Chapitre 474
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 473 : Chambre 206, Salle maudite — Le Roi démon qui ressuscite après cent jours (32)
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[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 573
Emplacement actuel : Chambre 206, Salle maudite — « Le Roi démon qui ressuscite après cent jours »
Conseil du Sage : 3]
— Han Ga-in
« Putain, putain, putain, pu- »
« Tu ne trouves pas que c’est assez vulgaire ? »
« La ferme ! »
Le plan était criblé de failles logiques. Impossible de savoir comment les choses allaient tourner !
Je n’aurais jamais imaginé finir en appât pour attirer le Roi démon !
— Raaaaa !
Un rugissement grotesque et discordant, assez puissant pour me brûler les tympans, emplit l’espace.
Le Roi démon, prédateur suprême torturé par une faim éternelle, s’éleva de la Terre.
« Tu ferais mieux de te dépêcher. À ce rythme, il va t’attraper. »
« C-Comment veux-tu que je m’échappe ? »
« Tu ne peux pas simplement voler ? »
« Espèce d’idiot ! Tu crois que je peux aller plus vite que le Roi démon ? »
« Oh ! Tu es plus lent ? »
Je retins un instant mon souffle, tandis qu’une idée me traversait l’esprit.
Cet idiot ressemblait étrangement au Progéniteur May !
Jusqu’ici, j’avais dû paraître à Ipsissimus comme un bodhisattva ou un ange.
Un être tout-puissant, capable de faire tout ce qu’un mortel pouvait imaginer, plus proche d’un dieu que d’un humain.
Ipsissimus était même lié au Roi démon et savait vaguement ce qui s’était passé lors de la précédente itération. Il savait donc que, lors de la première, je m’étais battu contre le Roi démon en utilisant la Descente.
Voilà pourquoi il avait poussé les choses dans cette direction dès qu’il avait entendu parler de la Stratégie de la terre brûlée.
Ipsissimus pensait que, même si je ne pouvais pas vaincre le Roi démon, je réussirais au moins à m’enfuir !
Pour un poussin, même un renard était un prédateur suprême. Il ne pouvait tout simplement pas comprendre l’immensité du fossé entre un renard et un tigre.
Autrement dit, discuter avec cet idiot ne servirait à rien. Je devais trouver la réponse moi-même.
Première réflexion.
Le Soleil sacré avait une endurance incroyable, mais en termes de puissance brute, il ne pouvait pas rivaliser avec ma précédente Descente, même en donnant tout.
La Descente n’avait elle-même fait que me gagner un peu de temps face au Roi démon. M’échapper grâce au pouvoir du Soleil sacré ?
Même si je mourais et ressuscitais, je ne trouverais pas de solution !
Deuxième réflexion.
Si tout se jouait sur nos capacités brutes, sur la question de savoir si le Prisonnier ou moi étions le plus fort ou le plus rapide, je ne pourrais jamais gagner.
Il me fallait une méthode radicalement différente. En d’autres termes…
« T-Tu as dit que tes compagnons étaient vivants sur Terre, non ? J’ai entendu ce que tu disais tout à l’heure. Tu ne peux vraiment rien faire ? »
« … »
Si Ipsissimus était un poussin et moi un renard, alors le Roi démon était un tigre.
Et l’Hôtel était un dragon, ou quelque chose d’encore plus puissant.
Même un renard pouvait se mesurer à un tigre s’il se servait d’un outil offert par un dragon.
Même le Roi démon ne pouvait rien contre un sablier gros comme un poing.
« … »
Flottant dans l’espace, je fermai les yeux et m’étirai.
« Ah ! T-Tu es malade ? Tu fais une sieste, là ? Le Roi démon est en train de… »
Avec le Soleil sacré à mes côtés, j’étais « à moitié » un dieu.
Un dieu était omniscient et tout-puissant, non ?
Même un demi-dieu pouvait faire à peu près la moitié de tout.
Y compris faire une sieste dans l’espace alors que le Roi démon fondait sur moi.
— Flap !
Le Royaume des Rêves se déploya.
* * *
[Utilisateur : Premier dieu de l’histoire de l’humanité à faire une sieste dans l’espace
Date : <-- Ça aussi, c’est dénué de sens.
Emplacement actuel : Lit de pierre de l’espace
Conseil du Sage : On dirait que tu es vraiment dans le pétrin]
Dès mon réveil, je vis un homme qui regardait autour de lui, hébété.
Un visage banal, le genre qu’on croise une fois dans la rue.
Je ne l’avais jamais vu, mais je savais qui il était.
C’était Ipsissimus.
Le Roi démon l’avait déformé si longtemps qu’il avait perdu sa forme humaine, mais dans ce rêve, il avait retrouvé son apparence d’origine.
« Alors, c’est comme ça que tu étais. »
« Où sommes-nous ? »
« … »
« C’est vraiment, vraiment fascinant. Quand tu t’es soudain allongé dans l’espace et que le vortex noir appelé Roi démon a jailli comme un volcan, j’ai cru que tout était fini… »
« … »
« Puis un tableau s’est soudain déployé dans les airs, et nous sommes entrés dans un étrange hyperespace. »
Le Royaume des Rêves n’était pas simplement un monde auquel on accédait par les rêves. C’était une sorte d’outil de téléportation.
C’était probablement ainsi que les choses se présentaient de l’extérieur.
À mesure que ma tension extrême retombait, des paroles acerbes m’échappèrent avant que je puisse les retenir.
« Toi, tu pensais vraiment que je pouvais tenir tête au Roi démon ? Tu n’en es devenu qu’en partie un, tu as vécu ainsi si longtemps, et tu ne sais toujours pas à quel point il est puissant ? Tu n’es pas un type ordinaire, non plus. Tu étais le chef de l’Ordre de la Raison… »
« Mon jugement était-il erroné ? »
« Non, tu n’as pas compris ce que je viens de dire ? Même si je vole aussi vite que possible… »
« Tu viens d’échapper aux griffes du Roi démon. »
« … »
Je fus un instant incapable de répondre.
« Je ne savais pas quelle méthode tu utiliserais, mais je savais que tu pourrais d’une manière ou d’une autre gagner du temps face au Roi démon. »
« … »
« Tu m’as semblé capable d’au moins ça. Ma prédiction était juste. »
Au bout du compte, je m’étais échappé grâce au Royaume des Rêves. Il n’avait donc pas tout à fait tort.
« C’est la première fois que j’utilise le Royaume des Rêves de cette façon. »
« De cette façon ? »
J’avais cru que cet outil ne servait qu’à sonder les pensées intimes de mes compagnons ou à me téléporter là où ils se trouvaient.
Mais, vu sous un autre angle, le monde à l’intérieur du tableau était lui-même une sorte d’hyperespace.
— Grouille !
« Ah ! Q-Qu’est-ce que c’est, maintenant ? »
« … »
Depuis que j’avais obtenu ce tableau, un « étrange passager » s’y trouvait.
Je reportai mon attention sur mes compagnons.
Ceux que protégeait le Sablier ne rêvaient pas du tout.
Leur conscience avait probablement déjà disparu.
« … »
Mi-ro était morte.
À présent, le corps capable de commander les différents dispositifs de contrôle du Paradis des Profondeurs, ainsi que le Maître du Temps, avait disparu.
Ce n’était pas un problème majeur.
J’avais prévu cette éventualité.
« A-ri est vivante. Si elle était restée dans l’espace, elle aurait suffoqué. »
Était-elle revenue en volant grâce aux Bottes ailées ?
Elle était en vie, mais son esprit semblait extrêmement affaibli.
Elle avait peut-être tout fait pour regagner la Terre, avant de tomber quelque part, dans la mer par exemple, et de sombrer dans le coma.
« Waouh ! Ta compagne n’est pas ordinaire, elle non plus. »
« … »
Pendant un instant, je voulus rejoindre A-ri et l’aider, mais je me retins.
Le Roi démon m’avait poursuivi jusque dans l’espace. Qu’arriverait-il si je rejoignais A-ri sur Terre ?
Le Roi démon retournerait lui aussi sur Terre. Je ne pouvais absolument pas faire ça.
« … Il faut que je ressorte. »
Je ne pouvais pas retourner sur Terre.
Mais je ne pouvais pas non plus rester ici.
Impossible de savoir ce que ferait le Roi démon, qui m’avait suivi au-delà de la Terre, si je restais.
Je devais donc ouvrir la porte par laquelle j’étais entré et retourner dans le vide de l’espace.
Avant de repartir, je devais réfléchir.
Comment éloigner le plus possible le Roi démon de la Terre ?
M’éloigner en volant ne suffirait pas.
Le Roi démon serait bien plus rapide que moi.
« J’ai trouvé. »
« Oh ? Comme prévu ! Tu as une idée ? »
En me dirigeant vers la porte par laquelle j’étais entré, je me rappelai quelque chose qui s’était passé peu auparavant.
Inquiet de la corruption mentale du Soleil sacré, j’étais parti à la recherche du rêve de Mi-ro.
Quand j’avais vu A-ri, qui y était entrée avant moi, j’avais compris que cette femme devait se trouver dans le rêve de Mi-ro.
Un être pitoyable, prisonnier d’un cauchemar éternel, qui ignorait qui elle était et où elle se trouvait.
Elle semblait pouvoir m’aider à trouver la réponse à mon problème.
Pour une raison différente de la mienne, elle avait vu son esprit se déformer à plusieurs reprises.
Son premier conseil avait été le Confinement.
Si je plaçais le Soleil sacré en Confinement, dans une autre conscience créée grâce au Pouvoir de l’Avatar, l’autre partie pourrait éviter l’Envahissement.
Ça avait plutôt bien marché.
Grâce à cela, j’avais pu m’observer objectivement, comme un tiers, tandis que je devenais peu à peu fou.
Mais ce n’était pas suffisant.
La balance du pouvoir penchait toujours du côté du Soleil sacré, surtout en ce qui concernait mon esprit.
Son deuxième conseil : trop, c’est comme pas assez.
« … »
「« Au fond, le problème ne vient-il pas du fait que le pouvoir du Soleil est trop puissant ? On dit bien que l’excès est aussi mauvais que le manque. »
« Qu’est-ce que je suis censé faire ? »
« Réduis-le pour qu’il ne soit plus excessif. Ramène-le à un niveau que tu peux maîtriser. Tu as dit qu’on pouvait le consommer, pas vrai ? Alors utilise son pouvoir quelque part où ce sera utile. »」
Je savais comment gérer la fin de la Chambre 206.
Et je savais ce qui m’arriverait à ce moment-là.
« Quel dommage. »
« Pardon ? Je ne comprends pas ce que tu veux dire. »
Debout devant la porte par laquelle j’étais entré, je revis défiler de pénibles souvenirs du passé.
Moi qui venais d’obtenir le Soleil et avais aussitôt juré de le remplir de cent quarante-quatre mille âmes, dans la Chambre 206.
Moi qui, dès que j’avais perdu la protection de la fenêtre de statut, m’étais précipité au Paradis pour dévorer des âmes.
Moi qui, insatisfait des âmes des PNJ, avais convoité jusqu’à celle d’Elena.
Moi qui écoutais les prières qu’on m’adressait et contemplais « d’en haut » ceux qui se trouvaient « en bas ».
Des choses qui n’avaient jamais existé en moi avant mon entrée dans l’Hôtel, ni même avant que j’obtienne le Soleil.
La folie enfantine d’un dieu nouveau-né.
Un autre souvenir me revint.
Moi qui avais pitié des croyants épuisés par leur existence douloureuse au Paradis.
Moi qui avais exaucé le souhait d’une femme implorant de l’aide.
Moi qui voulais guérir un croyant haletant sur son lit de malade.
Et l’émotion et la joie que j’avais ressenties au moment où j’étais redevenu humain et m’étais élevé dans l’espace sans rien d’autre que mon corps nu.
Des instants que je n’oublierais jamais.
« … »
« Pourrais-tu m’expliquer ton plan ? Même quelqu’un comme moi, qui a servi l’Ordre de la Raison pendant tant d’années, ne peut imaginer ce qui te passe par la tête… »
Une dernière fois, je me retournai vers Ipsissimus, ce pauvre homme qui avait retrouvé sa forme humaine dans le rêve.
Un homme qui avait dépassé le stade de l’adoration du Roi démon pour devenir en partie le Roi démon lui-même.
Un homme qui avait compris, à cause de cela, qu’il était prisonnier de l’Hôtel.
Un homme qui avait sombré dans le désespoir en apprenant qu’une destruction inévitable nous attendait, quelle que soit l’issue.
Il voulait rester en vie, quitte à devenir une partie de moi, avec les autres croyants.
Voilà pourquoi il avait soudain fait de moi l’appât du Roi démon.
Quoi qu’il arrive, il pensait probablement qu’il ne pourrait partir en tant que partie de moi que si nous résolvions la salle.
« Ah, je comprends, maintenant. »
« Pardon ? »
La Révélation des secrets célestes de la Chambre 206.
Un conflit à trois, un thème récurrent dans la fiction, vérifier la date.
Le thème récurrent de la fiction faisait référence à la régression temporelle, à nous qui avions subi la Possession, au Progéniteur qui avait connu la réincarnation et à l’existence du Roi démon.
Vérifier la date signifiait que le cours du temps n’avait pas été constant.
J’avais vite compris cela, mais à quoi correspondait exactement le conflit à trois ?
Au départ, j’avais pensé qu’il s’agissait du Roi démon, de l’Ordre de la Raison et de « nous », mais ça ne collait pas tout à fait.
Si nous étions un camp à part, alors chaque Salle maudite était en gros un conflit à trois.
« Peut-être que cela faisait allusion à ton existence. »
« Pardon ? De quoi parles-tu depuis tout à l’heure ? »
D’un côté, il y avait évidemment le Roi démon.
De l’autre, les descendants de l’Ordre de la Raison, qui s’opposaient au Roi démon.
Et puis, il y avait ça.
« Ça faisait longtemps que je n’avais pas rencontré un PNJ comme toi. »
Un être qui connaissait l’existence de l’Hôtel avant même que nous le lui ayons révélée.
Le chef de l’Ordre de la Raison et un adorateur du Roi démon : une position contradictoire, mais quelqu’un qui disait que ces deux identités n’avaient « aucun sens », car il connaissait la vérité sur l’Hôtel.
Un PNJ qui avait conçu tout l’échiquier, nous égarant parfois, mais semblant parfois être notre allié.
« … Je ne comprends vraiment pas. Ton attitude me met mal à l’aise. »
« Adieu. »
Une dernière idée me traversa l’esprit : un post amusant que j’avais vu sur Internet, il y a longtemps.
Comment survivre à une rencontre avec un ours en montagne ?
Inutile d’être plus rapide que l’ours.
Il suffit d’être plus rapide que la personne à côté de soi.
Une petite histoire amusante : l’ours ne vous poursuivra pas s’il est occupé à dévorer quelqu’un d’autre.
Le Roi démon avait abandonné le masque dont il se servait pour tenter les humains et retrouvé son instinct primordial.
En un sens, c’était comme une bête à la puissance infinie.
Donc…
Même le Roi démon devait s’arrêter un instant pour manger.
[Conseil : 3 -> 0]
« Est-ce que mon hypothèse est juste ? »
La réponse du Conseil du Sage consomma mes trois charges d’un coup, peut-être parce que la question était extrêmement importante et frôlait un peu la limite. Elle fut très simple.
[C’est exact.]
Cette réponse me suffisait.
— Grincement !
L’entrée du Royaume des Rêves s’ouvrit, et je me réveillai une nouvelle fois dans le vide de l’espace.
* * *
— Ooooooh !
Le prédateur suprême, désorienté par ma disparition soudaine, poussa un rugissement de joie dès mon réveil.
Et je saisis « la chose la plus délicieuse au monde ».
— Ah, ô Dieu. Ô grand Salut !
— Tu nous abandonnes vraiment ?
— Où vas-tu après nous avoir abandonnés ?
— Je t’en prie, je t’en prie ! Ne fais pas ça…
Je sentis les âmes se disperser : celles des croyants qui m’avaient fait confiance et m’avaient suivi.
Joshua, citoyen de troisième classe qui avait travaillé toute sa vie dans une usine de chaussures, était un homme travailleur qui aimait sa famille.
Kevin, citoyen de deuxième classe et médecin, était un homme bon qui avait pitié des personnes de rang inférieur et les soignait à bas prix.
Emily, citoyenne de troisième classe, aimait sa fille atteinte d’une maladie incurable. Si tu as droit à une Prochaine chance, puisses-tu être heureuse avec elle.
Je ris et pleurai.
Au sens propre, ils faisaient partie de moi. J’étais un père qui abandonnait ses enfants.
« Je suis désolé. Il faut croire que je n’étais pas un vrai dieu, après tout. »
Au terme de tout cela, je ne pouvais que prier pour qu’ils trouvent eux aussi le repos.
Les innombrables âmes rassemblées dans le Soleil sacré se dispersèrent peu à peu dans l’espace.
Le prédateur suprême les avala une à une, comme s’il ne voulait pas laisser s’échapper une seule goutte de la nourriture la plus délicieuse de l’univers.
« Mange ! Ceci est ma chair et mon sang, le pain et le vin faits d’âmes ! »
Je traversai l’univers vide, déversant sans fin des âmes.
Pour échapper au Roi démon, je n’avais pas besoin d’être plus rapide que lui.
Il suffisait d’être plus rapide qu’un Roi démon obligé de « s’arrêter de temps en temps pour manger ».
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 900
Emplacement actuel : --
Conseil du Sage : 3]
Un long moment passa.
D’après la fenêtre de statut, presque un an.
Je volais dans l’espace, perdant sans cesse de la chair et du sang faits d’âmes.
Ce ne fut pas une période agréable.
De temps à autre, le Roi démon poursuivait le canard aux œufs d’or, préférant manger le canard lui-même plutôt que ses œufs.
Dans ces moments-là, le Royaume des Rêves devenait mon refuge.
Tout n’était pas que souffrance.
La Chouette était le seul être que je pouvais considérer comme un compagnon tandis que je volais sans fin. Je lui parlais trois fois par jour, apaisant ainsi ma solitude et ma curiosité.
« … Jusqu’où suis-je allé ? »
Parmi les moteurs conçus par l’humanité pour aller dans l’espace, il y avait le moteur ionique. Sa poussée était à peine suffisante pour soulever une feuille de papier.
Comment une force aussi faible pouvait-elle faire avancer un vaisseau spatial ?
Les moteurs ioniques étaient ceux dont le rendement énergétique était le meilleur parmi tous les moteurs créés par l’humanité. Et comme il n’y avait pas d’air dans l’espace, il n’y avait pas non plus de résistance.
Si une poussée suffisante pour soulever une feuille de papier était produite sans s’arrêter une seule minute, pas même une seconde, le vaisseau spatial accélérerait éternellement dans cet espace sans résistance.
Au bout de plusieurs mois, il pourrait atteindre la vitesse prodigieuse de cent quarante mille kilomètres à l’heure.
…
Le même principe s’appliquait à moi.
Pendant presque un an, j’avais continuellement produit une poussée équivalente à celle d’un avion un peu lent sur Terre. Dans l’espace, sans résistance, je n’avais cessé d’accélérer.
À quelle vitesse allais-je maintenant, et où me trouvais-je ?
Je l’ignorais.
Mais, à un moment, j’eus l’impression que mon mouvement dépassait les limites mêmes des lois physiques.
« … »
Le Soleil avait disparu de mon champ de vision depuis longtemps.
La fenêtre de statut avait cessé d’afficher mon emplacement actuel à un moment donné.
« … J’ai mal. »
Pour la première fois depuis très longtemps, je ressentis de la douleur.
Au bout de cette douleur se trouvait un étrange domaine où l’illusion et la réalité se mêlaient.
Je me vis brûler comme une flamme.
Il était devenu un tout petit garçon.
« Pourquoi… Pourquoi avoir fait ce choix ? »
« … »
« Tu as épuisé tout le pouvoir du Soleil. Moi, nous, étions clairement en train de faire un grand bond vers la grandeur ! »
« … »
« Nous voilà redevenus misérables. Nous sommes retombés au rang de fourmis insignifiantes ! »
« Pas si misérables que ça. J’étais déjà quelqu’un d’incroyable avant d’obtenir le Soleil. »
« La Chambre 206 était un berceau où nous devions devenir des dieux ! Un moyen d’atteindre un domaine du Royaume céleste grâce au pouvoir du Soleil ! Mais si tu dépenses tout le pouvoir du Soleil pour résoudre la Chambre 206… »
« Pfft ! »
J’éclatai de rire.
À la vue de ce garçon idiot, je n’avais pas pu m’en empêcher.
Était-ce parce que j’avais placé le Soleil en Confinement, suivant le conseil de Mi-ro ?
« Non. Pas du tout. »
« Quoi ? Qu’est-ce que tu… »
« Devenir un dieu ? L’Ascension ? Défier le Royaume céleste ? Depuis quand ce genre d’ambition creuse était-il mon but ? »
« … »
Ça ne l’avait jamais été.
Un Héritage n’était qu’une récompense de Salle maudite, un outil pour avancer dans l’Hôtel.
Et pourtant, j’avais voulu faire de l’Héritage lui-même le but de ma vie. Quelle stupidité !
Ce n’était pas la vie de Han Ga-in. C’était celle du Soleil sacré.
« Je veux juste rentrer chez moi. Je veux rentrer et revoir mes parents, revoir mon cadet. Je crois que ça me suffirait. »
Mon autre moi sourit.
« C’est vrai ? D’accord. On dirait que tu as gagné, cette fois. »
« … »
« Tu sais que ce n’est que temporaire, pas vrai ? Mon ami, retrouvons-nous la prochaine fois ! »
Au moment où la dernière goutte de pouvoir du Soleil s’évanouit, le garçon disparut lui aussi dans le vide.
Même en disparaissant, il ne désespéra pas.
Ses mots — « retrouvons-nous la prochaine fois » — n’étaient pas un mensonge.
Ce qui avait disparu, c’était le pouvoir des âmes accumulées dans le Soleil, pas le Soleil lui-même.
Un jour, je chercherais à nouveau une grande puissance et rassemblerais des âmes.
Alors, la Révélation s’éveillerait en moi.
En fin de compte, cette lutte ne prendrait jamais fin tant que je serais en vie.
« Ah. »
Quand tout le pouvoir du Soleil eut disparu, la douleur que j’avais repoussée me submergea.
J’avais froid.
J’avais faim.
J’avais soif.
Je ne pouvais pas respirer.
— Whooooosh !
Dans une région lointaine de l’espace dont j’ignorais l’emplacement, je regardai le Roi démon fondre sur moi pour sa dernière bouchée.
Voilà comment je voulais résumer la Chambre 206.
Han Ga-in, vingt ans, étudiant en première année à l’université K.
Il avait commencé comme mineur, vécu comme un dieu, puis s’était de nouveau endormi en humain.
Ce fut mon dernier souvenir de la Chambre 206.
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