Chapitre 410
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 409 : Chambre 206, salle maudite — « Le Roi démon qui renaît après cent jours » (11)
──────
— Elena
— Raaaaah !
D’un seul souffle, le système de sécurité qui protégeait le Manoir flottant s’effondra instantanément.
Il arrivait parfois que, dans une salle maudite, certains êtres puissent me tenir tête même lorsque j’utilisais Justice.
Leon Kadyrov n’en faisait pas partie.
Il se contentait de reculer, l’air hébété.
« … »
Même quand je m’approchai en mettant en pièces la moitié du manoir, le maire ne tenta rien.
D’après A-ri, il pouvait remonter le temps, mais il ne sortit ni pièce ni quoi que ce soit d’autre.
Il semblait qu’Encore une chance nécessitait un temps considérable pour se recharger après chaque utilisation.
Tant mieux.
C’était tout de même un peu décevant.
J’aurais voulu le saisir et l’interroger sur les secrets qu’il cachait, mais Justice ne me laissait pas cette liberté.
Tout ce que je pouvais faire, c’était rendre le Jugement un peu plus lent.
« Dites vos dernières paroles. Autant vous soulager avant de partir. »
Et profitez-en pour me révéler quelques secrets !
Le maire marmonna, le regard vide.
« Qu’est-ce que vous êtes… ? Je vous prie de m’excuser. Vous n’êtes pas membre du Culte du Roi démon. D’où venez-vous ? »
« C’est tout ? »
« J’espère que tout ne s’arrêtera pas là. »
— Craac !
Au bout du compte, je tuai le maire sans apprendre quoi que ce soit d’utile.
Une fois le Jugement terminé, la puissance infinie qui m’emplissait s’évanouit comme un château de sable qui s’écroule.
Était-ce parce que cela faisait longtemps que je n’avais pas utilisé Justice ?
Une faiblesse si intense qu’elle me faisait battre les tempes me fit vaciller de tout mon corps.
C’était résolu ? Bien sûr que non.
Je n’étais pas une brillante génie, mais même moi, je le savais.
Nous n’avions rien appris sur le secret de la salle ; il aurait été encore plus étrange qu’elle soit soudain résolue.
Pour commencer, nous ne savions même pas si tuer Leon était la bonne décision.
Nous n’avions simplement pas eu d’autre choix cette fois-ci, puisqu’il était déterminé à nous tuer.
« Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
Alors que je marmonnais, perdue, une voix familière retentit.
« Par ici ! »
« Hein ? »
Ga-in apparut à la fenêtre du Manoir flottant, chaussé des Bottes ailées !
— Crac !
« G-Ga-in ! Tu sais te servir des Bottes ailées ? »
« J’ai bien appris avec A-ri. Grâce à elle, je peux au moins monter et descendre. Partons d’ici, maintenant. Tu ne le sais peut-être pas, Elena, mais la ville est en plein chaos. »
* * *
Trois jours passèrent.
… Incroyablement, il ne se passa rien.
L’assassinat du maire par un meurtrier inconnu choqua la ville, mais ce fut tout.
Le cruel système de pseudo-classes instauré par Leon contribua à stabiliser la société dans ces circonstances.
Les citoyens de deuxième classe se rassemblèrent naturellement et formèrent une sorte de conseil. Des rumeurs circulaient selon lesquelles ils éliraient bientôt un nouveau maire.
Apparemment, seuls les citoyens de troisième classe ou plus avaient le droit de vote.
Tous les proches du maire savaient que j’avais dîné avec lui le jour de son assassinat ; on m’interrogea donc à plusieurs reprises.
Comme prévu, ça ne donna rien.
« Je ne pensais pas qu’ils m’innocenteraient aussi facilement. »
« C’est évident, non ? Elena a détruit toutes les preuves matérielles, y compris les caméras, en utilisant Justice. Et, officiellement, Elena n’est qu’une actrice. »
« C’est vrai. »
« Pourquoi une vedette accomplie tuerait-elle soudain le maire ? Elle n’en a ni la raison ni les moyens. »
Ga-in dit cela comme si c’était une évidence, en sirotant sa boisson.
« Ils concentrent tous leurs efforts sur la recherche des adorateurs du Roi démon. »
« De leur point de vue, c’est la conclusion la plus logique. »
Nous déjeunions dans un restaurant réputé du Paradis.
La traque de Ga-in avait pris fin avec la mort du maire.
Ceux qui ignoraient l’existence de la régression n’avaient aucune raison de poursuivre Ga-in, de toute façon.
« C’est un peu frustrant. Il nous reste tant de choses à découvrir. »
« Oui. »
« Où sont Mi-ro et Pero ? »
« Aucune idée. »
Quand nous avions appris où se trouvaient tous nos autres compagnons, nous avions naturellement découvert que Mi-ro avait été scellé. Mais c’était tout.
Nous ne savions toujours pas où se trouvait Mi-ro.
« Pero est généralement avec l’un de nous. D’habitude, c’est Yoo Song, mais pas cette fois. »
Pero semblait aussi être près de Mi-ro.
En pratique, ils avaient été scellés ensemble. Nous avions déjà vécu quelque chose de semblable dans la chambre 201.
Ga-in marmonna, l’air contrarié.
« J’ai l’impression d’avoir jeté trois journées entières dans le vide. »
« … »
« On n’a rien appris. Si je devais résumer, on dirait qu’à part Mi-ro, il n’y a que nous deux qui ayons survécu. »
Il n’avait pas tort.
Pendant que les Agents de l’ordre m’interrogeaient, Ga-in avait retrouvé sa liberté et fouillé la ville de fond en comble, sans rien découvrir de plus.
Il y avait des raisons concrètes à cela. Depuis la mort du maire, les Agents de l’ordre redoublaient de vigilance, et Ga-in était un citoyen de quatrième classe.
« Pff… On aurait dû déclencher une nouvelle révolution, cette fois aussi ? »
« Ce serait difficile, cette fois. Le maire est mort, alors même l’objectif de la révolution serait flou. Et puis, maintenant que l’oppresseur a disparu, les gens espèrent partout que la vie s’améliorera. »
« Ouf… »
« Ne t’inquiète pas. Les choses pourraient changer, à partir de maintenant. »
« Qu’est-ce qui pourrait changer ? La sécurité est toujours aussi stricte ! »
« Je suis riche. »
À cette réponse simple et limpide, Ga-in se tapa le genou.
« Ah, j’avais oublié ! »
« Tu sais combien coûte un repas dans ce restaurant ? Même avec un mois de salaire, tu ne pourrais pas réserver, Ga-in. »
« Waouh ! C’est vraiment horrible. On devrait lancer une révolution, pour de bon ! »
Pourquoi Ga-in en revenait-il toujours à la révolution ?!
Qui a déjà fait deux révolutions ? Même Lénine s’est arrêté après la première !
À cet instant, un serveur arriva avec nos assiettes.
On déposa devant Ga-in un luxueux carré d’agneau, tandis qu’on me servit du bar, à moitié cuit à la vapeur et à moitié frit.
Les yeux de Ga-in s’écarquillèrent bientôt.
« M-Mais qu’est-ce que c’est ? »
« Quoi ? »
« En voyant ça, la bouillie de maïs que j’ai mangée hier me paraît même pas digne d’être donnée à un chien. »
« Hahaha ! Je vous souhaite un bon appé— »
« Pendant que les citoyens de quatrième classe ramassent des morceaux de gras en les appelant de la viande, les gens d’ici font la fête comme ça ? Il faut vraiment une révolution pour que ça ait du sens— »
— Toc !
Je frappai l’assiette de Ga-in avec ma fourchette.
« Mange en silence. »
« … D’accord. »
Le bar était vraiment délicieux.
L’alliance entre la peau croustillante et la chair cuite à la vapeur à la perfection, si fondante en bouche, était parfaite. La sauce délicatement parfumée au citron était excellente, elle aussi.
En mordant dans son carré d’agneau nappé de gelée à la menthe, Ga-in s’exclama, admiratif :
« C’est incroyable. C’est ça, croustillant à l’extérieur et tendre à l’intérieur ? Au début, je me demandais ce que c’était, cette gelée verte, mais avec l’agneau, le goût de menthe est fantastique. »
« N’est-ce pas ? »
« Mais comment ont-ils pu trouver de l’agneau et du bar dans une cité-État dont les gens ordinaires ne peuvent pas sortir ? »
Au lieu de répondre, je pointai le prix sur le menu avec ma fourchette.
« … »
« Tu vois ? Même avec un mois de salaire, tu aurais du mal à acheter une seule cuisse d’agneau. »
« … »
« Le prix, voilà la réponse. »
Nous avions fini à peu près la moitié de nos assiettes quand Ga-in sourit tout à coup.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Je viens de penser à quelque chose. »
« Oui ? »
« Pourquoi déclencherais-je une révolution alors que ma petite amie est riche ? Elle m’emmène dans des endroits comme celui-ci sans hésiter. »
« … »
« … »
Un silence s’installa entre nous.
Ga-in ajouta bientôt, visiblement embarrassé :
« Enfin, vu de l’extérieur, on doit sûrement passer pour un couple. »
« Un beau fainéant qui a eu de la chance et a trouvé une petite amie riche ? »
Au mot « beau », il détourna la tête, gêné.
N’était-ce pas bizarre d’être gênés pour ça, maintenant ?!
Quand on me disait que j’étais jolie, ça ne me gênait pas. C’était vrai, après tout.
Ga-in esquissa un sourire embarrassé et changea de sujet.
« À bien y penser, les médias ne vont-ils pas s’affoler demain ? »
« Pourquoi ? »
« L’actrice la plus célèbre de la ville a soudain dîné dans un restaurant haut de gamme avec un mineur de quatrième classe. C’est forcément un scoop énorme. »
C’était vrai.
Le restaurant était si cher qu’il ne semblait pas y avoir de journalistes autour de nous, mais une histoire comme celle-là ne pouvait pas rester secrète.
« Ce n’est pas grave. Ou alors, on pourrait les surprendre encore davantage ? »
« Les surprendre davantage… ? »
« Hé hé ! »
Ga-in disait que ces trois jours n’avaient servi à rien, mais je n’étais pas de cet avis.
Du moins, pas aujourd’hui.
Je passais un moment plutôt agréable.
Je me sentais un peu coupable de le dire, mais le fait qu’il ne reste que nous deux avait aussi ses avantages.
Alors…
« Ga-in, j’ai quelque chose à te dire. »
« Hein ? »
« Ça fait suite à ce que je t’ai dit tout à l’heure, à l’hôtel. »
« E-Elena ! »
« C’est un moment important, alors ne m’interromps pas avec des choses bizarres— »
« Elena ! Nos pouvoirs sont revenus ! »
« … »
À ces mots, j’eus l’impression qu’on m’avait versé de l’eau glacée dessus ; je repris mes esprits d’un coup.
Ils étaient revenus.
La Bénédiction de Justice et le pouvoir de l’Imagination sinistre s’étaient réveillés.
« M-Mais qu’est-ce que c’est ? »
Ce restaurant n’était ni le Manoir flottant ni un endroit situé hors du Paradis.
C’était un lieu où la Raison indomptable réprimait nos pouvoirs !
Et pourtant, nos pouvoirs étaient soudain revenus ?
Ga-in et moi nous regardâmes, hébétés, et prononçâmes en même temps :
« La Raison indomptable ! »
« Elle s’est arrêtée. Ah, non ? Pourquoi elle s’est arrêtée ? Pourquoi tout à coup… Non, ce n’est pas le moment ! »
Ga-in agita précipitamment la main dans le vide et consulta le scénario.
« Hein ? Hein ? »
« Qu’est-ce que ça dit ? Qu’est-ce que dit le scénario ? »
« Il dit que personne n’a fourni de combustible à la Raison indomptable depuis la mort du maire ! »
C’était ce qu’A-ri nous avait expliqué.
La Raison indomptable ressemblait au Fourneau des âmes, que le Bureau de gestion avait tenté de créer sans y parvenir. Il fallait non seulement des vies humaines pour le fabriquer, mais aussi en sacrifier constamment pour entretenir son pouvoir.
Avant la régression, le maire avait sacrifié nombre de nos compagnons à la Raison indomptable.
« Alors, qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? »
Ga-in se leva brusquement, comme hébété.
« Ga-in ? »
« H-Ha ! M-Mais qu’est-ce que… ? »
— Wouuu ! Wouuu !
Une puissante sirène d’alarme retentit soudain.
[Citoyens, bulletin d’urgence. Les personnes à l’intérieur des bâtiments, notamment les restaurants, les appartements et les bibliothèques, doivent immédiatement rejoindre un espace à découvert.]
Des murmures s’élevèrent tout autour de nous.
« M-Mais qu’est-ce que c’est ? »
« Pourquoi cette annonce, tout à coup ? »
« Ils disent de sortir. »
« U-Un tremblement de terre ! Ça doit être une alerte au séisme ! »
Dès qu’un homme corpulent prononça le mot « séisme », tout le monde paniqua et se rua vers la porte.
[Nous répétons. Les personnes à l’intérieur des bâtiments doivent immédiatement évacuer.]
« Ga-in ! O-On devrait d’abord sortir— »
À cet instant, Ga-in me saisit la main, le regard vide.
« Ga-in ? »
« Ne bouge pas. »
« Quoi ? »
« Reste… sans bouger. »
Tandis que nous restions là, comme hébétés, tous les autres se précipitèrent vers l’entrée.
Et puis…
— Craac !
« Aaaah ! »
« U-Un monstre ! »
Un bruit familier nous parvint de l’extérieur.
Le même bruit que nous avions fait en mangeant tout à l’heure.
Le bruit d’une peau qu’on arrache pour dévorer la chair en dessous.
Le bruit d’une viande qu’on détache doucement des os en la suçotant.
Quand je regardai par la fenêtre du restaurant, sans comprendre, la situation me sauta enfin aux yeux.
Un camion de marchandises avançait tout seul et écrasait des dizaines de personnes à mort.
Plusieurs maisons se dressaient comme des créatures vivantes et dévoraient les passants au bord de la route.
Sur un écran publicitaire fixé au sommet d’un immeuble, une silhouette grotesque au cou pareil à celui d’un serpent apparut et fouetta l’air dans toutes les directions avec sa langue.
C’était l’enfer.
En un clin d’œil, tout le Paradis s’était transformé en enfer.
Il n’y avait pas seulement quelque chose à l’entrée du restaurant. Une malveillance inconnue s’attaquait à toute la ville.
— Clic !
Les lumières s’éteignirent et l’obscurité nous enveloppa.
« Hii ! M-Mais qu’est-ce que c’est ?! »
Alors que je manquais de m’effondrer de terreur devant les mots rouges qui venaient d’apparaître dans les airs, Ga-in me soutint.
« Ha ! Qui que tu sois, bordel, arrête tes conneries ! »
Je vis — ou entendis — un rire.
Une puissance écrasante, capable de faire s’écrouler le ciel, fendit instantanément le bâtiment de béton.
— Grondement !
Elle apparut dans un fracas de tonnerre.
* * *
[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 272 (+40)
Emplacement actuel : Chambre 206, salle maudite — « Le Roi démon qui renaît après cent jours »
Conseil du Sage : 1]
— Han Ga-in
Je crois qu’on est foutus.
C’était la conclusion à laquelle j’étais parvenu après mûre réflexion.
La dernière phrase de la Compréhension du scénario, que je consultais pour la première fois depuis un moment, me sauta douloureusement aux yeux.
[Scénario : Salle maudite — « Le Roi démon qui renaît après cent jours »
Trois jours se sont écoulés depuis l’assassinat de Leon Kadyrov, qui soutenait la ville.
Pendant ces trois jours, personne n’a fourni de combustible à la Raison indomptable.
La flamme de la raison qui soutenait le Paradis a fini par s’éteindre.
Faites de votre mieux.
J’espère que votre voyage ne s’arrêtera pas là.
Le Roi démon renaît.]
« Putain ! Il était écrit qu’elle renaîtrait après cent jours ! Ça ne fait pas si longtemps ! »
Notes de bas de page :
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