Chapitre 446
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel mystérieux ◈
Épisode 445 : Chambre 206, Salle maudite — Le Roi démon qui ressuscite après cent jours (10)
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— Kim A-ri
« Prochain arrêt : Station de découpe du sashimi, Station de découpe du sashimi. Chers passagers, veuillez vous déshabiller et exposer votre peau nue. »
« Qu’est-ce qu’ils nous sortent encore, ces pervers ? »
Alors que Cha Jin-cheol s’exclamait, incrédule, une idée me traversa l’esprit.
La « forme blanche qui se tortillait » de tout à l’heure, et l’annonce du train : « Prochain arrêt : Station de découpe du sashimi. »
N’avais-je pas déjà entendu parler de ces deux choses quelque part ?
C’étaient des légendes urbaines japonaises extrêmement célèbres !
La première était Kunekune, la seconde, le Rêve du singe.
Je me rappelais vaguement le contenu de ces histoires.
« Si c’est le Rêve du singe… ! »
« Quel rêve ? Arrête de parler comme si tu étais la seule à savoir ce qui se passe, A-ri. »
« Il y aura des monstres armés de couteaux derrière cette porte ! Ils… »
— Sccccriii !
La porte du wagon arrière s’ouvrit.
Comme dans l’histoire du Rêve du singe, des nains coiffés d’étranges chapeaux coniques apparurent.
Ils affichaient des sourires à la fois malicieux et cruels, portaient des vêtements dépenaillés comme des lambeaux de tissu et tenaient dans chaque main une lame aux reflets bleutés !
« Pff ! Vous croyez que je vais avoir peur parce qu’ils ont de petits couteaux ? »
Cha Jin-cheol n’était pas le seul à ne pas sembler très effrayé : Seung-yeop non plus.
Nous avions depuis longtemps dépassé le stade où quelques nains armés de couteaux pouvaient nous faire peur.
Et puis, nous n’étions pas venus les mains vides.
— Bang ! Bang !
Seung-yeop se plaqua contre le mur tandis que Jin-cheol et moi pressions à plusieurs reprises sur la détente des fusils que nous avions rapportés du Paradis.
Les nains étaient répugnants, avec leurs sourires qui ne les quittaient pas même lorsqu’ils se transformaient en amas de chair, mais ça ne rendait pas nos fusils moins efficaces.
« C’était quoi, ce que tu disais tout à l’heure ? Quel rêve ? »
« Le Rêve du singe. »
« C’était rien du tout. Quel gâchis de munitions. »
« C’est vrai que c’est du gâchis. Après tout, ce n’est qu’un rêve, alors pas besoin de se battre… »
« Nouvelle annonce. Prochain arrêt : Station de découpe du sashimi, Station de découpe du sashimi. »
« … »
« … »
Ce n’était pas fini.
Tout le train se mit à trembler. Des vibrations retentirent de nouveau à l’arrière, accompagnées d’une odeur infecte.
« Je crois… qu’un autre monstre arrive. »
Celui-là était sans aucun doute plus gros !
« Écoutez tous ! C’est un rêve. Nous sommes coincés dans un cauchemar ! »
« Un rêve ? C’est pour ça que tu n’arrêtais pas de parler du Rêve du singe ? A-Alors, il faut qu’on se réveille ? Comment on fait ? »
Comme nous avions récemment été coincés dans un cauchemar inconnu, tout le monde réagit vite.
Pour nous convaincre que nous rêvions, nous nous mîmes tous à faire des tests de réalité, ou reality checks.
Le chaos éclata : chacun tordait les doigts des autres dans des angles impossibles, ou se bouchait le nez pour essayer de respirer, tentant des gestes irréalisables dans la réalité.
Les tests de réalité étaient une méthode qu’utilisaient même les agents du Bureau de gestion, souvent confrontés à des phénomènes surnaturels. Notre réaction n’avait donc rien d’absurde.
Le problème, c’était les doigts de Jin-cheol, qui repoussaient comme si de rien n’était après avoir été cassés deux fois, et Yumi, qui se mit à respirer par la peau après s’être bouché le nez. Qu’est-ce qu’elle avait fait subir à son corps, cette fille ?
Après avoir passé un moment à admirer malgré nous à quel point les autres étaient monstrueux, nous nous rembrunîmes.
« Même avec des corps aussi bizarres que les nôtres, c’est normal qu’on n’arrive toujours pas à se réveiller ? »
« … Non. Le problème, c’est l’histoire du Rêve du singe elle-même. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Dans la légende urbaine du Rêve du singe, le narrateur pouvait se réveiller à volonté dès qu’il comprenait qu’il rêvait.
Mais celui qui se retrouvait piégé dans le cauchemar n’arrivait pas à se réveiller facilement.
« … L’histoire dit qu’il est difficile de se réveiller, même quand on sait qu’on rêve. »
« Putain ! »
« Nouvelle annonce. Prochain arrêt : Station de découpe du sashimi, Station de découpe du sashimi. »
L’annonce inquiétante retentit encore.
Yumi finit par saisir la main de Seung-yeop, le visage tendu.
« Hein ? Y-Yumi ? »
« On dirait qu’il faut un choc pour se réveiller. Ça pourrait marcher si on cassait les doigts de quelqu’un qui a un corps normal. »
« Hein ? Hein ? »
« Je vais les casser. »
« A-Attends ! C-Ce n’est pas… »
« Prince, réveille-toi d’abord, puis réveille-nous tous. »
« Aaaah ! »
Alors que la jeune fille s’apprêtait, le visage impassible, à casser les doigts du pauvre Seung-yeop, une lumière vive apparut soudain derrière nous et Eun-sol s’effondra au sol.
« Hein ? Grande sœur ? »
« Quoi ? Hé ! A-ri ! Pourquoi Eun-sol s’est effondrée ? »
« Le monstre n’est même pas encore entré dans notre wagon, alors qu’est-ce que… »
— Pincement !
« Hein ? »
J’eus l’impression que quelqu’un m’avait pincé très fort.
Bientôt, Jin-cheol et Seung-yeop écarquillèrent les yeux et se frottèrent les joues, eux aussi.
J’étais bien là, et personne ne me touchait, pourtant je sentais distinctement qu’on m’avait pincé.
Ça voulait dire que…
Eun-sol s’était réveillée.
« Tout le monde, réveillez-vous ! »
…
« Ah. »
Quand je repris connaissance, j’étais allongé au milieu de débris de métal rouillé.
Eun-sol réveillait chacun de ceux qui gisaient au sol.
« Eun-sol, comment tu as fait pour te réveiller ? »
Un instant plus tôt, même en sachant que nous rêvions, nous n’arrivions pas à nous réveiller facilement.
C’était parce que, dans l’histoire du Rêve du singe, il était « difficile de se réveiller même quand on sait qu’on rêve ».
Alors, comment Eun-sol avait-elle fait ?
« Grâce au pouvoir du papillon. »
« Rêve du papillon ? »
« Tu as dit que le problème, c’était qu’on avait du mal à se réveiller de ce rêve. »
« Oui. »
« Alors j’ai fait entrer le papillon dans mon corps et j’ai modifié le contenu du cauchemar. »
« Tu l’as changé en quoi ? »
« En un rêve où je tombais d’un immeuble. Je me suis réveillée au moment où ma tête a heurté le sol. »
On aurait dit qu’Eun-sol était devenue une véritable agente du Bureau de gestion.
* * *
Était-ce parce que Seung-yeop avait la Chance ?
Le Rêve du singe nous avait donné du fil à retordre, mais la suggestion de Seung-yeop d’explorer le train s’était révélée payante.
Il y avait bel et bien un plan du réseau, à moitié pourri, à l’intérieur.
« … C’est impossible. Ce n’est que du papier, non ? Tu n’as pas dit que les contacts avec le monde souterrain avaient été coupés il y a plus de cent ans ? »
C’était étrange, comme Eun-sol l’avait fait remarquer, mais le plan restait lisible.
Grâce à lui, nous savions par où passer dans cette ville souterraine plongée dans les ténèbres.
En gros, nous suivrions les rails. À chaque embranchement, nous pourrions consulter le plan.
« La forme blanche qu’Eun-sol a vue tout à l’heure, c’était Kunekune. Et le train qu’on vient de prendre, c’était le Rêve du singe. Ce sont deux légendes urbaines japonaises très célèbres. Quelqu’un en avait déjà entendu parler ? »
Tout le monde secoua la tête.
Je ne savais pas si c’était parce que nous avions tous vécu dans des mondes différents ou si personne ne s’était intéressé aux légendes urbaines avant d’entrer dans l’Hôtel.
Eun-sol eut alors un sourire amer.
« Kunekune ? Je ne connais pas, mais ça, oui. »
« Ça ? »
« Ça. »
Environ une minute plus tard, nous comprîmes ce qu’Eun-sol voulait dire.
Une belle femme en robe blanche immaculée, totalement incongrue dans cette ville souterraine sombre et lugubre.
Elle apparut avec un Masque rouge.
Cha Jin-cheol s’avança.
« Ho ho ho… ! »
« … »
« Excusez-moi… Monsieur. Je… »
« Tu vas me demander si tu es belle ? »
« … »
« Tu veux savoir si tu es belle ? C’est ça que tu allais demander, non ? »
« Suis-je belle ? »
« Non. Tu es sacrément moche. »
« Quoiii… »
— Boum !
« Regarde-toi dans un miroir ! Regarde-toi dans un miroir, espèce de garce ! Regarde-moi cette face hideuse… »
Pendant que cette scène ridicule se déroulait sous nos yeux, je continuai de parler avec Eun-sol.
« Kunekune, le Rêve du singe et maintenant le Masque rouge. Tu ne trouves pas ça bizarre ? »
« Qu’est-ce qu’il y a de bizarre ? Ga-in nous a raconté ce qu’il avait vécu en affrontant le Roi démon. »
« Un tourbillon d’impulsions sans fin, un amas d’imaginations malveillantes. »
« C’est ça. C’est l’impression que ça donnait. Le Roi démon semble capable de manier les horribles créations de l’imagination humaine comme s’il s’agissait de magie. Si ces légendes urbaines sont célèbres, ne pourrait-il pas les faire exister pour de vrai ? »
« Eun-sol, ce n’est pas parce que le Roi démon peut faire ça que je suis surpris. »
« Quoi ? »
« En quelle année sommes-nous, dans ce monde ? »
D’après l’histoire du Paradis, le monde connu avait été détruit il y a environ cent quatre-vingts ans.
Ce monde était l’avenir déformé de la Terre, alors on devait être aux alentours des années 2200.
Eun-sol comprit alors ce que je voulais dire.
« Le Rêve du singe et Kunekune étaient sûrement célèbres dans les années 2000… Donc, pour les habitants du Paradis, ce sont des histoires qui ont fait parler d’elles il y a deux cents ans. À ce stade, elles sont carrément entrées dans le domaine des classiques, non ? »
« Pourquoi aucune légende urbaine “moderne” n’apparaît ? Le Paradis a forcément créé toutes sortes de légendes urbaines adaptées à sa réalité dystopique. »
« … »
J’en étais certain.
Les gens de cette époque, ceux du Paradis, n’avaient aucune idée de ce qu’étaient ces légendes urbaines.
Les histoires inventées quelque part sur Internet et relayées de bouche à oreille ne pouvaient pas survivre des centaines d’années.
Alors pourquoi des légendes urbaines vieilles de plusieurs siècles ne devenaient-elles réelles que maintenant, dans cette ville souterraine ?
« Celle-là est ridiculement faible ! On y va ! »
Je me souvins alors d’un détail étrange que nous avions remarqué en entrant dans le monde souterrain.
Des restes humains encore couverts de chair, comme si les victimes étaient mortes quelques semaines plus tôt, alors que les contacts avaient été coupés depuis plus de cent ans.
Le plan du réseau en papier que nous venions de trouver, et dont le contenu restait lisible.
Cette ville souterraine où des légendes urbaines vieilles de plusieurs siècles étaient apparues si tardivement.
« … J’ai l’impression d’être sur le point de comprendre. »
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 466
Lieu actuel : Chambre 206, Salle maudite — « Le Roi démon qui ressuscite après cent jours »
Conseil du Sage : 3]
— Han Ga-in
« Seigneur… Faites que cette journée se passe sans encombre… »
« Nous remercions notre Père céleste… »
« C’est une joie de partager ce moment glorieux tandis que le Prophète guide le culte… »
À chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
J’entendais bien plus de voix louer le Seigneur qu’avant.
Le professeur Sang-hyeon avait dit que ces voix risquaient de troubler mon esprit. Je comprenais pourquoi, mais une chose était sûre : le culte de Han Ga-in prospérait.
Le Soleil sacré avait lui aussi commencé, à un moment donné, à peser lourd.
Les fidèles lui avaient offert leur foi plutôt que leur âme, alors il n’était pas encore complètement chargé, mais il pouvait désormais produire de petits miracles sans difficulté.
C’était un excellent résultat.
Et je n’étais pas le seul à faire des efforts. Les autres aussi donnaient le meilleur d’eux-mêmes.
Song-i administrait la ville avec encore plus de rigueur que le maire défunt.
Elle prenait aussi soin d’offrir régulièrement à la Raison indomptable les « réactionnaires » qu’elle arrêtait sous divers prétextes.
Le professeur Sang-hyeon et Elena avaient eux aussi fait de leur mieux. Grâce à eux, Song-i et moi dévorions sans cesse la ville, par le haut et par le bas.
Oui, jusque-là, tout allait bien. Tout allait bien, mais…
Nous étions dans de beaux draps.
J’avais beau y réfléchir, nous étions confrontés à une crise majeure.
« … D’après la fenêtre de statut, nous sommes au Jour 466. »
« Quand sommes-nous entrés dans la chambre 206 ? »
« Jour 380. Ça fait quatre-vingt-six jours que nous sommes entrés dans la chambre. »
« … Et les autres, quand sont-ils partis dans le monde souterrain ? »
« Au Jour 400, je crois. »
Plus de deux mois s’étaient écoulés depuis le départ des autres pour le monde souterrain.
« Ils sont tous vivants ? »
« Étonnamment, ils sont encore tous en vie. »
« A-Alors, pourquoi ne nous ont-ils pas contactés ni ne sont-ils revenus ? »
« C’est bien ça, le problème. »
La chambre 206 s’intitulait Le Roi démon qui ressuscite après cent jours.
Il ne restait plus que quatorze jours avant la résurrection du Roi démon.
« Ga-in, je crois qu’on est vraiment dans la merde. »
« … Je sais. »
Il fallait prendre des mesures radicales.
Notes :
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