Chapitre 511
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 510 : Chambre 207, salle de la Porte — Troisième épreuve : « Université Miskatonic » (12)
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Les ruines sous la ville qu’Aedia prétendait avoir bâties sept cents ans plus tôt.
Dans l’ensemble, elles ressemblaient à une tour s’enfonçant profondément sous terre et, comme Aedia l’avait dit, ne présentaient pas de danger particulier.
Nous suivions simplement sans fin le chemin gris, toujours plus bas, dans l’air sombre et vicié.
Au début, tout le monde marcha en silence, mais au bout d’une trentaine de minutes, Seung-yeop ne put plus se retenir.
« Aedia, ça fait déjà trente minutes qu’on marche. »
« C’est vrai. »
« Ne me dites pas “c’est vrai”. Je vous dis que ça fait trente minutes qu’on marche. »
« Vous êtes fatigué ? »
« Non… Ce n’est pas ce que je voulais dire. Laissez tomber. »
Je compris ce qu’il essayait de dire.
À ce moment-là, nous étions quelque part entre 1500 et 2000 avant notre ère.
Comment, à une époque aussi reculée, avait-on pu construire une immense ruine souterraine dont le fond ne semblait toujours pas en vue après trente minutes de descente ?
C’était une question légitime, mais à quoi bon s’y attarder ? Nous venions du futur, et la fille qui nous précédait était une extraterrestre.
Et ces ruines dépassaient même la compréhension de cette extraterrestre.
--- Clic. Clic.
Cinq minutes de plus s’écoulèrent avant qu’Aedia reprenne la parole.
« Il y a longtemps, il y a exactement sept cent vingt-quatre ans, j’ai rassemblé une tribu primitive. »
Était-ce à l’époque où elle bâtissait une ville dans la péninsule Ibérique ?
« Pour être honnête, au début, je comptais rassembler suffisamment de forces et envahir l’Égypte sans attendre. »
« … »
« C’était impossible. Vous saviez ça ? Dès qu’on quitte l’Égypte, il n’y a plus qu’un monde de barbares. »
« … »
« Au lieu de rassembler une armée, j’ai dû commencer par apprendre à cultiver la terre et à fabriquer des vêtements à des gens plus proches du singe que de l’être humain. Enfin, j’ai persévéré et, finalement, tout s’est arrangé. »
Finalement, tout s’était arrangé.
Ces quelques mots portaient tout le poids des années qu’Aedia avait endurées.
« Puis, à un moment, j’ai compris quelque chose. Le monde dans lequel nous vivons est très étrange. »
« Comment ça ? »
Le monde était étrange ?
Maintenant que j’y pensais, elle avait dit quelque chose de semblable lors de notre première rencontre.
« Le plus grand mystère de tous, c’est ce monde lui-même. »
C’était bien ce qu’elle avait dit ?
« Il y a environ cinq cents ans, un sanglier mangeur d’hommes a dévoré plus de trente membres d’une tribu. »
« Un sanglier ? Pas un léopard ou un lion, mais un sanglier ? »
« Oui. Ça m’intriguait aussi, alors j’ai pris des guerriers aguerris et je l’ai traqué. Quand nous avons enfin trouvé la harde, à votre avis, qu’est-ce que j’ai vu ? »
« … »
« J’ai découvert une harde de sangliers qui mangeaient de la chair humaine et se transformaient en humains. Celui qui avait le plus changé était entièrement humain à partir du cou. »
Seung-yeop fronça les sourcils.
« C’est possible, ça ? »
« Un garçon qui est resté jeune pendant mille ans, une Sorcière qui utilise la magie et une extraterrestre sont réunis au même endroit. Un sanglier qui se transforme en humain, c’est vraiment si étrange ? »
Seung-yeop se tut.
« Et ce n’est pas tout. Il y a environ trois cent vingt ans, un oiseau gros comme une maison est apparu dans le ciel au-dessus de la ville. D’un seul cri tonitruant, il a fait éclater la tête de vingt personnes, puis il a emporté des enfants pour nourrir ses petits. »
« … Pourquoi nous racontez-vous ça ? »
« Ce n’est pas pour vous effrayer. Écoutez-moi encore un peu, s’il vous plaît. »
Ni Seung-yeop ni moi n’aurions été effrayés par des histoires pareilles.
Nous avions simplement compris ce que signifiaient les premiers mots d’Aedia.
Le monde dans lequel nous vivions était très étrange.
« C’est arrivé plus récemment. Il y a environ cent soixante ans, des champignons lumineux se sont mis à pousser chaque nuit dans les collines à l’est de la ville. Tous les soirs, des habitants s’y rendaient pour les cueillir et se faisaient dévorer par des loups. »
« Des champignons ? »
« Au début, je croyais que c’était une sorte de champignon hallucinogène. Je ne sais pas si vous le saviez, mais certains champignons ont le pouvoir d’ensorceler les gens. »
« Je sais qu’il existe des champignons qui font l’effet de drogues. »
« Des drogues ? Je n’avais jamais entendu ce mot, mais il sonne bien. »
Je lançai un regard à Seung-yeop pour lui faire comprendre de ne pas révéler à la légère des connaissances venues du futur.
Bien sûr, je n’étais pas certain que mon avertissement atteindrait Seung-yeop, qui gardait un côté gamin et immature.
« Bref, je pensais qu’il suffirait de brûler les champignons pour régler le problème. J’ai donc pris des guerriers aguerris et des torches, et je me suis rendue là où ils poussaient. »
« Un autre monstre est apparu, cette fois ? »
« J’aurais préféré que ce soit un monstre ! »
« … Alors, qu’est-ce que c’était ? »
« Les champignons étaient des humains. Je les ai appelés les Champignons humains. »
« Q-quoi… ? »
« Écoutez. Quand quelqu’un mord dans un Champignon humain, des spores pénètrent dans son corps et se mettent à proliférer. Pendant ce temps, la personne ressent un bonheur incroyable. »
« Beurk ! »
« Avec le temps, la peau de l’hôte se fend et des champignons en sortent. À ce stade, les gens comprennent ce qui leur arrive, mais… ça ne change rien. »
« Ça ne change rien ? »
« À ce stade, ils sont déjà esclaves du plaisir que leur procurent les champignons. Ils continuent d’en manger, encore et encore, jusqu’à perdre leurs forces et s’effondrer près d’une colonie. C’est ainsi que naissent de nouveaux champignons. »
« C’est horrible. »
« À votre avis, qu’est-ce que j’ai fait ? »
« Vous avez brûlé la colonie de champignons. »
« Ça, c’était évident. Mais même si on brûle la colonie, les gens qui ont mangé les champignons sont toujours là, non ? »
« Euh… Vous les avez rassemblés et soignés ? »
« Pfft ! »
Au lieu de répondre, Aedia laissa échapper un petit rire.
Je crus deviner le choix qu’elle avait fini par faire.
Les champignons se reproduisaient par spores.
Quand apparaissaient les excroissances fongiques de la taille d’un doigt, autrement dit ce qu’on appelait communément le corps du champignon, les spores invisibles s’étaient déjà répandues sur une zone des centaines de fois plus vaste.
Brûler les champignons ne suffisait pas à régler le problème.
Elle devait éliminer tous les hôtes qui dispersaient sans cesse des spores.
…
Après un long silence, Seung-yeop comprit la vérité. Il soupira et marmonna : « Je repose ma question. Pourquoi nous racontez-vous des histoires aussi déprimantes ? »
Au lieu de répondre, Aedia entama une autre histoire.
« J’ai fini par comprendre pleinement ce que signifiait gouverner une ville. La responsabilité d’un souverain, peut-être. »
« La responsabilité d’un souverain ? »
« Si, par pitié pour une quinzaine de personnes infectées par une épidémie, vous essayez de les sauver, deux cents personnes meurent à cause d’elles. »
« … »
« Il faut donc tuer tous les infectés. Non pas parce que la vie de dix personnes ne vaut rien, mais parce que celle de deux cents personnes pèse davantage. »
C’était une histoire que j’avais entendue maintes fois.
Seung-yeop avait dû penser à quelque chose de semblable, car son visage s’assombrit.
* * *
C’était étrange d’entendre la philosophie du Bureau de gestion dans la bouche de quelqu’un d’autre.
Cette femme, Sainte Mère Aedia, était sans aucun doute la fondatrice du Saint-Siège.
Avait-elle fondé le Saint-Siège en s’inspirant des leçons tirées de son règne sur une ville, dans l’Antiquité ?
Quand je la rencontrerai en personne, je l’appellerai ma grande aînée, puisque nous suivons la même voie.
* * *
Après presque une heure de descente, je finis par sentir que quelque chose clochait.
Il n’y avait ici aucune lumière, à part celle des torches que nous avions apportées de la surface. Pourtant, les alentours s’éclairèrent soudain, sans prévenir.
Seung-yeop et moi échangeâmes un regard méfiant, puis Aedia reprit la parole.
« Nous y sommes presque. »
« À l’endroit où se trouve le Miroir ? »
« Oui. »
« … Vous avez dit que l’endroit était rempli d’une folie incompréhensible. On devrait se préparer à se battre ? »
« Avant ça, accepteriez-vous de m’écouter encore une fois ? »
« Si vous avez quelque chose à dire, dites-le. Vous avez déjà fait ça tout à l’heure. »
« Ha ha, c’est vrai. »
Peut-être à cause d’un effet secondaire des moyens mystérieux qu’elle avait employés pour prolonger sa vie, près de trente pour cent du corps d’Aedia s’était changé en cristal. Elle avait l’air rêveuse.
« Ça va peut-être vous sembler étrange, mais je voulais devenir roi. »
« Roi ? »
« Je voulais bâtir, sur une terre nouvelle, un royaume plus grand que l’Égypte, qui m’avait abandonnée. »
« … »
Aedia avait dit qu’elle avait renoncé à sa vengeance contre l’Égypte et « nous » environ huit cents ans plus tôt.
Elle avait peut-être en partie oublié sa rancœur, mais une forme de rivalité persistait.
« Je bâtirai de mes propres mains un royaume plus grand que celui qui m’a abandonnée. »
Je comprenais vaguement ce sentiment.
« Je voulais devenir un bon roi. Un roi que tout le monde vénérerait. Je voulais devenir Nitocris, la reine du paradis, où chacun pourrait vivre en paix sans jamais manquer de nourriture. »
« Nitocris ? »
« C’est le nom que j’utilise aujourd’hui. »
« … C’est un joli nom. »
« Quand j’ai repris mes esprits, celle qui siégeait sur le trône n’était pas un roi, mais un monstre. »
« … »
« Pour sauver cent personnes, j’en ai brûlé cinq, noyé vingt et pendu trente à des poteaux. »
« Aedia… »
« Est-ce que ça s’arrête un jour, quel que soit le nombre de morts ? À peine avais-je chassé les Champignons humains qu’un joueur de flûte est apparu. Une fois que je l’ai chassé, le culte des cadavres s’est répandu. »
Un désespoir indescriptible émanait d’Aedia.
Même moi, qui n’étais pas très sensible à ce genre d’émotions, j’en fus ébranlé. Seung-yeop avait déjà l’air d’étouffer.
« Quand j’ai repris mes esprits, personne n’avait tué plus de gens que moi. On a commencé à m’appeler non pas le roi clément, mais la déesse de la mort. »
Que pouvais-je dire à quelqu’un qui endurait, des milliers d’années à l’avance, la souffrance que le Bureau de gestion du futur lointain avait connue ?
Depuis longtemps, Seung-yeop et moi avions même abandonné l’Égypte, en lui disant : « Débrouillez-vous. »
« Qu’est-ce que je dois faire ? »
* * *
Que devait-elle faire ?
Même le Bureau de gestion, trois mille ans après que Sainte Mère eut été confrontée à ce dilemme, n’avait pas trouvé de réponse.
Ce que nous avions trouvé, une solution trop honteuse pour mériter ce nom, était simple.
« Ne vous posez même pas ce genre de dilemme. »
Moi aussi, j’y avais cru sans jamais vaciller, pendant longtemps.
C’est pourquoi les paroles suivantes d’Aedia me bouleversèrent vraiment.
* * *
« Euh, hum, je suis obligé de répondre ? Alors, euh… la contradiction intérieure qu’on ressent quand on sacrifie quelques personnes pour en sauver beaucoup ? »
« Arrête avec tes “euh, hum”. »
« Ha ha ! Yumi, ne mets pas la pression à Seung-yeop. C’est une question difficile, alors il dit peut-être “euh, hum” en cherchant sa réponse. »
« À partir de maintenant, je ferai juste “mmph, mmph”. »
« … »
« … »
Pendant un instant, Aedia afficha une expression qui semblait dire : « Mais qu’est-ce qu’il raconte ? »
Puis elle reprit contenance et continua.
« Je vais vous donner un autre exemple. Vous arrivez à un croisement avec trois chemins. Vous vous demandez lequel prendre, puis vous apprenez qu’ils mènent tous les trois en enfer. Seul le genre d’enfer change. Lequel choisissez-vous ? »
« Il faut choisir l’enfer où l’on souffre le moins… »
« C’est le piège dans lequel je suis tombée. »
« Hein ? »
Pour la première fois, je ne compris pas ce qu’Aedia voulait dire.
« La réponse, c’est de quitter le croisement où tous les chemins mènent en enfer. De recréer le jeu tout entier depuis le début. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Ah, nous y sommes. »
À cet instant, un sourire sincère, que je ne lui avais encore jamais vu, illumina le visage d’Aedia.
Derrière la jeune fille rayonnante de joie apparut le Miroir.
…
Le Miroir.
Une convergence de possibilités infinies, bouillonnant comme de l’écume.
Une trace laissée par le Grand Être au sommet absolu.
Le plus grand mystère de ce monde.
Alors, c’était donc…
« Regardez ! C’est… »
La cause de tous les problèmes du monde !
« La réponse à tous les problèmes du monde ! »
--- Crépitement !
« Yumi, Seung-yeop. Recommençons. Depuis le début, cette fois, dans un monde comme il faut. »
* * *
- Kim A-ri
--- Crépitement !
« Ah ! Ça pique ! »
Je fus soudainement tiré de mon sommeil, presque de force.
Les souvenirs du Fragment de Yumi s’arrêtaient là.
…
Ils avaient bel et bien regardé le même objet, le même Miroir !
L’une y avait trouvé la réponse ultime, tandis que l’autre y avait vu la source de tout le mal.
Impossible de savoir laquelle, d’Aedia ou de Yumi, avait raison.
Pourtant, juste avant que les souvenirs du Fragment de Yumi ne s’interrompent, j’avais aperçu quelque chose d’étrange.
Seung-yeop, dans un état de tension extrême, avait crié quelque chose et s’était placé devant Yumi, tandis que le Miroir émettait un rayonnement incompréhensible, aux cinq couleurs.
Qu’est-ce que ça signifiait ?
« Je voulais en voir un peu plus ! Mook-seong, je vais replonger, alors… Hein ? »
Ce ne fut qu’en regardant autour de moi que je compris que nous étions seuls, le Fragment de Yumi qui gémissait et se tordait de douleur et moi.
« Mook-seong ? Sophia ! Vous êtes où, tous les deux ? »
Où étaient-ils passés, à me laisser derrière ?
S’ils avaient eu une urgence, ils auraient au moins pu laisser un mot…
--- Grincement ! Clac !
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