Chapitre 573
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 572 : Le Bureau de gestion est un éléphant (2)
──────
- Cha Jin-cheol
Kim Ji-ho s’approcha de la résidence de Jang Seo-jin. Seo-jin était le plus jeune fils du président Jang Min-cheol.
« Je le sens. Toi aussi, non ? »
« Entrons. »
Je ne sentis aucune odeur.
Kim Ji-ho pouvait parfois détecter à l’odeur les signes du Chaos et de la Corruption, mais même lui ignorait d’où lui venait cette capacité, ou quand il l’avait acquise.
Il y avait beaucoup d’agents comme lui, si bien que ma « force surhumaine » pouvait elle aussi passer relativement inaperçue.
— Couic !
C’était exagéré de parler d’une pièce. C’était un espace immense.
À la télé, les enfants de riches parlaient parfois de choses comme « la piscine dans ma chambre » ou « le salon dans ma chambre », au grand désarroi des gens ordinaires, qui en restaient bouche bée. C’était ce genre d’endroit.
Des couteaux de toutes sortes, qui semblaient destinés à la sculpture, des blocs de pierre d’un blanc pur, de l’argile humide et d’innombrables teintures inconnues jonchaient la pièce.
Jang Seo-jin, le plus jeune fils de Jang Min-cheol, président du Groupe Taeseong.
J’avais entendu dire qu’il était célèbre pour son génie de sculpteur. Cet endroit semblait être son atelier.
Un jeune homme élancé se tenait au milieu de l’atelier.
J’avais entendu dire qu’il avait plus de trente ans, mais il en paraissait à peine vingt.
Sans même jeter un regard à nous, les intrus, il prit la parole.
« Vous pourriez attendre là-bas ? Je suis en plein travail. »
J’avançai de nouveau.
« Jang Seo-jin, arrête tes conneries et viens avec nous. »
« Je sais bien que vous êtes venus à cause de mon travail. Le Bureau de gestion n’a-t-il pas tout à gagner à avoir une œuvre achevée de plus ? »
Sa voix était d’un calme incroyable.
« Il ne sera pas trop tard pour terminer après ton interrogatoire au quartier général. Écoute-moi tant que je te le demande gentiment. »
Dehors, le président Jang Min-cheol et sa femme étaient si tendus qu’ils en avaient les yeux injectés de sang, mais celui qu’on emmenait restait parfaitement calme.
Seo-jin le savait.
Il savait que le Bureau de gestion convoitait son pouvoir et ne le tuerait pas à la légère.
Il n’était pas complètement à côté de la plaque.
« C’est pour ça que tu es si pénible ? Parce que tu fais du travail manuel ? »
«…»
Son ton, légèrement irritant, me tapait sur les nerfs.
« Désolé, mais l’inspiration, c’est comme une image rémanente et floue. Si on m’embarque pour m’interroger, elle s’évanouira aussi… »
— Pan !
Avant que Seo-jin ait pu finir, un coup de feu retentit et la sculpture posée sur la table explosa.
Un coup de feu, comme ça, sorti de nulle part ?
Nous avions à peine échangé quelques mots.
Kim Ji-ho était-il particulièrement irritable aujourd’hui ?
« Oh là là ! La personne derrière est vraiment impatiente. »
« Hé, nous non plus, on n’a pas le temps, alors viens tranquillement… »
— Crac !
Le bruit de la pierre qui s’effritait.
Le bruit d’articulations raides qui se mettaient en mouvement.
Des vibrations et du bruit venaient de toutes parts.
« … Ça va poser problème si tu fais ça ici. »
Au moment où Seo-jin eut l’air décontenancé, une sculpture, dans un coin de l’atelier, se mit à dégager une présence imposante, comme une personne vivante.
Créer des « sculptures vivantes ».
C’était là le pouvoir de Jang Seo-jin !
« Ah, merde ! »
« … Aîné Kim. »
Avions-nous vraiment cru que quelqu’un capable de créer des sculptures vivantes ne se soucierait pas de sa propre sécurité ?
Bien sûr qu’il avait dû laisser une sorte de garde dans les parages.
C’était pour ça que nous avions essayé de le convaincre de nous rejoindre sans violence.
« Argh ! On ne peut pas juste tout casser ? »
Aux paroles agacées de Kim Ji-ho, Seo-jin eut un petit rire et répliqua :
« Cette sculpture aussi, c’est un « bien » que le Bureau de gestion veut récupérer, non ? »
« La ferme, espèce d’abruti. »
Kim Ji-ho se rua en avant, armé d’une lourde arme, contrairement au pistolet qu’il préférait d’habitude.
S’il s’était attendu à trouver des sculptures de garde, il était tout naturel qu’il se soit aussi préparé à les combattre.
— Boum ! Rrrr ! Bang, bang ! Crac !
Des obus lourds jaillirent comme des éclairs et frappèrent la sculpture les uns après les autres. Une explosion massive ravagea l’atelier, et la sculpture gardienne fut pulvérisée en un instant.
« Waouh… Quelle puissance de feu ! Le Bureau de gestion a aussi des trucs comme ça ? »
« Tu n’as jamais vu de lance-grenades ? Tu as bien dû lancer des grenades pendant ton service militaire… »
« Je n’ai pas fait mon service militaire. »
« … »
« Je suis citoyen américain. Et toi, tu as fait ton service, agent ? Ah, je vois ! Ça n’a pas dû être facile ! »
Ah, pourquoi avais-je tant envie de frapper cet enfoiré ?
Pas étonnant qu’il ait parlé comme quelqu’un qui n’avait jamais fait son service militaire !
Quand je fronçai légèrement les sourcils, Seo-jin sourit.
« Tes sculptures n’ont-elles pas fait beaucoup de victimes ? »
« Je sais. »
« Tu ne te sens pas coupable ? »
« Agent, si quelqu’un tue une personne avec un couteau de cuisine, est-ce la faute de celui qui a vendu le couteau ? »
« Un couteau de cuisine n’a pas de volonté propre et ne se déchaîne pas comme tes sculptures. »
« Je dis que je ne leur ai jamais ordonné de tuer qui que ce soit. »
« … »
Est-ce que je lui mets juste une bonne tape derrière la tête ?
« J’ai peur. Je peux supporter la douleur, mais si cette main ridiculement énorme me frappe, j’ai l’impression que mon inspiration risque de disparaître. »
Avant que nous partions, Kim Ji-ho passa à Seo-jin les entraves qu’il avait apportées du quartier général.
Des menottes, une camisole de force et un masque couvert d’étranges dessins et de lettres.
J’avais déjà vu plusieurs fois l’équipement fabriqué sur mesure du Bureau de gestion. On disait qu’il possédait de puissantes propriétés pour réprimer le Chaos.
Pour l’avoir porté moi-même, je savais que ça ne suffisait pas à affecter les Participants de l’hôtel.
Ça rendait simplement le corps lourd, rien de plus.
« Cadet Cha, il est bien attaché. Allons-y ! »
* * *
Environ cinq minutes après notre départ, je me concentrai sur la route tandis que Seo-jin et Kim Ji-ho se mirent à discuter à l’arrière.
« On va au quartier général ? »
« Oui. »
« Qu’est-ce qui va se passer quand on y sera ? »
« Tu devras expier. »
« Quand tu dis expier, tu veux dire que je vais vous sculpter des œuvres à tous, désormais, c’est ça ? »
« Tu comprends vite. »
« Je peux poser d’autres questions ? »
« … Vas-y. »
Le quartier général nous avait ordonné de le ramener discrètement, sans provoquer de conflit si possible.
Ils pensaient probablement que ce serait problématique s’il leur en voulait trop, puisqu’ils comptaient se servir de son talent plus tard.
Kim Ji-ho avait tiré plusieurs coups, mais disons qu’il voulait seulement lui faire peur.
À voir l’attitude de Seo-jin, il n’avait pas l’air effrayé du tout. Je doutais aussi que Kim Ji-ho ait réfléchi jusque-là.
« Le Bureau de gestion a plein de drones télécommandés, non ? J’en ai vu à la télé plein de fois. »
« Oui. »
« Si mes sculptures peuvent faire l’affaire, pourquoi ne pas simplement leur demander d’utiliser des drones ? »
« … »
C’était une question que n’importe qui aurait pu se poser.
Pourquoi une organisation qui regorgeait de drones téléguidés avait-elle besoin de « sculptures vivantes » ?
Et pourquoi fallait-il envoyer des gens dans des situations dangereuses ?
« D’abord, les drones ne sont pas aussi fiables que tu le crois. »
Le Bureau de gestion de la chambre 201 avait puni les forces rebelles en n’utilisant que des drones.
Le Bureau de gestion de la chambre 202 avait même réussi à punir le Dieu de la Mer à moitié ressuscité à l’aide d’un « Terminator ».
En réalité, le Bureau de gestion était technologiquement inférieur à ces Bureaux de gestion.
Par exemple, les drones de combat produits en série pouvaient fonctionner moins d’une heure.
On m’expliqua que la principale raison était la technologie des batteries, mais n’insistons pas là-dessus.
Je ne compris pas la suite de l’explication, car je n’y connaissais pas grand-chose en sciences ou en ingénierie.
« Quelles sont les autres raisons ? »
« … Les drones manquent de spiritualité. »
« Quoi ? »
Les drones n’avaient pas d’âme.
Les drones n’étaient pas vivants.
Il leur manquait quelque chose qui se trouvait à l’opposé du Chaos.
Cela pouvait sembler vague à certains, mais, pour le Bureau de gestion, c’était une raison très concrète.
« Ça suffit. Tu comprendras quand tu travailleras au siège. »
C’était aussi l’un des faits cachés au grand public.
« Oh, je crois que j’ai compris quelque chose sans que tu aies besoin de m’en dire plus. »
« Ça suffit, tais-toi… »
« Donc, vous n’avez pas d’autre choix que de sacrifier de vraies personnes plutôt que des robots, c’est ça ? »
« … J’ai dit : tais-toi. »
Je perçus une pointe de panique dans la voix de Kim Ji-ho.
Son interlocuteur avait visé juste.
Je devrais sans doute aider mon aîné, qui subissait les assauts de cet invité arrogant.
Plus encore, vu notre véritable objectif, cette conversation ne prenait pas la bonne direction.
« Bon, ça suffit ! Vous déconcentrez le conducteur, alors taisez-vous tous les deux. »
« Ça me touche. Les humains sont vraiment les êtres les plus précieux au monde, n’est-ce pas ? »
« Jang Seo-jin, tu ne le sais peut-être pas, mais je suis très peu expérimenté au volant. Alors tais-toi. »
Un fait pouvait en surprendre certains.
Depuis longtemps, le Bureau de gestion s’efforçait de réduire le nombre de victimes.
Limiter le nombre de personnes exposées lors du confinement des hideuses Entités du Chaos et déployer des robots et des drones de pointe dès que possible faisaient partie de ces efforts.
Au fil du temps, le Bureau de gestion s’était rendu compte d’une chose.
Certaines choses ne pouvaient être réglées que par des humains.
Certaines choses ne pouvaient prendre fin qu’à la mort de gens.
* * *
- Kim A-ri
Après avoir reçu ce matin un texto m’annonçant ma promotion, j’arrivai au beau milieu du désert australien, guidé par le chef de l’antenne coréenne.
À l’intérieur d’une structure qui ressemblait à une tour se trouvait un ascenseur.
« … »
Je suis censé y entrer, c’est ça ?
Et si j’appuyais sur le mauvais bouton et qu’il m’envoyait tout à coup dans la lave ou je ne sais quoi ?
Non, j’étais quand même trop paranoïaque, là.
Si le Bureau de gestion avait voulu se débarrasser de moi, il ne s’y serait pas pris de façon aussi compliquée…
« Ah. »
Mes pensées revenaient sans cesse à la possibilité que le Bureau de gestion cherche à se débarrasser de moi.
Autrefois, je n’aurais même pas envisagé une chose pareille.
« … »
Je devenais paranoïaque parce que je n’étais pas tout à fait innocent.
Parce que je pensais que le Bureau de gestion avait des raisons de m’éliminer.
Les quelques choix auxquels j’avais été confronté depuis mon retour à la réalité.
À ces moments-là, avais-je été un agent du Bureau de gestion ?
Ou avais-je été membre du Parti de l’Hôtel ?
Je ne savais pas.
Le doute et la confusion s’enracinèrent, et la peur naquit dans mon cœur.
La peur que le Bureau de gestion puisse me tuer.
— Ding !
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent brusquement.
Un homme encapuchonné se tenait à l’intérieur.
« Alors ? Vous entrez ou pas ? »
« … »
« Je vous attendais, agente A-ri. »
Je le compris dès que je le vis.
Cet homme faisait partie des Silencieux.
Alors, était-il un ancien Participant ?
« Entre, maintenant, tu veux bien ? »
« Désolé. »
« Tutoie-moi. Depuis que tu as reçu ce message, nous sommes sur un pied d’égalité. »
« D’accord. »
Ma réponse lui plut peut-être, car le coin de sa bouche se releva légèrement.
J’avais l’impression qu’un grand-père me félicitait, ce qui n’était pas particulièrement agréable.
En regardant autour de moi dans l’ascenseur, je haussai légèrement les sourcils sans m’en rendre compte.
« Qu’en penses-tu ? »
« … Je n’ai jamais vu une décoration intérieure pareille. »
« Qu’est-ce qu’elle a de si particulier ? »
« La forme des chiffres est étrange, et le panneau de commande aussi. »
« À ton avis, pourquoi ? »
« Je n’aime pas les énigmes. J’en ai eu mon lot à l’hôtel. »
« Ha ha ! Je comprends ce que tu ressens. Ces enfoirés de l’hôtel ne sont pas toujours très utiles. »
« … »
Je m’en étais douté, mais cette personne était elle aussi un ancien Participant.
« Eh bien, la réponse est simple. Cette structure n’a pas été construite dans ce monde. »
« … »
Pendant un instant, je fus incapable de parler.
Cette structure n’avait pas été construite dans ce monde ?
Elle avait été construite lors d’une boucle précédente ?
Cela ne signifiait-il pas qu’elle était capable de survivre à la réinitialisation du monde provoquée par une boucle ?
« De même qu’il existe des gens capables de survivre à la Fin des Temps, il existe aussi des installations capables d’y survivre. Tu le sais, n’est-ce pas ? »
« … Je sais que tu utilises plusieurs Autres Mondes comme entrepôts. »
« C’est similaire. Même si ce n’est pas l’Autre Monde. »
« … »
— Ding !
Un numéro que je ne connaissais pas fut sélectionné.
« Il nous faudra environ une heure pour arriver à destination. Installez-vous confortablement. »
« Une heure ? »
Quel genre d’ascenseur met une heure à se déplacer ?
« À quelle distance se trouve la destination ? »
« Ce n’est pas parce qu’elle est loin. C’est parce que l’ascenseur est lent. »
« Hein ? »
« L’ascenseur s’est déjà mis en marche. »
« … »
C’était vraiment lent.
Ça avançait plus lentement qu’une personne à pied.
« Pourquoi est-ce si lent ? »
« J’ai lu un rapport qui disait que tu possédais une sorte de vision aux rayons X. »
« … »
Une vision aux rayons X ?
Vu les circonstances, il devait parler de la perception de l’espace que j’avais développée en maîtrisant le Polyèdre irrégulier.
C’était cette capacité qui m’avait permis d’envoyer Mi-ro exactement à l’endroit voulu, à la Base lunaire, dans la chambre 207. Ça n’avait rien à voir avec une vision aux rayons X.
Pourtant, aux yeux d’un observateur extérieur, ça devait sans doute y ressembler.
« Et ? »
« À partir de maintenant, essaie de sentir l’espace à l’extérieur. Si tu veux, je peux rendre les murs extérieurs transparents, mais ce serait trop dangereux. »
« … Je demandais pourquoi l’ascenseur avançait si lentement. »
« Je répondais aussi à cette question. »
Un bref silence s’installa.
Après ses paroles, je me concentrai et tentai de sentir l’espace à l’extérieur de l’ascenseur.
Je perçus alors un mur étrange.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Qu’est-ce que tu ressens ? »
« Un mur immense… »
« Essaie de le sentir plus attentivement. Ce n’est pas un mur. C’est une surface courbe, pas une ligne droite. »
« Une surface courbe ? »
« Elle semble trop vaste pour que tu en sentes la courbure. Concentre-toi davantage. »
« … »
Après avoir entendu ça, je me concentrai et sentis effectivement la courbure.
Une sphère. Une sphère ronde.
La sphère était si immense qu’au début, je ne parvins pas à en percevoir la courbure et la pris pour un mur droit.
Et puis…
« … »
Mon souffle se coupa.
« Reste calme. C’est sans danger. »
« … »
« Cette structure a été bâtie il y a très longtemps. »
« … »
« Elle a été construite à une époque où nous étions bien plus puissants qu’aujourd’hui. Il est impossible de la reproduire. »
Notes :
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