Chapitre 582
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 581 : Le commencement de l’un, la fin de l’autre
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- Han Ga-in
Des images, des scènes ou peut-être des souvenirs me traversèrent l’esprit tandis que je réfléchissais.
Avais-je déjà vécu quelque chose d’aussi intense depuis que j’avais acquis la Clairvoyance ?
Cela aurait dû être impossible, même quand ma bénédiction était intacte…
J’avais du mal à l’expliquer sans l’intervention de mon Sponsor.
J’allais devoir payer le prix.
Malgré tout, c’était une information que je devais connaître, quel qu’en soit le prix.
* * *
Une brise fraîche, mais empreinte de la douceur du printemps.
Voilà l’impression que me donnait le temps de février sur l’île de Jeju.
Après un copieux petit-déjeuner et une balade le long du sentier Jeju Olle, je me retrouvai naturellement de bonne humeur.
Ah, si seulement je pouvais continuer à voyager comme ça.
Entrer à l’université, c’était génial, mais à l’approche de la rentrée, je me sentais déjà accablé.
« Ouf… »
« Pourquoi tu soupires ? »
« Ah ! »
M-mais qui était-ce ?
Je me retournai, surpris, et découvris un garçon à l’expression indifférente.
« T-tu habites dans le coin ? »
« Je t’ai demandé pourquoi tu soupirais. »
Il habitait dans le coin ?
Il avait l’air plus jeune que moi, et c’était absurde qu’il me parle aussi familièrement sans raison. Pourtant, bizarrement, je n’étais pas en colère.
« Parce que je vais devoir aller à l’université quand ce voyage sera terminé. »
« L’université ? »
« Tu ne le sais peut-être pas, mais de nos jours, on ne peut pas se la couler douce juste parce qu’on est entré à l’université. Il faut avoir de bonnes notes dès la première année… »
« Pfft ! »
« … »
« Hahaha ! Héhé ! »
Le garçon riait si fort que les larmes lui montaient aux yeux.
Mais qu’est-ce que j’avais dit de si drôle ?
« Ah, désolé. Ce que tu as dit était tellement drôle que je n’ai pas pu me retenir. »
« … Il y avait une chute ? »
« Oui. Tu t’inquiètes déjà pour quelque chose qui n’arrivera même pas. Comment veux-tu que je ne rie pas ? »
M’inquiéter pour quelque chose qui n’arriverait pas ? Qu’est-ce qu’il voulait dire ?
« Bref, Ga-in, arrête-toi un instant. »
Je m’arrêtai.
Il venait de m’appeler par mon prénom, comme ça.
« Comment tu connais mon nom… »
« L’odeur. »
« Quoi ? »
« Fais attention aux odeurs autour de toi. »
« … »
Maintenant qu’il le disait, je percevais une faible odeur âcre et brûlée.
Je ne l’aurais probablement pas remarquée s’il ne me l’avait pas signalée.
Je penchai la tête, intrigué, et le garçon s’approcha.
« … »
Une énergie d’une fraîcheur indescriptible enveloppa les lieux.
« Tu devrais m’être reconnaissant. Je t’ai sauvé la vie une fois. »
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Je n’y comprenais rien.
Pourtant, j’avais l’impression qu’il s’était passé quelque chose de mystérieux.
« Dans le bouddhisme, il existe un concept appelé les six voies de la renaissance. Quand les êtres sensibles meurent, ils renaissent dans le Royaume des Enfers, le royaume des Fantômes affamés, le royaume animal, la Voie des Asuras, le royaume des humains ou le Royaume céleste, selon la façon dont ils ont vécu. »
« … »
« L’hindouisme a aussi des notions liées à la réincarnation et à la renaissance. Qu’est-ce que tu en penses ? »
Il se mit soudain à parler d’un sujet étrange, puis me posa une question.
Bizarrement, il m’était difficile de résister à l’atmosphère que le garçon avait instaurée.
« Je ne crois pas à la réincarnation. C’est juste une histoire destinée à tromper les gens épuisés par les difficultés de la vie… »
« Stop, stop ! Fais comme si la réincarnation existait et réponds-moi. »
La réincarnation existait ?
« Eh bien, c’est une idée intéressante, mais ce n’est pas juste. »
« Pourquoi ? »
« On paie dans sa prochaine vie pour des péchés qu’on n’a pas commis. »
« Alors, tu penses que la personne qui a commis le péché et celle qui renaît dans le Royaume des Enfers sont deux personnes différentes ? Pourquoi ? »
L’être qui existait avant et après la réincarnation était-il la même personne ?
Je ne le pensais pas.
« Ce sont deux personnes différentes. Elles n’ont ni la même personnalité ni les mêmes souvenirs. »
« Si leur personnalité et leurs souvenirs diffèrent, ce sont des personnes différentes ? »
« Oui. »
Le garçon, qui semblait prêt à débattre, sourit soudain et hocha la tête.
« Je suis d’accord. Mais si une personne mauvaise se réincarne et redevient mauvaise, ne faudrait-il pas l’envoyer en enfer à l’avance pour protéger ses victimes ? »
« C’est comme demander s’il faudrait tuer Hitler si on le voyait enfant. »
« C’est à peu près ça. »
Mon avis sur la question était clair.
« Je pense que le problème vient de l’hypothèse de départ. »
« L’hypothèse de départ ? »
« Tu supposes qu’une personne mauvaise le restera après sa réincarnation, et qu’Hitler, enfant, serait forcément devenu un meurtrier de masse. »
« … »
« Il peut y avoir des différences dans les dispositions innées des gens, mais il n’existe pas de graine du mal. Tu veux un exemple ? »
« … »
« Si tu te fais cambrioler en Corée et qu’on te prend tout ce que tu possèdes, le voleur est une mauvaise personne. Mais si tu te fais voler dans un pays d’Afrique ravagé par la guerre civile depuis trente ans, ne devrais-tu pas être reconnaissant qu’on t’ait laissé la vie sauve ? »
« J-je ne crois pas que ce soit tout à fait juste. »
« Ce que je veux dire, c’est que même des citoyens honnêtes de pays développés penseraient autrement s’ils étaient nés et avaient grandi en Somalie. »
Personne ne naissait avec un destin de meurtrier de masse déjà tout tracé.
C’était pourquoi tuer Hitler enfant ne serait rien d’autre qu’un meurtre inutile.
« Alors, de quel côté es-tu, maintenant ? »
« Hein ? »
Je tournai la tête, déconcerté, et m’aperçus qu’il ne restait plus personne sur le sentier Olle.
* * *
De quel côté étais-je ?
Tandis que j’y réfléchissais, les souvenirs défilaient comme le vent.
J’avais de plus en plus mal à la tête.
* * *
L’après-midi était paisible ; il était quinze heures.
Je me promenais dans un verger de hallabong, profitant de son parfum agréable.
Des paniers de hallabong étaient suspendus çà et là pour les touristes, et je passais un bon moment.
Ah, je devrais vraiment continuer à voyager comme ça…
« … ? »
Est-ce que j’hallucinais ?
On m’avait dit que ce verger était isolé et qu’il y avait peu de touristes comme moi…
Pourtant, il y avait étrangement beaucoup de monde.
Au moment où je penchai la tête, perplexe…
« Salut ! »
Une voix enjouée retentit derrière moi.
C’était une fille à l’air espiègle.
Elle avait un visage ordinaire, le genre qu’on pouvait voir partout, et semblait avoir à peu près mon âge.
Était-elle venue de Séoul pour visiter l’île, comme moi ?
Ou était-elle la fille du propriétaire du verger ?
« Euh… salut ? »
« Ça en fait déjà deux aujourd’hui. »
« Quoi ? »
« Laisse tomber. Il est bon, ce hallabong ? »
C’était peut-être vraiment la fille du propriétaire du verger.
« Ah, oui, il est bon ! Il est un peu difficile à éplucher, mais il est vraiment délicieux. Sucré et rafraîchissant. »
Clap !
Au lieu de répondre, la fille claqua soudain des mains et regarda autour d’elle.
« … »
Clap !
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Il y a trop de monde, alors je réduis la population. »
« Quoi ? »
« Tu devrais vraiment m’être reconnaissant. »
Je n’avais aucune idée de ce qu’elle voulait dire.
J’avais l’impression d’avoir entendu quelque chose de semblable un peu plus tôt, mais, étrangement, je me rappelais mal ce qui s’était passé dans la matinée.
« Donne-moi ce hallabong. »
« Hein ? »
La fille me prit le hallabong des mains sans cérémonie, en arracha la tige et l’éplucha en un instant.
« Tu vois ? Il faut d’abord enlever la tige. Ne touche pas au dessous. »
« Merci. »
« Un jour, la pluie se mit à tomber du ciel. »
« Hein ? »
« Il plut tellement que le monde entier fut submergé. Une catastrophe majeure, où seuls les poissons survécurent. »
« … »
On était passé du hallabong au déluge ?
Le changement de sujet était pour le moins abrupt.
« Pour préserver la continuité du monde, on construisit une Arche. On y embarqua les survivants venus des quatre coins du monde. »
« C’est l’histoire de l’arche de Noé ? »
« C’est ressemblant, mais la suite est un peu différente. Certaines personnes sont arrivées en retard. »
Des gens qui étaient arrivés alors que l’Arche était déjà pleine.
L’atmosphère devenait déjà inquiétante.
« Et ceux qui sont arrivés en retard… »
« Ceux qui sont arrivés ? »
« Ils tuèrent tous ceux qui avaient déjà embarqué, puis prirent leur place dans l’Arche. »
« … »
C’était une histoire tragique.
« Qu’est-ce que tu en penses ? »
« C’est horrible. »
« Les gens qui ont pris l’Arche étaient-ils mauvais ? »
« … »
Je ne savais pas quoi répondre.
Alors, pour être de bonnes personnes, auraient-ils dû se laisser emporter par le déluge et mourir sans protester ?
« C’est une question difficile. Si je devais répondre, je dirais que tout dépend du point de vue. »
« Du point de vue ? »
« Pour ceux qui étaient montés les premiers dans l’Arche, les arrivants n’étaient pas différents de démons. Pour les derniers venus, c’était un choix inévitable pour survivre. »
« Et si… »
« Et si quoi ? »
« Et si ça continuait à se produire ? »
« C’est une histoire effrayante. »
« Ce n’est pas fini. Imagine qu’il reste un dernier survivant parmi ceux qui avaient embarqué les premiers. »
« C’est encore plus horrible. »
« Ce survivant aurait grandi sans rien savoir de ce qui s’était passé pendant son enfance, puis n’aurait découvert la vérité qu’une fois adulte. »
« … »
« Qu’est-ce qu’il ferait ? »
Rien que de l’imaginer, j’en eus le souffle coupé.
Si je devais comparer ça à quelque chose, ce serait comme apprendre que les parents qui m’avaient élevé toute ma vie étaient des kidnappeurs qui avaient sauvagement assassiné mes vrais parents quand j’étais petit.
« … C’est difficile. Je ne sais pas. »
Étonnamment, la fille soupira avec moi.
« C’est vrai. Moi non plus, je ne sais pas… »
« Pourquoi tu me poses ces questions ? »
Je levai soudain les yeux, car je ne percevais plus personne autour de moi.
J’étais seul.
* * *
Des histoires qui semblaient compréhensibles sans l’être vraiment.
Le mot-clé « Arche » revenait sans cesse.
À présent, le mal de tête était vraiment difficile à supporter.
* * *
Ce soir-là, après une journée entière de visites, je prenais un café près de l’hôtel où j’allais passer la nuit quand quelqu’un s’assit en face de moi.
Il avait l’air d’avoir la trentaine et dégageait une certaine bonne humeur.
« Waouh, tu as vraiment bien profité de ta journée. »
« Pardon ? »
« Quand tu auras fini ton café, tu comptes aller à l’hôtel, pas vrai ? »
« … Oui. »
« Fais donc ça. »
« Quoi ? »
« Il reste encore quelques coups tordus, mais tu n’as pas besoin de t’en soucier. Une fois que tu seras entré dans l’hôtel, plus personne ne pourra t’atteindre. »
Il restait encore des coups tordus ?
Une fois entré dans l’hôtel, plus personne ne pourrait m’atteindre ?
Je n’avais aucune idée de ce qu’il racontait.
Mal à l’aise, je me levai aussitôt.
Une main ferme m’attrapa le bras.
« … »
« H-hé, assieds-toi. »
« Si vous ne me lâchez pas, je vais crier… »
« Ah, allez ! Un gamin et une fille, ça passe, mais un homme adulte, non ? C’est de la discrimination pure et simple ! »
« De quoi vous parlez ? »
« Je t’ai dit de t’asseoir. Je vais te payer un autre café et un gâteau, alors reste encore un peu. »
« … »
« J’ai quelque chose à te dire. Plus tard, tu me seras infiniment reconnaissant. »
Je finis par me rasseoir.
Ce n’était qu’une impression, mais il n’avait pas l’air méchant.
« Cette journée est importante pour toi aussi, mais en fait, c’est une journée extrêmement importante pour moi. »
« Pourquoi ? »
« Hé, Ga-in. À ton avis, quelle est la chose la plus difficile au monde ? »
« … »
Ce changement de sujet abrupt m’était familier.
J’avais l’impression que ça m’était déjà arrivé plusieurs fois.
« … La paix dans le monde ? »
« Oh ! C’est difficile, ça. Trouve-moi autre chose. »
« Les voyages dans l’espace ? »
« Ça marche aussi ! Dis quelque chose d’encore plus difficile. »
« Conquérir la galaxie ? »
« C’est ambitieux. Mais tu ne crois pas qu’il y a quelque chose de plus difficile que tout ça ? »
« Je ne sais pas. »
« Je pense que la chose la plus difficile au monde, c’est de créer le paradis. »
Le paradis ?
« Tu arrives à imaginer à quoi ressemble le paradis ? »
« … Euh, un endroit où le lait et le miel coulent à flots… »
« Un litre de lait coûte moins de trois mille wons. Le miel, à peu près pareil. Il suffit d’en acheter beaucoup pour que ce soit le paradis ? »
« P-peut-être un endroit où tout le monde vit dans l’abondance ? »
« Un endroit où tout le monde mange à sa faim et mène une vie confortable ? La plupart des habitants des pays développés mangent déjà à leur faim et vivent bien. »
Je restai sans voix.
« Voici un fait intéressant. Quand on demande aux gens d’imaginer l’enfer, leur imagination s’emballe. Mais quand on leur demande d’imaginer le paradis, ils restent tous figés, comme toi. »
« … »
« Même dans les œuvres de fiction, les descriptions de l’enfer sont incroyables, mais les gens peinent à représenter le paradis. Tu sais pourquoi ? »
« C’est difficile d’imaginer une situation où tout le monde est heureux. »
« Exactement. On peut imaginer l’abondance matérielle, mais il est beaucoup plus difficile d’imaginer ce qui va au-delà. »
« … »
« Pour être heureux, les gens ont besoin que quelqu’un d’autre échoue. Le bonheur que tu as ressenti en réussissant le Suneung en est un bon exemple. »
La satisfaction qu’on tirait de la compétition ne pouvait, par nature, être partagée par tout le monde.
S’il y avait un gagnant, il devait forcément y avoir un perdant.
« Le bonheur psychologique exige généralement le malheur de quelqu’un d’autre. C’est pourquoi un paradis où tout le monde est heureux appartient à un domaine que les gens arrivent à peine à imaginer. »
Après l’avoir écouté jusque-là, je compris pourquoi créer le paradis était la chose la plus difficile au monde.
« Tu m’as retenu juste pour me raconter ça ? »
« Écoute encore un peu. Imaginons que tu sois un dieu. »
« Quoi ? »
« Tu n’es pas tout-puissant, mais tu es l’un des cinq êtres les plus puissants de l’univers. En gros, il n’y a pas mieux que toi. »
« … »
« Comment est-ce que tu créerais le paradis ? »
« Je ne sais pas. Je pense que je ne pourrais même pas imaginer comment m’y prendre. »
L’homme esquissa un sourire à ma réponse, puis détourna soudain le regard.
Il regardait l’hôtel où j’allais passer la nuit.
« Il existe dans ce monde quelqu’un qui veut justement créer ce paradis. »
« Quoi ? »
« Mais pour créer le paradis, cette personne a créé un million d’enfers. »
Créer un million d’enfers pour bâtir le paradis ?
Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?
« Je ne comprends pas… »
« À ton avis, pourquoi ? »
« … »
« Quel sens y a-t-il à créer un million d’enfers au nom du paradis ? »
C’était une question étrange.
Une question à laquelle je n’avais jamais réfléchi.
Pourtant, une réponse appropriée me vint soudain à l’esprit.
« À la fin. »
« À la fin ? »
« Parce qu’ils pensaient que s’ils arrivaient enfin à créer le paradis, ils pourraient effacer tous les échecs précédents ? »
« … »
« Même s’ils devaient créer un million, non, dix millions d’enfers, si jamais ils parvenaient à créer le paradis au bout du compte… ils ne se diraient pas qu’ils pourraient aussi sauver ces dix millions d’enfers du passé ? »
Un silence discret s’installa.
Cette fois encore, je crus que l’homme allait disparaître quelque part.
« … Toi. »
Mais cette fois, il ne disparut pas.
« Oui ? »
« Tu as l’esprit vif. Je crois savoir quel éclat tu vas recevoir. »
« Quoi ? »
« Allons à l’hôtel. »
« Vous avez réservé dans le même hôtel que moi ? »
« C’est un endroit semblable, mais nos destinations sont différentes. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Sans que je m’en rende compte, l’homme s’était levé et contemplait l’hôtel d’un regard calme.
« Toi, tu ne fais que commencer, mais moi, j’arrive à la fin. »
* * *
Ce fut le dernier souvenir que me montra la Clairvoyance.
« Argh… Aaaah ! »
« O-oppa ! Ça va ? »
« Ga-in ! »
Notes :
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