Chapitre 512
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 511 : Chambre 207, salle de la porte — Troisième épreuve, « Université Miskatonic » (13)
──────
« Mon fils ! Tu ne devrais pas manger ? »
« J’ai mis le repas dans une assiette ! Je vais le laisser devant ta porte. »
« S’il te plaît, sors de ta chambre. »
Il m’arrivait de rêver.
Je rêvais de mon tout premier Premier Souvenir.
D’après ce que m’avait dit la Sainte Mère, il s’agissait probablement d’un rêve de mes parents.
C’était un souvenir précieux. Il prouvait que moi aussi, j’avais eu des parents ordinaires qui m’avaient chéri et aimé.
…
Peu à peu, ce souvenir heureux s’effrita comme de la poussière.
Comme une fleur profondément enracinée dans mon cœur, qui se fanait lentement…
À un moment donné, je ne parvins plus à me rappeler le visage de ma mère.
À un moment donné, je ne parvins plus à me rappeler la voix de mon père.
…
Les cauchemars d’un monde grotesque finirent par combler le vide laissé par ce beau souvenir.
Un monde infernal, rempli de monstres qui imitaient les humains.
D’après la Sainte Mère, ce monde avait lui aussi appartenu aux humains, à l’origine.
Jusqu’à ce que des monstres venus d’une contrée lointaine, au-delà du Vide, leur volent leur place.
« P-pitié, épargnez-moi ! »
« Aah ! Je vous en prie, je vous en prie… »
« M-monstre ! Ce n’est qu’une université. Une université ! »
Écœurant.
Tout m’écœurait, mais leur attitude me répugnait plus encore.
Même en mourant, ils se croyaient humains.
Réfléchissez un peu.
Ils avaient vécu paisiblement avec leur famille jusqu’à ce que des monstres venus d’au-delà du Vide tuent tous les humains et revêtent leur peau.
Puis, pour apaiser leur conscience, ils s’étaient mis à croire : « Je suis humain. »
Dégoût, haine, fureur, malveillance… Toutes les émotions négatives que je pouvais ressentir bouillonnaient en moi.
C’était pour cela que je n’avais aucune pitié pour eux.
「Réveille-toi.」
?
「Réveille-toi, Héroïne.」
Ah…
Depuis un moment, j’étais perdue dans mes pensées, comme si je flottais quelque part. Ce ne fut que maintenant que je compris où j’en étais.
J’étais morte.
J’étais morte une fois et j’étais en train de ressusciter.
Alors que je luttais pour reprendre le monde volé, un mage ayant atteint un royaume supérieur semblait m’avoir tendu une embuscade.
La magie ordinaire ne pouvait pas me blesser, mais ce pouvoir avait utilisé le Miroir. Même moi, je n’avais pu éviter de succomber une fois.
Ce n’était pas bien grave.
J’avais un nombre infini de chances.
…
Ma vision s’éclaircit lentement.
Mes yeux avaient repoussé.
Un vieux monstre tremblait devant moi.
Une voix surexcitée me parvint.
Mes oreilles avaient repoussé.
J’entendis le vieux monstre me maudire.
« Sale bâtard ! Tu sais où tu as mis les pieds ? Aussi fort que tu sois, l’Université Miskatonic est mon territoire spirituel ! Sur cette terre, nul ne m’égale, et… »
--- Shing !
Si ma longue vie m’avait appris une chose, c’était que bien des problèmes ne nécessitaient aucune discussion.
Et s’il fallait discuter, une conversation d’acier ferait l’affaire.
J’étais Fortuna.
* * *
— Kim A-ri
--- Crrr… Clang !
Qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Une attaque surprise ?
J’étais sans défense pendant que je lisais les souvenirs du Fragment de Yumi. J’avais donc demandé à Mook-seong et Sophia de surveiller les environs !
« Ouf… »
Je venais de me raidir, prête à combattre, quand…
--- Boum !
« A-ri, tu es réveillée ? »
« Mook-seong ? Où étais-tu passé ? Je croyais que tu serais à côté de moi. »
« Argh… Sors d’abord ! Dehors, c’est le chaos ! »
Mook-seong devait être très pressé. Il se contenta de me dire ça, puis repartit aussitôt.
Avant de le suivre, je regardai derrière moi.
« Yumi. »
Yumi, ou plutôt le Fragment de Yumi, qui m’avait fourni des informations précieuses, s’était tue et affichait un air hébété.
Comme si elle avait accompli tout ce qu’elle avait à faire…
« Yumi, tu as été formidable. Vraiment. »
« … »
« Une fois dehors, je te considérerai désormais comme une véritable compagne. »
Je n’avais rien d’autre à ajouter.
* * *
D’après Sophia, le Nid d’hibernation de Yumi se trouvait à l’origine dans l’Ancien Monde.
Quand ils avaient déplacé leur base dans le Nouveau Monde, ils avaient aussi transféré le Nid d’hibernation dans une forêt près de l’Université Miskatonic. Vu sa taille, ça avait dû être une sacrée opération.
À peine sortie dans la forêt, je compris ce que Mook-seong avait voulu dire.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette aurore… ? »
Une lumière vert pâle et bleue emplissait tout le ciel !
Je n’eus pas le temps de m’émerveiller longtemps : Mook-seong cria d’un ton pressant.
« Je crois que Lucas a fait une connerie ! Sophia est déjà partie. »
« Une connerie ? »
« Il aurait utilisé une technique secrète interdite… »
Une technique secrète interdite.
Ça devait ressembler à celle qui avait invoqué Yaldabaoth, avant que le temps ne soit remonté.
Autrefois, je me serais demandé comment Lucas, qui n’était qu’un disciple, pouvait utiliser une technique secrète aussi absurdement puissante, alors que Yumi elle-même en semblait incapable.
Maintenant, je pouvais deviner d’où venait cette technique.
Yumi avait aussi obtenu quelques-uns des Miroirs découverts sous l’ancienne péninsule Ibérique. Cette magie invraisemblable n’était-elle pas née de l’étude de ces éclats de Miroir ?
« … Lucas ne ferait pas n’importe quoi sans raison. À sa manière, il tient à l’université. »
Mook-seong, qui était arrivé à la même conclusion, hocha la tête.
« Ce salaud de Fortuna doit être en train de ravager l’université. A-ri, vas-y devant ! Je te rejoins ! »
« D’accord. »
J’activai aussitôt les Bottes ailées et m’envolai.
* * *
En volant vers l’Université Miskatonic, je repérai Sophia, qui avançait moins vite que moi.
« Sophia ! »
« A-ri, tu es réveillée ! »
Je lui posai rapidement une question.
« Tu peux probablement le deviner, mais Fortuna a dû apparaître à l’université. »
« C-c’est encore ta précognition ? Tu as vu l’avenir… »
« … Oui. »
Ce serait trop compliqué à expliquer. Je dirais que c’était une prophétie.
« On parle en chemin. Décris-moi les capacités de Fortuna aussi précisément que possible ! »
« D-d’accord. Fortuna est une entité qui maîtrise la chance, comme son nom l’indique. Quand on l’affronte, il a une chance absolument incroyable… »
« La chance ? »
« Hein ? »
« … Continue. »
La chance ? Était-ce moi, ou Seung-yeop m’était-il tout de suite venu à l’esprit ?
« En plus, il inflige à ses ennemis des malheurs complètement absurdes… »
--- Croââ !
Au beau milieu de notre conversation, une volée de corbeaux fondit soudain sur Sophia et moi.
Heureusement, Sophia agita aussitôt la main et les chassa.
« Voilà un exemple de malchance ! Reste sur tes gardes. Il va nous arriver des choses encore plus étranges en avançant ! »
« … Continue. »
« Ensuite, c’est une sorte de chevalier. »
« Un chevalier ? Du genre à porter une armure et à manier l’épée ? »
« C’est ça. À la différence d’un chevalier ordinaire, il parcourt cent mètres en trois secondes et fend des bâtiments d’un seul coup d’épée. »
Une force physique comparable à celle de Cha Jin-cheol.
« Il peut aussi faire toutes sortes de choses étranges, comme marcher dans le ciel et bondir. Mais son pouvoir le plus important, c’est l’immortalité ! »
L’immortalité.
La Boîte des âmes n’avait pas empêché Yumi d’être réduite en centaines de morceaux.
Les deux disciples qui s’étaient désespérément efforcés de la reconstituer n’avaient même jamais vu la Boîte des âmes.
Si Seung-yeop était l’utilisateur actuel de la Boîte des âmes, tout s’expliquait.
La chance, les arts martiaux et l’immortalité !
Après en avoir entendu autant, mes soupçons se changèrent en certitude.
Si un seul élément concordait, il pouvait s’agir d’êtres différents. Mais comment le croire alors que les trois correspondaient ?
« Park Seung-yeop… »
« Hein ? »
Pourquoi Seung-yeop était-il de leur côté ?
Était-ce lié aux souvenirs de Yumi que je venais de voir ?
Avait-il été corrompu après avoir été exposé au pouvoir du Miroir en essayant de protéger Yumi ?
Tandis que toutes ces questions se bousculaient, la plus fondamentale me vint à l’esprit.
« Comment ? »
« A-ri, tu as compris quelque chose ? »
« Comment peut-il utiliser une Bénédiction ? »
« Quoi ? »
Je ne comprenais pas.
Corrompu ou non, le véritable Seung-yeop dans les souvenirs de Yumi ne pouvait pas non plus utiliser sa Bénédiction !
Les compagnons de la première épreuve avaient leurs Bénédictions scellées et ne pouvaient utiliser que leurs Héritages.
La simple existence de Yumi en était la preuve.
Il n’y avait donc rien d’étrange à ce qu’il puisse utiliser la Boîte des âmes.
Mais une Bénédiction ?
C’était inexplicable.
« Nous y sommes presque ! »
Il me restait une dernière chose à demander à Sophia.
« Sophia, tu sais ce qu’est le Sarcophage de l’immortalité ? »
Ses yeux s’écarquillèrent.
« C-comment tu connais ça… »
« Donc, tu le connais. On parlera des détails plus tard. »
Le moment était venu de combattre, pas de me perdre dans mes pensées.
* * *
Arrivées dans le ciel au-dessus de l’université, nous découvrîmes une bataille gigantesque qui faisait rage en contrebas.
Un monstre grotesque, qui évoquait un démon sorti de l’Enfer, poussait des hurlements terrifiants.
Face à lui, un chevalier noir de la tête aux pieds, vêtu d’une armure complète, lui tranchait encore les cornes avec une épée rouge flamboyante.
À voir la scène, on aurait cru qu’un saint chevalier vertueux maîtrisait un sorcier déchu qui avait invoqué un démon.
À bien y réfléchir, le Saint-Siège devait croire que c’était exactement ce qui se passait.
« Lucas ! »
Le doyen, qui semblait avoir pris vingt ans en un rien de temps, tourna simplement la tête pour constater l’arrivée de Sophia.
Pendant ce temps, je m’approchai de Fortuna tout en évaluant la portée maximale du Polyèdre irrégulier.
Hup !
Je pris une profonde inspiration et tendis la main. Je sentis bientôt un poids considérable dans ma paume.
C’était mon Héritage, le Polyèdre irrégulier, qui irradiait d’un éclat cramoisi sombre.
Désolée, Seung-yeop, mais je vais devoir te poignarder une fois.
En un instant, mes sens exacerbés perçurent quelque chose qui dépassait l’entendement humain. L’espace lui-même.
En un instant, une main immatérielle née de ma Spiritualité façonna un mur invisible.
En un instant, une lance qu’aucun bouclier ne pouvait arrêter fendit le vide.
J’allais fendre Fortuna en deux quand…
--- Vrooooum !
Une tempête de sable soudaine brouilla ma vue et dévia mon attaque.
« … »
Au lieu d’être coupé en deux, Fortuna perdit l’armure qui recouvrait son épaule droite. Il me lança un regard meurtrier.
J’avais vraiment une malchance incroyable.
« … Alors, c’est ça, la malchance. »
--- Crac !
Sentant le danger, Fortuna se rua sur moi comme l’éclair.
La première chose qui me vint à l’esprit, c’est que je ne pouvais pas me battre au sol.
Fortuna me surpassait en vitesse comme en force.
Dès que je m’élevai dans les airs, Fortuna se lança à ma poursuite en « marchant » sur le vide, comme Sophia me l’avait annoncé.
« Pas dans le vide ! »
N’était-ce pas un royaume légendaire, même aux yeux du Maître absolu de la chambre 205 ?
Je lançai une nouvelle fois sur Fortuna l’attaque que j’avais arbitrairement baptisée Frappe spatiale.
Ma lame n’était autre qu’une entaille dans l’espace : elle n’avait donc aucune forme physique.
Je trouvais que c’était une technique d’assassinat parfaite, impossible à voir comme à entendre !
Fouette !
Flottant dans les airs, Fortuna tordit son corps comme une carpe remontant une cascade, puis esquiva la Frappe spatiale d’un mouvement étrange.
Était-ce simplement parce qu’il avait lui aussi de la chance ?
Ou existait-il une théorie absurde selon laquelle un Maître absolu pouvait percevoir jusqu’à la distorsion de l’espace ?
« Argh ! »
Peu importait comment. Il l’avait esquivée !
Je battis en retraite à toute vitesse, mais même les Bottes ailées ne suffirent pas à semer Fortuna.
Je tendis rapidement les deux mains, créant cette fois un mur horizontal pour couper l’espace entre Fortuna, qui venait d’arriver juste devant moi, et moi-même.
« Ah ! Seung-yeop, être aussi près l’un de l’autre, c’est un peu… »
Comme s’il ne m’avait même pas entendue, le chevalier noir tendit soudain la main.
Quoi ? Il allait briser la barrière spatiale d’un coup de poing ?
Non, même un maître du Monde martial n’aurait pas pu la briser à mains nues…
Au moment où sa main s’approcha lentement et effleura l’espace tranché…
--- Boum !
Une détonation assourdissante, pareille au son d’une cloche, me frappa avec une force prodigieuse.
« … ! »
Une douleur terrible, comme si mes organes s’étaient tordus, et le goût métallique du sang qui m’envahissait la bouche.
C’était…
Frapper le bœuf par-delà la montagne ? Le Poing divin des cent pas ?
« A-ri ! »
Sophia, qui venait d’arriver, me rattrapa. L’échange avait duré moins de dix secondes ; elle n’était donc pas vraiment en retard.
Il semblait que j’avais encore une chance.
…
Je ne pouvais pas vaincre Fortuna en me battant « comme ça ».
Que devais-je faire ?
Notes de bas de page :
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