Chapitre 533
Traductions WeTried
Traducteur/Éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 532 : Chambre 207, Salle de la Porte – Quatrième Épreuve « Le Roi déchu » (18)
──────
- Han Ga-in
…
…
…
— Flash !
La première sensation qui me saisit lorsque je repris connaissance fut celle de la chute.
« Aaaah ! »
« Ahhh ! »
Nous avions utilisé le Sablier alors que nous étions dans un avion, c’était donc tout naturel.
« Yah ! »
« Aïe ! »
« Mi-ro, baisse d’un ton ! Tu me casses les oreilles ! »
« Aaaah… Mmph ! »
A-ri, qui portait des Bottes ailées, attrapa rapidement Mi-ro.
J’invoquai aussitôt le Soleil sacré et rattrapai Grand-père.
« Urgh ! M-merci. »
« Descendons. »
Une fois au sol, je regardai autour de moi.
Nous volions du Texas vers l’Espagne quand nous étions tombés, mais heureusement, nous n’avions pas atterri dans l’océan.
« Les débris sont éparpillés partout. On dirait que l’avion s’est écrasé. »
« On dirait bien. »
Le Sablier ne nous avait protégés que tous les quatre : Grand-père, A-ri, Mi-ro et moi.
Évidemment, l’avion lui-même n’avait pas été affecté par le Sablier. Il avait dû poursuivre sa route un moment avant de s’écraser.
« Et Sophia, alors ? »
« … »
Nous nous arrêtâmes tous pour réfléchir à la question de Mi-ro.
« N-ne me dites pas qu’elle est morte dans le crash de l’avion ? »
Mi-ro s’était peut-être déjà un peu attachée à Sophia. A-ri lui prit la main tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes.
« Non. Elle ne se laisserait pas tuer aussi facilement. »
J’étais d’accord.
Sophia était une grande magicienne, assez puissante pour emprunter le pouvoir du Miroir et vaincre Fortuna.
J’ignorais si elle savait voler, mais elle avait probablement un moyen de ralentir sa chute.
Le problème le plus probable n’était donc pas la mort de Sophia…
« Le problème, c’est la Lumière qui annonce la fin. Sophia s’est retrouvée face à elle. »
La possibilité que Sophia ait été altérée m’inquiétait bien davantage.
J’eus l’impression qu’il fallait clarifier certaines choses.
« Vous vous en doutez probablement tous, mais… »
« Quoi ? De quoi tu parles ? »
« … Mi-ro, tu pourrais te taire un instant, s’il te plaît ? Vous avez une idée du plan d’Aedia, non ? »
A-ri et Grand-père acquiescèrent.
« Eh bien, nous avons eu tout le temps d’y réfléchir. On dirait qu’elle a utilisé le pouvoir du Miroir pour altérer toute l’humanité. »
« Oh ! »
Mi-ro fut la seule à sursauter. Nous autres continuâmes de discuter.
« Je comprends le plan, mais comment était-ce seulement possible ? Le Miroir d’origine d’Aedia avait-il vraiment autant de pouvoir ? »
A-ri répondit d’un air incertain.
« À proprement parler, le Miroir est un passage. La source de son pouvoir, c’est un être lointain qui se trouve de l’autre côté : le Praticien, ou Yaldabaoth. »
Yaldabaoth avait sans aucun doute assez de puissance pour ébranler la Terre entière.
La plupart des Prisonniers que nous avions rencontrés dans les salles de la Malédiction possédaient déjà une puissance de cet ordre.
Cela dit, même si Yaldabaoth avait un pouvoir sans limites, disposer d’un passage capable de projeter cette puissance sur Terre était une tout autre affaire.
« Je ne parle pas de Yaldabaoth. Je parle du Miroir. Aedia a vraiment pu accomplir une chose pareille avec ça ? »
« Je l’ignore… Mais je peux affirmer qu’il n’était pas aussi puissant quand je l’ai combattue, il y a cent vingt ans. »
« Alors ? »
« Aedia a dû trouver un moyen d’amplifier le pouvoir du Miroir au cours de ces cent vingt années. »
« … »
Grand-père intervint.
« Peu importe comment elle s’y est prise. C’est fait, maintenant. Cette fille a dû s’épuiser pendant cent vingt ans. Ce qui compte, c’est de savoir exactement ce qui s’est passé. »
A-ri répondit :
« Nous le saurons quand nous entrerons dans la ville. »
« Allons-y tout de suite. »
« Non. Vous trois, restez ici un moment. J’irai seule. »
Grand-père, Mi-ro et moi nous tournâmes vers A-ri.
« Pourquoi ? »
« … Le dégoût. »
« Quoi ? »
« Il faudra voir exactement en quoi ils ont changé, mais l’humanité entière a probablement été altérée par le Miroir. »
« D’accord. »
« S’ils vous voient, ils seront à moitié fous et se déchaîneront. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’ils éprouveront un dégoût intense. »
Nous nous tûmes tous les trois, et A-ri disparut après cette réponse laconique.
« J’en ai déjà fait l’expérience. Se couvrir entièrement de vêtements et porter un masque règle l’essentiel du problème. Il fait froid, en plus. Je vais vous rapporter des vêtements qui vous couvriront de la tête aux pieds. Attendez ici. »
Après le départ d’A-ri, Mi-ro marmonna prudemment :
« Euh… Ga-in. »
« … »
« Tu as dit que les êtres altérés détestaient les humains, pas vrai ? »
« C’est ça. »
« Tu as dit qu’A-ri avait été altérée, elle aussi. »
« … Oui. »
« A-alors, A-ri éprouve aussi du dégoût pour nous ? »
« … »
Ce n’était qu’une vague impression, mais je ne pensais pas qu’elle détestait Mi-ro.
Elle éprouvait probablement du dégoût pour Grand-père et moi.
Pourtant, elle ne l’avait jamais laissé paraître, même un instant.
Dans ces moments-là, je me rappelais qu’A-ri avait autrefois été agente.
* * *
La discussion continua après le départ d’A-ri.
« Tu as dit que cette peste d’Aedia était sur la Lune ? »
« Oui. C’est un endroit auquel je ne m’attendais pas du tout. Je me doutais qu’elle n’était peut-être pas en Europe, mais jamais je n’aurais imaginé qu’elle ne soit pas sur Terre. »
« On va devoir partir dans l’espace ? Ça se complique… »
À cet instant, mes yeux s’écarquillèrent d’instinct !
« Attention ! »
— Whooooum !
Je vis un œil apparaître dans le ciel.
Je vis un regard écrasant, qui semblait contempler toute la création d’un seul coup d’œil.
Lorsque mes yeux croisèrent ceux de cet œil suprême, qui semblait capable d’écraser instantanément n’importe quel être inférieur…
Une étrange intuition me traversa.
« … »
Il avait du mal à faire la mise au point ?
Il ne parvenait pas à me trouver… non, à nous ?
Peu après, l’œil disparut derrière l’horizon, comme s’il n’avait rien trouvé.
« … »
Le silence était si pesant que j’avais l’impression d’avoir cessé de respirer.
Grand-père finit par le rompre, au bout d’un long moment.
« Q-qu’est-ce que c’était ? Pourquoi est-ce qu’il est passé sans s’arrêter ? J’ai cru qu’il allait nous déchiqueter. »
« … Il ne nous a pas détectés. »
« Quoi ? »
« Il ne nous a pas vus. »
« Ça n’a aucun sens. On était en plein milieu, à découvert… »
Au lieu de répondre, je montrai aux autres un mot que je venais de découvrir.
「Horus, méfie-toi du ciel. Si tu te fais trop remarquer, on te repérera.」
« Quelqu’un a glissé ça dans mes vêtements. Il comptait sûrement sur moi pour le trouver en reprenant connaissance, mais je ne l’ai remarqué qu’un peu tard. »
« Qui ? »
« Pas Sophia. Je connais son écriture. »
« Alors, Aedia ? »
« Exactement. »
Nous nous retrouvâmes de nouveau plongés dans nos réflexions.
Mi-ro finit par marmonner :
« Aedia a fait quelque chose ? »
Réfléchissons un peu.
Aedia s’était rendu compte qu’il était presque impossible de protéger l’humanité des Entités du Chaos qui pullulaient dans l’espace.
Elle avait amplifié le pouvoir du Miroir et changé les règles du monde.
Il nous restait à confirmer ce qui s’était exactement passé, mais cet œil faisait lui aussi partie du monde transformé.
« … »
Aedia n’avait pas été certaine de ce qu’elle faisait.
Elle avait choisi cette voie parce qu’elle croyait qu’il n’y en avait pas d’autre, tout en envisageant la possibilité d’un échec.
Notre conversation d’une semaine plus tôt me revint en mémoire.
「« Je crois qu’il me faut une assurance.
— Une assurance ?
— Vous êtes mon assurance. J’ai aussi prévu des dispositions pour vous. »」
Aedia avait dit que nous étions son assurance et qu’elle avait également prévu des dispositions pour nous.
« C’est donc ça, les dispositions dont elle parlait. »
« … Cet œil ne peut pas nous détecter ? »
« Oui. Le mot dit qu’on se fera repérer si on se fait trop remarquer, alors restons prudents. »
Grand-père acquiesça, puis marmonna avec prudence :
« Si on se fait repérer… Tu crois que tu peux battre cet œil ? »
« Je ne le saurai pas avant de l’avoir affronté, mais mieux vaut l’éviter si possible. »
« Compris. »
— Toc toc toc !
« Il ne vous est rien arrivé, à aucun de vous ? »
« A-ri ! »
« Un œil étrange est passé dans le ciel. Tout va bien ? »
« Oui. »
« Alors, habillons-nous d’abord. »
Nous enfilâmes les vêtements qu’A-ri avait rapportés et nous couvrîmes entièrement, visage compris.
Mi-ro marmonna d’un air amusé :
« On dirait que je suis une exploratrice en Antarctique ! »
« Il va se passer beaucoup de choses étranges quand nous arriverons en ville. »
« Quoi ? »
« Restez tranquilles un moment et observez attentivement. Et ne paniquez pas. »
« Qu’est-ce qui a changé ? »
« … Vous le verrez par vous-mêmes. »
Comment le Miroir avait-il changé le monde, changé l’humanité ?
* * *
Nous étions en Floride.
L’incident avait dû se produire avant que l’avion parti du Texas ait pu quitter le continent américain.
« … »
Dès que nous arrivâmes en ville, tout le monde se tut.
« C’est… ! »
Mi-ro commença à pointer quelque chose du doigt, mais s’arrêta quand A-ri lui fit signe.
Comme d’habitude, c’était puéril, mais j’avais failli faire pareil.
Non, était-ce vraiment normal qu’un monstre à la peau d’un noir de jais se promène au milieu d’une ville bondée ?
« … »
Personne n’avait peur du démon.
Cela ne signifiait pas pour autant que sa nature violente avait disparu.
— Craac !
En plein jour, au bord de la route.
Le démon attrapa sans se cacher une personne à peine vêtue, puis la saisit par les jambes.
La suite fut trop horrible pour qu’on puisse la regarder.
Mais ce qui se passa ensuite fut encore plus choquant.
« Ha ha ! Tennessee, tu fais toujours autant de dégâts quand tu manges ? »
« Celui-là n’a vraiment aucune manière à table ! »
Un démon qui dévorait une personne.
Des gens qui gloussaient en le regardant.
Alors que nous étions sur le point de perdre la tête, A-ri murmura :
« Ce sont des sacrifices. »
« Quoi ? »
« Toute l’humanité n’a pas été altérée. Environ dix pour cent sont restés inchangés. »
« Q-qu’est-ce que tu veux dire ? »
Ce n’était pas que je ne comprenais pas.
Je comprenais, mais le sens était si cruel que j’en fus choqué.
« Quatre-vingt-dix pour cent de l’humanité a été altérée. Les Entités du Chaos ne les attaquent pas et ils vivent en paix. Et… »
Même Mi-ro en resta bouche bée.
« Dix pour cent de l’humanité n’a pas changé. Pour les quatre-vingt-dix autres pour cent, ils sont des objets de dégoût et des sacrifices. »
N’y tenant plus, Grand-père demanda :
« Mais… que se passera-t-il quand ces dix pour cent seront tous morts ? Ils finiront bien par mourir ! Et après… »
« D’autres naîtront. »
« Quoi ? »
« Dix pour cent des bébés qui naîtront dans ce monde seront humains. »
« … »
« Ne soyez pas encore sous le choc. Ce n’est pas le seul changement dans le monde. »
* * *
« Oh là là, votre famille est malade ? »
« Oui. Pourrions-nous louer quelques chambres d’hôtel ? »
« Bien sûr ! »
« Pour le paiement… »
« Vous n’avez pas besoin de payer. »
« Comment ? »
« Ha ha ! Vous êtes bien mademoiselle A-ri ? Nous vivons une époque bénie ! Nous sommes sauvés ! »
« … »
« Aujourd’hui, c’est offert ! C’est gratuit ! »
« Merci. »
En déballant nos affaires dans la chambre luxueuse, j’y réfléchis.
D’une certaine façon, le monde nouvellement créé par le Miroir était plutôt vivable.
« Tout le monde… est gentil. »
« Tout le monde est bienveillant et prend soin des autres. »
« … »
« S’il existe vraiment un Dieu, cet endroit pourrait être le paradis. »
J’entrouvris la fenêtre et regardai dehors. Les rues étaient pleines de rires et de joie.
Tout le monde était gentil avec les autres, et chacun de leurs mots et de leurs gestes témoignait d’une grande attention.
Un monde où tous les êtres humains prenaient soin les uns des autres et s’aimaient.
« Ils ne prennent même pas la peine de vérifier si quelqu’un est vraiment malade. »
« Parce qu’ils ne doutent pas. Tout le monde se fait confiance. »
Des gens devenus aussi gentils et innocents que des enfants.
Pour les quatre-vingt-dix pour cent des habitants élus, ce monde pouvait réellement être un paradis.
Tout le monde prenait soin des autres et les aimait. D’un seul coup, cela réglait quatre-vingt-dix pour cent des innombrables problèmes qui avaient tourmenté les sages de toute l’histoire humaine.
« J’ai remarqué ça depuis un moment, mais je crois que les Entités du Chaos éprouvent de l’affection pour les êtres altérés. »
« … Toute l’humanité a hérité de l’Affinité de Song-i ? »
« Quelque chose comme ça. »
Mi-ro demanda prudemment :
« Comment tu le sais ? Euh, c’est ce que tu ressens, A-ri ? »
« C’est ça. »
La peur des Entités du Chaos, des démons, des fantômes, des extraterrestres et des monstres mangeurs d’hommes avait elle aussi disparu.
Les élus ne seraient plus massacrés par les démons. Ils pourraient vivre en paix.
Un esprit simple aurait pu poser la question suivante.
Les Entités du Chaos hideuses étaient toujours partout dans le monde, et beaucoup d’entre elles exigeaient que les humains souffrent. Que pouvait-on faire contre ça ?
La réponse à cette question avait elle aussi été prévue.
— Aaaah !
« … »
Il y avait un petit problème dans ce magnifique paradis.
Rien de plus, rien de moins que les dix pour cent qui n’avaient pas été élus.
— P-pitié, sauvez-moi !
Leur souffrance et leurs cris deviendraient le carburant qui ferait vivre le paradis.
« Ils ne nous ont rien fait payer… »
« Même les vêtements que tu portes étaient gratuits. On leur a dit qu’on en avait besoin et ils nous les ont simplement donnés. »
« Non, tout le monde a perdu le sens de l’économie ? »
« L’économie ? »
« S’ils donnent tout gratuitement parce qu’ils s’aiment, comment vont-ils gagner de l’argent ? »
« Pourquoi auraient-ils besoin d’argent ? Ils te donneront ce que tu demandes. »
« N-non… ! Alors, qui fabrique ces vêtements ? S’il n’y a personne pour les payer… »
« Ils travailleront. Tout le monde s’aime, alors ils travailleront les uns pour les autres. »
« Ah. »
Nous ne pouvions pas juger ce monde selon le bon sens de celui que nous connaissions.
Ici, la notion même d’égoïsme s’était estompée.
Si tout le monde se souciait vraiment des autres, le capitalisme n’avait plus de raison d’être.
Alors, ce monde était…
« Ah… ! Grand Maître Marx ! L’utopie communiste dont vous rêviez est enfin devenue réalité… »
« Ga-in. Arrête de raconter n’importe quoi. Parlons plutôt de ce qu’on va faire maintenant. »
Je sortis de l’utopie communiste dont Marx avait rêvé.
Ajoutez-y une pointe d’Hitler et ça devrait être à peu près pareil.
« Il y a une chose qui me tracasse. Est-ce que c’était vraiment l’intention de la Sainte Mère, ce monde cruel ? »
Notes :
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