Chapitre 509
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 508 : Chambre 207, salle de la Porte — Troisième épreuve « Université Miskatonic » (10)
──────
C’est une histoire qui remonte à très longtemps.
Pas à cent ou deux cents ans, mais à plusieurs millénaires, au moins.
Un souvenir dont presque plus personne ne se rappelait, et qui n’en était peut-être que plus précieux aux yeux de quelqu’un.
…
À un moment, je m’étais tellement enfoncée dans ce souvenir que je ne savais plus si j’étais « A-ri » ou « Yumi ».
* * *
Une brise fraîche soufflait à travers une forêt profonde, tandis que la lumière chaude du soleil filtrait entre les arbres anciens.
Puis une voix vint troubler la quiétude.
« Hi-yah ! Yah ! »
Une lame de métal acérée brilla, fendant un arbre d’un seul coup.
« Oui ! J’ai réussi ! Waouh, j’ai réussi ! Yumi, j’ai réussi ! »
« … Bon travail. »
Seung-yeop affichait un grand sourire devant l’arbre fendu.
Ce n’était pas un mauvais progrès, mais…
En tant que maîtresse de la magie, je trouvais que cet art appelé « arts martiaux », auquel Seung-yeop s’adonnait tous les jours, avait beaucoup trop de faiblesses.
Il fallait s’entraîner pendant cinq à dix ans avant d’obtenir des résultats significatifs lors d’un combat de niveau Hôtel, et pourtant son potentiel me semblait bien faible pour tout le temps qu’il exigeait.
Au bout du compte, même s’il s’entraînait jusqu’à en mourir, il ne gagnerait qu’un peu plus de force et d’agilité, non ?
Je lui dis donc franchement ce que j’en pensais.
« Je trouve que tu perds ton temps. »
Le garçon, qui souriait encore quelques instants plus tôt, prit un air gêné.
« Tu le sais maintenant, n’est-ce pas ? On nous a accordé énormément de temps. Au moins trois mille ans, peut-être plus, avant l’arrivée du prochain compagnon. »
« C’est incroyable. J’ai entendu dire que Maître et Ga-in avaient passé des centaines d’années dans la chambre 203, eux aussi. Toi, ça va peut-être, puisque tu es une Sorcière, Yumi, mais… »
« C’est une idée reçue. Même pour moi, trois mille ans, c’est absurde. Si tu peux endurer une si longue période sans en subir les effets, tu n’es pas humain. Tu es un être transcendant. »
« J-je vois. »
« Je compte entrer en Hibernation pour supporter toutes ces années. Pas besoin de t’en inquiéter. Revenons à ce dont nous parlions. »
À ces mots, le garçon secoua la tête.
« Tu vas gâcher tout ce temps à donner des coups de poing ? »
« Ce ne sont pas de simples coups de poing. C’est de l’art martial. Mon maître, Yi Ja-seong, le Plus grand épéiste sous les cieux, m’a enseigné… »
« Ça reste primitif. Au lieu de perdre ton temps avec ça, apprends la magie avec moi. »
« … »
« La magie te permet aussi de maîtriser ton corps et de gagner une force et une agilité explosives. Alors… »
« Est-ce qu’elle peut fendre le ciel ? »
« … »
« Est-ce qu’elle peut fendre le ciel et révéler le Prisonnier caché derrière le Voile ? »
Yi Ja-seong, le Plus grand épéiste sous les cieux, qui, à certains égards, avait semblé davantage être le « protagoniste » que les membres du groupe de l’Hôtel.
Le dernier coup d’épée qu’il avait porté avant de mourir dans la chambre 205 avait dû marquer Seung-yeop profondément.
« Et la magie, la magie… ! »
« Quoi, la magie ? »
Le garçon se mit soudain à bégayer, le visage légèrement rouge.
« Tu pourrais utiliser la magie pour moi ! À partir de maintenant, euh… tout le temps… »
« … »
Après ce jour-là, nous n’eûmes plus jamais une conversation de ce genre.
Je n’étais pas sûre de pouvoir le convaincre, et je trouvais que Seung-yeop n’avait pas tort, à sa manière.
* * *
Seung-yeop n’apprit donc jamais la magie et ne s’entraîna qu’aux arts martiaux.
* * *
Le temps passa comme le vent.
Je bâtis le Temple d’Horus en prévision d’un avenir lointain et devins un nouveau pilier de l’Égypte, plongée dans le chaos depuis qu’elle avait perdu son Pharaon.
Au cours de cette période, je découvris une vérité inattendue : j’avais plus soif de pouvoir que je ne le pensais.
Bâtir un temple, être célébrée par le peuple comme la fille d’un dieu, choisir pour Pharaon un humain assez intelligent mais lâche, puis gouverner l’Égypte par son intermédiaire… Tout cela m’amusait étonnamment.
De qui tenais-je ce trait de caractère ?
J’étais désormais un être issu d’Arima, la Sorcière de la chambre 107, la première salle de la Porte, et d’Aurélia, la Sainte de la chambre 104.
Arima avait construit un manoir lugubre où elle vivait seule ; mon désir de pouvoir venait donc probablement de la Sainte, qui avait dirigé un culte.
Au début, je craignais que Seung-yeop et moi finissions par nous disputer le pouvoir.
Quand nous étions seuls tous les deux, je pouvais jouer avec lui, mais il avait des compagnons qui approchaient du domaine des dieux. Je redoutais les répercussions que cela aurait à l’avenir.
…
Au fil des années, je compris à quel point cette inquiétude était vaine.
Il était à des millions d’années-lumière de tout désir de pouvoir.
Au contraire, il s’excusait souvent de me laisser toute la charge des tâches « pénibles », comme diriger le culte et gouverner l’Égypte.
C’est alors que je compris quelque chose pour la première fois.
Seung-yeop et moi formions un duo étonnamment bien assorti.
* * *
Il lui a fallu tout ce temps pour le comprendre ?
Yumi était plus naïve qu’elle n’en avait l’air.
* * *
Seung-yeop avait un autre problème, plus grave.
Les premières années, il avait pris plaisir à s’entraîner aux arts martiaux. Puis, à un moment, il sombra dans une profonde dépression.
Le Train de la Porte était parti vers le futur, le laissant derrière lui dans un passé lointain.
Au moins trois mille ans avant l’arrivée du prochain compagnon.
Ce n’est que plus tard que Seung-yeop prit véritablement conscience du poids écrasant de ces années, et il lui devint peu à peu plus difficile de les supporter.
Parfois, il s’entraînait aux arts martiaux comme un fou pendant tout un mois. D’autres fois, à la demande des habitants de Memphis, il risquait sa vie pour des broutilles, comme tuer des bêtes sauvages.
Peu lui importait de mourir.
Ou peut-être voulait-il simplement se battre jusqu’à en mourir.
J’avais l’impression qu’il allait mal, et cette période me rendait anxieuse.
Je craignais que, si la situation empirait, Seung-yeop finisse par me dire quelque chose comme : « Yumi, tue-moi. »
Enfin, ce n’était pas comme si j’étais incapable de le tuer s’il me le demandait.
Après tout, je pouvais continuer d’exister dans la salle de la Porte même sans Boîte des âmes.
Cela dit, je ne savais pas comment réagiraient les demi-dieux qui arriveraient à l’avenir si je tuais Seung-yeop.
Heureusement, le Nid d’hibernation fut achevé avant que nous en arrivions là.
* * *
Yumi aurait tué Seung-yeop ?
Dans ces circonstances, ç’aurait été une sorte d’euthanasie, non ?
Je ne pense pas que nous lui en aurions voulu…
Elle semblait nous craindre plus que je ne l’aurais cru.
* * *
Le premier Nid d’hibernation s’inspirait de l’hibernation animale.
Toi qui plonges dans ce souvenir, savais-tu que les humains pouvaient eux aussi hiberner ?
Bien sûr, cela ne voulait pas dire que les humains pouvaient survivre avec une température corporelle tombant à cinq degrés ou une respiration réduite à cinq pour cent de sa fréquence habituelle, comme les animaux adaptés à l’hibernation.
Les humains pouvaient tout de même ralentir leur métabolisme à l’extrême en bougeant à peine, comme les ours. Le premier Nid d’hibernation exploitait ce phénomène.
Au début, nous ne pouvions pas dormir pendant des centaines d’années d’affilée. Nous tenions un an ou deux, tout au plus.
Même cela représentait un grand réconfort pour Seung-yeop.
« Waouh ! Yumi, tu te rends compte que quatre-vingt-deux ans ont déjà passé ? »
« … »
« Arrondissons et disons que cent ans ont passé. Si on tient encore trente fois comme ça, Eun-sol et Elena arriveront ! »
« C’est rassurant. »
« Merci ! »
« … »
« Sans toi, j’aurais probablement… fini par me tuer. »
Seung-yeop commençait à dépendre de moi dans une certaine mesure, mais cela ne me dérangeait pas.
Je pouvais survivre dans la salle de la Porte sans Boîte des âmes, mais j’en avais besoin pour en sortir.
Entretenir de bonnes relations avec Seung-yeop, le propriétaire de la Boîte des âmes, était donc essentiel à ma survie.
« Ça va. Tu sais que tu dois rester éveillé environ trois mois à partir de maintenant, pas vrai ? J’ai trouvé quelque chose à te faire faire pendant ce temps. »
« Haha ! Il y a donc une tâche qui nécessite le disciple du Plus grand épéiste sous les cieux ? »
« … Oui. »
« T-tu ne réagis même pas. C’était une blague. »
« Oui. »
Tout prit fin.
Même ma soif de pouvoir, qui m’avait semblé éternelle, finit par s’éteindre.
Je me sentais vide et épuisée.
Je me détachais peu à peu non seulement du royaume, condamné à s’effondrer au fil du temps, mais aussi de ma soif de pouvoir.
À un moment, je cessai de m’impliquer autant dans les luttes de pouvoir de Memphis.
À un moment, je confiai la gestion de l’Église d’Horus à mes successeurs.
À un moment, l’Égypte commença à m’échapper.
* * *
C’était un souvenir datant d’environ quatre cents ans après le début de l’épreuve.
La neige tombait du ciel et recouvrait Memphis d’un manteau blanc.
Les Coréens du lointain futur se demanderaient peut-être ce qu’il y avait de si spécial à la neige qui tombait chaque hiver. En Égypte, en revanche, elle ne tombait qu’une fois tous les cent ans, quand on avait de la chance.
Les nobles de Memphis s’agitèrent au Temple d’Horus, affirmant que c’était forcément un mauvais présage. Les prêtres s’employaient frénétiquement à rassurer la population.
J’eus à peine le temps de soupirer devant la sottise de ceux qui cherchaient un dieu à invoquer pour un simple phénomène météorologique, que des renseignements me parvinrent.
« … »
« Grand Prêtre ! Tout ce que je vous dis est vrai ! Kwanate… »
« Je comprends. Il faut donc que je rappelle à la réalité quelqu’un qui a oublié quelle est sa place. »
« Grand Horus ! »
Le Pharaon préparait une purge contre moi.
Je trouvais amusante la sottise de cet humain, qui ignorait quelle était sa place.
Même maintenant, je pouvais remplacer le Pharaon quand bon me semblait. Pourtant, je voulais voir ce qu’il allait tenter.
Oui, qu’est-ce qu’un humain pouvait bien avoir préparé ?
Mille gardes royaux ?
Non, ce n’était pas possible.
Un humain assez audacieux pour purger l’immortel Grand Prêtre d’Horus n’avait pas pu se contenter de si peu, tout de même ?
Peut-être avait-il déniché quelque part une étrange Entité du Chaos.
Pour la première fois depuis très longtemps, j’avais hâte de voir la suite.
Vers le soir, Seung-yeop se réveilla pour la première fois depuis trente-deux ans.
* * *
« Hi-yah ! Yah ! »
Dans un sifflement, une boule de neige vola jusqu’à moi et me frappa l’épaule.
« … »
« Hi-yah ! »
Cette fois, elle atteignit ma cuisse.
« Allez, Yumi. Tu ne trouves pas ça un peu nul ? »
« … Tu as quel âge, maintenant ? »
« Roh ! E-enfin, quand je me regarde dans le miroir, j’ai toujours l’air d’avoir environ dix-sept ans. »
« C’est le pouvoir du Nid d’hibernation. Quel âge as-tu réellement ? »
« … Ce qui compte, c’est de garder un cœur d’enfant inaltérable. »
Je laissai échapper un rire sans joie.
Quelques instants plus tôt, j’étais dans une pièce sombre à discuter de la purge du Pharaon et de l’extermination de toute sa lignée.
Puis j’étais venue ici, et j’avais trouvé un garçon entièrement absorbé par une bataille de boules de neige. Il avait plus de quatre cents ans, même s’il avait passé une bonne partie de sa vie en Hibernation.
Ce n’était pas qu’une simple différence d’humeur. On aurait dit deux genres différents.
Comme si l’histoire avait brusquement quitté l’histoire alternative et le thriller politique pour se transformer en comédie.
J’avais tant de choses à gérer, et lui continuait à mener une vie insouciante.
J’éprouvais un mélange étrange d’irritation et d’envie.
« Hier, j’ai reçu un rapport des prêtres. »
« Hein ? Si c’est à propos de l’Égypte… »
« Écoute. Toi aussi, tu devrais parfois écouter. »
« D’accord. »
Le Pharaon essayait de me faire purger.
D’après les renseignements recueillis, le Pharaon ne possédait aucune Entité du Chaos ni rien de ce genre. Il semblait préparer quelque chose avec mille huit cents gardes royaux.
Je pouvais réprimer tout cela sans difficulté, puis tuer non seulement le Pharaon, mais aussi toute sa lignée, pour donner l’exemple…
« Ça suffit, ça suffit. »
« Je n’en suis même pas encore à la partie importante. »
« Yumi, c’est moi qui t’écoute tout le temps, d’habitude. Aujourd’hui, laisse-moi parler. »
« … Vas-y. »
Le garçon, une boule de neige à la main, s’approcha d’un endroit d’où l’on apercevait Memphis, puis tendit le bras vers la capitale.
« Ne te laisse pas trop entraîner dans leur jeu. »
« Quoi ? »
« Je l’ai remarqué chaque fois que je sortais d’Hibernation. Les gens autour de toi changeaient à chaque fois, Yumi. Hier, il y avait une petite fille, et après une période d’hibernation, elle était devenue une vieille femme de plus de soixante ans. »
« … »
« Ça allait trop vite. Pour moi, ce n’était qu’un sommeil, mais pour eux, c’était toute une vie. Alors, ce que je veux dire… »
« … »
« L’Égypte, Memphis, le culte… Tout ça te semble vide, non ? Ça disparaîtra de toute façon dès que tu t’endormiras pour te réveiller ensuite… »
« … Alors, je ne devrais pas trop m’y investir ? »
« Tu comptes passer l’éternité à te mêler de la politique de Memphis ? À purger tous les Pharaons qui ne t’écouteront pas, pendant trois mille ans ? Tu tiendrais le coup ? »
« … »
« Tu ne pourrais pas simplement les laisser tranquilles ? Tu en as déjà assez fait… »
Pour la première fois, je compris quelque chose.
Tout comme j’avais changé en quatre cents ans, ce garçon avait lui aussi beaucoup changé.
Lui qui contemplait du haut d’une montagne la capitale de la Grande Égypte, en la qualifiant de « vide », n’était plus le garçon qu’il avait été autrefois.
« Ces derniers temps, j’y pense souvent. L’Égypte… Non, tout ce qui existe dans le monde me semble faux. »
« … »
« Comme des châteaux de sable qui disparaissent après une nuit de sommeil. Tout est faux et vain. Rien n’a de sens. »
« … »
« Il n’y a qu’une chose qui compte. »
« Laquelle ? »
Peut-être étais-je plus vulnérable que d’habitude, parce que cette émotion discrète m’avait touchée.
Ses mots suivants furent un coup critique.
« C’est toi, Yumi. »
« Hein ? »
« Tu es le seul être réel au monde. Tout le reste n’est que sable et bulles, mais toi, tu es la seule vraie personne. »
Je fus surprise.
Ce n’était pas la première fois qu’il m’avouait ses sentiments sur le ton de la plaisanterie, mais ses paroles me semblaient un peu différentes, cette fois.
Peut-être parce que le cœur de celle qui écoutait avait davantage changé que celui de celui qui parlait.
« Euh, euh, euh… »
« Qu’est-ce que tu en penses ? »
Avant que je puisse répondre, mon âme résonna.
C’était vrai.
Cette épreuve, ce monde entier n’était rien d’autre qu’un Jardin-modèle absolument vain. Il n’y avait ici que deux êtres réels.
Nous seuls, tous deux inchangés à travers l’éternité, étions de véritables êtres.
Alors, d’une certaine façon, ce qui se passait en Égypte n’avait peut-être aucune importance.
— Paf !
« … »
Seung-yeop me lança encore une boule de neige pendant que j’étais distraite.
Cette fois, je n’avais pas envie de me retenir non plus.
« Prends ça ! »
« Hein ? Aah ! T-ton bras vient de grossir d’un coup ! Yumi… ! »
« Attrape ça ! Uppercut de neige ! »
« Hé, c’est de la triche ! »
« Le disciple du Plus grand épéiste sous les cieux n’est même pas capable d’esquiver ça ? »
En lançant mon Uppercut de neige ultime, je me fis une réflexion.
Il était temps que je quitte mes fonctions de Grand Prêtre.
L’Égypte avait toujours appartenu au Pharaon. Pourquoi ne pas la lui rendre ?
Trouver un gardien convenable, puis entrer en Hibernation avec Seung-yeop, ça ne me semblait pas une mauvaise idée non plus.
…
De longues années passèrent à nouveau.
Un jour, une graine semée par Horus revint en Égypte.
« Bonjour. Fille d’Horus, nous nous sommes déjà rencontrés, n’est-ce pas ? »
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