Chapitre 532
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 531 : Salle 207, Salle de la Porte – Quatrième Épreuve « Le Roi déchu » (17)
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— Han Ga-in
Si j’avais retenu une chose des épreuves extravagantes de l’hôtel, c’était que les plans étaient faits pour échouer.
Par exemple, après avoir récupéré le Sablier, les compagnons qui nous avaient rejoints par le Royaume des Rêves se trouvaient maintenant dans le même avion que moi.
Au départ, Sophia et moi devions prendre l’avion pour l’Espagne, comme lorsque nous étions allés au Texas, tandis que les autres nous rejoindraient par le Royaume des Rêves.
Mais ce plan était tombé à l’eau : Sophia, trop fragile, n’aurait pas supporté le voyage.
Il était pourtant hors de question de renoncer à elle. C’était une archimage qui, en empruntant le pouvoir du Fragment du Miroir, avait réussi à vaincre jusqu’à Fortuna.
Nous n’avions pas perdu beaucoup de temps.
Même si je l’avais transportée en volant, j’aurais dû limiter ma vitesse. Le trajet n’aurait donc pas été si différent en avion.
* * *
Nous tînmes une brève réunion dans l’avion pour l’Espagne.
Comme Sophia était à moitié inconsciente, la conversation porta naturellement sur elle.
« La Pontife… Peut-elle vraiment se battre correctement dans cet état ? »
« Son corps est le problème, mais il paraît qu’elle a assez de mana. Si elle brûle le reste de sa vie sans se retenir, elle pourra se battre. »
« … Brûler le reste de sa vie ? »
Grand-père tressaillit, et A-ri répondit calmement :
« La salle 207 est déjà dans sa phase finale. Une fois l’épreuve terminée, à quoi bon se soucier du temps qu’il reste à vivre à Sophia ? »
C’était froid, mais pas faux.
Je rapportai naturellement la conversation que Sophia et moi avions eue quelques heures plus tôt.
« Tout à l’heure, Sophia m’a demandé quelque chose. »
« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? »
« … Elle m’a demandé de l’envoyer au Paradis. »
A-ri, Grand-père et même Mi-ro me regardèrent avec un air perplexe.
Au bout d’un moment, Grand-père reprit contenance et demanda :
« E-Elle a demandé à devenir notre compagne ? »
« Quelque chose comme ça. »
« Mais Ga-in, nous n’avons pas la Boîte des âmes. »
« Exactement. »
« Même si Seung-yeop est encore vivant quelque part, Yumi est dans la Boîte des âmes… Ah, non, plus maintenant. »
La conversation était déjà morose, mais la mention de Yumi assombrit encore l’atmosphère.
C’était peut-être pour ça.
Mi-ro eut les larmes aux yeux en caressant Sophia, qui dormait si profondément qu’elle ne se serait même pas aperçue qu’on l’emportait.
« Sophia… A-ri ! Euh, il y aurait un moyen de sauver Sophia ? »
Prise au dépourvu, A-ri hésita, puis évoqua quelque chose dont je n’avais pas entendu parler depuis longtemps.
« Hmm, il y a deux façons de sauver un PNJ. Utiliser un Ticket de résurrection, ou… »
« Ça marche aussi sur les PNJ, et pas seulement sur les participants ayant échoué ? »
« Je ne sais pas. La deuxième façon, c’est de prier Bouddha. »
Prier Bouddha.
Ça remontait à si longtemps que mes souvenirs étaient flous, mais le docteur Kim Sang-hyeon nous en avait parlé quand il était encore un PNJ.
Étonnamment, nous ignorions toujours ce que ces mots signifiaient.
Nous n’avions même jamais rencontré en bonne et due forme un être appelé Bouddha.
« Bouddha se trouve au troisième étage ? »
Bouddha n’était pas apparu alors que le deuxième étage touchait à sa fin. Il ne restait donc que le troisième.
A-ri acquiesça.
« Probablement. »
« Tu ne sais pas ? Je croyais que quelques-uns de ceux qui s’étaient échappés de l’hôtel avaient rejoint le Bureau de gestion. »
« … »
Réfléchissons à nos capacités actuelles.
La plupart des participants de l’hôtel mourraient près de l’entrée du premier étage, mais ceux qui avaient survécu aux épreuves avaient acquis un statut tel qu’on pouvait les qualifier de demi-dieux.
Des gens comme eux ne devaient sans doute pas occuper de petits postes au Bureau de gestion.
Ils devaient avoir des fonctions importantes, non ?
L’un des évadés de l’hôtel pouvait-il faire partie des Silencieux dont A-ri m’avait parlé ?
Le sujet du Bureau de gestion la mettait peut-être mal à l’aise, car A-ri se racla la gorge.
« Hum ! Je crois qu’on s’est éloignés du sujet. Vous avez réfléchi au but d’Aedia ? »
Grand-père répondit aussitôt :
« Sauver le monde, non ? »
C’était juste, mais ce n’était probablement pas la réponse qu’attendait A-ri.
« C’est un objectif trop vague. Je reformule : quel est le plan d’Aedia pour sauver le monde ? »
Le silence s’installa, puis A-ri poursuivit :
« Pour répondre à cette question, il faut comprendre quel problème a surgi dans le monde et quel dilemme Aedia a dû affronter. »
À voir le sourire amer de Grand-père, le Bureau de gestion connaissait déjà la réponse.
De mon côté, j’avais fini par m’en rendre vaguement compte.
« Vous le comprenez maintenant, mais les êtres qu’on appelle Entités du Chaos sont en réalité très différents les uns des autres. Réfléchissez au lien qu’un extraterrestre venu d’au-delà du système solaire pourrait avoir avec un fantôme né sur Terre. »
« Entité du Chaos » ne désignait pas un groupe particulier. C’était un concept très large qui englobait tout être non humain doté de pouvoirs surnaturels.
Pour les humains, ils étaient tous des monstres ; mais pour un yéti, les humains étaient peut-être plus familiers que les extraterrestres.
« Mais il y a un trait commun à au moins quatre-vingt-dix pour cent des Entités du Chaos. En général, elles sont nuisibles aux humains et s’intéressent beaucoup à l’humanité. »
Inutile de comprendre les paroles d’A-ri comme si toutes les Entités du Chaos de l’univers s’intéressaient aux humains.
Il existait sûrement des extraterrestres et des dieux qui ignoraient jusqu’à l’existence du système solaire et vivaient tranquillement de leur côté.
Ces Entités du Chaos n’avaient aucune raison de venir sur Terre.
Par conséquent, celles qui apparaissaient sur Terre s’intéressaient énormément aux humains.
« Imaginez que l’univers soit une boîte de Pétri pleine de bactéries. Les humains sont du sucre. Nos corps, nos âmes et notre civilisation avancée attirent les Entités du Chaos et parfois, vont jusqu’à créer des monstres. »
Voilà quelle était la racine de tous les problèmes.
C’était pour ça que le Saint-Siège et le Bureau de gestion pouvaient tuer des démons et des monstres chaque jour sans jamais en venir à bout.
Plus de huit milliards de morceaux de sucre se trouvaient rassemblés dans une boîte de Pétri grouillant de bactéries.
Même si la civilisation atteignait un niveau extrême, elle ne pourrait pas résoudre le problème facilement.
Les progrès technologiques entraînaient inévitablement une hausse de la population, et donc l’arrivée d’un nombre croissant d’envahisseurs attirés par toujours plus de sucre.
Une fois cette situation comprise, Aedia ne pouvait que se lamenter sans fin.
Mi-ro, qui écoutait depuis un moment, soupira.
« Alors, les humains sont eux-mêmes à l’origine de la catastrophe ? »
« En quelque sorte. C’est pour ça que notre combat n’en finit jamais. »
« C’est tellement cliché. Les gens sont le problème ! »
« Les problèmes du monde sont généralement assez clichés. »
« Alors, qu’est-ce qu’Aedia compte faire ? »
« … »
Mi-ro parlait toujours d’Aedia, la princesse des Reptiliens, comme si elles étaient amies.
Pour Aedia, ces événements s’étaient produits des milliers d’années plus tôt. Pour Mi-ro, ils ne remontaient qu’à récemment.
« Les gens sont le problème. Je déteste ce genre de dictons. On dirait qu’on est censés abandonner parce qu’il n’y a pas de solution. »
« … Non. »
« Hein ? »
« Aedia n’a pas abandonné. »
« Oui, j’imagine. Mais d’après ce que tu dis, ce ne serait pas l’humanité elle-même qui ferait apparaître des monstres sans fin ? »
« C’est ça. »
« Comment peut-elle y faire quelque chose ? Il y a, euh, huit milliards de personnes dans le monde, non ? Elle ne peut pas agir sur chacune d’entre elles. »
Un silence pesant s’abattit sur nous.
Grand-père, A-ri et moi nous tûmes en même temps, ce qui déconcerta Mi-ro.
« Hein ? Quoi ? Pourquoi ? »
« … Mi-ro. »
« Oui ? »
« Ça m’arrive de le penser, mais toi… »
« Moi ? »
« Tu es bête et intelligente à la fois. »
« Hein ? »
Alors que nous approchions du cœur du plan d’Aedia…
« A-Aaaah ! »
Un cri retentit dans le cockpit.
« Qu’est-ce que c’était ? »
Je me précipitai vers le cockpit. Un pilote, qui était censé faire partie de la suite de Sophia, pointait vers l’extérieur, le visage terrifié.
« S-Seigneur Horus ! Regardez ça ! »
La lumière.
La Lumière qui annonce la fin !
Un instant, je me demandai si je ne me trompais pas. Puis je vis les visages d’A-ri et de Grand-père.
Même deux agents du Bureau de gestion, qui avaient traversé toutes sortes d’épreuves, étaient paralysés par la peur.
C’était l’épreuve ultime qui allait conclure la salle 207.
C’était aussi un exercice préparatoire pour empêcher la destruction qui nous attendait dans le monde réel.
« Ga-in ! L-Le Sablier ! »
Le Sablier et l’Héritage de la salle 206, Encore une chance.
Les outils que l’hôtel nous avait promis pour arrêter la « Fin des Temps ».
Le but du Sablier était de nous faire tenir un tour lorsque la Lumière qui annonce la fin s’abattrait, afin de voir ce qui se passerait ensuite.
« Je vais le retourner. »
Le Sablier ne protégerait pas Sophia, mais nous n’avions pas d’autre choix.
Avec un vague pincement au cœur, je saisis le Sablier.
Alors, la lumière qui descendait du ciel s’arrêta brusquement.
« C’est une sorte de technique ultime du seigneur Horus ? »
Au même moment, j’entendis une voix familière.
Une voix reconnue par A-ri, Mi-ro et moi.
C’était une vision de la Sainte Mère Aedia.
« Un avion ? Ne me dites pas que vous êtes en route pour l’Espagne ? »
« … Oui. »
« Ahaha ! Vous pensiez que j’étais en Espagne. Ça ne sert à rien. Ni mon véritable corps ni le Miroir ne se trouvent plus en Espagne. »
« … »
Il était possible qu’Aedia et le Miroir aient été déplacés au fil du temps.
C’était le problème qu’A-ri avait soulevé la veille.
« Ne vous inquiétez pas. Je suis aussi venue vous dire où je me trouve. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
À en juger par l’attitude d’Aedia, il semblait nous rester un peu de temps.
Pourtant, je ne comprenais pas pourquoi elle était apparue.
« Ah… Ce moment est enfin arrivé. J’ai attendu si longtemps. »
Mes compagnons gardèrent le silence dans cette atmosphère étrange.
Aedia était clairement notre ennemie, et pourtant personne ici ne lui manifestait la moindre hostilité.
Au contraire, la Sainte Mère s’exprimait avec une profonde émotion.
« Si je réussis, l’humanité connaîtra une paix sans précédent dans toute son histoire. Quand ce sera le cas, devenez de bons citoyens, je vous en prie. »
A-ri ne put se retenir plus longtemps.
« Qu’est-ce que vous êtes venue nous dire ? Une déclaration de victoire ? »
« Si je réussis, ma victoire ne sera pas la mienne seule. Ce sera celle de tout le monde. »
Elle répétait toujours la même condition : si je réussissais.
Paradoxalement, cela signifiait qu’Aedia elle-même n’en était pas sûre.
C’est pourquoi je lui demandai :
« Et si vous échouez ? »
« Échouer… À bien y réfléchir, vous m’avez dit que mon plan mènerait à la destruction. »
« … »
« J’y ai réfléchi, mais je n’ai pas jugé nécessaire de changer mon plan. Malgré tout… »
« Malgré tout ? »
« Je crois qu’il me faut une assurance au cas où j’échouerais. »
« Une assurance ? »
« Vous êtes mon assurance. J’ai aussi pris des dispositions pour vous. »
Nous étions son assurance en cas d’échec ?
Et elle avait pris des dispositions pour nous ?
— Clap !
Au son d’un claquement de mains, la lumière s’abattit de nouveau.
Je serrai les dents et m’apprêtai à retourner le Sablier, quand A-ri demanda d’un ton pressant :
« Sainte Mère ! D’après vous, nous serons toujours en vie après la chute de la lumière ? »
« Bien sûr. »
« Vous ! Où êtes-vous ? »
« Je suis… ! »
Voir Aedia se comporter comme une enfant, même à cet instant, me fit rire d’incrédulité.
Avait-elle toujours été comme ça ?
« Je suis sur la Lune. »
« Quoi ? Sur la Lune ? »
Le rayon incompréhensible commença à pénétrer jusque dans l’avion. Je n’eus d’autre choix que de retourner le Sablier.
— Flash !
Alors que ma conscience s’évanouissait, une dernière pensée me traversa l’esprit.
Mi-ro, cette fille bête et intelligente à la fois, avait fini par trouver la réponse toute seule.
Si toute l’humanité était à l’origine de tous les problèmes, alors peut-être toute l’humanité était-elle aussi la solution.
En regardant le ciel par la fenêtre de l’avion, j’aperçus une main gigantesque.
À l’instant où je la vis, je compris qu’elle appartenait à un royaume que l’humanité ne pourrait jamais atteindre, même après dix millions d’années d’histoire supplémentaires.
Mais…
Elle n’était pas non plus l’être suprême.
— Grondement !
Alors commencèrent sept jours de repos, auxquels aucune force de l’univers ne pouvait s’immiscer.
* * *
— ???
« … »
— Frémissement !
La conscience me revint des profondeurs de l’abîme.
Pendant de longues années, la Sorcière avait complètement déformé mon âme et mon corps. J’avais cru que ce serait la fin, pour toujours.
Et pourtant, une nouvelle chance m’était offerte.
Parce que le contact du Grand Être m’avait atteint.
Parce que le faux Créateur avait accordé une nouvelle chance à sa pitoyable création.
« … »
Dans ma conscience embrumée, je songeai :
Si l’on m’accordait encore une chance…
Il y avait une chose que je devais absolument faire.
« Yumi… »
Je suis Fortuna.
Non.
Je suis Park Seung-yeop.
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