poisson et des crêpes aux oignons verts.
Il y avait aussi des jeux de dés et de cartes un peu partout.
Même les habitants du quartier étaient sortis malgré le froid, et riaient de bon cœur.
Jin-cheol contempla la scène d’un air absent, puis marmonna : « C’est une sorte de festival culturel d’hiver ? Waouh ! La Corée a vraiment bien changé. Quand j’étais jeune, seules les universités organisaient des festivals aussi extravagants que ceux des régions. Les festivals de lycée, c’était juste pour la forme… »
« C’est toujours le cas. »
« … »
« Les lycées ordinaires en Corée n’ont pas les moyens d’organiser un tel bazar, et tous les parents ne pensent qu’aux admissions à l’université. Un festival, tu parles ! S’ils faisaient un truc pareil, ce serait le scandale. Ils obligeraient tout le monde à suivre encore un cours de préparation à l’examen d’entrée à l’université. »
« … »
Je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux, mais les autres compagnons qui s’étaient rendus à l’école de Song-i m’en avaient parlé plusieurs fois.
Ils disaient que la vie de Song-i avait pris des airs de « protagoniste de manga japonais ».
Je n’avais jamais lu ce genre de manga, mais j’avais entendu dire que les lycées japonais de fiction organisaient des festivals culturels incroyablement élaborés.
« Aucun d’eux ne trouve ça bizarre ? »
« Apparemment, c’est un lycée rempli d’enfants de riches, alors ils se fichent des études et de tout le reste. »
« Ah, un de ces lycées qu’on voit dans les dramas ? C’est pour ça… »
« C’est complètement ridicule comme situation. »
« … »
Un lycée rempli d’enfants de riches qui se fichent des admissions à l’université ?
En tant qu’ancien héritier d’un chaebol de troisième génération, je pouvais affirmer que cette drôle de fantaisie n’existait que dans les œuvres de fiction.
En réalité, que ce soit en faisant des dons ou en envoyant leurs enfants étudier à l’étranger, ils employaient tous les moyens possibles pour les faire entrer dans de prestigieuses universités aux diplômes impressionnants.
Mon défunt père, écrasé par la Boucle, ne faisait pas exception.
« Il y avait sûrement un truc de ce genre dans un drama ou un manga que Song-i a regardé. »
« … Allons la chercher. »
« Elle nous a dit de l’attendre dehors. »
« Elle ne sort pas, alors allons la chercher. »
Une fois entrés dans l’école pour retrouver Song-i, Jin-cheol et moi découvrîmes une scène encore plus absurde.
« Dites bonjour à votre grande sœur adorée ! »
« S-Song-i ! Tu ne vas vraiment pas revenir à l’école l’année prochaine ? »
Song-i recevait l’amour et l’attention de tout le monde comme une idole du lycée.
Ses cheveux avaient dépassé ses épaules sans que je m’en rende compte. Elle les laissait flotter en prenant la pose et en croisant le regard des élèves autour d’elle.
« … Qu’est-ce qu’elle fait ? »
« Elle fait ses adieux avec émotion. »
« Non… Je te demande ce que c’est que ce spectacle. »
« Ne la vois pas comme une élève, mais comme une idole. Elle va peut-être prendre sa retraite, alors ses fans sont tristes. »
« C-Comment il peut y avoir une idole à l’école ? »
« Accepte-le, c’est tout. »
Plus je la regardais, plus la scène me faisait rire, mais j’étais aussi un peu jaloux.
Song-i avait vraiment passé six mois à s’amuser sans se soucier du regard des autres !
Sa vie ressemblait vraiment à celle d’une héroïne de manga.
J’aurais peut-être dû faire un vœu du même genre, moi aussi.
« Oh, Song-i, franchement, c’est quoi tout ça… »
« Il te reste encore un Rêve, non ? »
« … »
« Quand la paix sera revenue, pourquoi tu n’utiliserais pas un Rêve comme Song-i ? »
« De quoi tu parles ? »
« L’agent Cha Jin-cheol, usé dans son corps et dans son esprit par un monde chaotique, marche dans une ville glaciale et trouve le véritable amour. »
« G-grande sœur ! »
« Sa partenaire destinée est une magnifique actrice d’une vingtaine d’années, épuisée physiquement et moralement par les scandales du monde du spectacle. En rencontrant l’agent Cha Jin-cheol, sur qui elle peut compter, elle retrouve la paix intérieure… »
« Aaaah ! »
Nous plaisantâmes un moment, puis Song-i monta enfin dans la limousine, les joues légèrement rougies.
« Oh, enfin ! Je vous avais dit de m’attendre dehors, dans la cour ! »
« C’est Jin-cheol qui a voulu entrer. »
« Jin-cheol ! »
« … J-je ne savais pas que tu allais te donner en spectacle comme ça. »
« Song-i, qu’est-ce qu’il y a ? Ne me dis pas que ton Rêve te fait honte ? »
« Eun-sol ! »
« Tu dois toujours avoir confiance en toi. Je suis Yoo Song-i, l’idole du lycée Empire. »
« Hiii ! »
Même si la scène était amusante, une autre pensée me traversa l’esprit.
Song-i ne prenait pas le monde au sérieux.
J’avais l’impression qu’elle considérait les gens ordinaires autour d’elle moins comme des personnes que comme des accessoires destinés à l’amuser.
C’est alors que Jin-cheol posa une question un peu gênante.
« Song-i. La façon dont tu traites ces gens, là… enfin, elle est très différente de celle dont tu nous traites. »
« Bien sûr. »
« … »
« Toi, Eun-sol et tous les autres compagnons, vous êtes ma famille. Pas eux. »
Le mot « famille » me réchauffa le cœur, mais il me fit aussi réfléchir.
Est-ce que ça voulait dire que les gens ordinaires n’étaient pas de sa famille ?
Ou qu’ils n’étaient pas des personnes ?
…
Je n’avais pas l’intention de critiquer Song-i.
Comment aurais-je pu lui reprocher un détail aussi insignifiant quand celui que la plupart d’entre nous considéraient comme notre chef, encore alité dans une chambre d’hôpital, était allé jusqu’à créer le Culte du Dieu matériel rien que pour entrer dans un Héritage ?
* * *
« Oh là là ! Eun-sol, grâce à toi, je peux monter dans une limousine. Je n’aurais jamais cru vivre ça un jour. »
« Tu n’en as jamais pris une quand tu travaillais pour le Bureau de gestion ? »
« Pourquoi aurions-nous crié sur tous les toits que nous étions des gens spéciaux ? Je n’en ai presque jamais pris. »
« Ah ! »
Après avoir d’abord récupéré Seung-yeop et Mi-ro, puis monsieur Sang-hyeon et grand-père Mook-seong, la limousine se retrouva bien remplie.
« Mi-ro, j’ai entendu dire que tu avais fait des histoires à l’école. »
« Quelles histoires ? »
« Espèce de gamine ! Seung-yeop m’a tout raconté. Qu’est-ce que tu as fait à l’école ? Tu as invoqué un monstre ? »
« Waouh ! Seung-yeop, quelle balance ! Ce n’était même pas grave, et tu es allé tout raconter à Mook-seong ? »
« … Comment ça, ce n’était pas grave ? Ghost Story Mi-ro a failli me couper le bras ce jour-là. »
« Ton bras va très bien. »
« J-je l’ai bien esquivée ! »
« Alors, tout va bien ! »
En entendant leur conversation absurde derrière moi, je ne pus m’empêcher de rire.
Après la disparition d’A-ri et l’hospitalisation de Ga-in, Mi-ro était vraiment devenue une fille qui n’avait plus peur de rien au monde.
Cela dit, je ne pensais pas qu’elle avait dépassé les limites.
Après tout, le bras de Seung-yeop n’avait pas vraiment été coupé.
« Hé ! Tu ne comptes même pas t’excuser une fois ? »
« Pourquoi ? Je t’ai aidé à t’entraîner aux arts martiaux, non ? »
Mi-ro, tu ne manques pas de culot…
« Allez, calmez-vous tous. Dès qu’on arrivera à l’hôtel, il faudra aller voir Ga-in, non ? »
« … »
Comme prévu, Mi-ro se tut dès que le nom de Ga-in fut mentionné.
D’une certaine façon, c’était un amour si pur.
« Je pense que Ga-in voudrait que mademoiselle Mi-ro présente ses excuses pour ce qu’elle a fait. »
« … »
« Qu’en penses-tu ? »
« … Désolée. »
Monsieur Sang-hyeon savait tirer parti de cette pureté.
« Agent. »
« Docteur, je vous l’ai dit : je suis un ancien agent, maintenant. »
« Vos enfants sont-ils bien arrivés au Texas ? »
« J’ai eu de leurs nouvelles la semaine dernière. C’est grâce à vous, docteur. Merci. »
« Je vous en prie. »
Grand-père se montrait inhabituellement poli, allant jusqu’à s’incliner. Il devait vraiment lui être reconnaissant.
Certains compagnons avaient fondé une famille grâce à leurs Rêves et, après une réunion, ils avaient décidé de les envoyer tous en Amérique.
Je comprenais qu’ils veuillent mettre leurs familles en sécurité.
Mais l’Amérique était-elle vraiment sûre ?
Je n’en savais rien.
Grand-père et monsieur Sang-hyeon ne pouvaient probablement pas en être sûrs non plus. Peut-être s’accrochaient-ils simplement à un vague espoir.
…
Parfois, je me posais cette question.
Combien de temps mes compagnons pourraient-ils encore considérer les gens ordinaires comme leur véritable famille ?
J’avais entendu dire que la carrière de grand-père comme agent avait été courte, du moins selon les critères du métier. Il considérait donc encore sincèrement ses enfants et ses petits-enfants comme sa famille…
Mais qu’en serait-il dans un avenir lointain, après avoir traversé la Boucle encore et encore ?
Je pensais qu’à ce moment-là, nous ne chercherions plus à fonder des familles composées de gens ordinaires.
« Personne n’a une sorte d’atout dans sa manche ? »
« Il me reste un Rêve. Mi-ro, il t’en reste un aussi, non ? »
« Oui. »
« Jin-cheol et Mi-ro ont encore des Rêves ? Et les autres ? »
« Ha ha ! Moi, j’ai “Éveil du plus grand artiste martial sous les cieux” ! Mais je ne peux l’utiliser qu’une fois. »
L’Éveil du plus grand artiste martial sous les cieux de Seung-yeop…
Pas mal.
Ça pourrait sauver tout le monde une fois.
Quant à moi, j’avais la Main avide.
Le problème, c’était qu’il était difficile de s’en servir quand mes compagnons étaient près de moi.
« Nous y voilà ! Tout le monde descend. »
À l’idée que nous allions désormais vivre tous ensemble, de vieux souvenirs me revinrent.
Franchement, on aurait dit que nous allions tous affronter une nouvelle Salle maudite.
* * *
— Han Ga-in
— Sssss… !
Dans un monde mental aussi profond que l’abîme, je perçus ce qui se passait à l’extérieur.
« … »
Quand j’étais enfant, j’aimais un super-héros aveugle.
Il avait perdu la vue, mais son cerveau avait développé une ouïe surhumaine pour compenser. Grâce à ce pouvoir, il percevait l’espace en trois dimensions.
À l’époque, j’avais pensé que c’était une exagération de bande dessinée…
Mais après avoir passé plus d’un mois dans un état semi-comateux, je compris que ce n’était pas entièrement faux.
Tout comme l’ouïe se développait chez les personnes qui perdaient la vue, une sorte de spiritualité ou de sixième sens s’était aiguisée lorsque j’avais renoncé à l’usage de tout mon corps.
Cela compensait au moins un peu la perte causée par l’affaiblissement de ma bénédiction après mon retour à la réalité.
Peut-être que cela aussi avait été un vœu de la Chouette.
「Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 174
Emplacement actuel : Hôtel Delight, arrondissement de Yeongdeungpo, Séoul
Conseil du Sage : X」
La fenêtre de statut avait recommencé à apparaître environ trois jours plus tôt.
Cela signifiait que le Châtiment touchait à sa fin et que mon rétablissement approchait.
Autrement dit, l’heure de la catastrophe approchait.
Et…
「Compréhension du scénario activée !」
「Scénario : Monde volé
Les détails seront révélés à la fin du Châtiment.」
Le Monde volé ?
Notes de bas de page :
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