Chapitre 577
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 576 : L’interprétation de chacun (1)
──────
— Kim A-ri
Un poids m’avait quitté le cœur.
Ga-in s’était échappé de mon royaume des rêves.
Je crois que j’avais fait tout ce que je pouvais.
Pour le reste… eh bien, j’imagine que mes compagnons s’en chargeraient.
— Grondement !
Le royaume des rêves s’effondrait.
Je voyais une main punitive descendre d’au-delà du temps et de l’espace.
Même le Royaume des Rêves, qui nous avait protégés, Ga-in et moi, jusqu’au bout, avait disparu. Cette fois, c’était vraiment la fin.
« … »
Une pensée me traversa soudain l’esprit.
Avais-je trahi le Bureau de gestion en prenant le parti de mes compagnons ?
En tout cas, c’était ce que semblait penser la Tablette de pierre.
C’était pour ça qu’elle faisait tant d’histoires à l’idée de me punir.
« … »
Je ne voyais pas les choses ainsi.
Le Bureau de gestion et le groupe de l’Hôtel.
Deux groupes aux idéologies, aux croyances, aux perceptions du problème et aux solutions différentes. Mais l’essentiel était le même.
Nous voulions tous une fin heureuse.
C’était pour ça que nous pouvions être à la fois le Bureau de gestion et le groupe de l’Hôtel.
Le chemin serait difficile.
Nous nous battrions souvent, et certaines personnes de chaque camp risquaient de mourir.
Mais, au bout du compte, nous finirions bien par atteindre ensemble une fin heureuse.
Du moins, c’était ce que je croyais.
« Hngh… »
J’avais mal partout.
J’avais si mal que la mort qui approchait m’évoquait davantage une délivrance qu’une raison d’avoir peur.
J’avais lancé à Ga-in avec assurance : « On se retrouvera dans l’autre monde ! » si jamais les choses en arrivaient là.
Mais y aurait-il vraiment un autre tour pour moi ?
…
Je n’en savais rien.
Le Bureau de gestion avait les moyens de détruire même l’immortalité d’un agent et de le tuer définitivement.
Et maintenant, la Tablette de pierre me punissait parce qu’elle me considérait comme une traîtresse. Peut-être que cette mort serait différente d’une mort ordinaire…
« … »
Ce n’était pas grave.
Je n’avais pas peur de la mort.
Mourir quand son heure était venue, n’était-ce pas l’Ordre naturel auquel tout le monde était destiné ?
Je savais mieux que quiconque qu’un jour, je pourrais mourir pour de bon.
Je m’y étais préparée depuis longtemps.
Alors que je m’allongeais paisiblement par terre,
— Ffff… !
une faible lueur apparut devant moi.
C’était Rêve, la récompense obtenue en terminant le deuxième étage, quand j’avais réussi à m’échapper de l’Hôtel !
Je n’avais pas eu de souhait à formuler à l’époque, alors je l’avais gardé en réserve, au cas où. Et il apparaissait maintenant ?
« Hein ? »
Je fus un instant stupéfaite par cette expérience rare : voir Rêve dans un rêve. Puis une voix froide s’éleva en moi.
A-ri, tu n’as vraiment pas peur de la mort ?
Tu es sûre d’être prête ?
Mourir quand son heure est venue, c’est l’ordre des choses, l’Ordre naturel…
Je me redressai d’un bond et criai :
« Des conneries ! Quel Ordre naturel ? »
C’est quoi, cet Ordre naturel, au juste ?
Où est l’Ordre naturel dans ce monde de dingues, où la Lune s’est transformée en démon avant de plonger dans la Terre ?!
J’essayais seulement de m’en convaincre parce que je n’avais aucun moyen de survivre !
Je croyais que tout était fini, alors j’avais même fait mes adieux avec panache à Ga-in.
Mais il me restait une dernière chance !
— Grondement !
Une force violente approchait, déchirant mon monde mental.
C’était le châtiment de la Tablette de pierre qui s’abattait sur Kim A-ri, la « traîtresse » !
« Ouais ! J’ai Rêve entre les mains ! »
Pour qui tu te prends, Tablette de pierre ?
Quoi, un artefact antique complètement déplacé, transmis depuis les origines du Bureau de gestion ?
Une police d’assurance créée après la première trahison pour éviter que ça se reproduise ?
Waouh, impressionnant !
Mais tu es plus forte que le Bouddha de l’Hôtel ? Hein ?!
« Je t’aime, Bouddha ! »
Je souris béatement et formulai mon souhait.
Le huitième Rêve brilla.
Je sentis le pinceau tenu par la Grande Main s’approcher.
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 112
Lieu actuel : appartement 205, résidence Singil, quartier 3 de Seocho-dong, arrondissement de Seocho, Séoul
Conseil du Sage : 3]
— Han Ga-in
« On est au jour 112. »
« Ça fait déjà si longtemps ? »
Dans une semaine, cela ferait quatre mois que nous avions quitté l’Hôtel.
Il ne restait plus beaucoup de temps avant l’échéance annoncée par l’Hôtel : six mois après notre évasion.
Il s’était passé tant de choses depuis.
Juste après notre évasion, nous avions rejoint un monde étrange en passant par l’hôtel d’Eun-sol.
Ensuite, nous étions montés à bord du paquebot d’Elena, où nous avions été pris dans cette étrange affaire de masques. Eun-sol avait été la première d’entre nous à rencontrer un ancien Participant, Patrick Biederman.
À peine cette histoire terminée, j’étais parti avec Grand-père Mook-seong dans le Monde qu’on ne peut pas se rappeler, où nous nous étions violemment affrontés à un autre ancien Participant, Ryan Reynolds.
Tout ça avait épuisé le Soleil et, pour finir, nous avions dû créer avec une amie quelque chose à mi-chemin entre une secte et une entreprise afin de le recharger.
« Pfiou… »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Maintenant que j’y pense, j’ai l’impression d’avoir mené une vie complètement folle. »
« Hmm. En entendant ton histoire, Ga-in, j’ai pensé la même chose. Jusqu’à récemment, j’ai eu une vie tranquille. »
Il ne cherchait peut-être pas à me le faire remarquer, mais j’eus l’impression qu’il me narguait.
« L’Hôtel ne nous avait pas dit de nous reposer pendant au moins six mois ? »
« … Si. »
« Beaucoup de ce que tu as vécu ne serait probablement pas arrivé si tu étais simplement resté au lit à regarder des films. »
Je devais reconnaître qu’il avait raison.
Plutôt que de me tomber dessus, j’étais allé chercher pas mal d’ennuis.
Les autres le savaient aussi, alors nous avions tous fait profil bas pendant presque deux mois.
Puis tout avait commencé à rentrer dans l’ordre, sans incident majeur.
L’Hôtel Delight avait été reconstruit en plus grand, et l’Esper avait repris ses traversées du Pacifique.
Il y avait tout de même eu un changement.
Sang-hyeon avait emménagé dans la résidence Singil.
« Alors, si on suit cette logique, docteur… non, hyung, c’est pas bizarre que tu aies emménagé ici, toi aussi ? »
« Ga-in, les gens ordinaires déménagent aussi. »
« … »
« Il y a de fortes chances qu’il se passe quelque chose ici, en Corée, puisque vous y êtes tous. Je devrais être sur place, moi aussi. Ma femme et mes enfants vont bien, en Amérique. »
Ce qui avait amené Sang-hyeon en Corée, c’était un incident survenu deux mois plus tôt.
A-ri m’était apparue en rêve, m’avait transmis une quantité énorme d’informations incompréhensibles, puis avait disparu.
« L’état d’A-ri n’a toujours pas changé ? »
Puisque le sujet était venu sur la table, je vérifiai.
[Informations sur la localisation des compagnons (*)
Kim A-ri : recherche en cours…]
« Non. »
« C’est étrange. Elle semble en vie, mais ça fait deux mois que le système cherche sa localisation ? »
« J’ai une hypothèse. »
La fonction de recherche des Informations sur la localisation des compagnons dans la fenêtre de statut était plus puissante que je ne l’avais cru au départ.
Ce n’était pas un hasard si cette capacité était apparue quand ma bénédiction avait été renforcée.
Elle pouvait m’indiquer indirectement non seulement où se trouvait quelqu’un, mais aussi s’il était vivant ou mort.
S’il n’y avait pas de nom de lieu — par exemple, quand la chambre 203 se déroulait à la préhistoire —, elle m’indiquait la direction et la distance approximative depuis ma position.
Elle fonctionnait naturellement dans les Salles maudites, mais aussi parfaitement dans la réalité.
Même si quelqu’un se retrouvait dans un Autre Monde inconnu, dans la réalité, elle parvenait à trouver sa position.
« Quelle hypothèse ? »
« Comme je te l’ai déjà dit, la fenêtre de statut peut me donner la position d’A-ri, même si elle est dans l’espace ou dans un Autre Monde. »
« Je sais. Tu as dit que même si elle mourait et allait dans l’au-delà, sa localisation actuelle serait probablement indiquée comme étant l’Au-delà. »
« Mais quand quelqu’un se trouve dans un Autre Monde de la réalité, ça prend du temps pour le retrouver. »
Le message qui apparaissait alors était « Recherche en cours ».
« Tu veux dire que le système n’a pas réussi à la retrouver depuis deux mois ? »
« Non. Je pense que l’endroit où se trouve A-ri change sans cesse. »
« Ah ? »
« C’est une possibilité que m’a montrée le Conseil du Sage. »
« Ça se tient. »
A-ri n’était pas dans la réalité, et sa position ne cessait de changer.
Comme si…
« On dirait qu’elle fuit quelque chose. »
Je me rappelai le moment où j’avais quitté A-ri.
Fuyait-elle la puissance immense qui avait franchi la Frontière et attaqué le royaume des rêves ?
« Quoi qu’il en soit, c’est rassurant de savoir qu’elle semble en vie. Mais surtout… »
« Surtout ? »
« Les informations qu’A-ri t’a données, Ga-in. »
Nous avions reparlé de ce qui s’était passé ce jour-là à de nombreuses reprises.
Nous avions beaucoup utilisé le Conseil du Sage et, en mettant nos idées en commun, nous étions arrivés à bien plus d’interprétations que je n’en avais trouvées sur le moment.
« Il y avait trois points principaux. Premièrement, il existe dans la réalité un démon semblable au Roi démon. Deuxièmement, un artifice narratif souvent passé sous silence dans les récits de régression provoque des problèmes dans la réalité. Troisièmement, un mystérieux tableau. »
C’était le premier point qui avait donné lieu au plus grand nombre d’interprétations.
« La Lune est suspecte, hein… »
Je regardai Sang-hyeon se caresser la barbe d’un air intéressé et me plongeai moi aussi dans mes pensées.
Le mystère de la Lune.
Dans le monde dont je me souvenais, il y avait clairement eu une Lune dans le ciel. Mes compagnons, eux, ne s’en souvenaient pas ainsi.
Certains disaient n’avoir vu la Lune que dans les livres d’histoire.
D’autres l’avaient vue dans la réalité, mais leurs souvenirs ne correspondaient pas du tout aux miens.
« D’après mes souvenirs, la Lune inspirait la peur depuis très longtemps. À chaque pleine lune, tout le monde avait peur de sortir de chez soi. »
« … »
Je n’arrivais jamais à m’habituer à cette histoire.
La Lune dont je me souvenais n’était que le satellite de la Terre.
« A-ri ne l’a jamais vue en personne, contrairement à toi, Ga-in. Je suis convaincu qu’il s’agit de la Lune de notre réalité. »
« Admettons qu’il y ait un Roi démon dans la réalité et que ce soit la Lune. Où se trouve exactement ce Roi démon ? »
Sang-hyeon pointa résolument le doigt vers le sol.
C’était aussi l’une des interprétations sur lesquelles mes compagnons s’étaient mis d’accord.
« Tu as dit qu’A-ri avait pris la chambre 206 en exemple pour parler du Roi démon dans la réalité. Où se trouvait le Roi démon ? Sous terre. »
« … Donc le Démon de la Lune est sous la Terre, et toute l’humanité le maintient prisonnier, comme dans la chambre 206 ? »
« On n’était pas déjà d’accord là-dessus ? »
« Je trouve ça assez plausible, moi aussi, mais… »
Non, même si le monde était fantastique, il y avait des limites, non ? Ça n’avait aucun sens.
Il y avait une Lune à l’intérieur de la Terre ?
C’était seulement possible, sur le plan physique ?
« C’est bizarre d’entendre ça de la bouche d’un médecin et ancien astronaute de la NASA. »
« Ga-in, tu ne l’avais toujours pas compris ? Dans ce monde, la science elle-même est une arnaque. »
« … Si le Roi démon de la réalité est la Lune, qu’est-ce que c’est, exactement, cette Lune ? »
Malheureusement, nous n’étions pas parvenus à nous mettre d’accord là-dessus.
« Comme le Roi démon de la chambre 206, je pense que c’est un désastre vivant tombé de l’espace, une sorte de forme de vie extraterrestre. »
« M-mais la Lune n’est pas une forme de vie extraterrestre. C’est le satellite de la Terre… »
« Le Bureau de gestion a trompé le monde entier. »
« … »
C’était une théorie du complot dans toute sa splendeur !
Mais la réalité elle-même n’était-elle pas une théorie du complot ?
« Grand-père dit que c’est une Entité du Chaos, créée par les pensées négatives de l’humanité, accumulées depuis la nuit des temps. »
« Cette hypothèse se tient aussi. »
« Eun-sol dit que des extraterrestres ont construit une base d’invasion sur la Lune. »
« C’est convaincant. »
Forme de vie extraterrestre, Entité du Chaos née des cauchemars de l’humanité ou base d’invasion extraterrestre : tous les scénarios imaginables étaient avancés.
Et il y en avait naturellement bien d’autres.
Je laissai échapper un rire impuissant et demandai :
[Conseil : 3 -> 2]
Nos hypothèses sont-elles justes ?
[J’ai déjà répondu à plusieurs reprises. Certaines sont vraies.]
La réponse éludait ouvertement la question.
Je l’avais posée plusieurs fois, mais la réponse restait toujours aussi vague.
Pourtant, la Chouette reconnaissait que certaines de nos hypothèses absurdes étaient vraies, alors mes compagnons en échafaudaient de plus en plus extravagantes.
« Passons à la suite. Les facilités narratives passées sous silence dans les récits de régression. »
Sur ce point aussi, nous étions arrivés à un certain accord.
« Pour être honnête, il y en a trop pour n’en choisir qu’une. Cela dit, Eun-sol s’est concentrée sur ce qui s’est passé dans la chambre 203. »
La chambre 203, Nouveau Départ.
« Si on y réfléchit, la Salle maudite elle-même est un récit de régression. »
« C’est vrai. »
« Qu’avons-nous appris dans la chambre 203 ? Le début de la régression ne correspondait pas au moment où nous nous étions réveillés. »
La répétition du monde, la Boucle, avait un début et une fin.
Dans les œuvres de fiction, le début et la fin de la Boucle correspondaient généralement au réveil et à la mort du protagoniste.
Ce n’était pas le cas dans la Salle maudite 203.
« L’humanité était arrivée dans le cadre de la chambre 203 à bord d’un vaisseau spatial, avait livré une bataille de science-fiction contre le Prisonnier Adravita et avait été vaincue. Nous étions les membres d’équipage qui avaient survécu à tout ça. »
L’histoire avait commencé avant le réveil du protagoniste.
« Et ensuite ? Une fois tous les Participants morts, le scénario s’était terminé et la Salle maudite s’était réinitialisée. Mais Adravita s’en souvenait et attendait le cycle suivant. »
Quelque chose continuait après la mort du protagoniste.
« Bref, il faut se demander ce qui s’est passé avant que le protagoniste ne prenne conscience de la Boucle, et ce qui arrive après sa mort. La plupart des œuvres de fiction passent ces aspects sous silence, mais… »
« … »
Comparons la réalité à une fiction racontant une régression.
Contrairement aux récits de régression classiques, il y avait plusieurs Régresseurs ; le début de la Boucle devait donc correspondre au réveil du premier agent.
La fin de la Boucle serait le moment où le dernier agent mourrait.
Il restait donc deux inconnues.
Ce qui s’était passé dans le monde avant le réveil du premier agent.
Ce qui s’était passé dans le monde après la mort du dernier agent.
Il y avait quelque chose, là.
Ce secret traversait toute la réalité.
« Pour finir, parlons du tableau. »
Notes :
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