Chapitre 535
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 534 : Chambre 207, Salle de la Porte – Quatrième Épreuve « Le Roi déchu » (20)
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– Han Ga-in
Contre toute attente, nous étions parvenus à un accord.
Sophia, peut-être accablée par le dégoût d’elle-même après avoir accepté Fortuna, était assise sur le canapé, l’air sombre.
Le sourire aux lèvres, je m’approchai d’elle.
« Je suis content que tout se soit arrangé. On va dehors repérer le Gardien ? »
« Repérer sa position ? Tu dois te couvrir chaudement, alors je peux y aller seule… »
« Je voulais te parler. »
« Ah, d’accord. »
J’emmenai dehors l’homme, qui semblait un peu déconcerté.
Dans la chambre d’hôtel, après notre départ, « un autre moi » apparut peu après.
« Hein ? »
A-ri et Grand-père parurent légèrement surpris.
Sophia ouvrit de grands yeux.
« Quoi… »
Je mimai « Chut » et tout le monde se tut. Craignant que Mi-ro ne fasse une bêtise, Grand-père lui couvrit lui-même la bouche.
A-ri finit par hocher la tête et nous fit signe.
« C’est fait. »
« … »
« J’ai dressé des murs transparents autour de nous pour empêcher le son de sortir. »
« Ce serait bizarre qu’aucun son ne filtre. Enlève les murs et discutez entre vous quelques minutes. Je vais l’emmener loin. »
Une dizaine de minutes passa.
À cette distance, même un maître d’arts martiaux ne pourrait pas nous entendre.
— Clap !
Tout le monde se tourna vers moi quand je frappai doucement dans mes mains.
« Il y a quelque chose qui clochait à la fin. »
« À la fin ? »
« Quand il a proposé d’envoyer Sophia au paradis. »
« Euh… Hein ? »
A-ri semblait seulement maintenant comprendre où était le problème. Son expression se durcit. Je reposai la question à Sophia.
« Sophia. »
« Oui ? »
« Il y a cinquante ans, tu as dit à quelqu’un de ton entourage que tu voulais aller au paradis ? »
« Absolument pas. Je ne l’ai dit à personne d’autre qu’à toi. »
« Et moi, je ne l’ai dit qu’aux personnes ici présentes. Alors comment ce type l’a-t-il appris ? »
La tension envahit la pièce, qui sombra dans le silence.
« Quelqu’un d’inconnu lui a donné des informations sur nous. Il y a donc eu une intervention extérieure. Et… »
« Et ? »
« Sophia, tu as dit avoir réduit Fortuna à un tas de chair il y a cinquante ans, c’est ça ? »
« C’était ma décision, mais… »
« Pas besoin de te justifier. Tu l’as tué au point qu’il ne pouvait plus s’en remettre, pas vrai ? »
« Oui. »
« Alors comment a-t-il pu se rétablir ? Tu as dit toi-même que tu n’avais pas utilisé la Boîte des âmes. »
« Hic ! »
Mi-ro eut un hoquet de surprise.
« Il y a autre chose qui me tracasse. »
A-ri semblait l’avoir vaguement deviné. Son expression se figea.
« Aucun de nous, à part toi, n’a relevé ce que tu viens de faire remarquer avant qu’on se soit éloignés de Fortuna. »
Trois problèmes.
Premièrement, Fortuna connaissait le but que Sophia ne m’avait confié qu’à moi, et que je n’avais révélé qu’à A-ri, Mi-ro et Grand-père.
Deuxièmement, Fortuna avait ressuscité sans qu’on utilise la Boîte des âmes.
Troisièmement, les autres n’avaient compris les deux premiers points qu’après s’être éloignés de Fortuna.
« Une hypothèse très convaincante m’est venue. »
« Je t’écoute. »
« Yaldabaoth a ramené Fortuna à la vie. C’est aussi lui qui lui a transmis des informations sur Sophia. »
« C-comment Yaldabaoth a-t-il pu savoir ? Il sait tout ce qui se passe sur Terre ou quoi ? »
« Ce n’est pas impossible, mais il y a une explication plus simple. »
« Laquelle ? »
« Sophia, tu gardes toujours le Fragment du Miroir comme atout. »
« Ah. »
A-ri demanda : « Comme il a poussé des gens à s’aimer et à se détester, est-ce qu’il aurait aussi donné une sorte de pouvoir hypnotique à Fortuna ? »
« … »
« Pour qu’on accepte Fortuna sans se méfier ? »
« Probablement. »
« M-mais même si on le sait, ça reste un problème. »
« … »
« On a besoin de Fortuna. Qui d’autre pourrait affronter le Gardien ? »
Je fixai en silence A-ri, qui venait de se remettre à appeler l’homme Fortuna.
« Quoi ? »
« … »
« Ga-in ? »
« Je crois avoir compris l’une des particularités de Yaldabaoth. »
« Laquelle ? »
« Rien ne m’empêche d’utiliser une belle épée forgée par quelqu’un d’autre. »
Peu après, le double qui déambulait dans la chambre d’hôtel disparut.
* * *
– Han Ga-in
À un moment donné, ma relation avec mes compagnons avait subtilement changé.
Même si j’avais sauvé Aedia, m’auraient-ils vraiment fait confiance sur la foi de ce seul geste, au point de laisser Aedia les mener à la baguette pendant des centaines, voire des milliers d’années ?
Mes anciens compagnons n’auraient pas agi ainsi.
Ils auraient dit : « Eh ben, regardez Ga-in ! Il est un peu simplet, non ? » Ils auraient considéré mon choix comme une erreur, puis tué Aedia.
Beaucoup de choses avaient changé depuis que j’avais acquis la Clairvoyance.
Même le Grimoire et le Soleil sacré n’avaient pas eu un tel effet.
Du point de vue de mes compagnons, la Clairvoyance exerçait donc une pression considérable.
C’était sans doute pareil de l’autre côté.
« Seung-yeop, tu peux t’arrêter un instant ? »
« Hein ? »
Je réfléchis une dernière fois.
Yaldabaoth aurait-il pu dire à cet homme que je n’avais plus la Clairvoyance ?
La réponse se trouvait dans ma conversation avec Aedia.
Avant que je parle de Sagesse, Aedia ignorait même son existence.
Et lorsque j’avais fait comme si j’avais la Clairvoyance, alors que je n’avais pas récupéré ma Bénédiction, Aedia ne s’était pas méfiée.
« Je crois qu’un accident va se produire devant nous d’ici une trentaine de secondes. »
« Q-quoi ? Comme ça, tout à coup ? »
« Je ne peux pas intervenir à la légère, alors c’est à toi de l’arrêter. »
— Scccriiiii !
« Aah ! »
« Q-qu’est-ce qui se passe ?! »
Sans prévenir, un bus fit une embardée et fonça vers un immeuble.
Depuis le début, le chauffeur était contrôlé par un magicien inconnu. Même un maître d’arts martiaux n’aurait pas pu s’en apercevoir.
Tandis que tout le monde restait figé, s’attendant à un terrible accident…
« Haah ! »
Le maître d’arts martiaux s’élança en poussant un cri et régla la situation en un instant.
Impressionnés, les gens se rassemblèrent autour de lui pour le remercier.
L’homme, qu’on ne pouvait plus vraiment appeler un garçon, leur adressa un sourire gêné, puis revint rapidement vers moi.
« Hyung. Allons quelque part où il n’y a personne. »
« Pourquoi ? Tout le monde te traite en héros. »
« C’est gênant ! Et puis, si on y réfléchit, tu as fait presque tout le travail en repérant le danger à l’avance. »
« … »
Tard dans la nuit, sous le ciel sombre, je marchais à ses côtés et l’observais en silence.
Au début, il souriait, comme si la situation l’amusait. Mais, peu à peu, son expression devint mal à l’aise.
Même après des milliers d’années…
Le jeune homme et la Sainte Mère restaient intimidés par la Clairvoyance.
« Q-qu’est-ce qu’il y a ? »
« Viens. »
Une belle fontaine richement décorée se trouvait là.
Je cueillis une fleur mauve pâle inconnue qui poussait à côté, puis en éparpillai longtemps les pétales dans le vent.
Qu’est-ce que c’était censé signifier ?
Je n’en savais rien non plus.
Dans les films, dès qu’une scène mystérieuse se présentait, des pétales se mettaient soudain à voler partout.
Puisque des fleurs de lotus étaient censées flotter dans les airs quand Bouddha prêchait, ça devait être un sentiment partagé par toute l’humanité.
« … »
« … »
Ensuite, je plongeai la main dans l’eau qui coulait et baissai la voix.
« C’est comme nos vies. »
Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire, bon sang ?
Je n’en savais rien, mais dans les films chinois, les immortels taoïstes sortaient toujours des phrases de ce genre sans prévenir.
Après ça, je m’appliquai à enchaîner toutes sortes de « performances mystérieuses ».
Jusqu’à ce qu’il me voie moins comme un compagnon d’hôtel que comme une sorte de demi-dieu énigmatique.
Finalement, incapable de supporter davantage la pression, le jeune homme prit la parole.
Même sa façon de parler avait subtilement changé.
On aurait dit qu’il n’avait plus la force de conserver l’attitude de garçon qu’il avait devant moi.
« Tu as vu quelque chose en moi ? »
« Qui sait. »
« Tu ne peux pas simplement me le dire ? »
« Est-ce vraiment nécessaire ? La personne qui te connaît le mieux, c’est toi-même. »
« … »
« Quand on se fait trop de souci avant une grande bataille, le corps finit forcément par s’alourdir. »
Une aura un peu creuse commença bientôt à émaner de lui.
« Quand je me suis réveillé, j’ai pensé à ça. »
« … »
« Qui suis-je ? Suis-je vraiment Park Seung-yeop ? »
« … »
« Le Seung-yeop d’origine voyait toujours une fenêtre opaque avec des chiffres. C’était une sorte de fenêtre de statut qui lui indiquait quand il pourrait utiliser à nouveau la Chance céleste. Moi, je ne la vois pas. »
« … »
« La Chance céleste a disparu, et l’Humain primordial aussi. Enfin, dire qu’ils ont disparu, c’est étrange. Je n’ai jamais utilisé ma Bénédiction dans la chambre 207. »
« C’est intéressant. »
« Le pouvoir dont je me sers n’est pas une Bénédiction accordée par l’hôtel. C’est quelque chose que le Grand Être au-delà du Miroir a imité après avoir vu les traces de Chance laissées dans mon corps. »
« Le Roi démon a fait quelque chose de semblable dans la chambre 206. Un Prisonnier pouvait lui aussi imiter une Bénédiction. »
« Après avoir perdu ma Bénédiction et vu mon identité se déformer… suis-je vraiment Park Seung-yeop ? »
Je compris vaguement ce qui le préoccupait.
« Tu penses ne pas être Park Seung-yeop. Tu crois être un être distinct, né dans la chambre 207 : Fortuna. »
« … »
« Vu sous cet angle, réussir la chambre 207 ne signifie pas t’échapper. C’est même le contraire : c’est mourir. Cette chambre est ta réalité. »
« N’est-ce pas ? »
Était-ce ce que Yaldabaoth avait voulu ?
Fortuna, persuadé que réussir la chambre 207 signifiait sa propre mort, allait-il sombrer dans la folie au dernier moment ?
« Quand j’ai utilisé la Clairvoyance sur toi, j’ai vu deux possibilités. »
« Deux possibilités ? »
« Dans l’une, tes relations avec tes compagnons se dégradaient. Certains disaient qu’il fallait te chasser, tandis qu’une autre personne estimait qu’il fallait “purifier” ta Corruption. »
« … »
« L’autre possibilité était complètement différente. Comme d’habitude, on riait et on discutait autour d’une table en mangeant de bons petits plats. Eun-sol plaisantait en disant que tes coups d’épée faisaient trop mal, et tu baissais la tête pour t’excuser. Puis on riait tous ensemble. »
Ces deux possibilités montraient des événements qui se déroulaient hors de la chambre 207.
Autrement dit, sous prétexte de lui parler de son avenir, j’essayais de lui faire comprendre une seule chose.
« Tu ne mourras pas dans la chambre 207. Il y a une suite. Fortuna et Park Seung-yeop sont un seul et même être. »
« E-et Yumi ? Elle était à mes côtés ? »
Mieux valait ne pas lui donner la réponse qu’il espérait le plus.
Ça ne ferait que renforcer son désir de la revoir.
« Désolé. Je n’ai pas vu aussi loin. »
« Ugh… »
« Une possibilité n’est qu’une possibilité. Regarde, moi aussi, j’ai vu toutes sortes de possibilités grâce à la Clairvoyance, mais n’ai-je pas utilisé tous les moyens imaginables pour provoquer celle que je voulais ? »
« … »
« Ce qui compte, c’est ton choix. Laquelle choisiras-tu ? »
Sur ces mots, je tournai les talons.
…
Je regardai l’homme s’abîmer dans une interminable introspection.
Ironiquement, ses inquiétudes et notre conversation confirmaient une fois de plus quelque chose.
A-ri, revenue de l’autre côté du Miroir, continuait de nous aider de son plein gré.
« Un autre moi », qui avait acquis un pouvoir supérieur au mien, avait choisi de se suicider de son plein gré.
Quand Yaldabaoth déformait ses créations, il ne leur ôtait pas leur libre arbitre.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
Peut-être affronterions-nous Yaldabaoth au dernier moment.
* * *
– ???
Tôt le matin, au lever du soleil, A-ri vint me voir.
« Seung-yeop, tu as bien compris tout le plan ? »
« Oui. »
Le plan était ridiculement simple.
Sophia et moi devions semer le chaos au centre-ville de Floride pour attirer le Gardien, puis l’affronter.
Pendant ce temps, Ga-in emmènerait A-ri sur la Lune.
« Tu vas y arriver ? »
« Je vais devoir essayer. Je suis Park Seung-yeop, le plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux, non ? »
« Pfft ! »
A-ri éclata de rire.
Comme toujours, elle était si jolie que mon cœur faillit s’arrêter un instant avant que je m’en rende compte.
Plus maintenant !
J’ai Yumi, tu te souviens ?
« Au cas où, pour Sophia et, euh… »
« Ça va. »
« … »
« On ne se battra pas. Même si Sophia perd le contrôle et m’insulte, je ferai comme si je n’avais rien vu. »
« Et si Sophia glousse en disant qu’elle a adoré tuer Yumi ? »
Sophia, qui se tenait à bonne distance, réagit à ces paroles.
« A-ri ! Tu me prends pour qui, une psychopathe ? »
Juste avant notre séparation, A-ri posa une dernière question.
« Seung-yeop. Hier soir… »
« … »
« J’ai appris que tu avais parlé avec Ga-in. »
« Il t’a dit de quoi on avait parlé ? »
« Il a seulement dit que tu avais beaucoup de soucis. Tu as trouvé une réponse ? »
Pour rassurer tout le monde, j’affichai un grand sourire.
« Bien sûr. J’ai trouvé une réponse claire. Le plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux ne se laisse pas troubler par des pensées parasites avant une grande bataille. »
« Toujours cette histoire de plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux ! »
* * *
Une trentaine de minutes plus tard.
Sophia et moi nous tenions au cœur de Jacksonville, une ville grouillant de monde.
Il ne nous restait plus qu’à semer le chaos pour attirer le Gardien.
« … »
« … »
Une tension gênante flottait entre nous.
Sophia murmura avec prudence :
« Euh… On devrait commencer ? »
« Sophia. J’ai une question à te poser. »
« Une question ? »
« Ga-in m’observe à travers toi en ce moment ? Il a utilisé la Possession sur une partie de ta conscience ? Ou vous communiquez par un moyen magique ? »
« … Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
Elle répondit avec un calme parfait.
Mais elle ne pouvait pas tromper le regard du plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux.
« Je m’en doutais, et j’avais raison. Ça me fait un peu mal. »
« Q-qu’est-ce que tu… »
« Ga-in, écoute. J’ai passé toute la nuit à réfléchir. »
« … »
Je parlai calmement.
Je lui exposai la conclusion à laquelle j’étais parvenu après avoir réfléchi jusqu’à l’aube.
La révélation du plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux.
« Je ne suis pas Park Seung-yeop. La première fois que j’ai regardé dans le Miroir à cause d’Aedia, ou, si ce n’était pas à ce moment-là, quand je suis revenu à la vie après être mort, Park Seung-yeop était déjà pratiquement mort. »
Sophia ouvrit de grands yeux, stupéfaite.
« Je te l’ai dit hier, non ? À partir de là, j’ai acquis un étrange pouvoir déguisé en Bénédiction. Et ce matin, j’ai tâché de faire parler Mi-ro. Elle m’a dit que le Royaume des Rêves ne me considérait même plus comme un compagnon. »
« … Cette fille écervelée, encore ! »
« Ne gronde pas trop Mi-ro. Son innocence pourrait bien devenir sa force, un jour. Et puis, si on y réfléchit, tu es pareille. »
« Seigneur Horus… »
« Dis à Sophia de se taire. »
« … »
« À partir de maintenant, je ne parle plus en tant que Park Seung-yeop, mais en tant que plus grand maître d’arts martiaux sous les cieux. Horus, quels compagnons se trompent et s’observent en secret ? »
« … »
« Toi-même, tu ne me considères pas comme un compagnon. Alors comment veux-tu que je croie être Park Seung-yeop ? »
Sophia, ou plutôt « Horus », resta sans voix.
En fixant cette personne — ou peut-être ces deux personnes —, je sortis la Boîte des âmes.
« C’est… »
« Félicitations. Tu vas au paradis. Tu vas retrouver ta mère, celle qui t’a tant manqué. Eun-sol risque d’être surprise, cela dit ! »
En cet instant décisif, la jeune fille qui avait acquis une nouvelle immortalité regarda le maître d’arts martiaux courir vers sa fin.
« Q-qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? »
« Hier soir, quand j’ai compris que je n’étais pas Seung-yeop, j’ai été terrifié. »
« Quoi ? »
« J’avais peur de mourir. Même après avoir vécu des milliers d’années, j’avais rarement ressenti cette peur… mais j’ai passé la nuit à trembler. »
En plongeant mon regard dans les yeux bleus égarés de Sophia, je repensai à une vieille inquiétude.
Je m’étais entraîné aux arts martiaux bien plus longtemps que Yi Ja-seong, et pourtant, je n’avais jamais entrevu le sommet.
Je croyais que c’était parce que je manquais de talent.
Je pensais que, faute de posséder un talent sans pareil comme Yi Ja-seong, je ne pourrais jamais franchir la dernière étape, peu importe le temps que je passerais à m’entraîner.
La Boîte des âmes, qui m’avait accordé l’immortalité, était ma plus grande arme.
C’était aussi ma plus grande limite.
…
Je libérai progressivement mon pouvoir.
J’effaçai toutes mes pensées parasites pour ne garder qu’une seule conviction.
Bientôt, l’être qui avait perçu le trouble s’approcha.
Un regard immense qui embrassait toutes choses.
Le Gardien d’un monde créé par le faux Créateur.
« J’ai peur. »
La peur me picotait la peau, mais je souris.
« Croire à la Prochaine chance nous affaiblit. »
« … »
« Puisqu’il y a toujours une Prochaine chance, puisqu’on peut renoncer cette fois-ci, les immortels choisissent toujours de fuir devant un ennemi puissant, en espérant avoir une autre occasion. »
« … »
« Il nous faut une fin. »
« C’est un conseil pour moi ? »
Pour la première fois, Horus parla par la bouche de Sophia.
« Au moment décisif, j’espère que toi non plus, tu ne reculeras pas. Je crois qu’il existe dans ce monde des murs qu’on ne peut pas franchir en deux ou trois tentatives, mais seulement du premier coup. »
« … Je m’en souviendrai. Laisse-moi te poser une question. Si tu n’es pas Seung-yeop, pourquoi nous aides-tu ? »
La réponse était toute simple.
« Parce que Yumi ne pourra revenir à la vie que si vous gagnez tous ! »
« Je te le promets. »
« Tu me le promets ? »
« Je ferai tout ce que je peux pour la sauver. »
« Je te croirai. »
Bientôt, la lumière des étoiles se posa à la pointe de l’épée que je tenais…
— Vrouuuum !
« Ah, une dernière question. J’ai beau repenser à ce que tu m’as dit hier, je ne comprends toujours pas ce que ça voulait dire. À quel point cette révélation était-elle extraordinaire ? »
« … Désolé. »
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