Chapitre 496
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 495 : Chambre 207, salle de la porte — Deuxième épreuve « Sorcière » (3)
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— Elena
Le premier à accuser quelqu’un d’être une Sorcière fut Bruno, un fabricant de saucisses qui vivait dans les faubourgs d’Erenheim.
Bientôt, comme s’ils n’avaient attendu que ce moment, plusieurs personnes se mirent à énumérer les incidents inquiétants qui s’étaient produits dans toute la ville.
« Tout le monde est au courant ! Il y a trois mois, sept cochons de la ferme Horte se sont mis à cracher du sang et sont morts… »
Du bétail mourait sans raison apparente.
« Vous connaissez frère Cherny, n’est-ce pas ? Vous devez donc aussi connaître le jeune Rowan, son neveu. C’était un garçon en pleine santé, jusqu’à l’année dernière ! »
Des gens souffraient de maladies dont on ignorait la cause.
« Ça s’est passé il y a une semaine à peine. J’ai entendu des bruits étranges au petit matin et je suis sorti. Les chats errants de la ville étaient rassemblés et parlaient comme des humains ! »
Même des chats qui parlaient.
Vu le manque d’hygiène de l’époque, les maladies du bétail et des habitants pouvaient s’expliquer par une épidémie.
Mais des chats qui parlaient ? Même de nos jours, ça relèverait de la magie.
Toutes les accusations aboutissaient plus ou moins à la même conclusion.
« C’est évident ! Cette méchante sorcière venue de l’Est ! Cette femme a ensorcelé le fidèle Simon, s’est infiltrée dans la ville et a provoqué tout ça ! »
D’après le scénario, Simon était le mari d’Eun-sol et il était mort onze ans plus tôt.
Les habitants croyaient qu’Eun-sol avait ensorcelé Simon, s’était installée en ville et pratiquait la magie noire en tant que Sorcière.
« … »
La plupart de leurs témoignages étaient vrais.
Ou, plus exactement, ils croyaient ce qu’ils racontaient.
L’atmosphère dans la salle d’audience s’échauffa peu à peu, et certains se mirent à lancer ouvertement des insultes à Eun-sol.
Eun-sol…
Elle restait simplement assise, impassible, comme si rien ne se passait.
Pendant tout ce temps, l’inquisiteur l’observa en silence.
Un instant plus tard, Tomás sortit un épais livre d’une lourde sacoche en cuir.
— Boum !
« Qu’est-ce que c’est… »
« Le Malleus Maleficarum. Le Marteau des sorcières. Un manuel publié par le Saint-Siège. »
Un manuel pour chasser les Sorcières.
Je poussai un soupir, en me demandant quel genre de livre délirant c’était.
Tomás se lança bientôt dans une longue explication de « l’opinion savante » du Saint-Siège au sujet des Sorcières.
Les Sorcières avaient tendance à voyager sans cesse, au lieu de rester longtemps au même endroit.
Dotées d’un pouvoir inné, elles étaient impulsives et arrogantes, et ne supportaient pas d’être acculées par de vulgaires humains.
Nombre d’entre elles étaient cruelles de nature et n’hésitaient pas à tuer.
Après l’avoir écouté un moment, je commençai à me demander où il voulait en venir.
« Non, Tomás ! »
« Je vous écoute. »
« La plupart de ce que vous dites n’a rien à voir avec Eun… Lee Eun-sol, si ? »
Comparons les critères du manuel de chasse aux Sorcières avec la situation d’Eun-sol.
Eun-sol vivait dans cette ville depuis au moins dix ans. Elle ne passait donc pas son temps à aller d’un endroit à l’autre.
Elle ne supportait pas d’être acculée ?
Des dizaines de personnes l’insultaient en ce moment même, et elle gardait son calme !
Cruelle et prête à tuer ?
Personne n’avait signalé de série de meurtres, même si du bétail était mort !
« Même si le manuel dit vrai, rien ne prouve que Lee Eun-sol soit une Sorcière… »
« Mademoiselle Elena. »
Tomás m’avait écoutée en silence, puis prit la parole d’une voix calme, à ma grande surprise.
« C’est justement ce que j’allais dire. »
La salle d’audience entière se tut.
Tomás entreprit d’expliquer le contenu du manuel, point par point.
« Le manuel n’a pas toujours raison. Il existe de nombreuses sortes de Sorcières et chacune est différente. Cela dit, il est rare que tous les critères soient faux. »
« … »
« Les Sorcières ne restent pas longtemps dans une même ville. Le risque d’être découvertes augmente, et des chasseurs de Sorcières ou des inquisiteurs finiront par venir les chercher. »
Les habitants écoutaient Tomás d’un air légèrement hébété.
« Les Sorcières manquent de patience. Elles peuvent tuer dix ou quinze humains d’un simple geste. La plupart sont cruelles et violentes parce qu’elles ont grandi sans cesse confrontées à la haine de leur entourage. »
« … »
« Bien sûr, je n’affirme pas que cette femme n’est pas une Sorcière. Je dis qu’une enquête plus poussée est nécessaire. Nous ignorons qui est la Sorcière, mais des traces de pouvoir maléfique sont bel et bien apparues ! »
— Boum !
L’inquisiteur frappa la table de son marteau et déclara :
« L’audience est suspendue ! Le Tribunal des sorcières se réunira de nouveau dans deux jours, à la même heure. »
* * *
Assise dans la voiture qui me ramenait au manoir, je réfléchis à la puissance terrifiante des préjugés.
« … »
L’inquisiteur avait semblé être celui qui tenait le plus à faire brûler Eun-sol vive.
Et pourtant, il avait conclu : « Lee Eun-sol ne présente aucun des traits communs aux Sorcières. Elle n’en a pas l’air, alors poursuivons l’enquête. »
« Hmm… »
Dans l’histoire réelle, les Sorcières n’existaient pas, et ceux qui les pourchassaient n’étaient que des escrocs qui convoitaient les biens de leurs victimes.
Dans ce monde, les Sorcières existaient bel et bien, et les inquisiteurs comme les chasseurs de Sorcières n’étaient pas des escrocs.
Cela ne faisait pas pour autant de l’inquisiteur quelqu’un de bien.
Il était simplement différent de ce que j’avais imaginé au départ.
Si les véritables chasses aux Sorcières consistaient à brûler vifs les riches, qu’ils soient ou non reconnus coupables, celles de ce monde ressemblaient davantage à : « Tuez tous ceux qui paraissent ne serait-ce qu’un peu suspects. »
Si Eun-sol avait correspondu à un seul critère du Malleus Maleficarum, le manuel de chasse aux Sorcières, il aurait ordonné sans hésiter qu’on la brûle vive.
Comme aucun ne s’appliquait, il l’avait laissée repartir, pour l’instant.
« … Je vois. »
Une personne du même genre me vint immédiatement à l’esprit.
Les agents du Bureau de gestion.
La façon d’agir de l’inquisiteur ressemblait étrangement à celle des agents du Bureau de gestion, venus d’un avenir lointain…
Je devais mettre mes préjugés de côté et réfléchir.
C’était un monde où les Sorcières existaient et où il fallait les chasser.
Alors, qui était la Sorcière ?
Le mieux serait de demander l’avis d’un expert.
— Froissement !
J’ouvris le Malleus Maleficarum que Tomás m’avait prêté.
* * *
Quand l’inquisiteur déclara que Lee Eun-sol n’avait pas l’air d’être une Sorcière, les habitants de la ville battirent docilement en retraite.
Ils ne s’étaient toutefois calmés que par égard pour l’autorité de l’inquisiteur et la mienne.
L’hostilité des habitants envers Eun-sol était stupéfiante.
Et s’ils la menaçaient ouvertement ?
Et si Eun-sol se servait d’un outil comme le Rêve du papillon pour se défendre ?
Elle deviendrait alors une véritable Sorcière !
Je devais envoyer quelqu’un pour que les habitants n’osent pas la maltraiter.
Dès mon arrivée au manoir de la Maison Gray, j’appelai ma femme de chambre personnelle, Valentina.
« Valentina, j’aurais une faveur à vous demander. »
« Oh ! Dites-moi tout. »
« Cette étrangère à qui j’ai envoyé une lettre l’autre jour… »
« Lee Eun-sol ? »
« Vous vous souvenez d’elle. Pourriez-vous rester quelques jours chez cette femme ? »
« … »
« J’ai entendu dire que son défunt mari était riche. Il devrait y avoir une chambre qui vous conviendrait. Je vous dédommagerai généreusement. »
Valentina prit un air étrange en m’entendant.
« … Mademoiselle, puis-je vous poser une question ? Savez-vous quelle est ma relation avec Lee Eun-sol ? »
« Votre relation ? »
Elles avaient un lien ?
Ce n’était pas simplement ma femme de chambre ?
À bien y réfléchir, qu’avait-elle dit d’Eun-sol le premier jour ?
« Comment Mademoiselle connaît-elle une femme aussi étrange ? »
À y regarder de plus près, ça voulait dire qu’elle la connaissait déjà !
« … Sophia. »
« Hmm ? »
« La fille de Lee Eun-sol. »
« Ah, c’est vrai. »
Puis, pour la deuxième fois dans la même journée, j’entendis quelque chose à quoi je ne m’attendais absolument pas.
« Cette enfant est ma nièce. »
* * *
— Lee Eun-sol
« Lord Tomás a dû se tromper sur quelque chose ! »
« Surveille ta langue ! Tu ne sais donc pas qu’il est le Maître du bûcher ? »
« Pourquoi le craindrais-je, puisque je ne suis pas une Sorcière ? Si seulement ils avaient brûlé cette petite Eun-sol, tout serait terminé… »
Ah…
Plus j’écoutais, plus ça devenait pénible.
D’après ce que j’avais remarqué au fil de mes sorties, les habitants d’Erenheim se divisaient en deux groupes.
Ceux qui étaient convaincus que Lee Eun-sol était une Sorcière qu’il fallait brûler vive.
Et ceux qui ne savaient pas si elle était une Sorcière, mais voulaient quand même qu’elle quitte la ville.
Ils semblaient du même acabit, mais je constatai une différence en les côtoyant.
Au moins, les seconds me donnaient du pain quand je les payais.
Quand la société sombrait dans le chaos, ceux qui se distinguaient semblaient toujours être les premiers à devenir des proies.
Même au Japon, par le passé, après un tremblement de terre, des rumeurs avaient circulé selon lesquelles des Coréens avaient empoisonné les puits.
Depuis la veille au soir, la vie était tout de même un peu plus facile.
« Sophia, on mange de la paella ce soir ! »
« Ouah ! Je t’aime, tata ! »
La sœur de cet homme dont je n’avais même jamais vu le visage avait commencé à vivre chez nous.
Contrairement à moi, Valentina était une habitante d’Erenheim de longue date et la femme de chambre personnelle d’Elena, celle que Dieu avait choisie.
Ni les serfs ni les simples habitants de la ville n’auraient osé la maltraiter.
Elle chérissait aussi Sophia presque comme sa propre fille.
« Ouah ! Ça a l’air délicieux. J’ai hâte d’y goûter. »
« … Toi, reste dans ta chambre. »
« Allez ! Tu vas vraiment être comme ça ? »
« … »
Le petit problème, c’était que cette femme ne m’aimait pas beaucoup non plus.
Mais Valentina avait ses raisons, qui différaient de celles des habitants.
« Tata… Tata… »
« Hmm ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Tout à l’heure, euh… Andrea a dit quelque chose de bizarre dehors. »
« Qu’est-ce qu’Andrea a dit ? »
« Ils ont dit que maman était une Sorcière… C’est faux, hein ? C’est bien faux ? »
« … Bien sûr que non. Lee Eun-sol n’est pas une Sorcière. Et surtout, Sophie, tu n’as pas le droit de sortir pendant quelque temps. »
Valentina ne pensait pas que j’étais une Sorcière.
Elle me prenait simplement pour une femme horrible qui avait « dévoré » son frère.
Dans ce scénario, Simon était mort deux ou trois ans après m’avoir épousée.
« Je vais cuisiner, alors arrête de m’embêter. Et cesse aussi de traîner dehors ! »
— Bang !
La porte claqua derrière moi tandis qu’on me chassait de la cuisine.
La situation devenait de plus en plus absurde.
Je n’avais jamais vu le visage de ce prétendu mari, et je n’avais jamais vu de Sorcière non plus.
Je ne me croyais pas fragile, mais recevoir sans cesse une haine aussi flagrante et dénuée de tout fondement commençait à m’agacer.
« … »
Je me rappelai les paroles de l’inquisiteur.
Les Sorcières manquent de patience.
Elles peuvent tuer dix ou quinze humains d’un simple geste !
Je comprenais ce qu’il voulait dire.
Prendre sur moi face à des gens insignifiants qui se rouleraient par terre dès que j’utiliserais le Rêve du papillon était moins facile que je ne l’avais cru.
« … Ça suffit, ces pensées inutiles. »
Je bus un verre d’eau et apaisai mes émotions superflues.
Comme toujours, la colère ne servait à rien dans l’Hôtel.
Et surtout, il était temps de m’occuper de quelque chose d’important.
— Grincement.
J’ouvris la fenêtre et regardai dehors.
Je concentrai le pouvoir de l’Œil de l’Oiseau géant monoculaire, que je maîtrisais de mieux en mieux.
« … »
Des fils d’un noir bleuté emplissaient l’air.
Ils ondulaient sans fin dans le vide, comme des vers tubifex.
Ils n’avaient pas de forme, étaient intangibles et invisibles non seulement à l’inquisiteur, mais même à Elena.
C’était donc la preuve évidente qu’ils étaient surnaturels.
Devais-je suivre ces traces pour trouver la Sorcière ?
Alors que je saisissais le loquet de la porte, hésitante, je sentis une légère pression dans mon dos.
« Maman… »
« Sophia. »
« Tu vas encore sortir aujourd’hui ? »
« … »
« Les gens ne t’aiment pas, maman… Tu ne peux pas rester à la maison ? »
Chaque fois que je regardais Sophia, je ressentais quelque chose d’indéfinissable.
Une petite fille adorable qui voulait dormir avec moi toutes les nuits, une enfant qui m’appelait maman.
Si l’on me demandait si elle me semblait vraiment être ma fille, honnêtement, non.
Un enfant n’avait pas besoin d’être porté dix mois dans mon ventre pour être le mien, mais je ne me souvenais pas non plus de l’avoir élevée.
« Maman a des choses à faire. »
Malgré tout, c’était une fille adorable et attachante.
« Tata t’a dit de rester à la maison ! »
« Sophie, va dans ta chambre. »
« … D’accord. »
Je suis désolée, Sophia, mais c’était l’Hôtel.
Un endroit où rien ne se passait tant qu’on restait assis dans sa chambre.
* * *
Tard dans la nuit, je respirai l’air froid du dehors en réfléchissant.
Que représentaient ces fils que je voyais ?
Des traces de magie ?
Je n’avais jamais vu de traces aussi étranges laissées par l’utilisation d’un Héritage dans l’Hôtel…
Sans certitude, je vérifiai où les fils flottants étaient les plus concentrés.
« … »
Après les avoir suivis pendant environ une heure, je perçus une odeur infecte dans une ruelle à l’atmosphère sinistre.
C’était une odeur que la plupart des gens ne rencontreraient jamais de toute leur vie, et que je n’avais jamais sentie, même après plus de trente ans d’existence.
L’odeur d’un cadavre en décomposition.
L’Hôtel m’avait suffisamment endurcie pour que je la reconnaisse.
Je ne lui en étais pas reconnaissante.
« Hup ! »
Je retins mon souffle et me concentrai sur le Rêve du papillon.
Bientôt, tout mon corps scintilla avant de disparaître.
L’invisibilité, qui était autrefois le pouvoir d’un badge obtenu à la Boutique de souvenirs, était désormais une capacité du Rêve du papillon.
« … »
De la chair, du sang et des os étaient éparpillés partout.
Malheureusement, la mort n’avait pas été paisible.
La vue de ce visage fendu en deux me fit sursauter.
Je connaissais cette personne.
« … Bruno. »
Bruno, le fabricant de saucisses qui vivait dans les faubourgs d’Erenheim.
C’était lui qui m’avait accusée devant l’inquisiteur.
C’est alors que j’entendis une voix étrange.
« Fuis. »
« … »
« Tu es là, n’est-ce pas ? Même si tu es invisible, je peux te sentir et flairer ta présence. Dépêche-toi de fuir. D’autres personnes arrivent. »
En soi, ces paroles m’étaient utiles.
Le problème, c’est qu’elles venaient d’un chat, pas d’un humain.
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