Chapitre 396
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 395 : Le Songe d’une nuit d’été (11)
──────
- Sept jours plus tôt, Kim Sang-hyeon
« Voyons… C’est bien l’endroit dont Ga-in m’a parlé ? »
Tout en bas du panneau de commande de l’ascenseur de l’hôtel se trouvait un bouton rouge.
« C’était tellement évident que ça devait justement rendre les soupçons plus difficiles. »
Quand j’appuyai dessus, une partie de la paroi de l’ascenseur pivota et révéla un clavier.
De petits mots étaient gravés à côté.
<Issue de secours 1, n’en parlez à personne>
« L’hôtel a écrit ça pour nous inciter à nous entretuer ? »
Si c’était le cas, la décoration intérieure était d’une minutie remarquable, dans le pire sens du terme.
Je composai le mot de passe : 87439124.
--- Vrouiiiii ! Vrouiiiii !
「Évasion d’urgence activée ! Évasion d’urgence activée !」
L’intérieur de l’ascenseur s’assombrit et un vacarme assourdissant emplit l’espace. Puis, sans prévenir, l’ascenseur se mit à tournoyer !
« Aaaah ! C’est quoi, ce truc ? Un vaisseau spatial ? »
Je ne savais plus où donner de la tête.
J’avais l’impression d’être un petit animal coincé dans une machine à laver lancée à plein régime.
Les portes de l’ascenseur, incapables de résister aux secousses, tremblèrent avant de s’ouvrir brusquement.
De l’autre côté s’étendait un endroit qu’on ne pouvait décrire que comme l’enfer.
Dans un monde de lave et de flammes, d’innombrables personnes hurlaient sans discontinuer.
Je compris au moins pourquoi la combinaison de protection était indispensable pour s’échapper par l’ascenseur : la lave et les flammes s’engouffraient à l’intérieur.
Si j’avais porté une combinaison ignifugée de fortune, je serais déjà mort.
L’ascenseur continua de filer sans fin à travers cet enfer embrasé.
* * *
« Hé, ça va ? »
« … »
« Tu ne devrais pas aller à l’hôpital ? »
« … Ah. »
« Allô ? »
« Ça va. J’étais juste perdu dans mes pensées, ne t’inquiète pas. »
Je me retrouvai planté là, hébété, sous la douce lumière du soleil.
Un étudiant qui passait m’avait demandé si j’allais bien ; je devais donc être resté immobile un bon moment.
En regardant autour de moi, je compris deux choses.
D’abord, je m’étais réveillé à la périphérie d’Austin, la capitale du Texas et l’une des villes les plus animées des États-Unis.
Je connaissais bien l’endroit, puisque j’avais fait mes études secondaires à Austin.
Ensuite, ce monde ne semblait pas être le mien.
--- Bang !
« Hé ! T’es aveugle ou quoi ? Pourquoi tu restes planté là sans rien faire ? »
« … Désolé. »
Les yeux du cerf devinrent soudain rouges.
Un policier en patrouille tira son fusil à pompe à plusieurs reprises, sans sourciller, et réduisit le cerf à un tas de viande.
Voilà le genre de monde où j’étais tombé.
* * *
D’après mon expérience, certains Coréens se faisaient de drôles d’idées sur la sécurité publique aux États-Unis.
Ils s’imaginaient que les criminels, mais aussi les policiers, se retrouvaient constamment dans des fusillades.
Soyons clairs : ce problème se limitait à certains quartiers pauvres, où le niveau de vie et les revenus étaient au plus bas.
C’était encore moins vrai au Texas, moteur de la croissance économique et cœur du Sud américain.
Du moins, c’était l’Amérique que je connaissais.
Cet endroit semblait différent.
Après avoir marché un petit moment, je vis des soldats portant des gilets pare-balles et anti-couteaux renforcés par des plaques de blindage.
Tous portaient ostensiblement non seulement des fusils à pompe, mais aussi des fusils d’assaut, sans que les passants trouvent ça anormal.
Dans un monde où les cerfs tentaient soudain d’hypnotiser les gens et où volaient des pigeons de type prédateur, ce n’était pas si bizarre.
« … Ce n’est vraiment pas mon monde. »
Je n’en fus pas surpris, car j’avais toujours su que c’était possible.
N’avais-je pas ressenti cette impression à plusieurs reprises en discutant avec mes compagnons ?
Les réalités dont nous nous souvenions étaient bien trop différentes.
Pour Ga-in, le Bureau de gestion était une organisation secrète qui se montrait rarement, et il disait ne voir des monstres que de temps en temps aux informations internationales.
Song-i, elle, était à l’opposé. Elle trouvait normal que chaque foyer possède des tourelles laser et des drones tactiques.
Moi, j’étais quelque part entre les deux.
Je voyais souvent des nouvelles sur les monstres dans les actualités nationales.
Mais ça ne faisait pas de cet endroit un lieu dangereux où j’avais peur de tourner la tête, contrairement à maintenant.
C’est alors que je remarquai que je tenais un morceau de papier rigide.
« Un Ticket d’entrée. »
Comme pour tout ce que vendait l’hôtel, je sus instinctivement ce que c’était et comment l’utiliser.
La combinaison de protection s’était transformée en Ticket d’entrée, et il me suffisait de le déchirer pour retourner à l’hôtel.
Une inquiétude me vint tout de même à l’esprit.
Est-ce que j’allais perdre la combinaison de protection pour toujours ?
Si c’était le cas, j’avais créé un sacré problème…
Mes compagnons ne m’en voudraient pas pour une chose que j’avais faite alors que je n’avais pas toute ma tête.
Mais, peu importe à qui revenait la faute, perdre la combinaison de protection faisait mal.
« Johnny ! James s’est plaint qu’un idiot était planté au milieu de la rue, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il s’agissait de toi ! »
« … »
« Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es revenu à Austin sans même me prévenir ! »
« … Maman. »
* * *
« Tu n’avais pas dit que tu avais été accepté en médecine quelque part, à New York peut-être ? »
« … »
« Mais alors, pourquoi… Laisse tomber. »
« … »
« La vie nous réserve des surprises. Tu as mangé ? »
« Non. »
« Parfait. Repose-toi sur le canapé. »
Maman Sherry.
C’était une femme noire, qui avait perdu son mari et son enfant dans un accident, il y a longtemps, et qui possédait une fortune considérable.
Pour surmonter la perte de sa famille, elle s’était consacrée à des œuvres caritatives pendant de nombreuses années.
Elle accueillait chez elle les enfants pauvres de couleur du quartier, les nourrissait et les aidait à payer leurs études. Les habitants la considéraient un peu comme leur marraine, et elle était très respectée.
Pour la petite histoire, j’étais l’un de ceux qu’elle avait aidés.
Oui, jusque-là, tout allait bien.
Elle m’avait témoigné de la bonté quand j’étais jeune, alors j’étais heureux de la revoir.
Mais je ne comprenais absolument pas ce qui se passait.
Ce n’était pas comme si j’étais idiot.
Pour commencer, ce n’était pas le monde où j’avais vécu.
Il était étrange que quelqu’un que je connaissais se trouve ici, et plus étrange encore qu’elle me connaisse.
Était-ce une sorte de monde parallèle, où Maman Sherry me reconnaissait comme le « moi » de ce monde parallèle ?
« Te voir sur le canapé me rappelle le bon vieux temps ! Quand tu étais en seconde à Westwood… »
« Il y a un lycée Westwood, ici ? »
« Hein ? Bien sûr, à Anderson Mill, à Austin… »
Maman fronça légèrement les sourcils avant d’avoir fini sa phrase.
« … Le lycée d’Anderson Mill, c’était Asterlake, non ? »
« C’est ça. Je l’ai vu tout à l’heure. »
« Euh… Quoi ? »
« Maman, j’ai été diplômé d’Asterlake. »
« Ah bon ? J’ai dû confondre. Tu comprendras quand tu auras mon âge. Parfois, les souvenirs se mélangent. »
« Ça arrive. »
Non.
Les souvenirs de Maman Sherry étaient exacts, et j’avais bien été diplômé du lycée Westwood.
Cette école n’existait pas dans ce monde.
À la place de mon ancien lycée se dressait Asterlake, un établissement dont je n’avais jamais entendu parler ni que j’avais jamais vu.
À l’instant, Maman s’était souvenue d’un lycée qui n’existait pas dans ce monde, et de moi tel que j’étais vraiment.
Je comprenais de moins en moins la situation.
Un autre détail était tout aussi étrange : la différence d’âge entre Maman et moi.
Maman approchait déjà de la cinquantaine quand j’étais au milieu de mon adolescence.
Même sans compter le temps passé à l’hôtel, j’avais maintenant largement dépassé les quarante ans.
Maman aurait donc dû avoir plus de soixante-dix ans, presque quatre-vingts, et pourtant la femme devant moi paraissait en avoir soixante tout au plus.
Il y avait tant de choses que je ne comprenais pas que mon esprit finit par s’apaiser.
L’expérience acquise à l’hôtel m’avait appris une chose.
Quand on ne comprend pas quelque chose, il faut l’accepter et ne pas trop y réfléchir.
* * *
Heureusement, Maman ne semblait pas remarquer les contradictions dans ses propres souvenirs.
Par exemple, elle avait balayé l’existence d’un lycée qui n’existait pas en parlant d’une simple erreur.
Elle prit la différence d’âge tout aussi simplement.
« Johnny, tu as dû traverser de sacrées épreuves à New York. »
« C’est justement ce que j’aimerais savoir. »
Maman semblait penser que j’avais mal vieilli parce que j’avais beaucoup souffert.
« Qu’est-ce qui a bien pu arriver à un garçon aussi intelligent que toi ? »
« C’est justement ce que j’aimerais savoir. »
Moi non plus, je ne savais pas ce qui m’était arrivé.
« Reste ici et repose-toi quelques jours, au moins. Tes parents vont bien ? »
« Ils sont probablement morts. »
Pour être honnête, je n’étais même pas sûr qu’ils aient existé dans ce monde.
« Oh ! Mon Dieu ! Je suis désolée. »
« Ce n’est rien. »
Après ça, elle ne me posa plus de questions sur le passé malheureux de Johnny.
Bien sûr, j’avais l’impression qu’elle écrivait dans sa tête tout un mélodrame tragique de fin de semaine.
Johnny Kim, un garçon asiatique intelligent et talentueux.
Après avoir gâché sa vie au milieu de New-Yorkais égoïstes et bornés, il s’était senti vide et était rentré dans sa ville natale.
Ça devait être à peu près ça, non ?
À voir toutes les expressions de Maman, le petit Johnny Kim qu’elle adorait semblait avoir traversé un sacré bouleversement dans sa vie.
Je décidai d’accepter ça aussi.
De toute façon, il n’y avait aucun moyen de lui expliquer la vérité.
« C’est bon ? »
« Bien sûr. Ton gumbo est encore meilleur qu’avant, Maman. Je crois que tu as fait dorer le poulet avant de l’ajouter à la soupe, et les crevettes sont merveilleusement fermes. »
« … »
« Et le goût sucré des oignons dans le gumbo est excellent. On dirait que tu ne les as pas simplement fait bouillir dans la soupe. Tu les as fait caraméliser à part avant de les ajouter ? »
« Johnny, tu as ouvert un restaurant à New York ? »
« Non. »
Je commençai peu à peu à me détendre.
Elle n’était pas ma mère, mais je lui étais tout aussi reconnaissant, et son accueil avait quelque chose de particulièrement réconfortant.
Je décidai de mettre mes pensées compliquées de côté pour le moment.
« Tu as un endroit où aller ? »
« … »
« Je te l’ai dit tout à l’heure, non ? Tu peux rester ici quelques jours. Cette maison est bien trop grande pour que j’y vive seule. »
* * *
Au milieu de la nuit.
--- Crrrriiiic !
Je me réveillai en sursaut au bruit venant de la fenêtre.
…
De l’autre côté de la fenêtre, dans l’obscurité extérieure, se trouvait une forme inconnue qui émettait une faible lueur.
Je n’avais pas l’intention de rester là sans bouger en attendant qu’elle m’attrape ; je me levai donc et saisis un club de golf posé près du lit.
J’entendis alors une voix basse.
« Johnny, Johnny ! »
« … Maman ? »
« Ne bouge pas, ça va bientôt passer. »
On aurait dit une scène tout droit sortie d’un film d’horreur, mais le calme de la vieille femme en disait long.
Elle était habituée à ce genre de choses, tout comme moi.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Je n’en sais rien non plus. »
« Tu l’as signalé au Bureau de gestion ? »
« Oui, mais… Tu sais ce que c’est. Ces gens-là sont toujours débordés ! »
« … »
--- Crrrriiiic !
Le bruit glaçant retentit de nouveau.
« Tu as une arme ? »
« Johnny, attends un peu… »
« Désolé, mais je m’y connais mieux que toi, Maman. »
« … »
Elle ne me demandait pas d’attendre parce qu’elle savait quelque chose sur ce monstre.
Elle tremblait simplement parce qu’elle n’avait aucun moyen de se défendre et que, même si elle avait prévenu le Bureau de gestion, ils ne feraient rien.
Cette impuissance était la réaction de quelqu’un qu’on protégeait, pas de quelqu’un qui protégeait les autres.
« Tu as une arme ? »
« … J’ai un fusil à deux canons. »
« Donne-le-moi, s’il te plaît. »
« Je… je ne l’ai pas très bien entretenu… »
« Ça ira. »
La nuit risquait d’être longue.
Étrangement, ça ne me dérangeait pas.
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